philosophie pataphysique

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 Geste des opinions du docteur lothaire liogieri

 

 

'PATA KOANS

( paradoxes 'pataphysiques, par Adonis Colgue )

 

< Cy n' entrez pas hypocrites, bigots,

Vieulx matagoz, marmiteux borsouflez,

Torcoulx, badaulx plus que n' estoient les Gotz

Ny Ostrogotz, precurseurs des magotz,

Haires, cagotz, caffars empantouflez,

Gueux mitouflez, frapars escorniflez,

Befflez, enflez, fagoteurs de tabus

Tirez ailleurs pour vendre vos abus >

Rabelais, Inscription sur la grande porte de Theleme

 

 

 

table

 INTRODUCTION.

 'Patakoans

première série

1. de la pataphilosophie.

2. Du réel. 3. De l' irréel. 4. Des mots.

5. du réalisme nominal. 6. du sens et du non sens.

7. chez le logicien. 8. Philon aux enfers.

9. sens, clairvoyance et dépression.

*

deuxième série

1.de la certitude. 2. au pays des paradoxes.

3. Apparence et illusion.

A Cloyne.

4. Les prestiges de l' autre. juger autrui.

5.Pour bien penser faut-il ne rien aimer ?

( dissertation )

 

 

 

INTRODUCTION

 < Tu n' es pas même cela... >

La Sibylle pataphysique, Eclats

 

1. Il existe une vision populaire de la 'pataphysique.

Elle se fonde sur la croyance en la pertinence de l' idée de < salut >. Elle ramène la 'pataphysique à une manière de < sagesse>, à une quelconque < patasophique prudence > voire à une < sotériologie >...

Formalisme et Superstition guettent alors le 'pataphysicien dans sa brève et terrestre navigation.

Ce qu' on peut juger regrettable...

Sous leur forme la plus significative 'pataphysique et 'pataphilosophie ne sont pourtant... que jeux ; jeux auquels se réduisent l' existence et la pensée en dehors de toute espèce de < sérieux >, d' < utilité >, de < valorisation > ou même d' < efficacité >.

Jeux de mots, faits de langage dont les règles, il est vrai, supposent pour être assimilées une bonne dose de patience, de la rigueur, et une certaine pratique... mais aucune sorte d' initiation ! ... le roi est nu et l' empirisme radical est la règle... à la portée de tous...

Point de guide spirituel donc... mais des mots, des mots, des mots...

< Faire tourner la machine >... voilà à quoi se résoud le propos.

2. Afin de familiariser à l' < Ascience > le curieux ou l' internaute de rencontre qui se serait égaré sur cette page, nous proposerons un certain nombre d' exercices susceptibles d' éclairer la manière 'pataphysique, cette voie singulière propre à envisager des problèmes qui relèvent ordinairement de la solennelle et docte préoccupation... < philosophique >.

Dans la mesure du possible ces exercices devraient suivre l' ordre du tableau des questions plus académiquement et scolairement offertes à la sagacité et à la perspicacité des Escholiers.

En dehors de tout souci d' exhaustivité, cela va sans dire.

Il ne s' agit que d' un < divertissement > dépourvu d' enjeu et extérieur à tout pathos pascalien.

Une façon comme une autre de... passer et d' effacer le temps.

3. Ces exercices seront d' ailleurs assez proches dans leur esprit de ce que certaine tradition orientale nomme < Koan >.

Un < koan > est un casse-tête théorique présenté le plus souvent sous la forme d' un très court récit ou d' un dialogue. Il porte sur une interrogation spéculative.

Sa fonction est de dévoiler à l' Apprenti le non-sens enveloppé par la question posée.

Question qui s' avère ainsi n' être le plus souvent que la position d' un < faux> ou d' un < pseudo-problème >.

Ce qui d' ailleurs n' obère en rien son intérêt... le charme du < faux > étant souvent plus excitant voire même plus heuristique que l' < évidence > ou prétendue telle procurée par le contenu de < vérité > d' une pseudo réponse.

Mais alors que selon cet exotique "enseignement" à perspective édifiante le but de l' exercice est en dernier ressort l' < illumination >, c' est-à-dire la capacité à percevoir tout banalement le < particulier >, la réalité immédiate -en dehors, il est vrai, de toute croyance et d' idéologie-, l' objet de la discipline 'pataphilosophique est quelque peu différent.

Et bien plus modeste...

L' < ontologie > n' étant selon elle qu' un < embrayeur de fictions > parmi d' autres... et notamment de la fiction du < particulier >...

Le fameux < Tu es cela... >.

Au moyen des 'patakoans, le 'pataphilosophe s' efforce de < faire apparaitre > le cercle des apories, des embarras, des difficultés enveloppées dans les interrogations suggérées ...

Non pas pour les répudier en vue d' une quelconque et grandiloquente < libération spirituelle > mais afin d' en tirer la satisfaction intellectuelle d' un relatif et approximatif < éclaircissement >.

Si possible.

Sans pose, sans extase, transe ou ravissement... mais avec la délectation procurée par la recherche... pour le plaisir qu' elle procure et le sentiment de < l' effort > qui l' accompagne.

Car 'pataphysique oblige...

Substituant < l' applaudissement > à la < probation > la 'pataphilosophie obéit au genre "dialectique" au sens où le Pseudo-Sandomir paraphrasant le Stagirite définit :

< ... une méthode qui nous mette en mesure d' argumenter sur tout problème posé, en partant de prémisses plausibles,

et de permettre quand nous soutenons un argument de le balancer en affirmant successivenent son ou ses contraires. >

( Atopiques, 23 a 14 Troisième Commentaire )

Expérimentation idéologique, inventaire de propositions, elle ne prétend à aucun "progrès", à aucune synthèse dialectique.

La circularité est bien < la pierre de touche de la vérité > mais en un tout autre sens que celui allégué jadis par Hegel...

Celui d' une impasse indéfiniment reconduite ...

 

 

'pata koans

< Que nul n' entre ici s' il prétend avancer... >

< Une lampe qui n' est point obscure éclaire mal ... >

Dämon Sir, De la liberté du 'pataphysicien. ( L.3. ch 6. v44. v85 )

 **

A LA MANIERE DE QUELQUES KOANS ZEN

 1.

-Qu' est-ce que la 'pataphysique ?...

-C' est cela.

-Que doit faire un homme s' il ne la maîtrise pas ?...

-Qu' il s' en débarrasse !...

-De quoi peut-il se défaire puisqu' il ne la possède pas ?...

-Qu' il la conserve donc !...

2.

-Montrez-moi le chemin du salut.

-Qui t' a perdu ?...

-Personne...

-Quelle salut cherches-tu donc ?...

3.

-Qu' est-ce que la pataphysique ?...

-Qu' est-ce qui n' est pas la pataphysique ?...

4.

-Si vous rencontrez la 'pataphysique, éconduisez-la ! ...

5.

-Quel est le devoir d' un 'pataphysicien ? ...

-Être détaché de tous les devoirs ! ...

6.

-Comment atteindre à la 'pataphysique lévitation ?

-En n' ayant pas de liens qui vous enchaînent...

-Quels sont les liens qui nous enchaînent ?...

-Le désir d' atteindre la 'pataphysique lévitation !..

7. Je suis entré en 'pataphysique en me laissant dehors ...

8. Les pataphysiciens empêcheront la 'pataphysique d' advenir.

9. Ubu est l' ombre du 'pataphysicien. Tel 'pataphysicien, telle ombre d' Ubu.

10. Un 'pataphysicien ne saurait éclairer dix pataniais. Ce sont eux qui feront de lui un onzième pataniais.

11. Ubu dit : < L' univers ne peut me contenir. Mais l' Ascience du 'pataphysicien me contient >.

12. J' ai demandé à Ubu : < qui es-tu? > Il m ' a répondu : < toi >.

13. Quiconque se fie à Ubu, Ubu lui suffira.

14. Que le dés-espoir te comble, c' est le plus grand bien de tous les maux.

 

***

première série

 Pour commencer...

1..De la 'pataphilosophie

Du 'pataphilosophe : impressions rhapsodiques pour un portrait ...

 ***

1. question : Le 'pataphilosophe a-t-il quelque chose à apporter au savant ?

'patakoan : Apport éventuel de la 'pataphilosophie à la science ou ... Ascience ?

1. Que veut le savant ? à quoi prétend-il ?

Objectifs : Il vise à la connaissance rationnelle et à la maîtrise du réel, à la prévoyance. Il rompt avec le sens commun, le mythe, la poésie, la religion.

Esprit scientifique : souci de la démonstration et de la preuve expérimentale fondant la certitude. Rejet de la superstition, du principe d' autorité, de l' évidence transcendantale et de l' apriori. Prétention à ramener les phénomènes observables à des relations constantes, à des lois. Il interpréte quantitativement le donné phénoménal. Le jugement de fait exclut le jugement de valeur.

Démarche : établissement des faits et des lois. Application du principe de causalité. Inférences et inductions. Passage à l' interprétation théorique, synthétique et synoptique. Constitution de systèmes de connaissances méthodiquement liées ( théories ).

Mobiles et motifs: la recherche est provoquée par la passion du savoir, par des intérêts économiques, politiques et stratégiques. Technoscience et capitalisme. Mais aussi ludiques et pragmatiques, par exemple soins et confort.

2. Que veut le 'pataphilosophe ?

Il ne génère aucune connaissance. Il considère la science comme une forme de vie et un jeu de langage. Il lui donne acte de la valeur représentative de ses représentations symboliques, de ses fonctions, de ses théorèmes et de ses lois, de ses modèles explicatifs. Il reconnaît sa portée pragmatique.

A la différence du philosophe, il ne cherche pas à la fonder. Il accepte ses résultats et en tire pour lui même un bénéfice pratique.

Il considère avec grand intérêt mais aussi avec précaution ses éventuelles exaltations théoriques ; par exemple ses envolées cosmologiques, ou ses divagations eugénistes.

Le 'pataphilosophe étudie et décrit les coups de sonde de la métaphysique.

Mais à la différence du savant positiviste et militant qui prétend les réfuter au nom de la Raison, -et dont il n' est à l' occasion de ce différend aucunement l' auxiliaire-, il les considère comme des solutions imaginaires. Et inévitables.

Aussi irréductibles que ces dispositions d' esprit que sont l' animisme, le fétichisme, le polythéisme, le monothéisme.

Bien loin de les déplorer, il en jouit esthétiquement, les assimilant à des fictions souvent artistiques, à de la patascientifique littérature le plus souvent adroitement agencée.

Il relève par contre et sans commentaire le fait irréductible de l' inconnaissable et du tragique, c' est à dire de l' horreur inhérente à la condition du vivant.

Il conteste la pertinence des critères d' universalité et de nécessité appliquée à la loi et à la théorie et les envisage comme des reliquats de superstitions confessionnelles ( la Loi devenue la loi ).

Il sourit du scientisme, dogmatisme élevant la science au rang de panacée apte à la résolution des supposés problèmes existentiels de l' humanité ( Confusion des jugements de valeur et des jugements de fait ).

Il affirme l' Ascience, qu' il distingue de la Docte igorance ( Théologie négative et justification du fidéisme et du mysticisme.) Il refuse les jugements de valeur. Il accepte toutefois les jugements d' appréciation subjectifs. Il reconnaît la pertinence des jugements de fait et des propositions descriptives.

Il prête attention aux performatives.

Il se déclare incapable de se prononcer au sujet de la nature du réel, incompréhensible bien qu' explicable, a-sensé, inviolable, voilé.

Un savant 'pataphysicien ? Pourquoi pas... par exemple un médecin. Il perçoit les vertus comme les limites de son art. Sa philanthropie est une affaire de goût. Sa technique est pragmatique. Son progrès est indéfini.

L' infini lui échappe. Mais il le sait.

3. Le 'pataphilosophe semble donc ne rien apporter au savant. Toutefois il peut s' en faire un complice face au pesant despotisme des puissances cléricales, y compris... scientifiques.

Il y a ainsi un usage 'pataphysique de la physique.

*

 2. Question : Un 'pataphilosophe est-il nécessairement un homme de son temps ?

'patakoan: dépendance ou indépendance existentielle et intellectuelle du 'pataphysicien.

1. Toute existence est relationnelle...

Exister, c'est être, être à, être avec, être parmi, être avec autrui.

C' est partager espace, temps, coutumes, institutions, opinions, hallucinations et valeurs. C'est toujours déjà être imprégné des préoccupations et des soucis propre à l' humanité d' une époque, d' une culture.

Telle est l' irréductible donnée. Et le solipsisme est moins un mythe que l' effet d' une erreur d' analyse.

Le 'pataphilosophe est donc pour partie nécessairement contemporain.

Son existence spécifique peut-elle cependant se déduire de cette banale factualité ?

Topique de la 'pataphilosophie.

2. Le 'pataphilosophe est détaché ; son lieu géométrique est la tangente. C' est un voyeux. Curieux de tout, passionné de rien ; sa connaissance se ramène à un inventaire traduisant un goût et une méthode.

Immergé dans son époque, il n' en partage ni les idéaux ni les valeurs.

Il les étudie, les explore, les représente, les évalue. Naturaliste de la chose anthropologique, il ne s' y engage qu' en enchérissant et n' y participe qu' en toute lucidité à la manière d'un jeu susceptible de lui donner de l' agrément.

Seule fin qu' il lui reconnaisse.

Autant que faire se peut il fuit les importuns et les situations qui menacent son autonomie.

Lorsque le jeu commence à lui être à charge, il songe à s' en définitivement retirer.

Homme d' un temps donné, le 'pataphilosophe n' appartient pourtant qu' à lui même.

Et encore.

*

3. question : à quoi sert le 'pataphilosophe ?

'Patakoan : Finalité et / ou fonction de la 'pataphilosophie.

1. Evidemment à rien!

Le 'pataphysicien n' est pas un fonctionnaire de l' existence. Encore moins un domestique.

Telle est sa fierté. N' être au service de rien ni de personne.

Quant à la 'pataphilosophie, elle est sa propre fin. Elle n' a fondé sa cause sur rien.

La question n' est donc pas de savoir si elle recèle ou non une utilité mais plutôt de préciser l' intérêt qu' on lui peut conférer.

2. Jeu, divertissement, passe-temps : activité ludique. Certes. Mais aussi analyse réflexive, phénoménologique et généalogique, voire sémiologique de l' expérience humaine sous ses différents aspects et selon les divers ordres axiologiques.

Elle satisfait en premier lieu la curiosité, cette... étrange faiblesse du 'pataphysicien.

De surcroît, elle est susceptible de lui éviter quelques désagréments par l' anticipation des inévitables événements fâcheux qu' il ne manquera pas -capitaine au long cours-, de rencontrer dans la durée de son faustrollien périple.

En ce sens il y a bien une instrumentalité de la 'pataphilosophie et il faut lui accorder une incontestable valeur d' usage.

Toutefois la 'pataphilosophie n' est utile qu' au 'pataphilosophe.

Celui qui en accepte les attendus et les attitudes de détachement et d' irresponsabilité.

Si la 'pataphilosophie n' est asservie à aucune fonction, à aucune < Fin >, un but peut donc néanmoins lui être attribuée.

*

 4. question : Le 'pataphilosophe doit-il aller contre le sens commun ?

'patakoan : vocation polémique de la 'pataphilosophie ?

1. Le 'pataphilosophe emprunte toutes les avenues. Nul sens interdit ne saurait entraver sa déambulation. Chemineau mais non pélerin, vagabond dépourvu d' itinéraire, il récuse le sens unique, le bon sens, et poursuit ainsi qu' une girouette son errance, dans tous les sens.

Car tous les chemins de la pataphysique mènent à la 'pataphysique.

Aussi fera-t-il son miel des circonstances, des occasions, des opportunités qui se présentent.

A lui la présence d' esprit et le sang froid de l' adaptation au kairos. Il n' a d'ailleurs pas le choix. Devant comme tout un chacun assumer la contrainte de la contingence.

Il se gardera d' affecter le dédain à l' égard du sens commun.

Pose de Dandy inexpert.

Rompre des lances, tournoyer, débattre, contredire, perdre le peu de temps dont il dispose à amender, réformer, améliorer, ces attitudes lui paraissent naïves et de surcroît vaines. Aussi accompagne-t-il ordinairement le train du monde en se couvrant du masque d' un conformisme extérieur qui lui assure tranquillité et sécurité.

Paraître commun sonne pour lui comme un impératif hypothétique.

2. Toutefois il ne s' interdit pas le plaisir de la moquerie et, narquois, la satisfaction de dégonfler quelques baudruches si l' occasion s' en présente. Il arrive que l' arrogance des clercs, la fatuité des experts, la morgue des puissants l' indisposent et l' humeur qu' il en conçoit l'amène parfois à... simuler l' impatience.

Mais dans la mesure où à Guignol, ce jeu d' essences, les rôles sont fixés, -et où seuls changent les manipulateurs du Castelet-, la charge ne saurait excéder la portée et le ton de l' ironie.

Face aux conflictuels spectacles de marionnettes qui s' offrent à lui, y a-t-il attitudes plus décisives que celles du sourire, du silence et de l' indifférence ?

*

 5. Y a-t-il une place pour le 'pataphilosophe dans une société qui accorde toute sa confiance à la raison techno-scientifique et à l' essor économique ?

'Patakoan : situation existentielle du 'pataphilosophe du 21° siècle.

1. La Société n' est qu' une abstraction.

Personne ne l' a jamais rencontrée sauf évidemment les amateurs de preuve ontologique. Ce n' est qu' un concept de sociologue. N' existent en fait que des "sociétaires". Comme ils sont tous mus par des idées, des intérêts et des sentiments, c' est à dire par des représentations, le chaos déterministe qu' ils constituent et dont ils sont constitués génère nécessairement un certain nombre d' hallucinations collectives moyennes et statistiques constituant ce qu' on nomme ordinairement un < sens commun >.

Un Credo.

De fait chaque "époque" est caractérisée par un ton, une coloration, un système de valeurs dominantes traduisant une préoccupation hégémonique qui semble emporter l' adhésion collective. Pour l' heure, le souci économiste et technoscientifique est quasi obsessionnel.

Le 'pataphilosophe ne peut qu' en prendre acte.

2. Quant à la place assignable à la 'pataphilosophie dans un tel contexte, pourquoi pas celle-ci plutôt qu' une autre. L' humanité peut changer d' hallucination, elle ne peut se passer d' hallucination.

Le 'pataphilosophe se met donc docilement à son école pour mieux "chevaucher le tigre ".

Quand on prétend se maintenir en pleine mer, il vaut mieux en effet apprendre à nager.

Il pratique donc toutes les nages, et, empruntant les multiples caps autorisés par la rose des vents, manquant à la place, il avancera tel un nomade d' île en île, d' archipel en archipel au gré des courants mais en toute lucidité à l'instar du héros d' Homère oublieux de sa patiente Pénélope.

*

6. Pour 'pataphilosopher faut-il commencer par douter de tout ?

'patakoan : l' exercice du doute est-il la démarche inaugurale nécessaire à l' investigation 'pataphilosophique ?

1. Distinguons doute méthodique de type cartésien, doute sceptique, doute scientifique et doute 'pataphysique ( proche de celui du sens commun ).

-le doute sceptique, radical et définitif, établit l' impossibilité d' affirmer et de nier quoi que ce soit. Ses raisons sont de type logique, ainsi du diallèle, un des cinq modes de suspension du jugement : ce qui doit confirmer la chose en question a besoin d' être prouvé par la chose en question. Ainsi ne pouvant se fonder ni sur l' un ni sur l' autre pour prouver l' un et l'autre, le sceptique doit-il s' abstenir de juger de l' un et de l'autre.

Ephectique, apathique, zététique.

-le doute cartésien. Méthode philosophique qui s' applique systématiquement à tout ce qui n' est pas certain d' une certitude absolue. Cette méthode est subordonnée au projet de fonder la certitude de façon inébranlable. Elle est hyperbolique et métaphysique dans la mesure ou elle pose comme faux ce qui est simplement douteux et comme trompeur ce qui a pu tromper quelquefois.

-Le doute scientifique ou mise en question des observations et des théories en vue de les soumettre au contrôle expérimental. A distinguer de la falsifiabilité.

-le doute 'pataphilosophique désigne l' état d' incertitude ou d' expectative touchant moins la réalité d' une chose, d' un événement, que les expressions de la symbolisation humaine qui prétendent en rendre raison. Il se traduit par la suspension du jugement à prétention de Vérité.

Mais il ne se condamne cependant pas pour autant au silence.

2. On voit :

- qu' à la différence du doute scientifique qui ne dispense pas le savant d' accréditer la valeur de la science, le doute 'pataphilosophique -s' il reconnaît la portée représentative des concepts, des modèles et des lois-, pose un point d' interrogation devant la prétention scientifique à la connaissance du réel au sens d' un dévoilement ontologique.

Il reconduit de surcroît le questionnement traditionnel relatif au fondement de l' induction.

-qu' à la différence du doute cartésien -qui fonde la certitude sur l' évidence de la conscience de soi dans l' expérience du cogito-, le 'pataphilosophe interroge la valeur de l' évidence intuitive établie comme critère adéquat et fondement de la vérité.

La distinction de l' état de veille et de l' état de rêve peut-elle d' autre part être garantie par la caution d' une puissance transcendantale non trompeuse ? Son existence est au moins sujette à discussion.

-qu' en accord avec le doute sceptique le 'pataphilosophe met l' accent sur la distinction de l' ordre du réel et de l' ordre du discours. Pourtant, s' il dénie au discours l' effective portée ontologique, il admet toutefois contre le scepticisme la valeur pragmatique des conventions du discours.

En conséquence, s' il joue le jeu de l' expression sans être dupe de sa signification, comme de sa valeur et de sa portée, il ne partage ni les conclusions du dogmatisme cartésien , ni celles du dogmatisme scientiste, ni le parti pris de mutisme raisonné du sceptique.

Reconnaissant la vertu de l' < expectative > en matière spéculative, le 'pataphilosophe ne se condamne pourtant pas au silence.

Et il jouira des vertus de la parole comme des autres moyens d' expression en acceptant les inévitables ambiguités de la mise en signes, les irréductibles quiproquos du dialogue.

Car l' ambiguité des mots peut être heureuse. Et selon les divers sens du mot.

Si le doute accompagne le 'pataphilosophe comme l' ombre la figure au grand soleil de l' existence, il ne saurait donc constituer un fardeau pour la perception et l' élaboration de ces mondes parallèles que représentent les oeuvres de ses congénères et les siennes propres.

*

7. Le 'pataphilosophe recherche-t-il la vérité ou le sens ?

'patakoan : portée logique ou spéculative de la pataphilosophie ?

1. Le 'pataphilosophe ne recherche rien.

Il ne cesse de trouver à la manière du philosophe hégélien mais sans souci d' intelligibilité.

Spéculations, visions, élucubrations, idéologies, divagations, hallucinations, fictions, la matière ne manque pas et il y a de quoi faire.

Il affirme la vanité du principe de raison suffisante.

La 'pataphilosophie n' est qu' un métalangage, un discours sur.., une manière de prendre connaissance de.., Elle est miroir, pure surface accueillante aux reflets.

Ainsi que le mallarméen septuor.

Elle n' est aucunement gagnée par le fétichisme du Sens et de la Vérité. Ces succédanés de "Dieu".

2. Toutefois, si elle ne nourrit aucun ressentiment envers ces deux catégories logiques, elle les reçoit comme critères pragmatiques favorisant l' adaptation au commun réel.

Elle apprécie les expressions bien formées, l' exactitude des termes employés, la rigueur des enchaînements. Le négligé l' indispose et les sophismes trop faciles lui donne de la mélancolie.

De ce point de vue, le grammairien, le logicien, l' expérimentateur, le poète à contraintes lui sont comme des complices naturels.

*

8. Y a-il des problèmes 'pataphilosophiques résolus ?

'patakoan : clôture / ouverture du champ 'pataphilosophique.

1.Il n' y a rien à résoudre car au sens strict : y a-t-il des problèmes 'pataphilosophiques ?

Il y a des énigmes logiques, des problèmes de mathématiques, des questions scientifiques, des interrogations spéculatives. Le 'pataphilosophe n 'a pas compétence pour juger des trois premièrs types de difficulté. Bien qu' il puisse selon ses aptitudes prendre un réel intérêt à tel ou tel type de recherche.

Par contre, le 'pataphilosophe se heurte comme quiconque aux problèmes de nature et de valeur.

Métaphysique et axiologie sont ainsi au rendez-vous. Et circonscrivent le périmètre d' investigations habituellement propres au discours poétique, religieux et philosophique.

2. S' il n' y a pas de 'problèmes spécifiques à la 'pataphilosophie -qui n' est qu' un métalangage-, il existe cependant une 'pataphilosophie des types de problèmes dont le 'pataphilosophe établit le recensement et à la pseudo-solution desquels il peut -à ce titre- apporter sa contribution.

Ses personnelles... divagations.

Par jeu. Selon son goût, le temps dont il dispose et sa formation.

Il n' y a que des 'pata koans.

*

 9. La tâche du 'pataphilosophe est-elle de dénoncer les illusions dont les hommes vivent ?

'patakoan : fonction polémique de la 'pataphilosophie ?

1. L' éloge et le blâme sont étrangers à la 'pataphilosophie.

Au genre épidictique, elle substitue la déférence et le sourire.

Son style est celui d' une politesse glacée.

A distance.

2. Le 'pataphilosophe est-il libre penseur ou libre esprit ?

Au patronage de Voltaire et de Bayle, il donne sa préférence au Héros de Molière, à Dom Juan.

3. La 'pataphilosophie n' est que le répertoire ou le guide des transcendantales illusions.

L' annuaire inépuisable des égarements et des égarés.

Des Visions.

Jeu de miroirs, mise en abîme, dénombrement, cartographie.

Elle ne critique pas, elle relève. Elle mesure.

Avec Instructions nautiques, compas, sextant, boussole et règle Cras.

3. Imitative et ludique, féérique, comédienne et malicieuse, la 'pataphysique opérative est d' un autre côté élaboration d' illusions sensorielles, poétiques, transcendantes et spéculatives.

Elle met la main à la pâte.

La 'pataphilosophie en prend acte.

Dénonce-t-on ce qui constitue son pain quotidien ?

(15.05.2000)

***

2. DU REEL

Il y a. L'incontournable. Inintelligibilité. L'être et le néant. Au musée. Dialogue du sage taoïste et du 'pataphilosophe. Misère de la métaphysique.

De l'existence. Du rien. Rabelais 'pataphilosophe. Nécessité ou contingence.

'patakoans

1. Il y a.

On rapporte qu' à l' occasion d' un voyage, Hegel, philosophe ordinairement plus disert, eut ce mot devant la chaîne des glaciers alpins :

< C' est ainsi...>

Les quelques élèves qui l' avaient accompagné n' en crurent pas leurs oreilles.

2. L' Incontournable.

Un homme conçut un jour l' impérieux et soudain projet de prétendre s' échapper.

Il interrogea les scientifiques qui lui indiquèrent l' infinité et la monotonie des univers inaccessibles. Déçu, il s' adressa aux poètes qui ne lui révélèrent que la matière de leurs visions. De ses propres rêves il ne put se libérer. Il tenta alors l' approche des stupéfiants, des drogues et de l' ivresse. Il faillit devenir fou. Rageur, il s' engagea dans la littérature potentielle. Il bâtit des architectures imaginaires. Mais ces fictions n' étaient qu' autres prisons de formes et de concepts avant de devenir geôles pour les songes de ceux qu' il avait ensorcelés.

A la fin, il se suicida.

Et il retourna à la terre.

3. Inintelligibilité.

1. Un enthousiaste, pataniais plein d' espérances et qui n' avait rien lu, s' était mis en quête de Fondement. Il avait coutume d 'accabler ses maîtres de questions aussi pressantes qu' impertinentes. Un jour un de ses professeurs, excédé, l' envoya acheter quelque oignon.

Croyant à une mauvaise plaisanterie l' étudiant tout d' abord interloqué s' exécuta de mauvaise grâce.

Il revint néanmoins le légume à la main.

Sans piper mot son professeur entreprit alors de décoller délicatement et une à une les minces couches de peau sous le regard de l' élève ébahi.

La dernière peau enlevée, il ne resta plus rien.

Le jeune homme sourit.

On le félicita.

4. L' être et le néant.

Un contradicteur insolent s' avisa de confondre Martin H. sur un plateau de télévision afin de le mieux ridiculiser. Goguenard il lui demanda quelle était la différence de l' être et du néant.

Après avoir réfléchi quelques instants, le Grand Forestier sortit de sa poche un morceau de craie à l'usage de ses cours. Il le cassa une première fois et il présenta les deux moitiés à l' imprudent rustique fort surpris.

Il recommença plusieurs fois l'opération.

Puis, ayant salué son hôte et le public médusés, à pas lents, il sortit.

5. Au Musée.

Un enfant pria son père de le conduire à la Pinacothèque.

Il découvrit les Primitifs, l' Ecole italienne, les Flamands. Il s' extasia devant les gravures de Dürer.

A la fin de la visite il demanda : < -Nous avons vu tous les tableaux, nous sommes entrés dans toutes les salles, mais le musée, lui, où est-il ? >

6. Dialogue du sage taoïste et du 'pataphilosophe.

A : -prétendre saisir l' être, c'est ne rencontrer que le vide.

B : -prétendre rencontrer le vide, c' est mettre la main sur l' être.

7. Misère de la métaphysique.

A la première lune du printemps, les Mages métaphysiciens se réunirent en congrès pour discuter de la nature du réel. Il fallait mettre la main sur l' Origine, la Substance et la Cause.

Le premier invoqua la Matière et l' Eternité. Le second la Vie et l' Evolution; un troisième, l' Esprit et la Création.

La discussion commença et ne manqua pas de s' envenimer.

Vint ensuite pour leurs disciples respectifs le moment des commentaires, l' ivresse naïve des joutes, le plaisir d' affûter et d' entrechoquer les thèses.

Or, il arriva qu' un adolescent malicieux, égaré dans la controverse et qui avait pu observer le détail des disputes, s' avança vers les protagonistes du tournoi, un paquet de cigarettes à la main. Qu' il leur tendit.

Puis, sans un mot, il leur présenta la flamme de son briquet.

Polémiques et bavardages cessèrent. Le silence se fit.

Mais une gêne s' installa.

-Je vois bien, dit l' un des maîtres devenu soudain curieusement timide, que nous ne produisons que de la fumée.

8. De l' existence.

Pierrot demanda un jour à Colombine ce que c' était qu' exister.

<-Quelle drôle de question, s' étonna la charmante enfant. Tu respires, tu marches, tu joues, tu m' aimes... n' est ce point suffisant ? >.

Il apparaissait que non.

Alors Pierrot alla s' adresser au Docte. Qui lui fit avaler toutes sortes de couleuvres, maints concepts et plusieurs espèces de doctrines.

< Essence et néant, nécessité et contingence, singulier et universel, qualité et quantité, substance, accidents, force et grandeur... >, il apprit à égrener le rosaire des philosophes.

Quand, bien plus tard, il revint de la Montagne Sainte-Guenièvre vers sa bien aimée, amaigri, pâle, tout chassieux et pituiteux, tout débandé mais fort savant, fier, ayant réussi à éviter les pièges des examens et les chausses-trapes des concours, capable de disserter sur tout et sur rien, Colombine, effrayée de sa mine, faillit ne point le reconnaître.

Secoué de tics, il respirait avec peine, son dos s' était courbé, sa démarche était hésitante. Et il était comme envoûté et tout auréolé d' une Idée fixe.

Il fut incapable de lui faire l' amour. Mais il lui tint un grand discours sur l' Amour.

Colombine pleura.

< -Le savoir de l' existence, l' empire morne des idées, l' aura rongé >, pensa-t-elle en séchant ses larmes.

Alors, avec tout le dévouement et la patience de la femme aimante, elle s' efforça de le persuader.

A son école il se défit peu à peu des notions, des thèses et des systèmes. Il retrouva progressivement le goût des choses.

Et la métaphysique le quitta bientôt telle un mauvais rêve.

9. Du Rien ( en suivant Emmanuel Kant ).

Quatre Maîtres férus de criticisme et de 'pataphysique s' étaient donné rendez-vous pour disputer de la réalité du Rien.

-Le premier argua qu' aux notions de tout, de plusieurs et d' un est opposée celle qui supprime tout, c' est-à-dire celle d' aucun.

-Le second prit la parole et affirma que si la réalité est quelque chose, la négation n' est rien, rien d 'autre que le concept du manque d' un objet, comme l' ombre ou le chaud.

-Le troisième indiqua que la forme de la représentation, privée de substance, l'espace/temps, n' était que la simple condition de la connaissance mais ne fournissait aucun savoir effectif d' un objet quelconque.

-Le quatrième boucla le cercle des embarras kantiens en définissant le rien comme l' objet d' un concept qui se contredit lui même. Le rien désignant l' impossible comme une figure composée de deux côtés et qui serait rectiligne.

< -Résumons reprit le premier. Il n' y a rien en tant qu' on a :

-un concept vide sans objet : savoir un être de raison tel une Idée transcendantale.

-l' objet vide d' un concept : une simple privation, la représentation du manque d' un objet.

-une intuition vide sans objet : ou encore un être d' imagination, sans rien qui soit intuitionné.

-un objet vide sans concept : soit une pure négativité >.

A sa suite, le second sage se risqua à une tentative d' explicitation :

< L' être de raison se distingue de l' impossibilité en ce qu' il ne peut être compté parmi les possibilités; car il est une simple fiction; tandis que le second est opposé à la possibilité, le concept se détruisant lui même.

Tous deux sont des concepts vides.

Par contre la privation et l' intuition pure sont des données vides pour des concepts.

En l' absence de quelque chose ils ne sont donc aucun objet >.

*

< Vous avez dit : il n' y a rien ? >, ironisa le quatrième sage.

< Et cependant quelle inflation verbale ! >, s' exclaffa le second.

< En vérité ce rien ne laisse pas d' être quelque chose >, ajouta amusé le troisième.

< Quelle assemblée de vieux singes nous faisons ! >, conclurent-ils en riant.

10. Rabelais 'pataphilosophe.

Un élève insolent amateur de contrepets répondit un jour à l' examinateur qui lui demandait de préciser son sentiment sur une maxime morale de Rousseau :

< C' est une belle thèse >.

Le Maître le considéra fort étonné et fronça le sourcil. Après un moment, rompant l' entretien, il engagea l' imprudent déconfit à quitter la salle.

Quelques jours après l' interrogation l' étudiant eut la surprise de découvrir son nom porté sur la liste des candidats reçus à l' examen.

11. Nécessité ou contingence ?

Pierrot : -Le monde est-il radicalement contingent ou dépend-il de quelque nécessité ?

Arlequin : -Quelle question ! Toutefois j' ai le souvenir d' un court dialogue qui alimentera tes désarrois.

Sans les apaiser bien entendu.

Pierrot : -Je te remercie de ta sollicitude.

Arlequin : -Ouvrons le Livre des Antinomies.

*

A : -Pour que quelque chose existe qui n' est que possible, il faut quelque chose qui la rende nécessaire et qu' on ne peut trouver dans le monde, car il serait alors immédiatement nécessaire.

< le monde implique quelque chose qui, soit comme sa partie , soit comme sa cause, est un être absolument nécessaire >, écrit le Philosophe.

B : - Certes, mais ce qui est est nécessaire en tant que conséquence de ce qui précèdait. Et rien ne peut avoir sa raison d' être qu' hors de soi. Un être nécessaire n' a donc nulle part de raison d' être.

< Il n' existe nulle part aucun être absolument nécessaire, ni dans le monde, ni hors du monde, comme en étant la cause >, ajoute le même Philosophe.

A : -Sans craindre la contradiction.

B : -Votre thèse sent son dogmatique. Pour moi je ne sortirai point du domaine des expériences possibles.

A : -Comme la vôtre révèle son empiriste. Rien ne m' empêchera de postuler une thèse qui permet une compréhension globale et complète du monde.

B : -C' est en effet la vertu de la spéculation. Avec cet attrait non négligeable qu' étant invérifiable elle est aussi et surtout incontestable.

A : -Sauf à tomber vous même dans l' illusion que vous dénoncez et me reprochez.

B : -C' est à dire le fait de vous rejoindre dans la passion dogmatique.

Certes.

Aussi n' attendez pas de moi que je m' aventure sur ce terrain. Et soyez satisfait. Etant de nature pacifique, je laisserai le champ libre à toutes les suppositions intellectuelles et à toutes les croyances.

A : -Vous êtes la sagesse même.

*

Pierrot : -Le Livre des Antinomies serait-il un piège ?

Arlequin : -Naïf, tu en doutais ?

( 25.05.2000 )

***

3. DE L' IRREEL

'Patakoans

La nuit du silence. Profondeur de la 'pataphysique. L' autodafé du Chevalier. suite.

Le passage. Qui suis-je ? Le moi. L' inutile répétition. L' illusion des Zélus. Dialogue des morts. Le vide du lieu. Le vide du temps.

1. La nuit du silence.

Deux cavaliers de l' aurore, un 'pataphilosophe accompagné d' un tout jeune homme, conversent, au pas, rênes longues. Leur entretien porte sur les paradoxes, les dilemmes et autres visions de l' hyperphysique.

Enfin, lassés d' avoir agité tant de subtilités, ils se taisent.

-quelle paix, murmure l' adolescent.

Et, après un temps :

-j' écoute et pourtant je n' entends rien.

-ne dis pas < je n' entends rien >, reprend son compagnon, dis simplement : quel silence.

2. Profondeur de la 'pataphysique.

Ce 'patakoan issu d' une antique tradition et attribué sous cette forme à Dämon Sir le Simple dit ceci :

Un curieux demande à un 'pataphilosophe quelle est la profondeur de la 'pataphysique.

-celle d' une mare, répond derechef le Patagon sans sourciller.

-qui peut alors évoluer dans cette mare ?

-la lune.

3. L' autodafé du Chevalier.

Un Chevalier des Sables, érudit et grand lecteur, décida de se défaire de ses livres.

Il hésita longuement entre les vendre et les donner.

Puis, réflexion faite, il les brûla...

*

4.( suite )

L' holocauste au Rien accompli il se retira en son particulier et prit soin désormais de ses roses.

Un soir Ubu lui apparut...

Le Chevalier ne manifesta aucune hésitation quand l' Ombre lui demanda la raison de son geste.

-Maintenant que j' ai vu et que je sais, répondit-il, mon jardin me suffit.

5. Le passage.

Un homme cherchait une voie. Il arriva qu' entré dans une bibliothèque il se fit apporter un fort volume. Et richement travaillé. Il le déposa sur un pupitre et en commença la lecture.

Face à lui un archiviste absorbé par une cote à demi effacée s' efforçait d' en clarifier la destination.

Soudain, son attention alertée par un événement insolite, le savant releva la tête. Il lui semblait que le corps du lecteur rapetissait rapidement. Effectivement, celui-ci disparut bientôt dans le livre et s' égara parmi les lettres brodées d' or et les méandres d' initiales serties de couleurs.

L' érudit ne s' étonna point, ne dit rien.

Il attendit.

Un peu de temps s' écoula. Puis, émergeant des pages du manuscrit, le lecteur réapparut.

Il regarda l' archiviste d' un air complice.

Ils n' avaient pas rêvé.

La réalité ne serait-elle qu' hallucination partagée ?

6. L' inutile répétition.

Au petit matin, Roméo quitte Juliette après une nouvelle nuit d' amour.

Tout dépité.

Sur la place de Vérone il rencontre Mercurio.

Qui le plaisante sur sa mine défaite.

-tu te trompes, mon ami, l' interrompt Roméo.

- ?

-plus je la prends, moins je la possède.

7. Qui suis-je ?

Un célèbre conte patagon relate la scène suivante : un 'pataphilosophe interroge successivement plusieurs novices en leur posant cette unique question : qui suis-je ?

-vous êtes le Maître, répond le premier.

-sors d' ici, ordonne alors le patagon, le bâton à la main.

-vous êtes le Grand Initié, avance plus hésitant le second.

-Au fouet ! Qu' Ubu te saisisse avec son croc à merdre et t' empale ! s' écrit le 'pataphysicien en simulant la colère.

-vous n' êtes peut-être personne, hasarde timidement le troisième.

-ah ! voici la première parole sensée que j' attendais.

8. Le moi.

-qu' est ce que le moi ? demanda un jour un escholier à son professeur.

Le professeur ne répondit pas.

Après un temps de silence, l' escholier répéta la question.

Le professeur ne répondait toujours pas.

Alors l' apprenti impatient demanda raison de son silence à son maître.

-je me suis tu. Ne t' ai-je point répondu ?

9. Le sourire d' Ubu.

Un curieux s' enquit un jour des matières de 'pataphilosophie.

-qu' enseignez-vous donc ? demanda-t-il au 'pataphysicien.

-rien. Je n' enseigne rien. Mais sois certain que si tu t' adresses à moi tu en auras pour ton argent.

-je ne comprends pas.

-passe donc au Voiturin à Phynance; tu seras plus savant et tu comprendras.

10. L' illusion des Zélus.

Un rassemblement de Zélus en mal de reconnaissance et survivants de plusieurs déluges s' étaient mis en tête de dominer le monde.

Et plus particulièrement les Zubus.

Insinuants, obstinés et infiltrés, ils conquirent la Machine à gloire.

Ils placèrent à sa tête quelques dociles et serviles compagnons de route, naïfs ou opportunistes tartufes dont ils inspiraient discrètement les initiatives et les propos.

Aussi vaniteux que savants, arrogants et couards, vigilants, fomenteurs de cabales, bavards, volontiers calomniateurs et sans pitié pour leurs adversaires, ils s' y célébraient, s' y fêtaient, se caressant, se citant, s' entrelardant.

Ils n' avaient de cesse de pousser leur avantage.

< Tout pour nous, rien pour les autres >, telle était la fière devise de cette communauté des Saints des Premiers Jours à la prétention universelle.

Or, il arriva qu' un matin, dans le vide d' un temple ordinairement déserté par leur dieu, des ténèbres une voix insolente s' éleva dans un grand éclat de rire.

<-Dévots Zélus, sachez que je vous ai trompés et que votre Odyssée n' était pour moi que divertissement et jeu !

Car un dieu sans divertissement est un dieu plein de misère >.

Stupéfaits et accablés par cette intervention de l' idole ordinairement muette, ils se couvrirent la tête de cendres, et se confondirent en pleurs, maints gémissements et autres lamentations.

Ainsi, durant tous ces siècles, ils n' avaient été que les acteurs bernés de la farce divine!

Un dieu 'pataphysicien !

Ils se tournèrent alors vers leurs Gourous navrés mais tout comme eux ivres de ressentiment.

< -croissez et multipliez, conseillèrent d' une même voix les prêtres, vengez-vous et faites payer cher aux Zubus, nouveaux substituts souffre-douleurs, votre déconvenue >.

Ce que bien entendu ils ne manquèrent pas de faire...

11. Dialogue des morts.

1. Aux Enfers. Descartes et Epicure s' entretiennent sur les rives de l' Achéron afin de passer leur interminable ennui.

-lorsque je dors, mes idées se forment en moi sans l' intermédaire des objets qu' ils représentent, affirme le premier.

-quand je suis éveillé, des objets se forment en moi sans l' intermédiaire d' idées qui les représenteraient, lui répond le second.

-vous vous égarez, intervient alors un défunt patagon tout juste descendu de la barque de Charon, il n' y a ni objets ni idées.

-qu' y a-t-il alors ? questionnent les deux philosophes fort surpris.

-un je-ne-sais-quoi, des fantasmes et des mots.

2. Un peu plus en amont l' âme de Schopenhauer s' entretient avec celle de Cournot.

-connaître, c' est informer l' objet et non s' informer, dit la premiere. Et il n' y a que des idées.

-vraiment ? vous m' étonnez, conteste la seconde.

La vision consciente aurait selon vous la vertu de créer de l' ordre objectif en même temps que de l' information ? Ne serait-ce point là de la pure magie ? Et les noms posséderaient-ils le merveilleux pouvoir de faire apparaître les choses ?

-c' est pourtant l' esprit seul qui met l' univers en ordre, rien qu' en le connaissant.

Et tout n' est que représentation.

-certes l' absolu nous échappe mais la pensée ne crée pas le monde extérieur. Et il y a comme une espèce d' harmonie entre l' ordre de réception de nos facultés et l' ordre inhérent aux choses représentées. Il importe de bien distinguer ce qui tient à la nature des objets conçus et ce qui dépend de la constitution de l' intelligence qui les conçoit.

L' idéalisme n' est donc pas l' irréalisme.

-affirmais-je autre chose ?

12. le vide du lieu.

Cet autre 'patakoan est attribué à Dämon Sir:

Un néophyte inquiet demande à un 'pataphilosophe :

-où sommes-nous ?

-nous sommes là.

-où là ?

-ici.

-comment ici ?

-alors ailleurs !

13. Le vide du temps.

Une transposition de l' anecdote propose le dialogue suivant :

-Quand sommes nous ?

-nous sommes maintenant.

-Comment maintenant ?

-Hier !

-mais vous venez de dire < maintenant > !?

-alors demain !

( 30.05.2000)

***

 4. DES MOTS

 'patakoans

Le démon de la perversité. La langue ubuniverselle. Les mots et les choses. Le sous-entendu. Pourquoi se tait-on ?

Parole, paroles, Parole, parabole. Peut-on tout dire ? Ceci est d'un autre ordre.

1. le démon de la perversité.

Dialogue.

Sur la Montagne Sainte-Guenièvre Pierrot interroge Trissotin le Docte.

Il lui demande quelles sont les fonctions du langage.

-désigner, signifier, exprimer, communiquer, informer, révéler... répond sans hésiter le savant.

-tout cela est fort juste, intervient alors Arlequin. Cependant vous oubliez -me semble-t-il, l' essentiel.

-c' est-à-dire ? s' étonne Pierrot.

-voyons, poursuit le malicieux comédien. C' est pourtant évident.

Les mots n' ont-ils pas été donnés aux hommes... pour dissimuler leurs pensées ?

2. la Langue ubuniverselle.

'patafable.

< Il faut dire : La Fontaine, je boirai de ton eau. >

Dämon Sir, De la liberté du 'pataphysicien.

 

Des savants, kantiens fous mais de bonne volonté,

Entreprirent certain jour la Réforme.

Les hommes se haïssaient, se trompaient, se blessaient.

Il pressait d' établir d' autres normes.

 

Rencontres, séminaires, colloques et congrès,

On mit donc tout en oeuvre pour régler le projet

D' un idiome irènique aussi bien qu' éternel

Qui devrait assurer la paix perpétuelle.

 

On traqua le patois, on chassa les dialectes,

Qui tous indisposaient l' intolérante secte.

Il fallait épuiser les langues naturelles.

 

Après quelques années d' effort et la tutelle

Des pédants de la Langue et de l' Universel,

Grammairiens compétents, moralistes avérés,

Le règne de l' Esprit était réalisé.

 

Un seul sens, un seul goût, une seule pensée,

L' Egalité enfin, une Espèce homogène,

Tels furent donc les bienfaits de l' Uniformité.

 

De s' installer pourtant l' ennui ne manqua pas.

Mais faute de pouvoir s' entre-dévorer,

Les hommes assagis, veules, moralisés,

De sottise abrutis, conformistes, étêtés,

Dans la morne Utopie périrent, dégénérés.

 

3. Les mots et les choses.

'pataconte.

Trois philosophes se réunirent un soir.

Ils avaient tout benoîtement convoqué la Réalité dans le dessein de la connaître.

Mais comment faire ? telle était la question.

Plus intriguée que convaincue, la Dame se présenta.

Le dialogue s' engagea :

-Les mots nous donnent la vérité des choses, affirma Cratyle. Ils en sont l' image, la transposition, l' analogique et symbolique écho.

-Erreur ! rétorqua Hermogène. Les mots ne sont que signes et conventions, artifices de l' intelligence. Et votre propos n' est qu' illusoire et religieuse poésie >.

Alors Socrate prit la parole : < -Vous vous égarez tous deux. Les mots vrais sont concepts, les reflets des Idées, la matière et la forme des Formes >.

A cet instant la Réalité offensée ôta ses voiles et disparut dans son éblouissante et transparente nudité.

4. Le sous-entendu.

'patafable.

Un philosophe célèbre et gros de vanité

Donnait une conférence.

Appareil critique, index, références,

Gloses et commentaires, érudition,

Rien ne manquait à la leçon.

 

Cependant, lassés de tant de science

Les auditeurs bâillaient.

Imperturbable, l' orateur néanmoins poursuivait.

Il n' en avait nullement conscience.

-Quel pensum ! lâcha un patagon navré.

 

Il est vrai. Ainsi que dit l' adage : le secret d' être ennuyeux... c' est de tout dire.

5. Pourquoi se tait-on?

Conte 'patagon.

Quelques disciples étaient réunis autour de leur Maître et s' entretenaient des vertus de Silence.

Le premier le ramena à la simple ignorance. On se tait parce qu' on a rien à dire.

Le second en fit l' arme de la dissimulation. On se tait pour se protéger, séduire et mieux tromper.

Le troisième le renvoya à la mystique. Il fallait dépasser les mots pour parvenir à la Docte Ignorance, à l' intuition du Principe.

Le quatrième enfin, insistant sur l' impuissance des signes et la vanité de la pensée, fit l' éloge du scepticisme.

Fort satisfaits d' eux-mêmes après avoir agité tant de mots ils se turent.

Une hirondelle passa.

Cependant que le Maître, impavide et silencieux,

Restait de marbre.

6. parole, paroles, Parole, parabole.

Dans un dialogue de la Commedia dell' arte, on peut lire cet échange :

-qu' est ce que la parole ? demande Pierrot à Colombine.

-ce que tu tiens, répond la jeune fille. Parler, c' est tenir sa parole.

-vraiment ? intervient Arlequin, sa langue certainement ; mais sa parole ?

-ce n' est pourtant pas difficile, continue Colombine. Donner sa parole, c'est tenir sa promesse.

-pourtant, reprend Arlequin, les circonstances et les raisons qui nous engagent à promettre s' évanouissent dès que des paroles sont proférées.

Respecter sa parole si tout change est donc une impossible gageure.

-que faire alors ? questionne Pierrot soudainement inquiet.

-0u bien je crois pouvoir tenir ma promesse et je suis sot car je suis dans l' illusion ; ou bien je suis intelligent et alors : soit je me garde de jamais promettre, soit je promets tout en sachant par devers moi que je serai nécessairement infidèle à la parole donnée.

-il en irait ainsi des serments comme des paroles, s' étonne Pierrot. Ils ne seraient que bulles d' air et poursuite de vent ?

-c' est toi qui le dis : il n' y a que les dieux qui puissent tenir leur parole... et leur langue, renchérit Arlequin.

*

Et il ajoute:

-La Parole est d' ailleurs le plus souvent parabole et les paraboles ne sont autre chose que l' épiphanie de la Parole.

Tel est aussi le sens du mot selon son exacte étymologie : parabola.

-Les promesses ne sont donc que des paroles qu' on ne saurait tenir ? résume navré Pierrot.

-Quant aux paroles, sont-elles autre chose que fausses et verbales promesses ? conclut dubitatif Arlequin.

7. Peut-on tout dire ?

Histoire italienne.

En présence de Colombine, perplexe, Pierrot interroge Arlequin sur la portée des signes.

-peut-on tout dire ? demande-t-il.

-ta question est complexe, répond Arlequin. Elle enveloppe au moins trois interrogations.

- peux-tu préciser ta pensée ?

-la première signifie : peut-on désigner chacun des êtres ? Il s' agit de savoir si l' indéfinie multiplicité des choses se laissent signifier dans leur variété et leur succession.

-de fait, il y a là de quoi occuper d' innombrables existences, intervient Colombine.

-la seconde ? reprend Pierrot.

-est-on capable de dire le Tout ? Le Tout se laisse-t-il exprimer ?

-Je vois. C' est le problème cosmologique reprend Colombine.

-tout juste, adorable enfant. L' agréable torture de la spéculation.

-et la troisième ?

- Ai-je le droit de tout dire...

-Alors ? demande Pierrot.

-Tu vois bien que chacun a accès aux sottises... rien n' est plus démocratique... dans la mesure de ses prétentions et de ses capacités, évidemment.

8. le langage sert-il à parler ou à penser ?

Dialogue des morts :

Quatre âmes s' entretiennent des relations de la parole et de la pensée.

-Je parle donc je pense, affirme le pataniais.

-Je pense puis je parle, avance le philosophe.

-Tantôt je parle, tantôt je pense, suggèrent finement les mânes de Monsieur Teste.

Alors, le 'pataphilosophe :

-Je ne parle ni ne pense. Je fais tourner le moulin à paroles...

9. Ceci est d' un autre ordre.

Dialogue italien.

Pierrot ouvre un recueil de poésie.

On y parle de < la clémence de la montagne >, de < la cruauté de la mer > , du < Triangle plus noble que le Carré >, de < la vertu du nombre sept >, de < la tranquillité de l' apesanteur > et de la < patience de l' azur >.

-dans quel monde suis-je tombé ? murmure-t-il déconcerté.

-dans un univers de fous ! lui répond Trissotin le Logicien.

Il n' y a là que confusion des ordres de langage : le psychologique, le logique, le physique et le moral... Tout y est mêlé !

-ne peut-on appliquer à un objet physique, une qualification d' ordre psychologique ou d' ordre moral ? demande Pierrot.

-certes non! quelle faute ! reprend le Docte. Confondre les ordres ! tu n' y songes pas !

Voilà la source de tous les quiproquos et de la plupart des querelles entre les hommes ! Ne pas savoir ce que l' on dit !

Mon cher, on ne joue pas aux Echecs en appliquant les règles du jeu de Dames !

-vous serez donc à votre manière un hygiéniste du langage, note, candide, Pierrot.

Le Logicien sourit, visiblement flatté.

-quelle importance ? dit Arlequin qui a suivi l' échange et s' adresse à Pierrot. Tu es chez les Poètes.

Et n' en déplaise au Ministère public ils ont licence de jouer avec les mots.

Puis, après avoir marqué un temps :

- l' ambiguïté des mots, à défaut d' être gage de vérité, peut être heureuse.

Pour preuve, cette dernière phrase même...

 

***

5. Du réalisme nominal

'patakoans

L' insaisissable signification. L' impossible signification. De quoi la notion est-elle la notion ? L' essence, le signe, la chose.

Qu'est-ce que nommer ? Réflexivité. Le passage à niveaux. Le réalisme nominal. De la vertu de l' étymologie.

Les désarrois de l'élève Törless. Le vin de Démocrite. Quand dire, ce n'est pas tout à fait... faire. L' imitation du cinéma ou la confusion du signe et de la chose.

 

1. ' insaisissable signification.

conte 'patagon.

Un escholier était en quête du sens d' un mot.

Il ouvrit les dictionnaires, compulsa les vocabulaires, interrogea les lexiques et les glossaires ; il chercha les synonymes ; il eut recours aux analogies et aux périphrases. De là il passa aux métaphores. Après avoir épuisé les poètes, il se tourna vers les peintres, puis vers les mimes et les musiciens.

Il convoqua enfin les philosophes.

En vain. Le sens lui échappait toujours.

Il se retourna vers son professeur.

-cette recherche est vaine et le sens m' échappe, insaisissable comme l' ombre et la fumée, avoua-t-il surpris, las et déçu.

Pouvez-vous me dire Maître où gît le sens ?

-c' est très simple, lui répondit le vieillard. Tu vas reprendre tes livres, tes auteurs et tes poètes, et refaire ton parcours mais à l' envers cette fois.

2. L' impossible signification.

dialogue italien.

-quelle est la signification du nom de < Jeanne d' arc > ? demande Pierrot à Colombine.

-la petite paysanne visionnaire contemporaine de Charles 7 et du sorbonnicole Evêque Cauchon, répond la jeune fille.

-mais elle a subi le martyre et nous évoquons toujours sa mémoire. De qui parlons-nous donc?

-d' une sainte imaginaire enrichie des interprétations des historiens et des fantasmes des dévots, intervient Arlequin.

-il n' y aurait donc pas de signification sans les signes et en dehors des signes que nous employons pour signifier la chose en question ? reprend Pierrot.

-il semble que non.

-et il n' y aurait donc pas non plus de signification vraie en elle même et par elle même?

-tu veux rejoindre la troupe des platoniciens ?

3. De quoi la notion est-elle la notion ?

Dialogue des morts. Aux enfers un élève de Platon et un prosélyte d' Antisthène reprennent pour la énième fois leur dialogue.

-Minouche, Murr, Tibère, Pilou, Bébert et Ratapoil, tous participent d' une même essence qui leur donne à la fois être et signification, affirme l' ami des Formes.

-et laquelle s' il te plaît ?

-La chatité ! mon bon.

-quand cesseras-tu de poursuivre ta chimère ? rétorque le disciple du Cynique. La notion n'est qu' un mot.

Elle n' est pas une essence à laquelle correspondrait dans notre esprit un signe adéquat.

-donc selon toi il n' y a pas de mot juste et adéquat à la désignation de l' essence ?

-ton essence est un mythe et ta signification une fiction.

-que dénote alors le mot ?

-un simple invariant. Un mot peut être remplacé par un terme équivalent ou par un signe. La signification du mot est l' invariant de ces substitutions.

-mais en quoi un invariant est-il plus réel qu' une essence ?

-essence ou invariant, quelle importance? interrompt goguenard un spectre de patagon.

Vous employez les règles qui déterminent l' usage des mots. Et ça réussit.

Que vous faut-il d' autre ?

4. L' essence, le signe, la chose.

dialogue socratique.

-qu' est-ce qu' une femme? demande Socrate à Hippias.

-celle-ci qui passe justement devant toi, répond le sophiste en pointant l' index en direction d' Aspasie accompagnée d' une suite d' esclaves.

-ce n' est pas là une définition, objecte Socrate. Je te demande un concept, une généralité et tu me donnes un exemple, un particulier.

-et moi je prétends qu' il n' est possible de définir qu' en désignant et qu' en indiquant, rétorque Hippias.

-mais dans ce cas ta définition démonstrative ne sera jamais complète !

-que m' importe. Je définis la propriété par l' énumération d' une suite d' exemplaires représentatifs. Ainsi je perçois un exemplaire, je le montre puis je le nomme. Je désigne ensuite plusieurs échantillons que je place sous un nom commun.

-mais tu ne pourras jamais énumérer tous les exemplaires !

-qu' ai-je à faire de l' exhaustivité ? une moyenne me suffit.

-une moyenne ! mais comment peut-on faire exister une moyenne? ce n' est que le produit d' un calcul !

-en effet. As-tu quelque chose d' autre à proposer ?

*

Nouvelle question de Socrate.

-dis-moi ce qu' est une belle femme.

-celles-là, répond de nouveau Hippias en montrant les images d' Aphrodite, d' Athéna et d' Hélène exposées dans la pinacothèque.

-tu n' y entends rien ! tu me donnes maintenant des noms propres alors que je recherche l' essence, l' invariant, la Beauté.

-montre-moi la Beauté...

-quel âne ! on ne montre pas les Formes. On les intuitionne !

-la beauté est une Forme ?

-oui, une réalité transcendante, comme le Bien, le Juste, l' Egalité...

On les voit avec les yeux de l' esprit et on leur rapporte les choses bonnes, justes et belles. Ce sont ces Formes qui fondent la dénomination et donnent leur être aux choses.

-tu te leurres cher visionnaire ; la beauté n' est qu' un prédicat. Et qui ne signifie qu' une convention. Tu t' exaltes avec tes fantastiques Transcendantaux.

Garde ton essence, tes idoles et tes nourritures célestes ! Pour moi je préfère les choses à leur signe.

Et étreindre cette femme plutôt que béer devant son Idée !

4bis. Qu' est-ce que nommer ?

Aux Enfers. Dialogue philosophique.

Pascal, Arnauld et Nicole, Antisthène, Aristote et Sainmont s' entretiennent doctement.

-les hommes possèdent naturellement la même idée et la définition enveloppe le mot, le référent et ce qu' il signifie, affirme le Grand Arnauld.

-effectivement renchérit Nicole, c' est parce qu' ils possèdent une raison commune que le mot particulier autorise la communication, la connaissance et l' accord.

-vous vous leurrez, tranche Antisthène. La définition n' est avant tout qu' une désignation.

Et une désignation est une mise en perspective plutôt que la prétendue justesse de l' adéquation du signe à la chose.

-et même une décision ! ajoute Pascal.

-votre < raison > n' est donc qu' un mythe, affirme triomphant le Cynique.

-je reconnais bien là ta thèse, intervient Aristote.

Pour toi et pour ceux de ta secte il n' y a pas de définition de chose mais uniquement des définitions nominales. Toute proposition définitionnelle se ramènera donc au type : < celle-ci est une femme >...

Et les jugements ne sont que des événements.

-c'est cela, confirme ravi Sainmont. < Je suis 'pataphysicien >, signifie effectivement que je suis en train de m' adonner à la 'pataphysique; rien de moins mais aussi rien de plus.

-mais alors, dans cette hypothèse, parlerons-nous jamais des mêmes choses ? questionne le Grand Arnauld.

-en effet, poursuit Nicole. Il faut bien que cesse le processus de régression indéfinie enveloppé dans l' acte de définir. Il faut bien s' arrêter...

-Et c' est là le rôle de la définition, reprend Aristote. Faute de quoi le discours de connaissance est impossible.

-il ne sera donc possible que pour autant qu' il sera arbitraire ? demande narquois le 'pataphysicien.

5. Réflexivité.

dialogue italien.

-pourquoi la justice est-elle juste ? demande Pierrot à Arlequin.

-ta question n' a pas de sens.

-comment cela ?

-tu attribues une propriété, le juste, à elle même. C' est là un attrappe-mouche bien connu: le piège de la réflexivité.

-je crois comprendre, dit Colombine. On ne peut dire : la pauvreté est pauvre, la grâce est gracieuse ou la lenteur est lente.

Il y a confusion de niveaux de langage différents.

-effectivement, reprend Arlequin. Et c' est regrettable.

Sauf sur la scène... du théâtre illustre de la philosophique comédie... idéaliste, bien entendu.

Remarque que pour nous autres comédiens, rien n' est plus réjouissant.

6. Réification.

dialogue italien. (suite)

-si le Juste n' existe pas, s' il n' est ni une chose, ni une essence, qu' est-ce qui existe alors qui peut être défini comme juste ? poursuit opiniâtre Pierrot.

-tel ou tel acte par nous qualifié de juste, répond Arlequin. Pourrais-tu jamais me montrer le Juste ?

-c' est difficile. je dois avouer que c' est hors de ma portée.

-Méfie-toi de l' article défini. Il a la grammaticale malice de transformer le genre des mots.

-comment cela ?

-les qualificatifs, les participes passés, les participes présents, les verbes, les relations mêmes sont par sa vertu alchimiquement métamorphosés en substantifs.

De l' acte libre naît la Liberté ; du corps fatigué, la Fatigue ; du sourire charmant, le Charme ; du fait de courir, la Course ; de la comparaison, l' Egalité...

D' où l' illusion dont tu es la victime.

Et pour revenir à ta question, n' existent que les choses ou les conduites susceptibles d' être perçues comme ressortissant ou non à ce qu' on a coutume de définir comme juste.

Juste n' est donc qu' un prédicat ; nullement une essence.

Souviens-toi : la petite Alice de Lewis Carroll demande à quoi peut ressembler la flamme d' une chandelle quand la chandelle est éteinte...

6. Le passage à niveaux.

dialogue italien.

-quand tu dis : < Reims est une des capitales de la 'pataphysique >, affirme Arlequin, le mot Reims désigne une certaine ville, la ville où exerça Emmanuel Peillet le 'pataphysicien, ou encore la Cité des sacres des Capétiens Avatars du Père Ubu.

Elle appartient au langage primaire appelé par les logiciens le < langage objectif >.

-celui qui traite des choses et de leur perception ? demande Pierrot.

-oui. Si maintenant je dis : < Reims est le nom d' une capitale >, le mot Reims appartient à un langage secondaire, d' un niveau différent, langage qui porte sur le langage primaire.

Et qu' arrive-t-il si nous confondons les deux niveaux de langage ?

-... nous obtiendrons par exemple : < La ville ( de Reims ) est un nom propre >, répond Pierrot après un temps.

- Tout juste ! aquiesce Arlequin.

On attribue à un individu -ici une ville, cette ville, une catégorie grammaticale qui n' est vraie que du nom qui le désigne.

-je crois comprendre. Il y aura confusion entre le symbole et la chose symbolisée.

Quel marigot que le langage !

7. Du réalisme nominal.

dialogue italien.

-j' ai lu récemment que tout mot désigne une réalité à laquelle il est lié et que toute réalité, objet, individu ou phénomène, possède un nom qui lui est propre, affirme Pierrot.

-et qu' en penses-tu ? demande Arlequin.

-le nom ne fait-il pas partie intégrante de la chose ou de la personnalité de l' être vivant ?

-vraiment? répond le Comédien.

Voyons la portée de cette manière de voir.

Si le nom équivaut à la chose alors il suffit de le prononcer pour la faire apparaitre et pour la posséder.

Ainsi pensent tous les kabbalistes. Leur dieu crée le ciel et la terre par la vertu du Verbe tout puissant.

C 'est là le principe de la magie incantatoire, de tous les animismes.

Et même de la confusion fréquente sur la signification des énoncés performatifs !

Selon eux : prononcer, c' est dévoiler et même créer.

Je nomme donc tu es !

-effectivement, approuve Pierrot, chez certaines tribus et autres peuplades, il est interdit de prononcer le mot de dieu ; ou encore de python, ou de volcan. Ce sont les noms de démons malfaisants.

-ou au contraire il faut les invoquer, ajoute Arlequin. Afin d' assurer par exemple la guérison dans le contexte de la magie médicale.

-mais alors il s' agit d' un fétichisme du nom ?

-oui, confirme le Comédien. Et dans ce cas, ne suis-je pas, n' es-tu-pas, ne sommes-nous pas le nom que nous portons ?

8. De la vertu de l' étymologie.

Dialogue.

Pierrot s' adresse au Mage.

-Maître, comment parvenir à l' essence des choses ? demande-t-il .

-en interrogeant leur étymologie, répond le Mage.

L'essence des choses, c' est leur signification. Et connaître leur signification, c' est pénétrer leur étymologie.

Mais tu ne sembles pas convaincu ?

9. Les désarrois de l'élève Törless.

dialogue des morts.

Aux enfers. L' ombre de Törless converse avec celle d' un défunt Pythagoricien.

-quel est le mode d' existence des nombres négatifs, des irrationnels, et des imaginaires ? demande le héros de Musil au disciple du Philosophe.

-ce sont des êtres réels qui nous donnent la clef des choses, répond le sectateur de Pythagore.

Car les choses sont nombres, ajoute-t-il.

-les nombres ne seraient-ils pas plutôt des êtres de convention, de purs symboles qu' on considère naïvement comme des êtres réels ? propose Törless.

-c' est que tu ne seras pas initié, rétorque condescendant le mystique.

10. le vin de Démocrite.

dialogue des morts.

Aux enfers. Le spectre de Cratyle s' entretient avec celui de Démocrite.

-la langue grecque est la plus naturelle de toutes les langues, affirme sentencieusement le Visionnaire.

-et pourquoi donc? interroge l' âme du grand Matérialiste.

-par exemple elle nomme -en vérité, par le terme de vin ( oînos ) ce qui est du vin !

-ho! ho!... ironise l' Abdéritain. Et tu crois que ce type de certitude est propre aux grecs ?

Dans ce domaine tous les peuples partagent la même façon de voir.

Ou la même illusion.

11. Quand dire, ce n'est pas tout à fait... faire.

conte 'patoxfordien.

Un jeune pataniais égaré dans les livres s' était entiché de philosophie analytique. Il ne jurait que par les performatives.

< Dire, c' est faire ! >. Il ne cessait de répéter la Grande Découverte à ses condisciples.

Au Commencement était le Verbe et le Verbe était Action.

Le réel n' était plus que l' effet de la parole.

Il arriva que rencontrant un 'pataphilosophe, il lui chanta le même refrain.

< -Ceci n' est pas du vin mais du sang. -Je te proclame élu. -Nous vous déclarons coupables. -Je vous charge de cette mission. -Je vous fais Commandeur de l' ordre de la petite Gidouille... >, tous ces énoncés qui ne décrivent ni ne prescrivent, ont valeur d' accomplissement, affirmait-il.

Ils ont pouvoir de modifier réellement une situation.

-vraiment? ironisa le patagon. C'est beaucoup leur accorder et c' est beaucoup attribuer à la seule vertu de la parole. Il me semble pourtant qu' il leur manque quelque chose...

-je ne comprends pas...

-rends-toi Place du Trocadéro et décrète la mobilisation générale. Tu verras comment sera reçue ta proposition !

12. L' imitation du cinéma ou la confusion du signe et de la chose.

Pataconte belge.

L' argument du célèbre film de Marcel Mariën est le suivant : un pataniais en quête de Vérité rencontre un prêtre qui lui donne à lire l' Imitation de Jésus Christ. Le jeune homme se met donc à la recherche d' une croix. Il passe commande à un menuisier qui lui la livre.

Mais elle présente des défauts.

Désespéré, le jeune homme se suicide alors en ouvrant le gaz... les bras en croix.

(15.06.2000)

***

6. Du sens et du non sens

'patakoans

1.glossolalie. 2. le Poète et le Logicien. 3. le devoir d' aimer. 4. l' impératif de liberté. 5. l'égalité impossible. 6. les pièges de l'être.

7. le vide des Mots et l'oubli des choses. 8. ni le sommeil ni la mort ne se peuvent regarder en face. 9. la Vie a-t-elle un sens? 10. Les illusions d'un phénoménologue.

11. Faut-il éviter les querelles de mots ? 12. Sommes-nous maîtres de nos paroles ? 13. Pourquoi la 'pataphysique juge-t-elle primordial de réfléchir sur les mots ?

1. Glossolalie.

conte 'patagon.

Un déçu de 'patasophie décida d' aller visiter un ermite inspiré.

Il abandonna la commune route et s' engagea sur un sentier peu fréquenté, à l' écart des hommes et de leurs turpitudes.

Il parvint au saint Trou.

Un silence prometteur l' attendait.

A quelques pas de lui cependant on psalmodiait une espèce de mélopée dont malgré ses efforts il ne distinguait pas le sens exact.

Il s' approcha de la grotte.

L' Illuminé tout à son oraison ne se retourna pas quand le visiteur franchit le seuil de la demeure consacrée.

Longue fut l' attente.

La patience du prétendant ainsi mise à l' épreuve, le saint homme daigna se retourner vers lui, hiératique et sévère, l' engageant alors à le questionner.

-Vénérable, je prêtais l' oreille avec attention mais quelle est cette langue que vous chantez ? hasarda le pataniais.

-cette langue ?... La Langue !... Toutes et aucune, répondit emphatique l' Inspiré sur un ton entendu et sans réplique.

Puis il se tut.

Déconcerté, l' apprenti remercia, salua et sortit.

-ce n' est donc que cela la mystique glossolalie ? s' étonnait-il plus tard, tout déconfit, devant le maître qu' il avait naguère dédaigné.

-oui, lui répondit le 'pataphilosophe souriant de sa mésaventure.

Voilà à quoi se résoudra le Verbe saint : la confusion des langues.

2. Le Poète et le Logicien.

Dialogue.

A l' Ubuniversité.

Un disciple de Tarski rencontre un lecteur de Benjamin Péret.

Qui lui montre le poème dont la lecture semble le mettre en joie :

< -Sors de l' urne

dit l' hortensia à son complice

-Et toi de ton Hortense lui répond la mandoline... >

-comment peux-tu prendre du plaisir à de telles inepties ? s' exclame le Logicien au bord de l' indignation.

C' est là pur galimatias et une manière d' attentat contre la logique et le sens commun !

-ta véhémence et ton incompréhenssion me surprennent, répond l' amateur de poésie surréaliste. Il me semble que tu fétichises la grammaire et la logique.

Auraient-elles le monopole du sens ?

-mais ces énoncés sont dénués de signification, poursuit le positiviste ; et de plus ils n' obéissent à aucune syntaxe particulière !

-effectivement. Ce ne sont pas des propositions.

-tu l' admets...

-bien volontiers ; mais faut-il réduire le sens à la désignation et à la vérité ? à ce que vous autres vous appelez la signification intelligible ? questionne l' ami des Muses.

-réduire, non pas ; mais subordonner, certes oui ! répond opiniâtre le positiviste.

-pourtant il est un autre mode qui les vaut bien, renchérit le lecteur.

-et lequel s' il te plaît ?

-précisément : l' expressivité pure.

-nous voici à la tératologie! s' exclame le Logicien. Qu' est-ce donc que ce monstre ?

-la suggestive matière sonore. Les mots évoquent des images et par leurs rythmes ils satisfont le sentiment esthétique.

N' es-tu pas sensible à la beauté formelle, acoustique et visuelle de cette suite algébrique :

< * 6 x =. > ?

-vraiment non ! ce n' est qu' une forme logiquement incohérente ! passe-temps de dandy littéraire et irresponsable !

Pour quiconque aspire au dialogue et à la compréhension, il n' est d' ambiguïté que malheureuse, lâche méprisant le Logicien.

-je vois que nous touchons le point sensible.

-c' est à dire ?

-Le sens ne quittera pas de sitôt le terrain de la religion rationaliste et celui du discours édifiant.

Et la poésie ne laisse pas de susciter le malaise.

Serait-elle donc un outrage aux bonnes moeurs ?

 3. le devoir d' aimer.

Un patagon entre dans une butlerienne banque musicale. Où il assiste consterné à un docte sermon asséné par un petit homme noir à une assemblée de fidèles apathiques.

La péroraison du discours s' achève par une espèce de commandement présenté comme un ordre divin : < Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés ! >.

Telle est la chanson.

-est-ce possible ? murmure le jeune homme à part lui. Comment l' amour pourrait-il être un devoir ?

Et il s' interroge, perplexe :

Comment accréditer la loi d' un dieu qui confond avec autant d' illogique désinvolture la morale et la psychologie ?

4. L' impératif de liberté.

Scène vue en Poldavie.

< Soyez libres ! >, prescrit le démagogue à ses dupes à l' occasion d' une réunion politique.

Comme fouettée par l' injonction, la foule se lève et dans un grand tumulte d' acclamations, docile, battant des mains, elle s' adore frénétiquement elle même en la personne et le propos de celui qu' elle idolâtre.

A distance, deux patagons silencieux raillent discrètement la scène :

-si j' obéis à l' injonction d' être libre, je ne suis pas libre, remarque le premier.

-et si je n' obéis pas ? demande, ironique, son compagnon.

5. L' égalité impossible.

Situation vécue en Poldavie.

-< tous les hommes sont nés égaux en droits >, relève un adolescent candide en parcourant la Vulgate dogmatique de l' Humanisme universaliste.

-comment serait-ce possible? demande-t-il à son maître. L' égalité n' est pas une chose, c' est un terme de logique, c' est une relation. Je puis dire que deux hommes sont devenus égaux en taille, en poids ; que leurs performances sont actuellement semblables... mais < naître égal >, cet énoncé n' a pas de sens.

Il est logiquement inconstructible.

-c' est sans doute pour cette raison qu' on aura ajouté < en droits >, répond amusé son mentor.

Remarque, ce sont là propos fort démocratiques.

6. les pièges de l' être.

Dialogue des morts.

Aux enfers. Après avoir subi le jugement de Rhadamante, les Ombres de Parménide, de Descartes, d' un 'pataphilosophe et de Tarski s' ébattent et s' entretiennent dans la Prairie des Asphodèles.

-l' être est, le non être n' est pas ; on ne peut sortir de cette Voie, déclare sentencieusement l' Eléate.

-je pense donc je suis, rétorque du tac au tac l' auteur des Méditations.

-vous êtes bien sûrs de vous ! conteste, insolemment, le Logicien.

-qu' est-ce qui t' autorise à remettre en doute la validité de nos propositions, lui demandent irrités les deux spectres.

-c' est que si vos énoncés sont grammaticalement corrects, ils sont logiquement inconstructibles.

-comment !? que dis-tu là ?

-parce qu' ils se ramènent à la forme impossible < il existe > !

-explique-toi ! demande, intéressée, l' âme d' un patagon qui batifolait à proximité.

-tu vas comprendre : je puis dire : < il existe au moins un x qui vérifie la fonction ( f ); ou encore < il existe seulement un x qui vérifie ( f ) >. Mais dire : < il existe >, ou encore < il existe un x et un seul >, ces propositions n' ont logiquement aucun sens.

Et du Cogito, on ne peut déduire ni < sum >, ni < je suis une substance pensante dont toute l' essence est de penser >.

Ce sont des propositions impossibles.

-à la manière des univers graphiques de Escher ? intervient le 'pataspectre.

-oui.

-que peut-on affirmer alors ? demande l' ombre de Descartes.

-seulement ceci : < donc, quelque chose existe qui pense >, répond, triomphant, le Logicien.

Vos deux énoncés ne sont que des pseudo-propositions.

N' affirmant rien, ils ne sont rien.

-ici tu te leurres ! conteste le patagon. Leur impossibilité logique n' obère en rien leur valeur poétique ni n' exclut leur modalité d' êtres imaginaires et utopiques.

Tes raisons manquent toutefois leur cible.

-comment cela, demande, étonnée, l' Ombre de Tarski.

-ce sont jeux de langages qui obéissent à des règles spécifiques.

La métaphysique n' est pas la logique, mon bon. Leurs règles sont aussi éloignées que le Bridge l' est du Poker.

Qui nous empêchera de bâtir un monisme ontologique ou de sortir du doute méthodique au moyen d' énoncés impossibles ? poursuit le patagon devant les philosophes médusés.

A condition, bien entendu, de ne pas oublier leur caractère de procédés purement artificiels, fictifs et littéraires...

7. le vide des Mots et l'oubli des choses.

conte patagon.

Un prestidigitateur de grand talent donnait une conférence.

Magnifique et virtuose il faisait jouer les rouages de l' imposante machine conceptuelle.

L' Etre, le Néant, le Nombre, l' Espace et le Temps, le Mouvement, la Chose, la Force, la Matière et la Vie, l' Homme et l' Esprit... idées et controverses étaient convoquées au grand carrousel de la métaphysique.

Les propositions affluaient, les thèses se bousculaient, de vertigineux rapprochements, d' inouïes oppositions et d' insolites analogies entraînaient l' adhésion d' un auditoire sous le charme, attentif et subjugué.

La performance achevée et après avoir été longuement applaudi, très sûr de son effet, le funambule sollicita de son public d' improbables questions.

Car sans doute encore plus intimidé que séduit, l' auditoire gardait le silence.

Un escholier innocent toutefois se leva :

-votre argumentation est impeccable, commença-t-il, vos raisons sont saisissantes, vos concepts grandioses ; mais en fait... de quoi parlez-vous ?

8. Ni le soleil ni la mort ne se peuvent regarder en face.

Conte patagon.

Un homme cherchait plus de lumière. Il se plaça bien en face du soleil qu' il fixa méthodiquement.

Il y perdit la vue.

Cet autre voulut saisir le sens de la mort et n' eut de cesse d' y consacrer ses heures.

Il y perdit la vie.

9. la Vie a-t-elle un sens ?

-< la Vie a-t-elle un sens ? >, demande Pierrot .

-ton énonciation, certainement, répond Arlequin. Mais ton énoncé ?

10. les illusions d'un phénoménologue.

Conte patagon.

Il y avait un docte qui, fétichisant le langage, croyait aux vertus du dialogue.

Un terrrain commun se constituerait entre moi et autrui ; ma pensée et la sienne ne feraient plus qu'un seul tissu, mes propos et ceux de mon interlocuteur, appelés par l'état de la discussion, s'inséreraient dans une commune opération... Nous deviendrions des collaborateurs dans une réciprocité parfaite ; nos perspectives glisseraient l'une dans l'autre ; nous coexisterions à travers un même monde...

Autant de thèses, autant d'erreurs ?

11.Faut-il éviter les querelles de mot ?

Patakoan.

Deux escholiers conversent...

-Faut-il éviter les querelles de mots ? interroge le premier.

Alors le second :

-falloir... il se peut. Mais pouvoir...

12. Sommes-nous maîtres de nos paroles ?

'patakoan.

-sommes-nous maîtres de nos paroles ? questionne innocemment le disciple.

-peut-être ferais-tu mieux d' apprendre à tenir ta langue ! répond ironique son professeur.

13. Pourquoi la 'pataphysique juge-t-elle primordial de réfléchir sur le langage ?

'Patakoan.

-pourquoi la 'pataphysique juge-t-elle primordial de réfléchir sur le langage? demande Pierrot.

-ne délirons-nous pas dans les mots ? suggère alors Arlequin.

***

7. chez le Logicien

'patakoans

1. l'absurde ou l' ambiguïté ? 2. contradiction. 3. le Mouvement de l'Histoire. 3bis. la différence.

4. dilemme. 5. la passion de la raison. 6. antinomies.

1. l' absurde ou l' ambiguïté.

'pataconte français.

Dialogue des morts.

Aux enfers. Les ombres de Sartre et de Simone de Beauvoir se querellent en présence du fantôme crocodilien Lutembi.

-je persiste à déclarer l' existence absurde, s' entête le Philosophe trépignant et tapant du pied.

Vous savez bien qu' elle ne cessait de me donner la nausée.

-Cher, vous radotez ! d' ailleurs de quoi vous plaignez-vous ? Vous qui la détestiez, n' en êtes-vous pas et à jamais débarrassé ?

-si fait, répond l' idéologue.

-Seulement je puis maintenant vous avouer la vérité.

- ?

-vous vous êtes toujours trompé et vous n' avez fait malgré vous qu' égarer vos dévots.

-comment cela ? s' étonne l' Ombre de l' illustre penseur.

-déclarer l' existence absurde, c' est nier qu' elle puisse se donner un sens ; vous êtes bien d' accord ?

-oui...

-et c' est pour éviter cette impasse que faisant le grand écart vous vous êtes ensuite échiné à jouer les activistes et à singer la dialectique des marxistes !

-j' entends bien ; faute de quoi je me retrouvais en compagnie de l' infâme Louis-Ferdinand ! le voyage au bout de la nuit ! et pour l' éternité ! vous n' y songez pas !

Mais que m' aurait-il fallu dire alors ?

-quelque chose de plus subtil ; par exemple que l' existence est ambiguë !

-je ne vois pas...

-Pourtant... C' est poser que le sens n' en est jamais fixé et qu' il doit sans cesse se conquérir.

-ah ! je comprends ; une éthique de l' ambiguïté...

-qu' ai-je fait d' autre ? je vous avais pourtant montré la voie.

-de quoi alimenter de nombreux cahiers pour une morale, en effet.

Les deux spectres se regardent complices et amitieux sous l' oeil gourmand lutembien.

-ces clercs prétendument révoltés ont-ils jamais fait autre chose que fétichiser le sens, cette ombre de l' ombre, cette ombre de dieu ? se goberge caustique le spectre du Caïman.

2. Contradiction.

A l'Ubuniversité.

Un Docte, lointain disciple de Kojève et hégélien attardé, s' agite devant une assistance clairsemée d' escholiers.

-savez-vous quel est le Moteur de la Pensée et du Réel, le levain du progrès de la Conscience universelle ? demande-t-il lyrique et exalté aux étudiants.

Lesquels, interpellés et se sentant soudainement agressés se taisent obstinément.

-la Contradiction !

-ça alors ! s' esclaffe l' un d' entre-eux. Je n' aurais jamais pensé que le fait d' affirmer et de nier en même temps une même chose pût à lui seul transformer le réel.

-cet esprit là manifestement déraille, s' étonne discrètement son compagnon. Il faudra donc accepter que l' existence soit ventriloque et que le réel soit habité par la logique.

-et tu crois qu' il nous faudra reproduire ces extravagances dans nos copies ?!

-bah! s' il s' agit de faire le singe ... reprend l' autre d' un air entendu...

Le concours ne vaut-il pas une messe ?

3. Le Mouvement de l' Histoire.

Autre classe, autre prêcheur.

Un clerc en fonction ne cesse d' invoquer devant ses élèves lassés, le Mouvement de l' Histoire.

-mouvement absolu ou relatif ? susurre insolemment un élève incrédule.

3bis. la différence.

Dans une salle voisine un troisième Docte, Deleuzien fanatique celui-ci, se gausse de ses collègues hégéliens.

Il ne cesse d' invoquer l' autre Principe explicatif et grand fétiche logico-métaphysique : la Différence.

-différence, peut-être, ricane un étudiant, mais identité d' objectif et d' attitude, très certainement !

 4. Dilemme.

Dialogue des morts.

Aux enfers. L' esprit d' un élève de Carnéade rencontre le spectre d' un sectateur d' Aristote.

-cher ami, commence-t-il ironique, puis-je te poser une question ?

-fais, mon bon, ici notre temps n' est pas compté, répond libéral le disciple.

-un scrupule bête... je me suis souvent demandé s' il fallait ou non philosopher...

Peux-tu me dire quel est sur ce sujet ton sentiment ?

-question fameuse, répond l' autre, le dilemme du Protreptique.

-le dilemme ?

-oui. Suis-moi bien : ou bien il faut philosopher, ou bien il ne faut pas philosopher. Or, pour savoir s' il faut philosopher, il faut philosopher ; pour savoir s' il ne faut pas philosopher, il faut encore philosopher.

Conclusion ?

-il faut philosopher. Mais ton dilemme est tronqué, objecte le probabiliste. Car il est résolu.

-comment cela ?

-un dilemme ne se résoud point. Tu n' as exposé qu' un des deux côtés de la question.

Tu aurais dû continuer par l' exposé du deuxième parti : < pour savoir s' il faut philosopher, il ne faut pas philosopher. Pour savoir s' il ne faut pas philosopher il ne faut toujours pas philosopher >.

-donc ?

-là il n' y a plus de donc.

Et plus de philosophie.

5. La passion de la Raison.

Un sceptique rencontre la Raison. Dans un étrange équipage. Bleus, bosses, toute égratignée, les larmes aux yeux, les rênes à la main, sa jument qui la suit, gaillarde elle, à quelques pas.

-que t' es-t-il arrivé ? demande incrédule le Probabiliste.

-une chute ! je me suis égarée et je suis tombée, répond la matrone.

-comment cela ?

-j'ai voulu sauter par delà les phénomènes.

-non ?! par delà les phénomènes ?

-si ! pour atteindre l' absolu.

-quelle idée! et évidemment tu es tombée...

-tout juste. Comment le sais-tu?

6. Antinomies ou les bosses de la Raison. ( suite possible )

-quel absolu cherchais-tu donc ma bonne amie ?

-je voulais savoir si oui ou non le déterminisme des phénomènes de la nature était absolu et si en conséquence il y avait ou non des causes libres.

-ah ?... curieuse question...

-car alors : pas de cause libre, pas de responsabilité ; partant pas de morale ni de jugement. La catastrophe quoi ! un monde sans morale !

-quel terrain pour une sortie ! tu aurais pu choisir un parcours moins piégeux !

Et qu' as-tu rapporté de ton équipée ?

-tu le vois bien, dis-elle rageuse en montrant ses bosses, des antinomies !

***

8. Philon aux Enfers

Dialogue des morts

Deux spectres dont celui de Lucrèce s' entretiennent aux Asphodèles.

-peux-tu me dire Poète, d' où viennent ces hurlements ?

-ce sont les Ombres de Glose, de Commentaire, d'Exégèse et d'Herméneutique qui se lamentent.

-et pourquoi donc ?

-elles viennent de subir le jugement de Rhadamante.

-et alors ?

-ils les a condamnées à être précipitées dans le Tartare.

-dans le Tartare !? et pourquoi ?

-pour escroquerie... au motif qu' elles auraient égaré les humains !

( suite )

-et celui-ci qui les précède, attaché à elles comme s' il illustrait la Parabole des Aveugles ?

-c' est Philon... Philon d' Alexandrie. Un Mage...

-condamné lui aussi ?

-et pour cause mon bon !

-?

-un malfaiteur ! il colportait des balivernes insupportables !

-et lesquelles ?

-entre autres qu' un certain Moïse, un illuminé dont il est l' adepte, hiérophante et mystagogue, serait le Guide et la Lumière des Peuples, Prêtre de l' Univers entraînant à sa suite l' Humanité toute entière.

-ça alors ! quelle prétention !

-tu l' as dit. Aussi Rhadamante a-t-il été impitoyable... D' autant plus que le bonhomme a agravé son cas en créant pour les besoins de la Cause une méthode soi-disant allégorique...

-allégorique ?

-pour sauver du ridicule les énormités du saint ouvrage qu' il colportait ; cela le Juge ne pouvait pas le laisser passer !

-un trucage, disais-tu ?

-élémentaire pourtant. D' après lui en effet tout est symbole, tout devient symbole : phénomènes naturels, faits supposés, fictions avérées, anecdotes, rêves, canulars, nombres, lettres, chants, histoires fantaisistes et tronquées, tabous, prescriptions et interdictions...

-par exemple ?

-la distinction des animaux en purs et impurs... l' interdition des carnivores... la mutilation rituelle...

-un bien grand malfaiteur en effet ...

-quand je pense que j' ai écrit les six livres du De Rerum Natura pour rien, soupire Lucrèce.

-allons Poète, console-toi, tu as la meilleure part.

-et laquelle s' il te plaît ?

-la satisfaction du rire.

***

9. Sens, clairvoyance et dépression

 histoire de fous

Deux fous conversent au sortir de La Nuit des Rois.

-tu me parais bien mélancolique, fait le premier.

-c' est que je n' arrive toujours pas à me dégager de ma langueur, répond l' autre.

Toi qui sembles toujours d' humeur égale, quelle est donc ta recette ?

-la dé-pression !

-la dépression !? tu te moques...

-c' est pourtant simple...

N' espérant rien, refusant les aventures du sens, je ne suis jamais déçu.

-ce serait donc cela ton remède, le refus du sens ?

-plutôt son effet. Remarque, ce n' est peut-être que l' autre nom de la clairvoyance...

-et l' ennui n' est jamais au rendez-vous ?

-ho! ça ... c' est une autre histoire !...

( fin de la première série )

*****

 

deuxième série

1. de la certitude

 'Patakoans

Aux < Journées mondiales de la vieillesse >. De l' incertitude. Le choix des sorts ou Platon détourné.

Le cercle des méthodes. Nager dans l' évidence.

1. Aux < Journées mondiales de la... vieillesse >.

conte patagon.

Un Vieillard égrotant, au visage ridé,

Soupirait.

Excédé de tant de zèle il contemplait navré,

Les vagues d' une foule adorante et pamée.

Toute une jeunesse livrée à sa convoitise,

Dans l' Espérance et l' Oraison...

L'enthousiasme, l' inculture, la naïveté,

Au seul bénéfice de la superstition !...

Lave ruisselante qu' il lui faudrait pourtant guider.

Car telle était la Mission.

 

Trop tard cependant.

 

L' Ogre n' avait plus faim et le terme était proche.

A quoi bon simagrées, palabres et momeries...

Le nombre n' y ferait rien.

Il faudrait dissimuler l' inavouable : il lui était impossible de croire...

Toutes ces années il s' y était efforçé.

En vain.

Des sortilèges du Malin il n' avait pu s' échapper...

L' intelligence était plus forte que le désir de foi.

 

Il devrait reconduire la comédie de l' Esprit-Saint,

Sauver les apparences d' une conviction flottante,

Masquer le doute tenace et cruel qui rongeait sa chancelante confession.

Et solitaire, de l' odieuse incertitude, souffrir tous les tourments.

2. de l' incertitude.

dialogue italien.

-comment parvenir à la certitude ? demande Pierrot à Colombine.

-en te fondant sur l' Opinion, répond la jeune fille.

-l' universel consentement ? le consensus ? Voyons ce n' est pas sérieux... en quoi le nombre ou une majorité constituent-t-ils une garantie, un critère de vérité ?

-que proposes-tu alors ?

-l' Autorité... hasarde l' adolescent.

-la sagesse de l' âge !... Tradition et antique radotage !... pense donc à ce que tu dis !

-la Révélation ?

-mais tu n' es pas mystique...

-peut-être que la Preuve... arithmétique te donnerait toute satisfaction, intervient goguenard Arlequin.

Et il ajoute: -compter, voilà la Voie ! Tu veux tenir la Certitude ? Deux et trois font cinq !... Calcule et tu seras apaisé...

Tu posséderas la... Vérité ! >

3. Le choix des sorts ou Platon détourné. ( République, 10, 618a )

conte des temps anciens.

Quant Er le Pamphylien, au Grand Jugement, eut assisté à la récompense et à la punition des âmes, après que les Filles de Nécessité, les Moires, eurent accompli leur ouvrage, un hiérophante rangea en ordre les prétendants à l' existence. < Puis, prenant sur les genoux de Lachésis des lots et des modèles de vie, il monta sur une estrade élevée et cria : ... vous allez commencer une nouvelle carrière et renaître à la condition mortelle... c' est vous qui allez choisir votre génie... chacun est responsable de son choix; la divinité est hors de cause.

Le même hiérophante étala sur terre devant eux les modèles de destinées... Il y en avait de toutes sortes...>. Des vies de visionnaires errants, de vagabonds anonymes, pauvres délirants voués à l' infamie et à l' insulte publique; on y trouvait des carrières choisies de chemineaux lettrés ; il y avait des vies de pélerins ascétiques et exaltés, hallucinés qui criaient leur faim de sens ; on y trouvait aussi des existences de touristes hagards qui encombraient le sol parmi les sorts d' autres gens du voyage réunis en intellectuelles tribus par les idées intoxiquées...

L' âme d' Er, à qui le hasard avait assigné le dernier rang, s' avança pour choisir ; mais soulagée de l' ambition du sens et de la vérité par le souvenir de ses épreuves passées, déniaisée, elle alla cherchant longtemps la vie d' un particuler étranger aux affaires de la pensée.

... < Elle eut quelque difficulté à en trouver une, qui gisait dans un coin, dédaignée par les autres... elle s' empressa de la prendre >.

Et c' est ainsi qu' Er le Pamphylien devint... Er le 'Pataphysicien.

4. Le cercle des méthodes.

Conte patagon.

Un patagon eut un rêve. Il était transporté au Royaume de Méthode.

Convictionnaire, inquiet, nouveau Parsifal au pays de Klingsor, il poursuivait la chimère du chemin de Sagesse.

Le Magicien sourit lorsqu' il lui présenta ses drogues... Dialectique, Diaporématique, Exhortation parénétique, Confession, Question disputée, Méditation, Essai, Enquête, Critique, Analyse réflexive, Généalogie, Phénoménologie... les Filles Fleurs de la Pensée se présentèrent dévoilant leurs charmes et leurs prestiges.

Séduit, en leur compagnie il dansa la ronde des Grâces philosophiques.

Cependant que l' ivresse le gagnait bientôt et que la tête lui tournait.

Pris de vertige il s' effondra.

-Pauvre sot, murmura alors Kundry écartant le filtre des lèvres de l' innocent... Qu' espérais-tu donc ?

Mais au réveil, détrompé, il s' était fait roi.

5. Nager dans les évidences.

Un pataniais était en quête de Certitude. Il s'engagea sur la route du pays des Critères.

Il rencontra Cohérence et Correction, il y croisa Preuve, Rigueur et Précision. Mais ces Signes ne suffisaient pourtant point à le satisfaire.

Un matin, telle une ondine surgit des Profondeurs, Evidence se présenta à lui...

La fée lui fit signe de la rejoindre.

Subjugué par la sublime Apparition, à sa suite il se précipita dans des eaux lumineuses et chatoyantes.

Mais sa nage ne le put longtemps soutenir.

Il s' y noya.

***

2. AU PAYS DES PARADOXES

  'patakoans

1. une visite chez Paul Valéry. 2. vertu du paradoxe. 3. la mécanique paradoxale.

4. l' illusion subie et l' illusion provoquée. 5. Epiménide le'Pataphysicien. 6. de l' Oupapo.

1. une visite chez Paul Valéry.

Il se raconte au Collège de Patagonie que Dämon Sir le Jeune fut jadis reçu par l' auteur de l' Eupalinos. Et qu' après les échanges de courtoisie d' usage, la conversation roula sur les paradoxes et autres intellectuels divertissements.

-< un homme sérieux n' a pas d' esprit, un homme d' esprit n' est jamais sérieux >, lança matois le Poète.

-< sans aucun doute cher Maître ; mais pourquoi diable, faudrait-il < avoir de l' esprit > ? répondit le visiteur.

Ne serait-ce pas là le comble du sérieux ? >.

2. vertu du paradoxe.

Dialogue italien.

-qu' est-ce qu' un paradoxe ? demande Pierrot à Colombine.

-une assertion qui surprend l' attente parce qu' elle heurte volontairement la pensée commune ou la vraisemblance, répond la jeune fille. Mais je n' en vois pas vraiment l' intérêt, poursuit-elle.

Je connais d' ailleurs un homme à paradoxes, comme on dit. C' est un être vraiment singulier qui passe son temps à faire le diable et à tout compliquer, sans doute par vanité... pour se rendre intéressant.

Alors que les choses pourraient être si simples...

-c' est que tu nageras dans les évidences, arachnéenne Ondine, l' interrompt Arlequin.

-ce serait donc cela la fonction du paradoxe, intervient Pierrot, casser les évidences ?

-tu lui accordes trop ou trop peu, nuance énigmatique le Comédien.

3. la mécanique paradoxale.

Suite.

-j ai noté quelques paradoxes sur un calepin. Pourriez-vous en deviner les auteurs ? demande Pierrot.

-va pour ton jeu ! aquiesce Arlequin.

-< il faut commander à la nature en lui obéissant. >

-sagesse des nations ; un paradoxe philosophique passé en adage ... Francis Bacon !

-juste... < Il n' y a pas de phénomènes moraux. Il n' y a qu' une interprétation morale des phénomènes. >

-Nietzsche, répond le comédien. C'est vraiment trop facile ! A moi de te poser une colle.

< Il n' est pas de phénomènes juridiques ; il n' y a qu' une interprétation juridique des phénomènes. >

-il est symétrique du précédent, remarque Pierrot, mais je ne vois pas...

-et pour cause ; je viens de l' inventer ! par transposition...

Tiens en voilà un autre qui passe ... profitons en ; prenons le dans notre filet :

< Si la paresse est la mère de tous les vices, le travail est-il le père de toutes les vertus ? >

-celui ci me plaît bien, sourit Pierrot.

-je crois que j' ai compris, hasarde Colombine. Pour créer un paradoxe il suffit de renverser un adage !

-par exemple... oui. Mais il s' agit là de paradoxes sémantiques.

-c' est une activité bien puérile ! s' exclame réticente la Ballerine.

-belle enfant, c' est que peut-être nous n' aurons que le choix du jeu ou de la sottise ...

4. l' illusion provoquée et l' illusion subie.

Suite.

-toute les illusions paradoxales sont-elles provoquées par l' esprit malin ? demande Colombine.

-non, répond Arlequin. La plupart des énoncés impossibles ne sont en fait que des effets de confusion, des contradictions involontaires.

Il s' agit de simples exclusions logiques inaperçues.

Certains sont illustres.

-peux-tu donner un exemple ? demande Colombine.

-le paradoxe de Grelling. Un mot est dit autologique s' il possède la propriété désigné par ce mot ; il est dit hétérologique, dans le cas contraire. Ainsi le mot < polysyllabique> est autologique car il est composé de plusieurs syllabes ; le mot < monosyllabique > est hétérologique, car il n' est pas composé d' une seule syllabe.

-je crois comprendre, reprend Colombine. Le mot < hétérologique > sera soit hétérologique soit autologique. S' il est hétérologique, il s' applique à lui même, il est donc autologique. S' il est autologique, il n' est pas hétérologique.

-tel est en effet le paradoxe, aquiesce Arlequin.

-et quelle est la solution ? demande Pierrot.

-< autologique > et < hétérologique > sont des propriétés qui ne s' appliquent qu' à des objets, mais elles ne peuvent pas s' appliquer à elles-mêmes.

C' est Russell qui le premier l' a montré avec sa théorie des types logiques.

5. Epiménide le 'Pataphysicien.

Suite.

-explique-toi, demande Pierrot.

-la théorie des types s' applique notamment mais pas seulement aux énoncés. Ainsi distingue-t-on un énoncé simple -qualifié de < type 0 > qui affirme un fait ; un énoncé sur un énoncé -celui-ci est qualifié de < type 1 > ; un énoncé sur l' énoncé d' un énoncé - celui-là est qualifié de < type 2 >.

-soit, mais...

-tu vas comprendre...Prenons un exemple.

Les énoncés : < les 'Pataphysiciens sont menteurs >, < Epiménide est 'Pataphysicien >, sont du type 0 ; l' énoncé : < Le 'Pataphysicien Epiménide affirme que tous les 'Pataphysiciens sont menteurs > est du type 1; l' énoncé du type : < Je pense me souvenir que le 'Pataphysicien Epiménide affirme que tous ses confrères sont menteurs > est du type 2.

On en déduit la règle suivante : un énoncé ne peut impliquer qu' un énoncé du même type.

De ce qu' Epiménide est 'Pataphysicien, on ne peut inférer que son affirmation est fausse comme dans le paradoxe : < Si le 'pataphysicien Epiménide dit vrai lorsqu' il affirme que tous les 'Pataphysiciens sont menteurs, il s'ensuit qu' il est lui même menteur. Mais s 'il est lui même menteur, il ment lorsqu' il prétend que tous les 'Pataphysiciens sont menteurs. Il en résulte qu' il est faux d' affirmer que tous les 'Pataphysiciens sont menteurs.>

-j' ai compris, dit Colombine, ce serait inférer d' un énoncé du type 0, un énoncé de type 1.

- En effet, poursuit Arlequin, de ce qu' Epiménide est un 'Pataphysicien, on peut conclure que, lorsque Epiménide affirme des faits, il est menteur ; mais on ne peut rien conclure, lorsqu' il affirme des affirmations se rapportant à des faits.

Si je dit : < Ubudore croit que Patadelphe est en Patagonie >, la croyance d' Ubudore, et par suite, sa sincérité est absolument indépendante du fait que Patadelphe est actuellement ou non en Patagonie.

6. de l' Oupapo. 

-ainsi toutes ces fameuses propositions ne seraient que des effets d' illusion subie et non provoquées, constate Pierrot. De simples erreurs de jugement, comme il existe des illusions ou des paradoxes visuels.

-les paradoxes sont en effet des propositions impossibles dues à la transgression involontaire du respect de la règle des types logiques, reprend Arlequin.

On ne peut pas appliquer une propriété à elle même; ainsi la lenteur n' est pas... lente.

Pour penser la vérité d' un énoncé, il faut se situer à l' extérieur de cet énoncé. Le vrai est toujours de métalangage.

Langage second sur un langage premier.

Ainsi < cette phrase est fausse > et < je suis un menteur >, sont deux énoncés indécidables ; on ne peut dégager leur valeur de vérité, sauf à les considérer comme des compléments de propositions qui ne peuvent être signifiantes simultanément.

Ce sont des propositions en auto-référence, des boucles étranges et qui renvoient à elles-mêmes.

Tout langage est donc incomplet en ce qu' il exige un autre langage d' un ordre supérieur pour rendre compte de sa cohérence logique. Ce que Gödel a démontré en 1931.

Et de surcroît, s' il existe bien une description logique du monde, le monde lui même -en tant que tel-, échappe à toute logique. L' intelligibilité se dit non pas des choses mais des énoncés sur les choses.

-je comprends, intervient Colombine. Confondre le logique et l' ontologique serait l' illusion par excellence...

Cependant les paradoxes sont parfois des jeux sémantiques à destination pédagogique. Ainsi le paradoxe de Bacon cité plus haut.

-certainement vertueuse enfant. Mais il en est d' autres dont la destination est purement ludique.

-c' est-à-dire ?

-ainsi il existe un Ouvroir de paradoxes potentiels -l' Oupapo, particulièrement apprécié de certains membres du Collège de Patagonie. On s' y divertit à créer toutes sortes de paradoxes visuels, plastiques, logiques, scientifiques et autres...

-Ce sera là l' oeuvre et la perversion de l' esprit malin, objecte scandalisée Colombine.

Quelle étrange manie que cette volonté d' égarer !

-rationaliste jouvencelle... conclut Arlequin, crois-tu sérieusement au pouvoir salvateur de la logique ? Prétends-tu sauver les hommes de leurs passions par l' enseignement de la syntaxe et de la mathématique ?

-c' est pourtant là le programme des rationalistes...

- En effet ; et depuis Platon. On voit le résultat...

Elaborer des paradoxes, n' est-ce pas tout simplement prendre modèle et enchérir sur l' ambiguïté des langues naturelles ?

 ( 30.09.2000 )

***

3. APPARENCE ET ILLUSION

'patakoans

1. Y-a-t-il une vérité des apparences ? 2. Dissiper une illusion est-ce seulement corriger une erreur ? 3. Lorsque la vérité dérange faut-il lui préférer l' illusion qui réconforte ?

4. Peut-on vivre sans illusion ? 5. Le paradoxe du comédien. 6. Quand l' être c'est le voir ... A Cloyne chez l' évêque Berkeley.

*

< Et l' apparence pure est l' extrême réalité. >

Jean Hughes Sainmont ( Cahiers C.P. 5/6 )

**

1.'patakoan : Y-a-t-il une vérité des apparences ?

Dialogue italien :

-comment éviter le piège des apparences trompeuses ? demande Pierrot.

-comment une apparence pourrait-elle jamais être trompeuse ? répond Arlequin.

*

SCOLIE.

-La vérité est un terme de logique. L'apparence est un terme qui ressortit à la métaphysique.

L'apparence est ce qui est donné des choses au sujet dans sa représentation.

Il n' y a de vérité ou de fausseté qu' à propos de l' apparence, celle-ci ou celle-là.

La chose est. Indépendamment du sujet susceptible d' en prendre ou non connaissance. Quand celui-ci s' en donne une représentation il la métamorphose en phénomène représenté ; image perceptive, poétique ou scientifique ; ou encore hallucinée.

Donnée immédiate de la représentation, l' apparence n' est donc ni vrai ni fausse. Elle est ce qu' elle est, une irréductible relation de la chose au sujet de la représentation.

En conséquence, elle ne peut être qualifiée de trompeuse. C' est toujours le sujet qui en juge bien ou mal. Faute de se décentrer de son expérience actuelle, il ne saurait s' en faire -à parler comme Spinoza-, une idée adéquate.

Si ce projet n' est pas vain.

Les apparences ne nous trompant pas, il n' y a donc pas davantage de vérité des apparences.

Mais éventuellement une vérité de nos propositions sur les apparences.

Tandis qu' il y a bien une réalité des apparences. Elles constituent d' ailleurs la seule réalité tangible qui nous soit donnée.

2. 'Patakoan : Dissiper une illusion est-ce seulement corriger une erreur ?

Dialogue italien :

-pouvons-nous écarter le voile de Maya ? questionne Colombine.

-certainement, répond Arlequin. Mais alors, à tes risques et périls.

*

SCOLIE.

1. L' erreur est un terme qui désigne l' état d' esprit de quiconque qui tient pour vrai ce qui est faux.

C' est une affirmation donnée pour vraie alors qu' elle n'est pas conforme aux normes logiques de la vérité -soit par le caractère non univoque des termes dans le raisonnement, soit par l' incompatibilité des propositions entre elles, paralogisme-, ou qu'elle ne correspond pas à la réalité représentée.

< Une erreur est un jugement objectivement faux par lequel nous affirmons que quelque chose existe avec telle nature déterminée, alors que l'objet n'existe pas ou ne possède pas cette nature. Il n'y a véritablement errreur que dans la connaissance abstraite proprement dite. L'erreur ne vient que du raisonnement. Le propre de l'erreur est de pouvoir être réfutée par l'expérience et le raisonnement.

Les illusions des sens ne peuvent pas être réfutées ainsi ; ce sont seulement des manières de percevoir qui ne sont pas normales > J. Lagneau, Célèbres leçons.

L' erreur a pour origine soit un défaut d' attention ou de mémoire dans la chaîne des démonstrations et raisonnements, soit l' incompréhension d' une méthode mal maîtrisée, soit l' indétermination d' un problème mal posé.

Une fois démasquée et corrigée, l' erreur disparaît.

2. L' illusion désigne, quant à elle, l' apparence sensible à propos de laquelle nous commettons une erreur d' appréciation qui, une fois rectifiée, ne la fait pas pour autant disparaître. C'est une fausse présentation provenant non des données mêmes de la sensation, mais de la manière dont s'est faite l'interprétattion perceptive de celle-ci.

< La connaissance par les sens est l'occasion d'erreurs sur la distance, sur la grandeur, sur la forme des objets. Souvent notre jugement est explicite et nous le redressons d'après l'expérience ; notre entendement est alors bien éveillé.

Les illusions diffèrent des erreurs en ce que le jugement y est implicite, au point que c'est l'apparence même des choses qui nous semble changée. Par exemple, si nous voyons quelque panorama habilement peint, nous croyons saisir comme des objets la distance et la profondeur ; la toile se creuse devant nos regards. Aussi voulons-nous toujours expliquer les illusions par quelque infirmité de nos sens, notre oeil étant ainsi fait ou notre oreille. C'est faire un grand pas dans la connaissance philosophique que d'apercevoir dans presque toutes, et de deviner dans les autres, une opération d'entendement et enfin un jugement qui prend pour nous forme d'objet > Alain, Eléments de philosophie.

Exemples classiques : percevoir comme brisé un bâton à demi plongé dans l'eau ; prendre un insecte qui vole près de l'oeil pour un oiseau éloigné...

Ainsi je ne cesse d' accréditer l' illusion du repos absolu après que j' ai néanmoins compris la relativité de tous les mouvements. Mon corps continue à me paraître au repos parce que je demeure immobile, alors que je le sais être en mouvement en regard de l' axe imaginaire de la rotation terrestre, de la trajectoire de cette planète autour du soleil et de la course du système solaire autour du centre de la galaxie.

De la même manière, un certain nombre d' objets astronomiques, étoiles de plus ou moins grande magnitude, nébuleuses... semblent constituer une constellation, par exemple la constellation d' Orion, alors que je sais que cette apparence n' existe que relativement à ma situation relative dans l' espace-temps, à tel référentiel déterminé, par exemple le système solaire et sa place dans la galaxie.

< Les astronomes (...), après avoir été convaincus par de puissantes raisons que le soleil est plusieurs fois plus grand que toute la terre, ne sauraient pourtant s' empêcher de juger qu' il est plus petit lorsqu' ils viennent à le regarder >, notait en ce sens Spinoza.

L' explication qui dénonce l' illusion ne la dissipe donc pas.

C' est en cela que cette dernière suscite en nous le mirage de sa tromperie.

Tel est le propre de l' illusion représentative ou "illusion des sens".

*

La réflexion philosophique s'est attachée à dévoiler la "racine indestructible" de l'illusion.

-Spinoza ( Ethique ) relevait l'illusion de la finalité comme la source de toutes les autres.

-Bergson ( Les deux sources de la morale et de la religion ) évoquait les illusion vitales et notamment la < fonction fabulatrice > avec la religion primitive asssurant la cohésion sociale en faisant contrepoids à l'intelligence dissolvante.

-Quant à l'illusion transcendantale analysée par E. Kant ( Critique de la raison pure, Dialectique transcendantale ) elle consiste en un usage spéculatif llégitime de la raison qui se propose de connaître les choses en soi.

3.'Patakoan : Lorsque la vérité dérange, faut-il lui préférer l'illusion qui réconforte ?

'patafable :

Un déçu de Vérité cherchait à fuir Réalité.

Dans le giron d' Illusion

Il crut trouver Consolation.

Celle-ci, après l' avoir ainsi séduit...

Derechef, elle le dupa.

*

SCOLIE.

Stratégie existentielle, mécanisme de défense du moi, occultation du réel par subsitution d' une interprétation aberrante à la perception objective du monde, tel est le deuxième type d' illusion, celle dont la fonction est d' assurer l' équilibre psychologique et affectif du sujet.

Effet du désir et de l' espoir, - espoire ( sic) -, conscience hallucinée qui peut aller à la psychose, acte d' adhésion sans critique, assentiment donné sans justification rationnelle, mode d' attachement affectif à un fantasme, sont les marques de cette stratégie d' évitement dont le rôle est de dissiper l' angoisse par une volontaire cécité.

Au motif d' un réel ressenti comme déplaisant.

Et rien de plus banal que cette recherche d' un réconfort par l' utopie, la chimère et le mirage.

Quand le sujet, inspiré ou qui se croit tel, accrédite la réalité et la vérité de ses propres mirages, il s'agit des visions de la foi...

Quand il s' agit d' un philosophe ou d' un esprit spéculatif, on parlera avec Emmanuel Kant d' < apparence transcendantale >.

Ainsi les dialectiques illusions du Moi, du Monde, de Dieu.

4. 'Patakoan : peut-on vivre sans illusions ?

Dialogue italien :

Colombine : - l' illusion... comment vivre avec ?

Arlequin : -< dans, par, contre... avec >, c' est là le cercle de nos relations avec la belle...

Colombine : -et ne peut-on s' en dégager ?

Arlequin : -s' en dégager ? qu' est-ce faire d' autre que prétendre arpenter le vide.

*

SCOLIE.

L' illusion est ordinairement présentée comme apparence trompeuse et passe pour dangereuse par ses effets.

En conséquence elle contredirait le principe d' une existence harmonieuse et équilibrée. Or il est demandé si l' illusion est nécessaire à la vie. Le problème est donc celui de sa fonction et de sa valeur.

1. Vivre dans l' illusion.

C'est le moment de la naïveté, de l' immédiateté, de la spontanéité précritique ; le temps de l' innocence.

L' illusion apparaît alors constitutive de la représentation. Elle caractérise un certain type de conscience, un style de vie dont la phénoménologie a été brossée par de nombreux auteurs.

Platon dans son Allégorie au Livre 7 de la République ; Descartes selon l' ordre des raisons de la première Méditation ; Malebranche dans le corps de la Recherche de la Vérité ; Hegel enfin par sa description de la conscience sensible au sein de la Phénoménologie de l' esprit.

Vivre dans l' illusion définit un certain type existentiel, celui de la dupe.

Trois puissances trompeuses y conjuguent leurs effets : les choses, autrui, moi même.

A l' ambiguïté provoquée des pseudo-illusions des sens, s' ajoute la stratégie du rival qui nous leurre et la chape des symbolismes et autres codes culturels dont nous ne laissons pas d' être imprégnés. Quant à l' affectivité -moment du dynamisme vital créateur de fictions utiles, de mythes et de croyances au service de la puissance-, maîtresse d' erreur et de fausseté elle ne cesse de générer songes chimères et utopies.

Vivre dans l' illusion, c' est donc céder à ces données immédiates de l' existence.

2. Vivre contre l' illusion.

Voici maintenant le sérieux de la noble Raison. Théorique et morale.

Selon les deux versants du rationnel et du raisonnable.

Attitude du Libre Penseur, du Philosophe des Lumières, de la Critique et de la Démystification militante à vocation pédagogique, du socratisme...

Pose du "demi-habile" selon Pascal.

3. Vivre par l' illusion enfin et la relative maîtrise des prestiges, des faits de langage.

C' est le moment ludique.

Poète du sempiternel "dimanche de la vie" , astucieux ingénieur d' artifices tout autant qu' effectif montreur de marionnettes, le 'pataphysicien élabore en pleine connaissance de cause la fable des fables qu' il juxtapose aux objets candides de l' utilité sociale, ces oeuvres aux prétentions diversement édifiantes.

Ainsi laissera-t-il par devers lui quelques traces aussi vite effacées qu' elles auront plus légèrement zébré la neige des apparences.

A moins que discrètement il n' en fasse un holocauste à la pureté du néant.

( 30.10.2000 )

5. 'Patakoan : Le paradoxe du comédien.

dialogue italien.

-quand le comédien est-il véritablement lui même? demande Colombine.

-dans la succession des apparences qu' il donne à voir et des personnages qu' il interprète quand il les interprète, propose Pierrot.

-ne serait-ce pas plutôt par la maîtrise consciente de son existence ?

-pourquoi privilégier cette dernière ? intervient Arlequin. Dans le premier cas il joue un rôle et il le sait. Il simule la fiction de ce qu' il n' est pas. Dans le second cas il est le personnage... en quête de l' auteur qu' il n' est pas encore.

-pas encore ?

-il écrit son rôle et sa vie, au fur et à mesure qu' il les crée. Et il ne sera jamais tout à fait ce qu' il s' accorde à être. Ne serait-ce que parce qu' il sera toujours mentalement en retard sur ce qu' il devient.

-on ne pourrait donc sortir des apparences ? reprend Pierrot.

-... de soi ? Des rôles que l' on joue ou que l' on crée naïvement ou en toute connaissance de cause ?

Il semble que non.

-du comédien il n' y aurait donc pas d' essence, comme disent les philosophes ; il n' y aurait que la série des apparences qu' il se donne ? reprend Colombine.

-ce qui vaut pour quiconque, poursuit Arlequin.

Pas d' arrière-monde, en effet ; rien que des apparences et... des manifestations.

Et nullement trompeuses, note le bien.

-ainsi tout se résoudrait donc au jeu ?... lache incrédule Pierrot.

*

6. Quand l' être, c'est le voir.

A Cloyne chez l'évêque Berkeley

'patakoan : de quoi l' apparence est-elle l' apparence ?

Ballade irlandaise

< Dieu rêvait, le monde était son rêve et nous autres passants

nous rêvions le monde dans le rêve de Dieu qui rêvait notre rêve... >

La Sibylle 'pataphysique, Eclats.

 < Tout se réduit aux états de conscience.

Car je ne peux me représenter dans mes pensées une chose sensible ou un objet à part de la sensation que j' en ai. L' objet et la sensation sont identiques. Il est la sensation même. On ne saurait les abstraire l' un de l'autre.

L' abstraction et son support le concept ne sont qu' illusions à être considérés autrement que comme signes, par exemple comme des intelligibles.

Le clavecin qui accueille mes doigtés n' est pas une chose matérielle qui existe réellement comme telle en dehors de mes sensations. Il n' est que la somme de mes représentations mentales, un être mental, un ensemble bien lié d' idées.

Forme, couleurs, contacts sont sensations et la matière est coextensive à notre représentation.

Quant à la distance et à la grandeur elles ne peuvent être perçues. Elles sont de jugement.

Il n' y a donc pas d' au-delà de nos pensées ; il n' y a pas de chose en soi, pas d' arrière-monde et l' apparence est la seule et vraie réalité car toute l' effectivité des choses est d' être perçues.

Aussi n' y a-t-il que des idées et des esprits.

Cependant le monde extérieur existe bel et bien et le sceptique doit ravaler son athéisme et ses prétentions. Car les choses, c' est-à-dire les idées ou les images perçues, présentent selon notre expérience habituelle un ordre et une stabilité dont l' imagination à elle seule ne saurait rendre compte.

Elles peuvent donc être connues.

Et si mes perceptions s' accordent enfin avec celles d' autrui, il faut bien qu' une Providence impose un ordre extérieur tout spirituel, un discours que Dieu tient aux hommes et pour lequel ils lui doivent louanges et remerciements.

Et nous passons dans le rêve ordonné de ce Dieu... >

*

Tels furent jadis les très mélodieux accents de l' irlandaise ballade de l' évêque Berkeley.

 ***

4. Les prestiges de l'autre

 'patakoans

1. Peut-on connaître autrui? 2. La place d' autrui. 3. Comment savoir qu' un autre être est conscient ? 3.bis. Qui est l'autre ? 3.ter. Qui suis-je? 4. Un homme peut-il en juger un autre ?

5. La faim dans le monde ou la résolution du problème d'autrui. 6. Autrui est-il un autre moi-même ? 7. Suis-je prisonnier du jugement qu'autrui a de moi-même ?

8. Qu'est-ce qu'un homme seul ? 9. L'enfer, c'est les autres...

1. Peut-on connaître autrui ?

'Patakoan. conte patagon.

Un homme conçut le projet de se mettre à la place d' autrui afin de le mieux connaître.

Il voulait savoir comment l' autre voit, entendre comme il entend, sentir comme il sent, imaginer comme il imagine, se souvenir comme il se souvient...

Mais comment faire ?

Il imagina de convoquer Sympathie.

Mais il fut vite détrompé. L' affinité et l' aversion étaient certes des données immédiates de la conscience, mais ces intuitions -aussi pénétrantes fussent-elles-, n' étaient pas infaillibles, très liées à une atmosphère particulière, subjectives et trop naïvement confiantes en la bonne foi de personnages assez souvent dissimulés.

Il leur fallait l' appoint d' Intelligence et de Jugement.

Perplexe, il se tourna alors vers Analogie.

Cependant l' intellectuelle représentation ne tarda pas à le décevoir.

"Manteaux et chapeaux" montés sur de petits ressorts, ainsi lui apparaissait de l' extérieur ce qu' il avait métamorphosé en corrélats des cartésiennes idées de son trop ambitieux entendement.

Obstiné, il se dirigea vers Justice et s' en alla fréquenter les prétoires.

Il y entendit les réquisitions des Procureurs, les jugements des Magistrats, les conclusions des Experts, les plaidoiries des Avocats. Mais les audiences n' étaient que tissus d' incertitudes et les méthodes de ces prétentieux oracles aux interminables disputes ne le convainquirent pas.

De plus en plus dubitatif, il invoqua le secours de Science qui lui proposa ses prestigieux concepts.

Il visita les Psychologues, les Analystes, les Sociologues, les Conseillers et les Consultants.

Cependant que l' < Autre >, ce fuyant objet de leurs études, tel un mirage évanescent ne cessait d' échapper à leurs trop vastes généralités.

Plein de méfiance, il interrogea Philosophie.

Ses sectateurs le renvoyèrent au principe d' individuation.

< Les positivistes se leurrent, affirmèrent-ils. Tu es Monade ; tout ce qui n' est pas Un être n' est pas un Être... seul existe l' individu -qui n'est d'ailleurs qu'effet d'interactions d'interactions...

Et le singulier ne peut-être saisi dans le filet des concepts.

Autrui n' échappe pas à la règle >.

Accablé, il allait céder au découragement quand le hasard le mit en présence d' un patagon à qui il réitéra sa question.

L' agnostique sourit.

< Ce n'est effectivement là que l' exemple d' une banalité bien connue, lui dit-il. A jamais inaccessible, l' < autre > n' est qu' un mythe, un pur fait de langage... l' objet de tous les commérages, ce dont on parle.

Un mirage à la manière de tout ce qui est.

Ni plus ni moins.

Tu es mirage, l' autre est mirage ; jamais tu ne quitteras le séjour des mirages.

Et sur ces tangibles apparences tu bâtiras le système de tes relations, c' est-à-dire de tes illusions.

Comment pourrais-tu t' évader de tes symboliques représentations ? >.

2. La place d'autrui.

'patakoan. dialogue italien.

-peut-on se mettre à la place d' autrui ? questionne Pierrot.

-tu demandes s' il est possible de le connaître ? demande Colombine.

-non pas ! j'ai compris qu' il s' agissait là d' un projet vain.

-alors ta question n' a pas de sens...

-si fait! intervient malicieux Arlequin. S' il n' est pas possible de le connaître, rien n' est cependant plus facile que de... prendre sa place.

-je ne comprends pas...

-allons... un peu d' imagination... pense à l' usurpateur et pense à l' imposture... ne sont-ce point là les clefs d' une lecture intelligente et objective de l' Histoire et de son fondement ?

-le sujet qui manque à la place... murmure alors, toute pensive, Colombine.

3. Comment savoir qu' un autre être est conscient ?

'patakoan. dialogue bergsonien.

-comment savoir qu' un autre être est conscient ? demande Pierrot.

-il nous faudrait pénétrer en lui, répond Colombine.

-métaphore audacieuse, ironise Arlequin. Comment pourrions-nous coïncider avec autrui.

Nous ne pouvons juger de ce qu' il fait que par ses attitudes et sa conduite, les signes extérieurs de ses intentions.

-il est vrai, poursuit Pierrot. Ainsi moi je pourrais n' être qu' un automate ingénieusement construit par la nature, allant, venant, discourant et simulant le choix; les paroles par lesquelles je m' affirme conscient pourraient être prononcées inconsciemment...

-c' est la conjecture de l' auteur de l' Energie spirituelle, précise Arlequin.

-il faudra donc se résoudre à la probabilité, concède Colombine. Il y a entre nous une ressemblance extérieure évidente, et nous concluons de cette ressemblance extérieure à une similitude interne.

-mais dans ce cas, poursuit Pierrot, que faire d' autre sinon interprêter les signes et juger des attitudes et des intentions d' après les apparences ?

Alors Arlequin : < sans doute... méfie toi malgré tout d' Herméneutique...

Quelle maîtresse pourrait être plus trompeuse ? >.

3.bis. Qui est l'autre ?

'patakoan. dialogue italien.

-qui est donc autrui? demande ingénument Pierrot.

-mon Semblable, répond Colombine.

-quelle grandiloquence ! s'exclame Arlequin. L'autre n'est-il pas plus exactement mon... possible ?

3.ter. Qui suis-je ?

'patakoan.conte patagon.

A l'automne de sa vie, un homme s'interrogeait sur lui-même.

Il n'était que contradictions... aucune unité de l'être comme de son être n'apparaissait dans la succession des événements qui avaient marqué son existence... Il chavirait sous les circonstances qui l'avaient poussé... tout n'était que désordre et confusion.

Qu' il subissait...

Et revenait la lancinante question de son identité... -quel est cet étranger, cet autre que je suis?..

Il décida de tenir un journal pour en lui mettre un peu d'ordre.

Mais il ne fit qu'ajouter à cet énigmatique chaos...

***

Un homme peut-il en juger un autre ?

 

 

'patakoan, dialogue.

( A l' Ecole poldave de Magistrature )

Arlequin : -qui t' a fait juge ?

Magistratus : -quelle question !... la Société, mon ami ! Je représente ses intérêts et je défends la paix civile. Je définis le préjudice, je restitue à celui à qui on a fait tort et je punis celui qui transgresse la Loi.

Arlequin : -j' entends bien. Mais comment juges-tu ? et surtout... < qui > juges-tu?

Magistratus : -je ne saisis pas ta question...

Arlequin : -juger, ce n' est pas seulement rendre un jugement, exprimer une sentence d' après l' écart du singulier et de l' universel, de l' acte et de la règle, selon l'équité, au dire du Philosophe... C' est, plus profondément, poser un rapport à prétention de vérité entre un acte et une personne...

Magistratus : -... en effet... l' intéressé, le prévenu, l' inculpé...

Arlequin : -il faut établir les faits et interroger le degré de responsabilité du présumé coupable. N' est-il pas vrai ?

Magistratus : -c' est certain. C' est pourquoi je tiens la balance égale entre les différentes parties : le Ministère public, la Partie civile, la Défense. Chacun peut faire valoir ses raisons. Et mon rôle est de conduire les débats.

Selon l' impératif de Justice qui est norme du Droit. Bien entendu.

Arlequin : -je t' accorde tout cela... Cependant je ne te demandais pas de préciser ton rôle mais d' en dégager la condition de possibilité, le fondement.

Peux-tu préciser davantage... < qui > juges-tu ?

Magistratus : -tu te répètes Arlequin... et je n' ai pas de temps à perdre à la philosophie... Je juge un prévenu, un justiciable, un sujet de droit, une Personne... Et c' est faire honneur au délinquant, au criminel que de le rappeler en le châtiant à la dignité de ses Devoirs !

Arlequin : -je vois que dans cette Maison d' apprentis Redresseurs de torts, Kant et Hegel sont les hôtes bienvenus...

Mais pourtant c' est à moi de ne plus comprendre...

Magistratus : -qu' est-ce qui t' arrête ?

Arlequin : -une petite difficulté sémantique dont la portée m' interroge... C' est que... Personne, ce n' est... personne ; et cette idée semble n'être qu' un terme de métaphysique, une idée morale, une idée-rôle qui te permet de juger... et de punir.

Magistratus : -hé bien !?... où est la difficulté ?... Et d' ailleurs comment faire autrement ?

Arlequin : -es-tu certain que la nature du prévenu ou son essence, -si ces mots ont une signification-, ne t' échapperont pas ?

Magistratus : -si les débats sont bien menés, je te réponds sans hésiter par l' affirmative. J' en suis assuré.

Arlequin : -tu me parais bien téméraire... Car de surcroît n' es-tu pas contraint à te prononcer d' après des discours ? d' après les interprétations et autres allégations hasardeuses des différents acteurs de la comédie judiciaire dont, dans ton théâtre et menant les débats, tu n' es que le metteur en scène ou le simple régisseur ?

Magistratus : -que m' importe. Ce qui est essentiel c' est la chose jugée, l' acte. Faute de quoi, point de justice, point d' ordre social. Le reste est pur byzantinisme ; et ici, à l' Ecole, on n' enseigne pas la métaphysique du Droit.

Arlequin : -qu' enseigne-t-on au juste à l' Ecole de Thémis ?

Magistratus : -on apprend la procédure et la jurisprudence efficace !

Arlequin : -la rumeur circule en effet que l' avancement dans la carrière serait fonction de la productivité des audiences... une fort vilaine calomnie certainement... et qui sera colportée par tes adversaires les Robins...

Magistratus : -pense ce que tu veux...

Arlequin : - mais on prétend également que la vertu exigée n'est pas toujours à la hauteur de la fonction occupée et certains s'étonnent de la mansuétude dont jouiraient certains de tes collègues pour incompétence, fautes techniques ou... pour des infractions qui, commises par le justiciable ordinaire, seraient sanctionnés bien plus sévérement....

On critique le concept même d' < indépendance > d'une magistrature -paraît-il- désireuse de transformer son < autorité > en < pouvoir >... On pointe les prérogatives jugées exorbitantes du Juge d'instruction, du Procureur, du Juge des tutelles...

Magistratus : -bref l' imputation habituelle de pratiques, de dérive inquisitoriales...

Devrions-nous être des saints ?...

Arlequin : -juger les autres n'est pas une fonction banale...

Magistratus : - certes... mais nous sommes des hommes...

Et peut-on imaginer une société sans juges ?...

Arlequin : -sans doute ; et c'est là une bien belle vocation...

On note enfin que des affaires particulièrement lourdes seraient confiées à des novices sans véritable expérience et sans compétence spécifique...

Magistratus : -... tes propos sont fort hardis Arlequin et tu ferais bien de changer de ton !

Arlequin : -ce ne sont là que bruits... médisances intéressées qui circulent autour des prétoires...

Mes intentions n' ont jamais cessé d' être respectueuses à l' égard de la noble Institution que tu représentes Magistratus... Mais vraiment tes certitudes m' étonnent...

Magistratus: -étonne-toi tant que tu le désires... peu me chaut !

Arlequin : -dis-moi : seraient-ce seulement les intérêts de la < Société > que tu défends ?

Ne seraient-ce pas plutôt... ses illusions ?...

Magistratus : -que signifient ces insinuations ?...

Arlequin : -... notamment la conjecture devenue évidence pour vous, les Magistrats, qu' on puisse < connaître > autrui... au motif qu' on souhaite le juger !

Magistratus : -ironie facile...

Arlequin : -... et plus profondément encore la thèse toujours supposée mais jamais prouvée qu' il aurait une < nature >...

Magistratus : -en effet... point de nature, point de responsabilité... et...

Arlequin : -... point de Jugement... Je comprends la série...

Magistratus : -... manquerait-elle de logique ?

Arlequin : -que non pas !... D' où -à te suivre-, la légitimité du harcèlement des interrogatoires et la persécution publique des audiences...

Magistratus : -tu dépasses la mesure Comédien !

Arlequin : -tu ne m' a pas répondu Magistratus... Qui juges-tu ?

Magistratus : -qui je juge ?... hé bien tu vas l' apprendre !... Toi !... toi l' impertinent Arlequin !... et à tes dépens !...

Allez !... à l' audience !

Pour tes insolences, pour ta scandaleuse 'pataphysique et pour outrage à Magistrat !...

**

Complément :

A: -Mais les victimes ? Que désirent-t-elles ?

B: -Du sens...

Il leur faut des récits, des narrations, des fables...

A: -Pour étancher leur soif...

B: -... de vengeance ?

A: -... de sens !

Ici comme ailleurs c'est la souffrance, le ressentiment qui suscitent le sens ...

B: -Voilà donc ce qu'elles attendent des audiences, les victimes !

Du compassionnel, des affects et... de l'intelligibilité !

A: -C'est là la crédulité de la victime...

Métaphysicienne naïve, il lui faut un coupable, un < sujet > responsable et bien sûr : des < mobiles >.

B: -Faute de quoi ?

A: -Pas de travail de deuil, comme on dit...

... mais l'attente insupportable de la réponse à la question du "pourquoi "de l'acte, de la douleur...

B: -... Et du repentir !

Quoi de plus scandaleux en effet qu'un coupable absent... étranger au repentir...

A: -Curieux métier que la fonction de juger : entre le policier, le psychanalyste, l'assistante sociale...

B : -... le métaphysicien et le quêteur de Sens...

***

Alfred Jarry, Ubu roi, Acte 3, scène 2.

Père Ubu. ... je veux faire des lois maintenant.

Je veux d'abord réformer la justice, après quoi nous procèderons aux finances.

Plusieurs magistrats. Nous nous opposons à tout changement.

Père Ubu. Merdre. D'abord les magistrats ne seront plus payés.

Magistrats. Et de quoi vivrons-nous ? Nous sommes pauvres.

Père Ubu. Vous aurez les amendes que vous prononcerez et les biens des condamnés à mort.

Un Magistrat. Horreur.

Deuxième. Infamie.

Troisième. Scandale.

Quatrième. Indignité.

Tous. Nous nous refusons à juger dans des conditions pareilles.

Père Ubu. A la trappe les magistrats.

Mère Ubu. Eh! que fais-tu, Père Ubu ? Qui rendra maintenant la justice ?

Père Ubu. Tiens ! moi. Tu verras comme ça marchera bien.

*

5. La faim dans le monde ou la résolution du problème d'autrui.

Aux Enfers.

-comment résoudre l' irritant problème de la faim dans le monde ? interroge l' humaniste Conscience.

-je connais deux solutions, répond l' âme du Père Ubu.

Par ailleurs définitives et radicales.

-ah !... trés intéressant... et lesquelles ?

-la première est la manducation...

-le cannibalisme !?... je reconnais bien là ton proverbial bon goût, Âme ignoble d' Ubu !

Et la seconde ?

- la seconde ?... l' autophagie !

-quelle horreur !

-et à la trappe le souci d' autrui, les illusions et tous les faux-problèmes que cet innocent -ce faisceau d' apparences-, suscite et dont il nous encombre !

( 15.11.2000 )

*

6. Autrui est-il un autre moi-même ?

'patakoan. Dialogue italien.

-autrui est-il un autre moi-même ? demande Pierrot à Arlequin.

-dans l' hypothèse affirmative, l' autre c'est le même et nous sommes deux à occuper la place... Il est moi, je suis lui. L'un est l'autre... Seule Alcmène a fait cette expérience... Souviens-toi de la mésaventure d'Amphitryon...

-de la mythologie, de la légende... C'est impossible ; c'est révoquer le principe d'individuation !

-sans doute ; mais c'est pourtant ce à quoi prétendent la morale, la religion, la philosophie...

-?

-songe aux idées de < Prochain >, de < Personne > et aux conséquences du fantasme lévinasien...

-?

-le < Visage > entendu comme rappel à l' impersonnalité de l'ordre éthique ...

*

7. Suis-je prisonnier du jugement qu'autrui a de moi-même ?

'patakoan.

-suis-je prisonnière du jugement qu'autrui a de moi-même ? questionne Colombine.

-peut-être pas davantage que tu ne l'es de tes propres jugements, répond Arlequin.

-mais puis-je m'en libérer ?

-qui t'a persuadée de la vérité de l'opinion des autres ?

*

8. Qu'est-qu'un homme seul ?

'patakoan.

-Qu'est-ce qu'un homme seul ? se demande Pierrot.

Et il consulte le dictionnaire qui lui donne la série des synonymes : abandonné, célibataire, distinct, délaissé, exclus, isolé, orphelin, particulier, singulier, solitaire, unique, veuf...

-Mais alors, s'interrroge-t-il candidement, le mot de solitude résumerait-il... à lui seul, la nature de tout existant ?

*

9. L' enfer, c'est les autres...

-Qui a écrit < L'enfer, c'est les autres > ? demande Pierrot.

-Sartre, répond Colombine. C'est devenu un lieu commun de la philosophie...

-C'est très excessif ! Et l'amour ? et l'amitié ? et la solidarité ?...

Il y a des gens délicieux ! j'en connais...

-L'autre est pourtant celui qui me juge et me tourmente... je suis prisonnier de son regard... il me fait honte... me chosifie, me pétrifie, me réifie...

-Alors Arlequin : -Je vois ma belle enfant que tu sais bien ton philosophe...

Mais même unilatérale, sa thèse est discutable...

-?

-L'enfer, ne serait-ce pas tout simplement... nous-mêmes ?

***

5. Pour bien penser faut-il ne rien aimer ?

'Patakoan / exercice dissertatif

( Pierrot revient de la Montagne Sainte-Guenièvre une dissertation à la main.)

Arlequin : -tu me parais de fort belle humeur Pierrot...

Peut-on savoir ce qui te met ainsi en joie ?

Pierrot : -c' est que je crois avoir tantôt répondu correctement à une question assez délicate...

Colombine : -et laquelle s' il te plaît...

Pierrot :- < Pour bien penser, faut-il ne rien aimer ?...>

Arlequin : -en effet... quel rébus !... et qu' as-tu répondu ?

Pierrot : -c' est un peu long...

Arlequin -allons... tu vois bien que tu énerves l' impatience de Colombine... dis-nous tes raisons.

Pierrot : -soit, je commence...

***

INTRODUCTION

« Bien penser » ( à différencier de « penser bien », c’est à dire selon les exigences du conformisme ) exprime au premier abord l’intention de régler la pensée d’après le critère de la preuve et la norme du vrai.

« Ne rien aimer », si toutefois une telle attitude est possible, suppose une capacité de détachement affectif absolu du sujet connaissant relativement aux objets de l’expérience qu’il rencontre et se propose d’étudier.

< Pour bien penser, faut-il ne rien aimer ? >

Cette interrogation invite à une réflexion concernant les conditions de possibilité de la pensée adéquate et rigoureuse. Elle enveloppe notamment la question de l’incidence des intérêts subjectifs, de l’attrait, ou encore du goût, sur la forme, la matière, l’objectif et les méthodes de la connaissance.

Le désengagement affectif, la neutralité existentielle constituent-ils des réquisits nécessaires à l’acquisition des connaissances ? Tel est donc le problème suggéré par la question.

L’enjeu est tout autant psychologique qu’axiologique. Mais il concerne au premier chef le rapport de l’attitude intellectuelle propre au sujet à la valeur de la connaissance dans l’exercice de la pensée.

Deux hypothèses paraissent satisfaire à la résolution de cette difficulté critique :

-la contestation radicale de l’investissement affectif dans les démarches intellectuelles. C’est la thèse positiviste ( A.Comte / R.Carnap ) ;

-la valorisation de l’intuition, du sentiment ou encore de l’éros envisagés comme voies de connaissance métaphysique ou esthétique privilègiées. C’est la thèse mystique ( Pascal) , sentimentaliste( Shaftesbury ), utilitariste ( J.S.Mill ) ou encore métaphysique ( H.Bergson )

A. LE POSITIVISME.

Défini notamment par A.Comte ( cf : Discours sur l’esprit positif ) et R .Carnap il est caractérisé par le découplement de la pensée et de l’affectivité dans le projet de connaissance.

« Bien penser » suppose le refus délibéré de l’ intuition sentimentale dans les démarches du savoir. L’affect constitue un « obstacle épistémologique » ( G.Bachelard ) au progrès scientifique. Le chercheur s’ interdit par principe de mêler le psychologique au logique et à l’expérimentation. Il ne s’agit pas d’être séduit, de tomber sous le charme de l’objet à étudier ou pire encore de prétendre l’ « aimer ». Il s’agit, dans un contexte de neutralité affective, de décrire et d’expliquer les choses, les états de choses, les mélanges de choses, les relations entre les choses au moyen de propositions symboliques adéquates au réel représenté.

La pensée scientifique cultive donc un idéal social d’ intersubjectivité, -ainsi du "Transcendantal objectif " selon M. Serres -, d’ impersonnalité, un style de connaissance dégagé de toute complaisance sentimentale.

Les routines phénoménales sont repérées et transcrites dans un langage quantitatif et fonctionnel, « mathématique », où s’expriment les « lois » correspondant aux répétitions des phénomènes. Mis à la question le « réel » peut et doit être adéquatement représenté ( tableau / graphe / équation ). La pensée est «rationnelle». Synonyme de jugement ( bien penser, c’est penser justement ) et de conscience de soi, elle authentifie ses méthodes et demeure consciente de ses limites. Enfin, analyse, synthèse, tests expérimentaux des hypothèses, toutes ces opérations cognitives reflètent une démarche libérée de l’approche qualitative toujours plus ou moins dangereuse parce que potentiellement émouvante.

Ici plus qu’ailleurs: le moi est « haïssable » et l’ « amour » déplacé, sinon ridicule.

OBJECTIONS :

Diverses objections ont été formulées quant à la validité de l’ « Esprit positif » dans son effort d’ investigation à propos du réel. Elles concernent le projet inhérent à cette conception de la pensée, son parti-pris de méthode ainsi que le découpage des objets de ce type de connaissance.

-Quelle est l’origine du savoir ? N’ y-a-t-il pas un désir de connaissance ? un goût de la recherche ? une passion parfois dévorante qui transmue une simple enquête en quête de l’absolu ?

Ainsi: que veut l’astrophysicien ? quelles sont ses motivations secrètes ? pourquoi la cosmologie ? Peut-on réduire la recherche fondamentale à des intérêts de puissance et à des motifs unilatéralement économiques voire lucratifs ?

Il semble arbitraire de dégager la pensée scientifique dans son dessein fondateur de certains mobiles « irrationnels » où interviennent des inclinations, des penchants, des espoirs qui échappent à la règle positiviste mais qui expriment toute une gamme d’intérêts psychologiques assez généralement occultés.

Dans cette optique, pour « bien penser », il faudrait beaucoup s’ investir dans sa recherche, bref : beaucoup « aimer ».

-Peut-on en effet ramener l’exercice de la pensée à l’ objectivité froide d’ un appareil enregistrant les données de l’expérience? L’investissement affectif est-il absent du travail méthodique de la pensée elle-même ? La sensibilité esthétique par exemple fait-elle défaut au mathématicien, au naturaliste, à l’astronome ? N’ existe-t-il aucune réceptivité affective à la qualité des objets étudiés, à leur apparence, à leur sens, à leur valeur ?

-Quant à la nature et à la sélection des objets étudiés, est-il possible de ne pas les référer à des options intellectuelles plus ou moins mêlées d’intérêts psychologiques plus ou moins conscients ? Dans le domaine des « sciences humaines » par exemple, peut-on concevoir un médiéviste, un égyptologue affectivement étranger à leur domaine de recherche?

N’y-a-t-il pas un effet en retour de l’intérêt du chercheur sur le découpage de son champ d’investigation?

Il semble donc que l’idée d’ une pensée absolument désintéressée, d’ une pensée pure, d’ une pensée détachée affectivement de son objet ne soit qu’ une hypothèse sans réel fondement. Car « bien penser » ce n’ est certes pas : ne « rien aimer ».

B. L’ INTUITION ET LE SENTIMENT COMME VOIES DE CONNAISSANCE.

Afin de répondre au problème d’une manière plus satisfaisante, il faudrait donc élargir le domaine de définition de la pensée. On se dégagerait de l’étroitesse scientiste d’après laquelle la physique mathématique donnerait le seul modèle valable de méthode de la pensée pertinente.

Déjà Descartes définissait la pensée comme l’activité psychique dans son ensemble, ne considérant que l’acte même de penser abstraction faite de sa valeur objective de connaissance:

« Je suis une chose qui pense, c’est-à-dire qui doute, qui affirme, qui nie, qui connaît peu de choses, qui en ignore beaucoup, qui aime, qui hait, qui veut, qui ne veut pas , qui imagine aussi et qui sent ». ( Méditations métaphysiques 3 ).

Mais fidèle à son parti-pris intellectualiste, il ne reconnaissait comme légitime que la pensée rationnelle, n’accordant tout au plus au « sentiment » qu’ une valeur pragmatique et utilitaire d’adaptation au monde. ( Méditation 6 )

D’autres auteurs -ainsi Pascal, Rousseau, H. Bergson ou Max Scheler-, d’autres écoles telles que les Utilitaristes anglo-saxons ( Bentham, J.S.Mill ) réhabilitant l’affectivité, ont mis l’accent sur le rôle des sentiments, la valeur de l’intuition et la fonction de l’intérêt et du désir ,voire de l’amour dans le jeu de la pensée humaine.

Pascal notamment a mis à jour < l’esprit de finesse > en opposition à < l’esprit de géométrie >.

-Le premier, « sentiment de la complexité des choses, du discernement des éléments simultanés qui la composent et estimation de leur valeur réciproque, se manifeste spontanément avec une sûreté qui tient de l’ instinct » ( L. Brunschvicg ).

-Le second, à l’aise dans un domaine où les principes sont bien définis et d’où l’on tire des conséquences rigoureuses joue souvent à faux et maladroitement hors de ce domaine. (Logique sentimentale ambiguë, paradoxale et contradictoire).

Pascal a également rapporté l’origine de la vérité au< coeur > entendu comme sentiment d’évidence et voie privilégiée de connaissance. « Nous connaissons la vérité non seulement par la raison ( intelligence discursive ) mais encore par le coeur ( faculté d'intuition ); c’est de cette dernière sorte que nous connaissons les premiers principes espace /temps/ mouvement /nombre » (Pensées).

Dans une optique mystique, débordant l’expérience empirique, il affirme :

« c’est le coeur qui sent Dieu et non la raison; voilà ce que c’est que la foi: Dieu sensible au coeur et non à la raison. »

L’amour de Dieu constitue la solution au problème existentiel par delà les savoirs dispersés, relatifs et strictement utilitaires que nous procure la pensée scientifique.

Rousseau a développé le thème du désir comme moteur de l’existence et force motrice des passions intellectuelles à l’origine de la connaissance.

L’Utilitarisme anglo-saxon a fondé le jugement de moralité sur le critère de la compassion.

Max Scheler a dévoilé l’importance décisive de la sympathie pour la compréhension d’autrui.

Henri Bergson enfin s’est efforcé de montrer comment l’artiste et le métaphysicien étaient aptes à dévoiler par l’effort de création et l’intuition la réalité dans sa mobilité même en substituant leurs images aux symbolismes linguistique et mathématique.

Inspirateur spirituel d' André Breton, de Julien Gracq et des Surréalistes, dans la ligne de Schopenhauer, il définit l’artiste comme celui qui traverse la banalité du conformisme social, qui parvient à décrire les conduites dans leur originalité et à saisir les choses habituellement voilées par le langage et la pensée utilitaire.

Ces différents exemples illustrent l’ unité d’un même propos : contourner l’obstacle de la pensée rationnelle fossilisée et cristallisée dans un univers de formes conceptuelles figées. A côté de la pensée scientifique se juxtaposent alors la pensée artistique, la poésie, la pensée métaphysique et la pensée religieuse.

Chacune selon le découpage de son domaine propre définit une manière de « bien penser », une norme ( le Beau / l’Etre / Dieu ) selon une méthode spécifique. Loin de les hiérarchiser ou de les réduire à l’une d’entre-elles ( unilatéralisme réducteur) il convient à chaque fois d’en comprendre le sens, la valeur et la portée.

CONCLUSION

Il nous était demandé si « pour bien penser, il fallait ne rien aimer ».

L’ouverture de la notion a permis la critique d’une vision réductrice: le positivisme scientiste. Elle a de surcroît fait apparaitre des modalités particulières du penser tout aussi qualifiées à être que le fonctionnalisme mathématique et la méthode expérimentale.

Car en dernier ressort ce sont bien l’admiration, la séduction et la tentation, le désir et finalement le < coeur > et l’ < amour > donc des forces irrationnelles qui ouvrent le chemin de la connaissance. ( cf Platon: Phèdre )

**

Colombine : -la belle dissertation Pierrot. Je suis fière de toi...

Arlequin : -rien de plus... séduisant que la parole philosophique en effet...

Pierrot : -tu ne sembles pas convaincu...

Arlequin : -si fait... Penser... bien penser... voilà un problème, comme on dit, bien intéressant...

Ton devoir comblera sans doute un philosophe... mais un 'pataphysicien ?

Colombine : -je ne comprends pas. Si le problème de la pensée droite ne te préoccupe pas Arlequin, que fais-tu donc quand tu disputes ?

Arlequin : -je danse...

 


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