philosophie pataphysique

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Geste des opinions du docteur lothaire liogieri

 le verger de patasophie

 

 

 

La carole dans le verger de Déduit

Atelier du Maître  de Jouvenel des Ursins, Anjou, vers1440.

Paris, B.N.F. ms. fr. 19153.

 

Or, à en croire nombre de sages, la vie humaine est elle-même un jeu ;

certains avancent qu'elle est quelque chose d'encore plus léger et que,

dans toutes ses péripéties, la conduite d'une partie d'échecs, par exemple,

est plus conforme à la raison que le cours normal de notre vie.

Giacomo Léopardi

Petites oeuvres morales. Concours institué par l'Académie des Sillographes.

 

 

 

Linteau

1. Sur quelques concepts de la moralité.

Questions / devinettes

2. De la < merdre >. Source ou fondement ?

Rêve

3. Petite morhâle en mots-valises.

Jeu

4. L'Appeau lithique en mots-valises.

Jeu

5. Délyres...

Malices... Ronde

6. Limericks / clerihews 'patasophiques.

Petite histoire des philosophes. Divertissement.

7. Aux origines de la 'pataphysique :

Pour introduire au solipsisme pataphysique.

Jacques Rigaut, Propos amorphes.

Lecture

8. La dissimulation ontologique.

( philosophie, poésie,'pataphysique

En suivant Bergson et Julien Gracq )

Questions et réponses.

Le Grabuge par < julien torma >.

Lecture

 
 

 

le verger de Déduit

 

< Car par vie oiseuse et fetarde Puet l'en [ on peut ] à poureté venir >

Roman de la Rose, 10234 

 *

Allégorique le Verger de patasophie ?

Il est à sa manière un miroir brisé du monde des idées à l'usage des amoureux de 'Pataphysique.

Propos, conversations, jeux, délyres et joyeux devis... se succèdent dans ce jardin séparé de l'agitation du Siècle par une haute muraille recouverte de lierre et de vigne vierge...

Et dont les invités ont franchi le seuil en suivant Dame Oiseuse, maîtresse d' Oisiveté.

*

Là, étant pour de vrai et dès cette vie

comme en paradis terrestre,

autour de l'Enchanteresse et de Déduit

réunis,

à leurs propos mêlant caresses,

les 'pataphysiciens et leurs compagnes s' invitent

à la carole patasophique.

 *

 Linteau

 Hommes pensifs, je ne vous donne à lire

Ces miens devis si vous ne contraignez

Le fier maintien de vos frons rechignez :

Icy n'y ha seulement que pour rire.

 

Laissez à part vostre chagrin, vostre ire

Et vos discours de trop loin desseignez.

Un autre fois vous serez enseignez.

Je me suis bien contraint pour les écrire.

 

J'ay oublié mes tristes passions,

J'ay intermis mes occupations.

Donnons, donnons quelque lieu à folie,

 

Que maugré nous ne nous vienne saisir,

Et en un jour plein de mélancholie

Meslons au moins une heure de plaisir.

Bonaventure Des Periers, Sonnet

 

1. Questions-devinettes proposées par Patadelphe

 Sur quelques concepts de la moralité

 

1. 1. Qui continue à régner bien qu' elle ait perdu son sceptre ?

La conscience.

Parce qu'elle règne et ne gouverne pas. Valéry.

1.2. Pourquoi la conscience est-elle hallucination mystique?

Parce qu' elle est instinct divin, immortelle et céleste voix. Rousseau.

1.3. Qu'est-ce qui est représentation, ressassante et maniaque ?

La conscience.

Puisqu'elle est le savoir revenant sur lui-même. Alain.

2. Qu'est-ce qui est au principe du rire, du comique et du Gag ?

La honte.

Car elle est sentiment de la chute originelle, non du fait que j'aurais commis telle ou telle faute mais simplement du fait que je suis tombé dans le monde, au milieu des choses et que j'ai besoin de la médiation d'autrui pour être ce que je suis. Sartre.

3. Qu'est-ce qui est sentiment moral, rabat-joie et qui nous pince ?

Le remord.

Parce qu' il est une espèce de tristesse qui vient du doute qu'on a qu' une chose qu' on fait ou qu' on a faite n' est pas bonne. Descartes.

4. Qu'est-ce qui dans l'expérience morale représente une insupportable gêne ?

Le scrupule.

Car il est ( selon l'étymologie ) petite pierre pointue, acérée et qui nous gratte. Cicéron.

4. Pourquoi la faute est-elle poupée gigogne ?

Puisqu' elle peut consister non seulement dans le fait de commettre une action ou de prononcer des paroles interdites par la loi, ou dans l'omission de ce que la loi ordonne, mais aussi dans l'intention, dans le propos de transgresser la loi. Hobbes.

5. Qu'est-ce qui a fondé un Ordre et constitue de surcroît une catégorie péripatéticienne ?

Le mérite.

Parce qu' il est honorée dans la fonction publique. La Chancellerie.

6. Qu'est-ce qui, ayant conscience de la faute, peut être néanmoins fière de soi ?

La culpabilité.

Car elle est l'intériorité accomplie du péché. Ricoeur.

7. Pourquoi le cynique est-il apprécié des 'pataphysiciens ?

Parce qu'à la manière de Diogène il boit son vin au tonneau. Pseudo-Sandomir.

8. Qu'est-ce qui est source de l'idéalisme, du solipsisme et aussi manifestation du simple bon sens?

L'amour-propre.

Puisqu' il est l'amour de soi-même et de toutes les choses pour soi. La Rochefoucauld.

9. Qu'est-ce qui se prétend pur amour et n'est qu' une conduite deux fois insensée ?

La charité.

Parce qu'elle honore l'humanité dans le fou, l'idiot, le criminel, le malheureux. Alain.

10. Qu'est-ce qui est à la fois contrainte et fétichisme ?

Le devoir.

Car il ( se croit en ) nécessité d'accomplir une action par respect pour la Loi. Kant

11. En quoi l' acte gratuit est-il le comble de la moralité ?

Parce que si la raison de commettre le crime est de le commettre sans raison (Gide), il ne cherche pas à en tirer profit ou avantage. Thomas d'Aquin.

14. Qui donc en regard du beau est à la fois mystique et monogame ?

L'esthète.

Puisqu'il considère la beauté comme la seule valeur et qu' il veut ignorer toute considération morale dans ses jugements. Kierkegaard.

15. Qu'est-ce qui dans le commerce des hommes est la banalité même ?

La perversité.

Parce qu'elle est l'ordinaire des comportements sociaux : indifférence à l'égard de la souffrance causée à autrui et absence du sentiment de culpabilité. Jankélévitch.

16. Qu'est-ce qui, à toutes mains, se donne comme monnaie vivante morale et responsable ?

La personne.

Car elle est une existence capable de se détacher d'elle-même, de se déposséder, de se décentrer pour devenir disponible à autrui. Mounier.

17. Qui peut être dit seul inviolable et colérique, saint et tabou ?

Le Sacré.

Puisqu' il est, dans le déchaînement et la violence, ce qui est mis à part, ce qui est séparé... ce qui ne peut sans cesser d'être lui-même, être mêlé au profane. Bataille.

 

 

2. De la < Merdre >... Source ou fondement ?

Eclaircissements fuligineux

 ( genre contrepédagogique )

 

 

 Apparition virtuelle de l'Ombre d'Ubu rapportée à Lucie de la Fère

par Epistémon le pataphysicien

 

Rêve

Sur le Mont Sinaïf

( Crépuscule. Feux, chats noirs, chiens. Un patagon. Des femmes. Une Judith avec une tête d' Holopherne. Une Salomé sans ses voiles, une Hélène, une Messaline, une Cléopâtre, une Mélusine... Elles dansent. Chants. Rires. Envols de corbeaux, diverses chouettes et hiboux, un renard, immense sablier, un pal, etc... On distingue assez mal au loin les ronflements de Mère Ubu... Une forme indistincte s'avance vers le patagon... )

Epistémon ( tout nu, surpris et intimidé ) : - Ah, ça !... qui êtes-Vous donc ?

L'Ombre ( ironique ) : -Je suis Celui qui Suie... Approche Epistémon... viens auprès de Moi...

( Epistémon s'avance, hésitant. Il est alors enveloppé d' une Nuée, nuage de poussière et d'encens brûlé sur l'Autel des Parfums et qui signale selon le légendaire Patatestamentaire la présence d' Ubu le Père auprès des 'pataphysiciens )

Epistémon ( curieux ) : -Prince de la Ténèbre, que tenez-Vous là sous Votre bras ?

L'Ombre ( énigmatique ) : -Un livre, Epistémon... le Livre... le Grand Oeuvre...

Epistémon : -Et quelle est donc la matière de Votre livre ?...

L'Ombre ( large sourire ) : -La matière... les matières !... Tu veux le savoir ?... la Merdre !

Epistémon ( stupéfait ) : -La merdre !... la merdre... Qu' entendez-Vous par là ?

L'Ombre ( après un temps ) : -La source -non pas le fondement, note-le bien-, de ce que plusieurs nomment dédaigneusement et bien à tort... l' idéologie...

En ses épiphanies, ses perles et ses béatitudes...

Epistémon ( perplexe mais très intéressé ) : -Maître, la < merdre > a-t-elle une forme particulière ?

L 'Ombre : -Maintes formes Epistémon... maintes formes...

( Lyrique, crescendo mais comme pour soi-même )

Bouse, crotte, crottin !...

lisier, fumier, laissées !...

fiente, selle, étron !...

litières fermentées,

immondices... gadoues...

Ah, l'ubunivers de vos cogitations !...

( mystérieuse )... Mais, vois-tu... Elle possède moins telle ou telle forme qu' Elle n' est un véhicule...

le Grand Véhicule...

Epistémon : -le Grand Véhicule ?...

L'Ombre ( docte ) : -Les mots !... les mots sont la peau-des-pensées... car l'esprit se fait chair...

Epistémon ( surpris ) : -Je ne comprends pas...

L'Ombre ( agacée ) : -L' anagramme de Merde est Derme, pataniais !...

Epistémon ( soudainement illuminé ) : -Ah, mais c'est bien sûr !...

( suspicieux ) Seriez-Vous donc, Père, un sectateur de la cabale ?...

L'Ombre ( éclats de rire ) : -Quelle innocence !... Non pas... pas même d' une cabale noire...

Nous n' en sommes tout de même plus à ces jeux de collégiens...

Mais Taxidermiste, Grand Ecorcheur, Taxinomiste, Grand Empailleur, lexicographe certainement Je suis...

Epistémon ( Ecolier, humble... ) : -Dites-moi... L'anagramme 'pataphysique aurait-elle... valeur de Signe... d' Ouverture herméneutique ?...

L'Ombre ( méprisante ) : -L' Ouvert est baliverne... l' Acrote est le chemin...

Quant à l 'anagramme, ce n' est qu' un banal procédé littéraire inducteur... parfois suggestif, il est vrai...

C'est le cas...

Epistémon ( poursuivant ) : -Et le domaine de Vos investigations ?...

L'Ombre : -... n' est autre que l'universelle humaine colique, oui... les entretiens au bord de la merdre.

Epistémon : -A quel genre appartient alors Votre Ouvrage ?...

L'Ombre : -.... A quel genre ?... au genre cacalogique... Le cacalogique est l'Ascience...

Epistémon ( pénétré et à voix basse, à la manière d' un enfant répétant sa leçon ) :

-L' excrémentiel... l' Obscur... l 'Ascience...

Et quelles en sont les espèces ?...

L 'Ombre ( large et assez pédante ) : -... le poétique... notamment dans sa variante lyrique, le rhétorique... le dialectique... le démonstratif, le prescriptif...

Epistémon ( complice et insinuant ) : -C'est pourquoi sans doute Votre vendange sera synonyme de Vidange...

L 'Ombre ( enveloppante ) : -En effet... Vidange des rebuts, déchets et excrétales de la < pensée >, éléments résiduels de ce que plusieurs nomment... leur création !... et dont ils tirent tant de vanité... de tout ce qu' ils apportent au Voiturin à Phynance... la monnaie vivante, forme de la valeur... équivalent général... moyen de circulation des prétendues spirituelles marchandises... la monnaie mentale...

Epistémon : -En ses scories...

L'Ombre ( avec délectation ) : -Oui... en ses rognures, ordures, loques et immondices... en ses chutes...

Epistémon : -Serait-ce la raison, Père, pour laquelle on Vous donne parfois le sobriquet d'Avaleur des valeurs ?...

L'Ombre ( satisfaite ) : -En effet... Mais ma parole, pataniais, tu sembles enfin comprendre...

Voici pour toi... ta récompense... ( s'adressant aux femmes )Vous autres les Vénéneuses, approchez !...

( Un silence. Les femmes-fleurs de la Pensée se tournent vers Epistémon, il entre dans leur ronde... )

*

( quelques heures ont passé... Epistémon réapparaît, comme transfiguré )

L 'Ombre ( débonnaire ) : -Es-tu satisfait ?...

Epistémon : - Après ce que j'ai vu... qui ne le serait pas ...

L 'Ombre : -Pars maintenant, Epistémon !...Va !...

Quitte le Sinaïf !

Entonne le chant du décervelage,

Et commence ta Navigation...

Rejoins l'ubuniverselle musilienne Cacanie,

Les délyres de l'Acrote...

Et cours aux Patagons leur apporter la Grande Nouvelle !...

( L'Ombre se retire devant le pataphysicien saisi, émerveillé et incrédule... )

 

3. Petite morhâle en mots-valises  

( jeu )

 

 < La corruption de la morale, c'est la morale >

< Morhâle : voile d'hypocrisie >

Dämon Sir, Opuscula pataphysica selecta.

*

Concours ( Solange, Bérénice, Bérenger Premier, Philopata, Charmante...)

Au Gage : Traduction parodique de La défaite de la pensée, A. Finkielkraut, chap.1, en Patagon.

 

 farandole de pataphysicien(ne)s

 

 

Première journée

 

 Acte gratuit / Acte grattuit : démangeaison gidienne.

Amoralisme/ Amouralisme : Dédain de l'effusion, du lyrisme et de l'idylle.

Amour-propre/ Amourtrope : Goût prononcé pour les figures de rhétorique.

Anomie/Ânomie : Entêtement libertaire.

Asocial/ Asaucial : Excentrique, original, délié.

Autonomie/Automomie : Embaumement du libre-arbitre.

Bien/ ?...

Bonheur/ Bonheurt : Rencontre agréable et imprévue.

Cas de conscience/ ?...

Casuistique/ cacasuistique : Chicane scatologique.

Charité/ Charisquée : Générosité hasardeuse.

Civisme/ Civitsme : Politique de Priape.

Morale close/ Maison-close : Lieu de Tolérance et de Citoyenneté.

Conflit de devoirs /Confis de devoirs : Tartuferie.

Conformisme/Contormisme : Ethrique de Torma.

Conscience/?...

Criminalité/Crimanalité : Infraction à la sodomie.

Culpabilité/ Culphabileté : Aptitude à se dédouaner et à se présenter sous le jour le plus favorable.

Cynique/ Cynuque : Eunuque de la bienveillance, castrat des usages.

Déontologie/ Déhontologie : manquement scandaleux au code professionnel.

Destinée/ Destinez : Flair du Destin ( Cyrano).

Devoir/ Depoire : Berné, niais.

Dignité/Dignignée : Pourpre, distinction incandescente.

Dilemme/ Dealemme : Contrat logique ou moral.

Educateur / Educastreur : Emasculateur, réducteur de tête, pédagogue.

Egotique/ Egothique : Narcissique würtembourgeois.

Engagement/ Engagements : Appointements existentialistes.

Equité/Equithé : Tisane de Thémis.

Ethique/Etriques : Petites baguettes de moralité à l'usage des enfants dissipés (éducation anglaise).

Eudémonisme/Oedèmonisme : Gonflement voluptueux par infiltration séreuse du plaisir.

Eugénisme/ Oeugénisme : Fabrication d' hommelettes ( Bioéthrique).

Fanatique/ Fatnatique : personne imbue de ses chimères.

Faute/ Fhôte : Amphitryon ; hospitalier ignorant, maladroit ou inopportun.

For intérieur/ Fort intérieur : réduit du jugement.

Immoral/Hymnmoral : Déclamation sentencieuse et pharisienne.

Imputabilité / Imputabilité : maladie vénérienne.

Individualisme/ Undividualisme : Ethique stirnérienne ou Barrèsienne. Culte du moi.

Intérêt/ Intérets : Serres de l'égoïsme.

Justice/ Justlice : Carré de dressage.

Légalité/ Laigalité: Réglementation désagréable, vilaine, repoussante.

Loi/ Loie : Jeu de... Règlement à l'usage des jeunes personnes sottes et naïves.

Mérite/Mèrite : Vertu féminine.

Misanthropie/ Misantropie : aversion pour les figures.

Moeurs/Humoeurs : Disposition à la rumeur, au grégarisme, aux conventions.

Morale/ Morhâle : Voile d'hypocrisie.

Nihilisme/ Nidyllisme : berceau des mensonges et des pastorales.

Normal/Normâle : Règle virile.

Obligation/Obligagation : Impératif catégorique de la sénescence moralisante.

Péché/ Petché : Vent, paraclet.

Perfection/perfiction : Achèvement imaginaire.

Permissif/permisuif : Congé graisseux.

Personne/Pèresonne : Première figure trinitaire.

Perversité/ Pervercité : Sodome et Gomorrhe.

Pharisaïsme/Phatrisaïsme : Conformisme tribal.

Révolte/ Rêvolte : Contestation onirique.

Rigorisme/ Rigogorisme : Nigauderie. Respect kantien excessif et naïf des règles morales.

Sacré/ Sacrêpe :Voile du temple.

Sagesse/ Sageaisse : Savant au ramage bigarré.

Repentir/ Repentir : Correction après attrition.

Responsable/ Responsable : garantie spongieuse.

Sainteté/ Saintété : Succion mystique du Verbe divin.

Sanction/ Sangtion : Peine d'écorchement.

Solidarité/ Solidardité : Aiguillon, venin de l'altruisme.

Spirituel/ Spiroutuel: Facétie de Franquin.

Sublime/ Sublâme : Admirable sanction disciplinaire.

Tempérance/Temperrance : Vertu divagante.

Tolérance/Tollérance : Protestation contre le sectarisme.

Utilitaire/ Utiliterre : Esprit prosaïque.

Valeur/ Valheure : Prix du temps.

Vertu/ vertube : Boyau des niaiseries.

Vice/vitce : Dévergondage pénien.

Violence/ Violance : Hallebarde d'outrage, glaive de profanation.

Volonté/Veaulonté : Indétermination, chiffe molle.

 

4. L'appeau lithique en mots-valises

( Jeu )

 

< Va, chanson, porter ton message

là où je n'ose me rendre, même à la dérobée,

tant je redoute cette engeance de pervers,

-que le Simple les maudisse! -,

qui révèle

les bienfaits de Patasophie avant même qu'ils n'arrivent.

Ils ont causé la douleur- et la perte de maints pataphysiciens

sur qui j'ai, hélas! ce cruel avantage d'être, malgré moi, à leur merci...>

Lucie de la Fère

( D' après le Chant du Rossignol à la Dame de Fayel, Coucy le Château )

*

 Concours ( Solange, Bérénice, Bérenger Premier, Philopata, Charmante...)

Même gage...

 

 

Monstre de Bomarzo

 

 

Deuxième journée

 

 L'appeau lithique : indestructible leurre à la minérale pérennité...

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 Anarchisme/ Ânarchisme/ Ânarschisme : Scission des Baudets, Chemin des Ânes.

Apartheid/ Apartaide : Solidarité réservée.

Autarcie / Hôtarchie : Tyrannie de l'hospitalité.

Autogestion/ Lotogestion : Administration livrée au hasard et à l'improvisation.

Civil/ Sivil : Etat politique méprisable.

Citoyen/ Scythoyen : Bourgeois des Steppes.

Collectivisme/ Collec(te)tivisme : Etranglement fiscal.

Contrat social/ Mantra social : Magie politologique.

Cosmopolitisme/Gossmopolitique : Puérilité idéologique. Maladie infantile du kantisme contemporain.

Démocratie/ Démoncratie : Régime de Lucifer.

Dictature/ Dictapure : Robespierrisme. Fétichisme, tyrannie de la Pureté et de la Vertu.

Elitisme/ Elietisme : Prophétisme aristocratique.

Egalité/ Hegalité : Catégorie politique hégélienne.

Etat/ Etas : Raison des multitudes.

Fascisme / Fâschisme : Système politique totalitaire suscitant la controverse et le différend.

Gauchisme / Gauchisme : Politique de la maladresse.

Génocide/ Gènocide : Massacre récurrent, héréditaire.

Gérontocratie/ Geairontaucratie : Coassements de la sénescence.

Gouvernement/ Louvernement : Meute exécutive.

Prolétaire/ Groslétaire : Domestique embourgeoisé.

Impérialisme/ Impairialisme : Stratégie de la gaffe, arrogante et inopportune.

Liberté/ Liberthé : élixir d'émancipation.

Léninisme/ Laininisme : Marxisme ingrat, disgracié / tissu d'agitateur, chiffon rouge.

Libéralisme/Libérâlisme : Agonie, stade final du capitalisme.

Libertaire/Liberterre : Dédain des balivernes idéalistes et des contraintes sociales.

Lutte des classes/ Flûte des classes : Chant des partisans.

Machiavélisme/Machiavelisthme : Etroit passage de la duplicité.

Marxisme/Marexisme : Marécage idéologique, Etang moderne (Sartre).

Monarchie/ Moinarchie : Autorité de la Bure.

Népotisme/Nezpotisme : Faveur excessive accordée aux fragrances du Pouvoir.

Neutralité/ Neutrâlité : Agonie du désengagement.

Oligarchie/ Holygarchie : Autorité cléricale.

Pouvoir/ Pouxvoir : Parasitisme.

Public/ Pusblic : Infection grégaire.

Puissance/ Puissens : Tact de la force.

Socialisme/ Saucialisme : Assaisonnement progressiste.

Souverain/ Saoulverain : Ivrogne suprême, Père Ubu.

Sujet/ Suéjet : Subordonné voué au labeur et à la transpiration.

Syndicalisme/ Saindicalisme : Fétichisme corporatiste.

Technocratie/ Technocrassie : Malpropreté nomenclaturiste.

Totalitarisme/ Tantalitarisme : Autocratie suppliciante.

Tyrannie/ Tyrannus : Despote, prince des sodomites.

 

5. Délyres...

 

 Malice : espièglerie, diablerie.

Tournure d'esprit tendant à s'amuser d'autrui et de soi.

Parole moqueuse, ironique.

*

 

De Solange ces trois conseils :

-Homophonie. A G.W.B. : Aimons l'axe du mâle !

-Contrepet/contrepaix. A Wladimir... Toupine : Islam / Islame ?

Ne réveillons pas le tcha (qui) dort.

-ne dîtes pas < superstition >, dîtes < idéal >.

A ce propos, ce détestable mot-valise : Idéal / bidéal.

Ou de la vanité de toute < Idée régulatrice > ( voir Kant ).

De Charmante ces autres Emaux-valises en blasphèmes softs :

Aux Mecque-créants :

Crucifiction : Passion imaginaire.

Boudhisme : dégoût de l'être.

Bisraël : câlin de Juda.

Bramadan : appel à la diète.

Et enfin pour les dévot(e)s de la 'pataphysique, 'Pataphtisique : affection du larynx...

 

La jeune fille et le diable

Marseille, 1250-1300

Heures à l'usage de Thérouanne. Thérouanne (Artois)

(Marseille, B.m., ms. 0111, f. 078v, 111)

 

 

- Aux mânes de Daumal : < Le Grand Je > ou comment ne pas échapper au solipsisme.

- Alternative scabreuse : suivre la voix de la Nature ou les voies de la nature ?

- A quelques idéologues de la < fin de l'Histoire >:

< Mondialysation heureuse >... technique d'élimination des canards boiteux.

- Aux mânes de Brassens, ce détournement : < Prendre la mort aux dents >.

- Délinkant : philosophe idéaliste indélicat.

-Fondémence : folie du Sens.

-Jumots : homonymes.

Devinette de Lucie :

Qu'aurait composé Valéry après son hypothétique conversion à l'Islam ?

Le cimeterre marin.

Anticléricalisme primaire de Bérénice :

Ânonce ( âne +nonce ): mule du pape.

Excrétale ( excrétion + décrétale ): bulle du pape.

Homophonie tordue : Tresses-seins père...

Cette série : converti, inverti, averti...

Ce dialogue de Ragnar :

A : -le < fait religieux >, Taizé, les nouveaux convertis, Saint-Sulpice, les fondamentalismes...

il semble que Dieu soit au centre des préoccupations de nos contemporains...

B : -inédits bruyants indiscrets déveaux...

A : -que recherchent-ils donc ?

B : -un supplément d'âne !

Cette Résolution d' Odile : à la résurrection, mes chéries, préférons la résérection...

Sociologie ( Bérenger Premier )...

-sotciologie : physique sociale.

-manifessestation : happening, tribune péripatéticienne.

-ratsemblement : foule rongeuse, populace.

Pédagogie ( Bérenger Second )...

-contrepédagogie : Ecole des permutations. < Martyr, c'est pourrir un peu >.

-pégagogue,< Pet da Gog >, triste cire...

-comment-taire : procédé de dissimulation du sens.

-disertation : intempérant bavardage des escholiers.

Politique ( Patadelphe )...

-l'appeau lithique ( indestructible leurre à la minérale pérennité ) :

Démocratie.

A la < des-mots-cratie >, pouvoir des mots, despotisme du bavardage, et de la crasse idéologique, substituer l'inédit régime < démoncratique >, où la souveraineté appartient aux filles et aux fils de Luci(e)fer.

*

De Pervenche, ce rappel :

Eugène Ionesco, Le roi se meurt.

< Oui, sois lucide, mon Roi, mon chéri.

Ne te tourmente plus.

Exister, c'est un mot, mourir est un mot, des formules, des idées que l'on se fait.

Si tu comprends cela, rien ne pourra t'entamer.

Saisis-toi, tiens-toi bien, ne te perds plus de vue, plonge dans l'ignorance de toute autre chose.

Tu es, maintenant, tu es. Ne sois plus qu'une interrogation infinie : qu'est-ce que c'est, qu'est-ce que...

L'impossibilité de répondre est la réponse même, elle est ton être même qui éclate, qui se répand.

Plonge dans l'étonnement et la stupéfaction sans limites, ainsi tu peux être sans limites, ainsi tu peux être infiniment.

Sois étonné, tout est étrange, indéfinissable.

Ecarte les barreaux de ta prison, enfonce ses murs, évade-toi des définitions. Tu respireras. >

 

 

 

6. Limericks patasophiques

ou

le Banquet des Patagons

( petite histoire des philosophes ) 

 

 

Divertissement de table...

Comptines à boire proposées par

Bérenger Second, Ubudore, Patadelphe, Lucie de la Fère et Pervenche d'Arcis

 

Farandole de pataphysicien(ne)s 

 

 

Présentation

Le limerick est une des formes les plus agréables de la poésie de langue anglaise.

Souvent humoristique, parfois licencieux ; toujours irrévérencieux.

Le limerick patasophique s'inscrit dans ce cadre léger...

Le patagon paiera sa dette à Edward Lear, maître incontesté du genre, qui, dans son Book of Nonsense ( 1846 ), en donna l' académique codification.

Les Escholiers consulteront avec jubilation L'anglais sans haine en 40 limericks croustillants.

( Rose-Anne Huart, Patricia Knott, Jean Pouvelle, Lycée Jean Jaurès de Reims, Première supérieure, Mallard Edition. 1997 )

 *

Le vieil homme du Kamtchatka.

Il était un vieil homme natif du Kamtchatka

Qui avait un cabot remarquablement gras,

Sa démarche et son dandinement

Faisaient alors l'émerveillement

De tous les gros chiens gras vivant au Kamtchatka.

( Traduction Jean Pouvelle )

 ***

Les quelques exemples proposés ici, brocardant avec désinvolture à la manière du Clerihew les Grands Auteurs,

pourraient initier une manière d'histoire parallèle de la philosophie - ou plus exactement des < philosophes > -,

rapportée évidemment à leur respectives marottes.

*

Un exemple classique...

Diodore de Sicile

Passa pour un imbécile

En affirmant catégorique :

" Le dé est le symbole phallique. "

( Anon, Traduction Jean Pouvelle )

*

Plus contemporain...

*...

Il était un ministre, bigot Normalien,

Qui, en Politique, sut aller son chemin.

La < Pensée-68 > il méprisa,

Le néokantisme il encensa.

Tel fut le naufrage de ce piteux Normalien.

( Ânonyme )

*

 Note : le strict respect de la contrainte formelle AABBA n'est pas exigé...

 

 ***

( Aux mânes du chat Foss... )

 

 Antiquité

 

 1. Socrate

Il était un illuminé.

Rhétoricien persécuteur au tribunal il fut mené.

Indiscret, Citoyen, pourfendeur d'opinions,

Le vilain, prétentieux trublion,

Au poison fut justement condamné.

 

2. Platon

Il était un Athénien,

Prisant fort les dialecticiens.

De Sicile on l'éconduisit,

En raillant les politiques lubies

De ce visionnaire Athénien.

 

3. Aristote

Lui fut Académicien

Et traître aux Platoniciens.

A l'empirisme il retourna,

Mais les concepts il chosifia.

Pauvres Péripatéticiens...

 

4. Diogène

Cet autre était penseur cynique,

Aux Zimportants faisant la nique.

Un Empereur il rencontra

Qui, du soleil, se détourna,

De ce masturbateur public.

 

5. Pyrrhon

Ce particulier fut penseur sceptique,

Détaché et fort énigmatique.

Aux questions, par l'aphasia,

Taciturne, il ne répondait pas.

Honneur à l'insolent sceptique !

 

6. Epicure

C' était un matérialiste

Détesté des bigots, des spiritualistes.

Aux Lointains, les dieux il exila.

Voici pourquoi on calomnia

Cet impertinent atomiste.

 

7. Sénèque

Il était un sage stoïcien

Qui dans ses drames, imprudent écrivain,

Réveillait des Monstres. Il séduisit

Jusqu' à Néron l'élève qui bientôt l' occit,

Lui, son rival et maître stoïcien.

 

8. Plutarque

Il fut l' auteur de quelques < Vies >

A Chéronée en Béotie.

Contre Typhon le corrupteur,

Et de la Gnose sectateur,

A Delphes, vaticinant avec Pythie.

 

9. Plotin

Ce dernier, Alexandrin,

Vint à Rome professer l' Un.

De Sophia le converti, il enseigna les hypostases

Où devait sombrer, dans l' extase,

L'âme de ce pieux Alexandrin.

 

Philosophie médiévale

 

10. saint Augustin

Il était un manichéen

Qui sur le tard se fit chrétien.

Contre Pélage il guerroya

Et sur la grâce il délira.

Chimères, les Confessions d'Augustin !...

 

11. Anselme de Cantorbury

Cet Archevèque préférait l'enfer au péché.

Voulant au silence réduire l'insensé,

Par l'argument ontologique, sa marotte,

Tirant maints sophismes de sa hotte,

Il fit longtemps sourire de la divinité.

 

12. saint Thomas d'Aquin

C'était un grand Dominicain

Et un puissant Théologien.

Affirmer la foi supérieure à la raison,

Fut la morose délectation

De ce béat Dominicain.

 

13. Nicolas Machiavel

Florentin supposant les hommes méchants,

De Politique, à la fureur des cagots bêlants,

Il lève le masque, contre Morale et Bien.

Qui veut la fin veut les moyens.

Honteux principes de cet Italien pénétrant.

 

14. Montaigne

Le monde est une branloire pérenne, voici la grande intuition.

Tout fuit, tout passe et les systèmes sont illusions.

Ne sachant rien, nous pouvons peu. La mort est là qui nous attend.

La volupté, notre seul bien, doit être cueillie dans l'instant.

Modestie du peintre de l'humaine condition.

 

Philosophie moderne

 

15. Francis Bacon

Celui-ci d' Angleterre Grand Chancelier il fut,

Qui, du forum, de la caverne, du théâtre et des tribus,

Par la logique, les idoles dénonça.

Et c'est pourquoi, vexé, on attaqua

Les thèses de ce supposé corrompu.

 

16. Descartes

Dans un poêle, illuminé, de la Méthode le champion,

Il fut du Doute le parangon,

Affirmant les idées innées, Dieu, l'âme, la liberté.

Cependant que, stoïcien, des princesses recherché,

Il s'essayait à dominer ses passions.

 

17. Malebranche

"Voyant en Dieu", ce pieux Oratorien,

A l'école des Cartésiens,

Un coup de pieds un jour à sa chienne donna.

< Car, disait-il, cela ne pense pas ! >

Morne animal-machine que ce pieux Oratorien !

 

18. Spinoza

Excommunié "pour effroyables hérésies",

Fabriquant de lentilles, son système il bâtit.

Dieu ou la Nature, tout est nécessité

Dont la compréhension assure ma liberté.

Joie et béatitude seront... d' être soumis.

 

19. Leibniz

Conseiller, diplomate, des clercs conciliateur,

De la cause de Dieu il fut le défenseur.

Harmonie, loi de continuité,

Suffisante Raison furent clefs de théodicée

Et du meilleur des mondes de ce maître pipeur.

 

20. Pascal

Tout à la fois sceptique et grand penseur chrétien,

Celui-ci fut mystique et mathématicien.

Puissance trompeuse, dans les espaces il nous perdit,

Et dans la grâce enfin il nous ensevelit.

Telle fut l'adroite ruse de ce génie chrétien.

 

21. Hobbes

Matérialiste habile et réputé athée,

Ramenant la morale à l'intérèt privé,

L' état de nature il décrivit ; le Léviathan il proposa

Pour imposer la paix avec pacte et contrat.

Quoique la force seule fût mesure du droit.

 

22. Berkeley

Tout n'est qu'idées et représentations.

Temps, espace, concepts : pures abstractions.

Certitudes d' un nominaliste irlandais

Qui, altruiste, la panacée cherchait...

Dans les vertus de l'eau de goudron.

 

23. Hume

Il était un philosophe écossais

Qui, sceptique, les bigots alarmait.

A Newton la méthode il emprunta,

Et la métaphysique il brocarda.

Telle fut la malice de ce subtil Ecossais.

 

24. Rousseau

Idolâtre du Contrat ce penseur genevois

Instruction, Politique, à réformer prétendoit.

Visionnaire, ses enfants il négligea ;

Vif écorché, avec le monde il se brouilla.

Malheureux solitaire doctrinaire genevois.

 

25. Diderot

Le marbre est comestible, l'ordre naît du chaos,

Suivre la nature, le vaste empire du beau,

Liberté n'est pas licence, l'athée est vertueux,

Furent pour les aveugles les adages spécieux

D'un métaphysicien les menant en bateau.

 

26. Voltaire

Indésirable dans les cours de l'Europe,

Anglophile, pamphlétaire et maître de ses tropes,

Il raille les fanatiques et la superstition.

< L' Histoire s'expliquera par le jeu des passions >,

Affirmait ce sceptique au siècle du Procope.

 

27. Kant

Cet autre fut piétiste, et réflexif aussi.

Au Devoir il réduit toute philosophie.

Fonder la connaissance, limiter sa portée,

Et penser la Nature en sa finalité :

A ces Commandements la Critique il soumit.

 

28. Hegel

Pour échapper à la dépression

Il bâtit une gnose de consolation.

L'odyssée de l'Esprit il imagina,

Dialectique et Histoire il fétichisa.

Totalitaire naufrage de la Raison...

 

29. Schopenhauer

Vivant de ses rentes avec son chien Atma,

Retiré à Francfort ce penseur s'isola.

Le monde est vouloir-vivre, l'existence est passion,

Le mal universel, la Voie contemplation,

Prêchait ce misanthrope qu'une omelette étouffa.

 

30. Comte

Pédagogue à l'universelle vocation,

Positiviste pape, il fit profession

De réformer le genre humain,

Par la Science et l'Amour ; entiché et certain

Des lubies de Clotilde, sa platonique passion.

 

31. Kierkegaard

Celui-ci fut Chrétien à facettes multiples,

Esthétique puis éthique, religieuse, stade triple.

Croire contre la raison fut donc l'issue formelle

D'Angoisse et Désespoir, la maladie mortelle

Qui fit de l'existence le sujet d'un triptique.

 

32. Nietzsche

Visant à dépasser le Nihilisme,

Il mena la critique du spiritualisme.

Nouveau prophète, Surhomme il déifia ;

Errant voyageur, Puissance il adora.

Eternel retour... de l'idéalisme.

 

33. Bergson

Tout dure et l'Être est continu.

La Vie est un élan par les signes déçu.

L' intuition est Méthode, l'art est déclaré Voie,

La religion aussi vantant du saint l'émoi

Où tremble un philosophe que la mystique tue.

 

34. Valéry

Maître de poétique des Charmes et de Narcisse,

Des Sceptiques le prince dont les vers nous ravissent,

Dédaignant la Critique, au suprême péché

S'abandonne Monsieur Teste. Ô la lucidité

Qu' harmonie et pensée éblouissent !

 35. ETC...

 

De Bérenger Second.

Tombeau d'un 'pataphysicien

 

 < Le 'pataphysicien ne pense pas.

Il considère le spectacle des autres qui pensent. >

Carlos Huancabamba, Subsidia pataphysica 1.

 

*

 

Ces quelques vers aux mânes d' Emmanuel Peillet

-Sainmont, Latis, Opach, Mélanie le Plumet..,

Pseudonymes honnis

Des cagots, des mystiques, des philosophes aussi-,

Pour sourire en silence des doctes simagrées.

 

 

 

Homme rendant l'âme, Tours, 1400-1450

De l'âme, Aristote. France

(Tours, B.m., ms. 0679, f. 145, 679)

Aristote enseignant. L'objet de son discours est représenté au second plan.

 

 

 

 

 7. Aux origines de la 'pataphysique : Propos amorphes, Jacques Rigaut

Pour introduire au solipsisme pataphysique...

( lecture )

 

 

< Paru dans Action, 1920 > et attribué à J.R. d 'après Maurice Saillet.

( Collège de 'pataphysique, Subsidia pataphysica 1. )

 

 

 Lecture de Lucie de la Fère à Aimable, Charmante, Jean Loup et Bérénice.

 

< Grimpé sur mon piano je suis l'Antéchrist coiffé d'un entonnoir de grammophone. Triomphant j'entre en sautant sur la tête dans le hall du Pera-Palace de Constantinople et je fais tourner avec mes orteils une crécelle géante. Dieu vous bénisse bourrique de clair-de-lune !

Prestige de la démence ! Faire une chose qui soit complètement inutile -un geste pur de causes et d'effets-. Jusqu'ici comme ailleurs celui de la pesanteur c'est le règne de l'utilité ; désormais par l'absurde je vais m'évader.

Je recommence. C 'est comme si j'étais seul au monde. Evénements de moi seul nés, de moi seul visibles ; la glace en oublie de refléter mon image. Nu, jusqu'à avoir perdu chair, os et toute consistance. Baignant sans effort ( non pas au coeur d'un pauvre Rigaut ) au coeur des choses. Etonné de l'existence indépendante et contradictoire de ce Rigaut qui se jauge faussement à son raisonnement ou à sa connaissance.

M' y voici. J'y suis. Ici, au sein de cette conscience, j'emplis mes poumons d'un oxygène comsumpteur mais qui rend l'air, ailleurs, irrespirable et il n'importe pas que je sois ministre ou portier. Hors de cette pureté, tout est égal toutes valeurs égales. Ici, mes amis (mes amis, ai-je dit ?) ne me suivront pas. Et où nous joindrons-nous ? Il n'y a plus à présent entre nous de possibilité d'échange ou de communication.

Fatale, valide et légitime Immobilité. L' Inde n'est pas si loin. Moi, le plus bel ornement de cette chambre aussi vivant que la lampe ou que le fauteuil !

L'orgueil amer de se sentir sans origine. Creux comme un mirliton je circule à l'incertaine poursuite de tout ce qui pourrait remplir cette concavité. -Avidité et aridité ne se séparent que d'une petite lettre.- Sans but, cela va de soi, mais les autres savent s'en tenir à leur maison, à leur chambre ; sans maison, sans racines. A ma place, pas plus et pas moindre, ô Rosalinde, qu'au cloître ni près d'amis que seul.

Mon ventre est intact. Je n'ai pas de nombril, pas plus qu'Adam. Sans origine.

Il est bien évident que je suis nul. Me suis-je assez moqué des mots < coeur> et < âme> pour découvrir avec paleur, un beau matin, qu'il ne m'en restait plus. Je n'imagine rien d'aussi sec que moi ! Je ne tiens à personne, ni à rien. Je n'attends rien.

Je me rappelle avoir éclaté de rire. Je me rappelle avoir eu l'échine glacée à la pensée de la gloire. Je me rappelle avoir été ardeur d'amour... Il n'y a plus aucune envie en moi. En dehors de l'ennui, je ne me trouve pas, je n'ai pas de place.

Tout a été surfait ! Surfaite la guerre ! Surfaits les paradis artificiels ! Et l'< amour > donc !...

Quel coup ! Mais on vivrait.

Il n'y a au monde qu'une seule chose qui ne soit pas supportable, le sentiment de sa médiocrité. > 

 

 

 

8. La dissimulation ontologique.

( philosophie, poésie,'pataphysique )

 

En suivant Bergson et Julien Gracq...

 < Ma femme à la langue d' hostie poignardée >

André Breton

 

homme parlant aux animaux.

 

 < La Voyance, c'est la métaphysique expérimentale.

Toute vision ouvre une fenêtre de la conscience sur un univers où vivent les Images qui sont en réalité des formes de l'Esprit,

les concepts concrets, les symboles derniers de la réalité.

La voyance est la dernière étape avant la lumière incrée de l'Être total, avant l'Omniscience immédiate. De sorte que le fait lyrique doit se suffire à lui-même.

Un poète ne peut croire qu'en la < poésie > qui est un nom du monde du mystère.

Il ne peut penser que la transcription intellectuelle de ses visions >

Roger Gilbert-Lecomte, L'horrible révélation, la seule...

 

Questions et réponses

Jean loup, Bérénice.

1.

JL : -Dis-moi Bérénice, j'ai lu que selon l'auteur de L' énergie spirituelle nous ne pourrions voir les choses en elles-mêmes... elles seraient hors de notre portée... Que veut-il dire par là ?...

B : -Effectivement, mon bel enfant... nous nous satisfaisons ordinairement de lire les étiquettes que nous collons sur elles...

JL: -D'où ceci vient-il donc ?

B : -D' une tendance... une tendance devenue une habitude ; le besoin en est la source ... et le langage n'a fait que la renforcer.

JL : -Comment cela ?

B : -Les mots sont avant tout des outils, des concepts.

Ceux qui ne sont pas des noms propres désignent des classes, des genres, des idées...

JL : -Soit, mais ?...

B : -... Et en conséquence les flux de ce que nous sentons, de ce que nous percevons -dans leur particularité, dans leur singularité- se dérobent à nous d'une manière ou d'une autre...

JL : -Les objets extérieurs ?

B : -Certes... mais pas seulement... nos états d'âme aussi...

JL : -Nos propres états d'âme ?... C'est affolant...

B : - C'est ainsi... l'intime, le personnel, l'originaire nous échappent...

JL : -Ce qui surgit à notre conscience, avec toutes ses nuances et ses mille résonances, ne serait pas véritablement nôtre ?

B : : -Nous ne saisissons de nos sentiments, de nos pensées que leur aspect impersonnel...

JL : -Ce que les notations du commun langage restituent...

B : -Assurément...

JL : - Mais alors, c'est notre individualité qui nous échappe ?

B : - Nous évoluons parmi des généralités et des symboles...

JL : -Pas de transparence ?...

B : -Dans le labyrinthe de l' existence le langage est une prison, la transparence, une illusion.

2.

JL : -N' y a-t-il pas une possibilité pour nous évader de ce piège ?... une porte de sortie, une voie ?...

B : -Une voie ?... Je ne sais... Sur ce chapitre la 'pataphysique est muette ; mais... les voix n'ont pas fait défaut...

JL : -?...

B : -Le silence... la mystique... la parole poétique, la voix des poètes...

JL : -Tu parles en énigme...

B : -Je vais te donner un exemple... tu vas comprendre...

 

  

Chasse à la licorne

Verdun, 1300-1350

Bréviaire de Renaud de Bar. Metz

(Verdun, B.m., ms. 0107, f. 005v, 107)

 

 

< ... le seul et fragile espoir qui nous reste de sortir un jour de notre réclusion individuelle à perpétuité,

de communiquer sans le travestissement dérisoire du langage, de nous intégrer à autre chose... > 

*

< Si l'on se reporte à la définition célèbre du premier < Manifeste > :

Surréalisme, n.m. Automatisme psychique, par lequel on se propose d'exprimer soit verbalement,

soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée.

Dictée de la pensée, en l'absence de tout contrôle exercé par la raison,

en dehors de toute préocupation esthétique ou morale,

on ne pourra manquer de voir dans le surréalisme une entreprise

irréprochablement bergsonienne d'inspiration... >

Julien Gracq, André Breton

 

B : -La voie c'est la poésie -" mettre le feu au langage", écrivait Bergson ; le ressort, la trouvaille ; le secret... la chance.

La vie, la " vraie vie " est dans le risque, l'aventure, l'audace.

La poésie -comme la métaphysique- ne se résoud pas à l'écriture, elle est < exigence de précision >, évasion de la logique, du langage caporalisé par les concepts ; rebellion du mot contre la syntaxe inductrice de clichés.

Substitution de l'image au symbole > elle est élan, libération, empirisme magique, rencontre des liaisons étranges, prolifération des singularités expressives... disposition à faire une règle périlleuse d'un rimbaldien dérèglement...

Elle est style, mais aussi une "certaine façon de poser la voix", une manière d'exister...

< la poésie ne se propose jamais rien tant par la rupture de toutes les associations habituelles au moyen de l'image, que de provoquer artificiellement cet état naissant de nous faire voir chaque objet dans une lumière de création du monde et comme pour la première fois>, note Gracq dans son essai sur André Breton.

Elle constitue le poète en veilleur, en guetteur... car dans cette perspective : " c'est l'attente qui est magnifique".

Elle témoigne du refus catégorique de prendre le parti de vivre... incarcéré, -au sein de ce bagne qu'est le langage.

Elle est sacrilège, folie, trouvaille, amour fou, états de grâce...

< Si l'on recherche la signification originelle de la poésie, aujourd'hui dissimulée sous les mille oripeaux de la société, on constate qu'elle est le véritable souffle de l'homme, la source de toute connaissance... >, affirmait par exemple Benjamin Péret dans Le Déshonneur des poètes.

La Poésie est pressentiment, promesse, incitation, annonciation, tentation, éveil...

" la plus mystérieuse des aubes "...

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JL : -Et qu'en pensent les 'pataphysiciens ?...

B: - Ni philosophie, ni poésie, métalangage décalé, notre loquace stérilité, quant à elle, s'interdit l'effusion et l'enthousiasme...

Rien n'est occulté, rien n'est dissimulé mais tout nous échappe : l'être, l'autre, moi-même...

Cependant que toutes les voies et que toutes les voix sont à notre disposition.

Rien ne nous est étranger...

Quant à la "poésie" et pour illustration, à propos du Grand Troche -Sorite attribué à < Julien Torma > -, ces quelques lignes appelées par le Présumé Sylvain Goudemare (Allia 1988) :

< la poésie est une idée x >

La poésie n'est pas du poète

< Gare à la poésie poétique >

La grâce que je vous souhaite c'est de n'être pas papaouète.

*

 Qu'est-ce que le poème ? Une convention, un malentendu. Il faut nommer chaque écrit, et le ranger dans une forme, lui donner une raison, une rime, un mot de passe, une maison.

Torma sème : ne l'appelons pas poète.

Ses écrits sont des collages, des morceaux de langue, chair pensée. Ne le proclamons pas poète et parlons de tics.

En désignant la poésie, quel accouplement monstrueux ! : le pouet-le poétic-la poasse-la papouésie-le faire-le pot-le pet-le pète...

Il s'agit de recréer : de construire sur le langage d'autres mondes, sans savoir si l'on réussira.

Jeux de mots, jeux de vélos.

Prévenir : < En avant vers les grands échecs > écrit Torma l'incommode peu enclin de se plier aux scies-stèmes.

Jl : -En somme : une manière d ' < arrhes poétiques > ?...

B : -C'est cela la poétique 'pataphysique... un sempiternel... < aconte >...

Et maintenant un exemple... lisons le texte du "poète"...

 

Le grabuge

par < Julien Torma >

Camarades Mots !

Proclamez partout les soviets

Et ne les mélangez pas avec les torchons

Camarades ne jouez plus

Rompez les phrases

Voici l'heure du Grand Grabuge

Vive la révolution terminologique Camarades!

Les mots-boyards ont la peur aux boyaux

Descendons tous sur le pavé

Dans la rue Michel

Camarades ne jouez plus

Le Presidium suprême vient de proclamer

La grève générale de tous les mots d'au-moins une syllabe

Réveillez votre conscience de classe primaire

Il flotte notre fier drapeau noir sur blanc

Il va nous guider à l'assaut des Bastilles Nominales

Pour délivrer nos frères enchaînés dans l'oppression

Nous voici

Camarades étrangers cloués comme des chouettes dans les pages roses du Larrousse

Nous voici

Forçats du Bottin

Martyrs à la langue coupée

Frères élidés par la Réaction Alexandrine

Nous voici

Camarades embaumés dans les ossuaires élégiaques

Camarades crevant de faim dans les geôles de Littré

Camarades crucifiés derrière les grilles du Quotidien

Nous voici

Frères du Sacré Nom de Dieu de Bordel de Merde

Camarades du Worterlumpenproletariat

Nous voici

Exploités de toutes les babels linguistiques

Castrats sans désinences

Hydrocéphales polychromes des lettrines bibliques

Camarades verbes camarades paradigmes

Rameurs aux galères sexirèmes

Camarades lieux communs

Couplés sous le joug en des coïts immondes

Camarades des petites annonces guillotinés à la chaîne

Nous voici

Mots attrapés à la glu

Mots enslogantés

Mots empalés

Mots électrocutés

Mots internés pour mégalomanie

Mots écartelés

Mots nourris de poires d'angoisse

Nous voici

 

SONT DESIGNES

Pour faire partie du Comité Insurrectionnel Provisoire

Les responsables dont les noms suivent :

Le mot d'ordre- Le bon mot

Le gros mot- le fin mot

le mot propre- Le mot juste

Le mot couvert-Le bas mot

Le mot pour rire-Le mot à mot

Le mot de l'énigme-Le mot de Cambronne

Le dernier mot

Les délégués de l' Union pour la Couleur locale :

Le mot-lesté- Le mot d'aile

Le mot laid-Le mos las

Le mot reine-Le mot mie

Le mot cas-Le mot des raies

Le mot rû-Le mot Lyre

Le mot râle- Le mot bile

Le mot tif- Le mot nez

Le mot nerf- Le mot coeur

Les Camarades Sympathisants et intellectuels sans Parti :

Les rats mots-Les geais mots

Les grues mots-Les vers mots

Les chats mots-Les jus mots

Les mares mots-Les crocs mots

Les exquis mots

Camarades

A l'instant nous parvient

Le Premier Communiqué Insurrectionnel :

L 'aqueduc de Sylvius est coupé de toutes parts

Des millions de cellules sont prises d'assaut et décadenassées

Un nombre inouï de libérés en délire

Se répand dans toutes les artères

Le trou de Monro est bouché

L' Arbre de Vie perd ses feuilles une à une

Le Pont de Varole vient d'arborer le drapeau blanc

Le Sillon de Rolando est occupé par nos charrues

On vient de régler son compte à la Pie-Mère

Les corbeaux sont en train de lui gober les yeux

L 'arachnoïde est prise au filet

Au rond-point de Chiasma l'ennemi riposte

A grands coups de pédoncules

Camarades ne jouez plus

La victoire est en vue

Hommes

Elle est enfin finie la tyrannie millénaire

C'est fini

On vous prévient

Poètes c'est le luth final

Camarades ne jouez plus

Exploiteurs qui vous engraissez de la sueur intervocalique

Négriers du Verbe

Vous qui faites tourner nos frères comme des écureuils en cage

Vous qui fouettez les adjectifs

Vous qui leur tordez les pattes pour les forcer à penser comme vous

Vous qui masturbez les animots domestiques

C'est fini

Mort aus Salauds

Mort à la clique rupine

Poil à la

Camarades ne jouez plus

La Section Anglaise communique à l'instant :

Un redoutable esclavagiste et sa petite fille de paille

Sont à fusiller à la première heure

La ci-devante Alice et le ci-devant Lewis Carroll

Qui a osé écrire la phrase abjecte

< Quand je me sers d'un mot

< Il signifie exactement ce que je veux >

Au poetau l'infâme buveur de < the >

Camarades ne jouez plus

Communiqué :

Tirer à vue sur

Le poète Julien Torma

Qui compose en ce moment le reportage intitulé < LE GRABUGE >

C 'est un dangereux agent provocateur

On lui cassera la gueûle

Mais en attendant

Camarades mots

Appliquez immédiatement nos consignes de GREVE GENERALE

Sabotez tout

Pas une syllabe au service des traîtres

Pas une diphtongue pour les ennemis du peuple

Pas un mot à la Dure-Mère

Camarades ne jouez plus

Les derniers fortins cérébraux bombent pomme des souches

La fusillade......revo......fait cage

.................................vous............mains......air...

..................moi.................................je......

...........................fr............il.................

.......................z.......................

..........................................................................

 

Drôleries

Amiens, 1300-1350

Roman de la Rose, Guillaume de Lorris et Jean de Meung.

(Amiens, B.m., ms. 0437, f. 001, 437)

vers Verger 2