philosophie pataphysique

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Geste des opinions du docteur lothaire liogieri

Ouvroir de patasophie parallèle

Repères philosophiques et patasophiques

par Adonis Colgue et Liane du Goocs

 

 

 

René Magritte, les vacances de Hegel.

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< Repères : marques, balises, bouées de sauvetage... jalons de perdition >

Dämon Sir, De l'incertitude

 

 

Sommaire :

Présentation des indications du programme ouvrant

aux études patasophiques.

*

absolu/relatif - abstrait/concret - acte/puissance - analyse/synthèse -

autonomie/hétéronomie - cause/fin - contingent/nécessaire/possible -

essentiel/accidentel - expliquer/comprendre - en fait/en droit - formel/matériel -

genre/espèce/individu - idéal/réel - intuitif/discursif - légal/légitime

médiat/immédiat - objectif/subjectif - obligation/contrainte - origine/fondement -

démontrer/interpréter - persuader/convaincre - principe/conséquence

- transcendant/immanent -

universel/général/singulier/particulier

 

** 

Présentation

  des indications du programme ouvrant aux études patasophiques

 

1. Ce petit memento a pour objet de favoriser l'accès des esprits curieux à l'exercice réfléchi du jugement patasophique alors que les notions philosophiques par ailleurs proposées sont l'occasion d' une entreprise d'altération spécifique.

2. La déformation 'pataphysique mobilise de nombreux éléments pour la maîtrise de l'expression et de l'argumentation, la < formation littéraire et artistique >, les < savoirs scientifiques >, la < connaissance de l'histoire >.

Ouverte sans exclusive aux acquis de toutes les disciplines elle vise -par les procédés qu'elle met en oeuvre- à susciter chez les Auditeurs et autres Lecteurs réels et virtuels le goût des termes exacts et... inexacts sans souci d'une quelconque < responsabilité intellectuelle >.

3. Avertie de la diversité et de la complexité du < réel >, elle contribue en effet à déconcerter les esprits prétendument < autonomes > et < critiques > conditionnés par la culture, l'enseignement académique et le pharisaïsme philosophique ordinaire.

4. Proposée tout au long du Cursus de découverte établi depuis des lustres par les soins de Pataphile-Episcope ( cf les Séminaires de Prin ), cette étude si déroutante pour le profane, conserve un caractère élémentaire qui n'exclut pourtant pas une visée encyclopédique.

Aucun examen ne la sanctionne.

Il ne saurait toutefois être question de détailler la totalité des koans et autres pata koans qu'on peut légitimement en inférer ou qui se présentent de quelque manière au 'pataphysicien -qu' ils portent sur < lui-même >, sur le < monde >, sur la < société >, etc.

Il ne s'agit pas davantage de rendre compte de toutes les étapes de l'histoire de la patasophie ou de parcourir les diverses orientations qui s'y sont élaborées.

5. Les notions définissent les domaines du questionnement patasophique ; elles s'appuient sur des références aux textes des (') pataphysiciens les plus éminents.

6. Il est possible d' < ouvrir > une notion à l'occasion de la lecture d'une oeuvre ; la lecture de l'oeuvre peut à son tour être développée à partir de la < mise en (pata) koan > d'une notion ou d'un ensemble de notions.

Le tableau des notions -purement indicatif- n'est nullement contraignant. Il détermine un cadre non didactique pour le divertissement patasophique et la délectation que celui-ci peut procurer.

7. Repères.

Le tableau des notions s'accompagne d'une liste de repères -critères généralement présentés par couples- auxquels les Auteurs font implicitement référence dans leurs textes ou leurs interventions orales.

Chaque repère se présente comme une distinction lexicale opératoire en (pata) philosophie et comme une distinction conceptuelle accréditée par la tradition.

Il y avait lieu de les formuler -explicitement- afin d'en permettre la meilleure compréhension.

Ne sont mentionnés ici que ceux dont l'usage est le plus constant.

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absolu/relatif

Question : Un ordre de réalité parfait, indépendant et autosuffisant, est-il possible ?

1. Définitions

1. Absolu se dit de ce qui est en soi et par soi, indépendamment de toute autre chose. Ainsi, dans le langage de l'Ecole, de la substance par rapport à l'accident.

Par suite, est défini absolu ce qui a en soi même sa raison d'être et qui n'a besoin -ni pour exister ni pour être conçu- d'aucune autre chose.

Et par opposition à < relatif > : qui est tel par lui-même ou considéré en lui-même et non par rapport ou relativement à autre chose.

Par suite encore et selon les traditions, on nomme < Dieu >, < Brahman >, < Tao >, < Nature naturante >, etc., l'inconditionné conditionnant, l'Etre de qui tout dépend, ce à quoi tout autre être est relatif.

D'où aussi l'idée de < chose en soi >, désignant toute réalité -à jamais inconnaissable pour le relativisme, le positivisme, le kantisme ; supposée accessible cependant par des voies différentes de celles empruntées par l'intelligence discursive : intuition métaphysique, extase mystique, vision poétique, déréglement de tous les sens, rire, Pal, étreinte érotique, etc.

D'où enfin -en politique-, l'idée de < Pouvoir > absolu -auquel on ne peut que consentir, mais non impérieux ou despotique -qui exprime un ton ou une manière d'être.

Dans la mesure où on ne peut qu'accepter le < réel >, il faut obtempérer au < Pouvoir > quels que soient les régimes historiques/empiriques du commandement et de l'obéissance.

*

2. Est dit < relatif > tout ce qui se rapporte. Et qui, de ce fait, avec la dépendance, est censé exprimer la limite et l'imperfection.

Le relatif ne se conçoit que par contraste avec une existence en soi et par soi.

La Création est relative... au dieu ; un être vivant est relatif au réseau des circonstances et conditions extérieures ; l'oeuvre d'art est relative... au poète.

Et la multiplicité des lignes d'univers ( 1 et 2 ) est la relativité même.

Il n'existe aucun système de référence universel par rapport auquel on puisse mesurer un mouvement (A. Einstein)

*

3. Est dit 'pataphysiquement < absolu >, le relatif du < relatif >: un mot.

Et en ce sens la relativité "est " l'absolu -en soi et par soi.

Dans le système des désignations.

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2. Etoile (réseau sémantique)

 

Attributs de l'absolu :

Parfait

Achevé Infini

Total

Attributs du relatif :

Finitude / Imperfection

Particularité / Dépendance

Limite / Contingence / Variabilité

 

 

3. Citations

1.1. < Esprits créés, nous sommes un élan vers l'Absolu (...). Et c'est dans cet élan même que l'Absolu se fait connaître à nous.> Henri de Lubac, Sur les chemins de Dieu.

1.2. < Si quelque chose d'absolu ne nous était pas donné primitivement et nécessairement, comme objet de croyance, il n'y aurait pas de connaissance relative, c'est à-dire que nous ne ne connaîtrions rien du tout. Le relatif suppose un absolu préexistant. Mais comme cet absolu cesse d'être tel et prend le caractère relatif dès que nous venons à le connaître, il implique contradiction de dire que nous ayons quelque connaissance positive ou l'idée de l'absolu. > Maine de Biran, Rapport des sciences naturelles avec la psychologie.

1. 3. < La vérité dicte absolument ce que nous devons penser (...). La vérité renvoie donc à l'Absolu en tant qu' il est. -Le bien oblige absolument à faire ce que nous devons faire. Il ne peut commander que de manière inconditionnée que s'il manifeste un acte inconditionné, par suite l'Absolu en tant que devoir-être. > René Le Senne, La destinée personnelle.

*

2.1.< On appelle relatives ces choses dont tout l'être consiste en ce qu'elles sont dites dépendre d'autre choses, ou se rapporter de quelque façon à autre chose. > Aristote, Organon, Catégories 7.

2.2. < La chaleur n'est pas une qualité sensible (...) absolue, mais (...) relative à des organes proportionnés. > Leibniz, Nouveaux essais..., 2, 8, 21.

2.3. < Le mouvement, le temps, la dureté, la mollesse, les dimensions, l'éloignement, l'approximation, la force, la faiblesse, les apparences de quelque genre qu'elles soient, tout est relatif. > Voltaire, Dictionnaire philosophique.

2.4. < Toute étude de la nature intime des êtres, de leurs causes premières et finales, etc., doit, évidemment, être toujours absolue, tandis que toute recherche des seules lois des phénomènes est éminemment relative (..) sans que l'exacte réalité puisse être jamais, en aucun genre, parfaitement dévoilée. > A. Comte. Discours sur l'esprit positif.

2.5. < Il faut admettre que la première et absolue existence dont toute autre ne nous offre qu'une limitation, que la seule parfaite substance est la pensée. > Félix Ravaisson, O.C.

*

3.1. < Qu'est-ce que penser sinon poser des relations ? > Charles Renouvier. Dilemmes de la métaphysique pure.

3.2. < Deux manières profondémént différentes de connaître une chose (...). La première dépend du point de vue où l'on se place et des symboles par lesquels on s'exprime. La seconde ne se prend d'aucun point de vue et ne s'appuie sur aucun symbole. De la première connaissance on dira qu'elle s'arrête au relatif ; de la seconde, là où elle est possible, qu'elle atteint l'absolu. > H. Bergson. La Pensée et le Mouvant.

3.3. < Cette fausse croyance en un réel absolu dans la nature constitue la condition du travail de la science ; elle fortifie son espoir de se rapprocher de plus en plus de la nature objective et d'en dévoiler le secret. > Max Planck.

3.4. < L' absolu des philosophes pourrait bien être qu'un avatar du Dieu des théologiens. > . Gusdorf, Traité de Métaphysique.

3.5. < Détacher l'objet de sa relation au sujet, voilà le procédé du réalisme. La chose-en-soi, c'est l'objet érigé en absolu...

Est dite relative la connaissance humaine, quels que soient ses modes, approche mobile, représentation symbolique du réel...

Il n'y a pas de connaissance absolue. On ne peut se passer de symboles. > Dämon Sir, De l'incertitude 4. 9.

3.6. < L 'autorité absolue ne connaît rien au-dessus d'elle. C'est une usurpation.> Condillac,O.C.

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4. Bref patasophique

< L'indépendance ne se conçoit que dans la dépendance, la liberté dans la nécessité, le relatif par l'absolu.

L'absolu est limité ( en tant qu'expression du principe d'individuation ).

Le particulier est fonction du général ; < tout > est < relation >.

Et sur le plan éthique / politique, la lévitation du < réfractaire > ne peut être comprise qu'en tant que "perversion". > Jeanne de La Tysse, Correspondance à Pervenche d'Arcis.

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5. Fable-express

Au Relatif, effrontément

l' Absolu se présenta.

< Vous n'êtes rien, je suis le Tout > , lui signifia

Avec hardiesse l' orgueilleux impudent.

Moralité :

l' Absolu... ment.

 

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6. (pata) koans

-La recherche de l'Absolu peut-elle se passer de symboles ?

-< Tout est relatif > : Contradiction, paradoxe ou énoncé en auto-référence, boucle étrange ?

-De l'absolu pouvoir faut-il ignorer l'ivresse ? ( cf Racine, Athalie, 4, 3)

 

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abstrait / concret

Question : comment nommer les qualités des choses, des personnes, des relations, des valeurs sans mépriser la spécificité du particulier ?

1. Définitions

1.1. Abstraire ( abstrahere, tirer de), c'est détacher, considérer à part certains éléments d'un objet en laissant de côté ses autres déterminations.

C'est considérer séparément ce qui n'est pas séparé ou pas séparable dans la réalité ; ainsi la forme d'une chose indépendamment de sa matière, de sa couleur, de ses dimensions...

Le terme d' < abstraction > désigne l'opération mentale ainsi que le résultat de cette opération.

On distingue trois degrés d'abstraction :

-dans les sciences de la nature on fait abstraction des propriétés individuelles.

-en mathématiques, on ne considère que la quantité.

-en ontologie on ne retient que le fait d'être.

1.2. S'abstraire, c'est détourner son esprit des données extérieures pour suivre ses pensées.

1.3. L' abstraction, synonyme d'idée abstraite est le résultat de l'opération abstractive.

Le terme est parfois pris péjorativement : abstrait = inintelligible, formel, verbal.

1.4. L' Abstrait - à l'instar du Distrait -, signifie pour une personne une manière d'être. Absconse, obscure, amphigourique, mallarméenne, jarryque...

D'où l'idée d'absence et de distraction par suite de l'attitude mentale supposée d'insuffisante concentration.

*

2.1. < Concret > ( concretus, épais, compact. De concrescere, croître avec ) désigne ce qui est formé par agrégation, condensation des parties )

2.2. < Concret > est un terme qui s'applique à un objet en tant qu'il est donné dans l'expérience; -externe : les sensations qualifiant un objet ( visuelles, auditives, olfactives...) ;

-interne : une émotion, un rêve.

Il signifie pour ce que l'on peut voir, toucher.

Il désigne le singulier, l'individuel.

< Concret > se dit des termes qui désignent des objets/êtres réels : Hegel, mon chat ; par opposition aux termes abstraits désignant une qualité qu'un être possède en commun avec d'autres.

L'existant / L 'existence

L'homme / L'humanité

Le pénitent / La pénitence

 

2.3. Pris substantivement < le concret > désigne l'existence, la réalité directement éprouvée, -le vécu-, plurielle, irréductible, injustifiable, contingente.

Notamment chérie, voire fétichisée ( "thématisée" ), par les multiples existentialismes.

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2. Etoile (réseau sémantique)

 

Attributs de l'abstrait

généralisation / séparation

entité

concept / idée-chimère

Attributs du concret

vécu / expérience

singularité / particularité immédiateté

positivité

 

3. Citations

1.1. < Si, dans la représentation, on laisse de côté les déterminations d'un objet, c'est ce qu'on appelle abstraire. Il ne reste alors qu'un objet moins déterminé, c'est-à-dire un objet < abstrait >. Mais, si dans la représentation je ne considère qu'une détermination singulière de cet ordre, c'est là aussi une représentation abstraite .> Hegel, Propédeutique philosophique, Introduction, 1.

< La pensée est abstraction dans la mesure où l'intelligence part d'intuitions concrètes, laisse de côté l'une des déterminations variées que fournissent ces intuitions et, en faisant ressortir telle autre de ces déterminations, lui confère la forme simple de la pensée. > Propédeutique philosophique, Logique 3.

1.2. < C'est une simplification, en présence de l'objet concret infiniment complexe et perpétuellement changeant, simplification qui nous est imposée, soit par les nécessités de l'action, soit par les exigences de l'entendement, et qui consiste à considérer un élément de l'objet comme isolé, alors que rien n'est isolable, et comme constant, alors que rien n'est en repos. > Alain, Les Arts et les Dieux.

1. 3. < L 'abstraction proprement dite commence avec la conscience de la ressemblance et de la différence. Abstraire c'est distinguer le caractère commun à plusieurs objets ou le caractère différentiel d'un objet. > A. Burloud, Pensée, concept.,

1.4. < Phédon (...) est abstrait, rêveur, et il a, avec de l'esprit, l'air stupide. > La Bruyère, Caractères, 1. 25.

*

2. < Justement parce qu'elle est sub specie aeterni ( sous la forme de l'éternel ), la pensée abstraite ne tient pas compte du concret, de la temporalité, du devenir propre à l'existence et de la misère que connaît l'existant du fait qu'il est une synthèse d'éternel et de temporel, plongée dans l'existence. > Kierkegaard, P.S définitif et non scientifique aux Miettes philosophiques.

*

 3. 1. < C'est par leur détermination que les objets sont la réalité particulière qu'ils sont : un objet sensible n'est tel, par exemple, que par sa forme, sa grandeur, son poids(...) Conservé dans la plénitude de ses déterminations, l'objet est dit concret. > Hegel, Propédeutique philosophique, Introduction.

3.2. < Le concret n'est jamais donné en lui-même(...) Le réel ne se laisse serrer de près qu'à l'aide de l'idéal et du schématique. > F. Gonseth, Les mathématiques et la réalité.

3.3. < Notre connaissance du concret dépend de vues théoriques et réagit sur elles ; l'abstrait et le concret se construisent ainsi simultanément dans une dialectique de l'abstrait/concret. > F. Gonseth, La géométrie et le problème de l'espace.

3. 4. < Le concret, c'est l'homme dans le monde. > J.P. Sartre, L'Etre et le Neant.

3. 5. < ... en réalité toute choses sont des concrétions d'un milieu et toute perception explicite d'une chose vit d'une communication préalable avec une certaine atmosphère. > M. Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception.

3.5. < Certains maîtres de rhétorique, partisans d'effets faciles, préconisent le recours, pour émouvoir l'auditoire, à des objets concrets, telle la tunique ensanglantée de César que brandit Antoine devant les Romains, tels les enfants du prévenu que l'on amène devant les juges pour exiter leur pitié. > Ch. Perelman, Traité de l'argumentation.

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4. Bref patasophique

< Abstraction et réalité concrète ne vont pas l'une sans l'autre.

L'objet concret est une coalescence éphémère de qualités sensibles mêlée de fictions abstraites plus ou moins élaborées. L' objet abstrait -représenté- est un concret de pensée élaborée, fiction jouée par la chimie d'un intellect sensible > Dämon Sir, De l'incertitude.

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5. Fable-express

Pour connaître les choses, il faut s'en évader.

Par les idées.

Pour saisir les idées il nous faut délirer.

Selon les règles...

Moralité

< Pour les Abstractions, j'aime le Platonisme >

Molière, Les femmes savantes, 3.2.

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6. (Pata) koans

-La blancheur, la grandeur, la justice sont-elles des propriétés des choses ?

-Peut-on connaître sans passer par l'abstraction ?

-N' y a-t-il de connaissance que du particulier ?

-Le particulier ( le concret ) est-il connaissable ?

-Si le réel est idiot ( éty. particulier/singulier ) la pensée peut-elle prétendre à l' intelligibilité ?

 

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Acte / Puissance

Question : qu'en est-il de l'être, comment rendre compte du devenir ?

1. Définitions

1.1. Potiens, potiensis. Possibilité, faculté.

Ainsi Selon Descartes : la puissance de bien juger, de distinguer le vrai du faux, naturellement égale en tous les hommes.

1.2. Concept métaphysique qui prétend satisfaire au problème : comment penser le devenir.

L'être à l'état virtuel, dit < en puissance > est déclaré chez Aristote, les Scolastiques... puissance active ou passive.

-puissance active d'accéder à une certaine forme par développement : la chenille devient papillon, le gland, chêne, le pataphysicien, 'pataphysicien.

-puissance passive, simple possibilité entre toutes celles que peut devenir un être de passer à l'acte. Exemple du bloc de marbre devenant statue, de la vierge devenant femme.

Information de la matière par la Forme/ Idée sous l'action intentionnelle d'un agent causal (Dieu, l'artisan, l'artiste)

1.3. Par transposition à l'univers politique, < Pouvoir > au sens de Souveraineté.

1.4. Par transposition à l'expérience psychologique : pouvoir exercé par la raison sur les passions, volonté.

1.4. Puissances trompeuses ou supposées telles : sens, passions, imagination, raison... tout ce qui , d'une manière ou d'une autre, est censé abuser le jugement de l'homme.

*

2.1. Actum, le fait accompli ; agere, agir.

2.2. Concept métaphysique complémentaire de < puissance> répondant au même problème.

L'être en acte est l'être pleinement réalisé : la plante est l'actualisation de la graine. La maternité est l'actualisation de la féminité.

Par extension et absolument, l'Acte pur : Dieu. l'Etre qui ne comporte aucune puissance, soustrait au devenir. ( Aristote, saint Augustin, saint Thomas, Descartes... )

L'actualisation est donc le moment du passage de la puissance à l'acte.

L'actualité -concept de métaphysique-, définit ce qui se passe dans le moment présent ( par opposition à l'éventuel, au passé, au futur ). Et qui est susceptible de recevoir des interprétations diverses.

Théologiquement la grâce actuelle désigne le secours particulier accordé par Dieu, par opposition à la grâce habituelle ou efficace accordée au pécheur de façon permanente.

L'acte gratuit apparemment non motivé est identifié à la liberté d'indifférence.

*

3. Aux catégories de substance et d'accident, d'acte et de puissance, de matière et de forme, la science positive substitue les notions de structure et de fonction.

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2. Etoile ( réseau sémantique)

 

attributs de la puissance

virtuel

pouvoir être

matière / possibilité

attributs de l'acte

réel

actualité / effectivité

forme / Dieu - Acte pur

force/ entéléchie

 

3. Citations

1.1. < La puissance en général, est la possibilité du changement.> Leibniz, Nouveaux Essais... 2.21.1.

1.2. < Je < puis > agir. J'ai la puissance de marcher, de parler. Que j'agisse ou que je n'agisse pas, j'ai toujours la même puissance. Donc cette puissance se distingue clairement de l'acte qui lui correspond, puisqu'elle peut exister sans l'acte. Lorsque je marche, je suis un marcheur en acte; lorsque je ne marche pas, je suis un marcheur en puissance.

Mais le mot puissance peut acquérir une signification toute différente. De même que je dis : je puis marcher, je dis : je puis mourir. Dans le premier cas je signale une faculté positive et active, principe de mes mouvements ; dans le second, je n'exprime qu'une possibilité d'état. De même encore je dis : cette pierre actuellement immobile peut acquérir le mouvement en vertu d'une impulsion extérieure. Ici encore, je n'exprime qu'une possibilité. > Th. de Régnon, Métaphysique des causes.

1.3. < Cette notion de possibilité ou de puissance passive, n'exprime pas un pur néant, un pur manque d'actualité ; elle signifie bien plutôt l'aptitude à une certaine actualité éventuelle, non encore réalisée, mais réalisable. Le bloc de marbre est en puissance de la forme de la statue, une masse liquide ne l'est pas. Ce n'est pas que la statue soit plus ébauchée dans ce solide qu'elle ne l'est dans ce liquide. Elle n'est pas dans le marbre mais on peut l'en tirer. > E. Gilson, le Thomisme.

1.4. < Nous disons que l'eau est en puissance d'être chauffée. Nous disons aussi que le feu est en puissance de chauffer. Le langage nous avertit par là qu'il convient de distinguer deux sortes de puissances : la puissance active, qui est le principe de l'action exercée dans un autre, et la puissance passive, qui est l'aptitude à pâtir par un autre.> R. Jolivet, Métaphysique.

1.5. < (Pascal disait) que, dans un Etat où la puissance royale est établie, on ne pouvait violer le respect qu'on lui doit que par une espèce de sacrilège, puisque c'est non-seulement une image de la puissance de Dieu, mais une participation de cette même puissance.> Vie de Pascal, par Madame Périer.

1.6. < Quand on a la puissance, on croit tout possible parce qu'on ne sait pas se méfier de ses lumières et, parce qu'on a commandé, on imagine pas devoir trouver des obstacles.> Condillac, Du Gouvernement, 1.17.

1.7. < La puissance de l'âme se définit par la science seule qui est en elle.> Spinoza, Ethique,5.

1.8. < Il faut commencer par le chapitre des puisances trompeuses. L'homme n'est qu'un sujet plein d'erreur naturelle et ineffaçable sans la grâce. Rien ne lui montre la vérité. Tout l'abuse ; ces deux principes de vérité, la raison et les sens, outre qu'ils manquent chacun de sincérité, s'abusent réciproquement l'un l'autre. Les sens abusent la raison par de fausses apparences ; et cette même piperie qu'ils apportent à la raison, ils la reçoivent d'elle à leur tour. Elle s'en revanche. Les passions de l'âme troublent les sens, et leur font des impressions fausses. Ils mentent et se trompent à l'envie. > Pascal, Pensées, 83-45.

*

2. 0. < L'acte n'est point une opération qui s'ajoute à l'être, mais son essence même. > L. Lavelle, De l'Acte.

2.1. < L'acte(...) est le fait pour une chose d'exister en réalité et non de façon dont nous disons qu'elle existe en puissance. Quand nous disons par exemple qu'Hermès est en puissance dans le bois. (...) ou quand nous appelons savant en puissance celui qui ne spécule pas, s'il a la faculté de spéculer : (...) l'autre façon d'exister est l'existence en acte. > Aristote. Métaphysique, T.,6.

2.2. < Par acte, il faut entendre toute activité synthétique de la personne, c'est-à-dire toute disposition de moyens en vue de fins, non en tant que le pour-soi est ses propres possibilités, mais en tant que l'acte représente une synthèse psychique transcendante qu'il doit vivre. > Sartre, L'Etre et le Néant, 2.2. 3.

2.3. < Je dis que nous sommes actifs, quand, en nous ou hors de nous, quelque chose se fait dont nous sommes la cause adéquate, c'est-à-dire (...) quand en nous ou hors de nous, il suit de notre nature quelque chose qui se peut par elle seule connaître clairement et distinctement. > Spinoza, Ethique, 3, Def 2.

2.4. < Qu'est-ce qui est " actif " ? tendre à la puissance. > F. Nietzsche, La Volonté de puissance. 2. 1. § 43.

2.5. < L'agité est un grand actif... Son activité est excessive... Surtout elle est confuse... par l'assignation de fins supérieures à sa puissance. Et partant elle est vaine. Le désir extrême de n'être à aucun moment inactif se satisfait dans des mouvements sans but et des oeuvres sans profit. > J. Toutlemonde, les inquiets.

2.6. < L 'actuel est toujours le plus confus de l'histoire, car on ne sait jamais si l'événement est germe ou poussière. > J . Guitton, Justification du temps.

*

3. < Toute la métaphysique d'Aristote est conditionnée par la nécessité d'échapper au monisme de Parménide. Aristote eût pu le faire en faisant remarquer que l'expression < L' Être est > est vide de sens à un double titre : syntaxiquement, parce que c'est une formule inconstructible logiquement; sémantiquement, parce qu' aucune expérience vécue ne correspond à la saisie de l'être en soi : nous n'appréhendons que des " étants". Mais dupé par la langue grecque le Stagirite n'a pas eu cette ressource. Comme il rejette la théorie de la communication des Idées, il n'a pas l'échappatoire de Platon. Il lui faut imaginer d'autres subterfuges. Il n'échappe à l'aporie de Parménide : < l' Être est, le non-être n'est pas, on ne sortira pas de cette pensée >, que par cinq théories qui fixent son ontologie : la théorie des catégories et celle des transcendantaux, la théorie de l'acte et de la puissance et celle de la matière et de la forme; enfin, la théorie de la substance et des accidents.>

... Le mouvement pour l'esprit grec est en soi inintelligible. Aristote n'en saisit que les coupes à temps donné, les formes substantielles entre lesquelles le devenir a lieu...

... L'impossibilité de concevoir le continu numérique eut pour conséquence de limiter le champ de la physique mathématique. Faute d'avoir la notion de variable continue, les Grecs demeurèrent étrangers à la notion de fonction dont Galilée fera la base de la physique mathématique en montrant que les lois physiques s'expriment par des fonctions mathématiques qui lient entre elles les variations concomitantes des grandeurs physiques déterminant un phénomène. > Louis Rougier, La métaphysique et le langage.

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4. Bref patasophique

1. < Ils dormiront tous dans la puissance du sépulcre et ils seront tous mangés des vers. > J.Torma, Affrorismes.

2. < La raison -ou faculté de distinguer le vrai d'avec le faux- est moins une puissance trompeuse ( Pascal ) qu'une impuissance véridique. > Dämon Sir, De l'incertitude, 4.7.

3. < De l'Acte : Ubu ou la liberté d'indifférence... > A. Jarry, O. Post., Commentaires à Ubu Roi ou les Polonais.

4. < Ne soyons pas esclaves de l'actualité. > J.H. Sainmont, Stase et Epectase (Postface).

 

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5. Fable-express

< Le monde est soumis à l'Action Supérieure ;

Car il n'est de (d'im) puissance qui ne vienne d' Ubu ! >,

Assure le 'pataphysicien.

La remarque est fort juste, certes pas superflue.

moralité

Pouvoir, c'est à Sottise et à Chimère consentir.

Consentir, c'est approcher Erreur,

C'est cotoyer Horreur.

Dont acte...

 

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6. pata koans

- < agir en n'agissant pas... >. Indiquer la portée de la maxime taoïste...

- faut-il suivre ou... précéder l'actualité ?

-peut-on, à la manière de Michel Foucault, parler d'une < ontologie de l'actualité > ?

-esquisser les linéaments d'une 'pat ontologie.

-l'actualité en vaut-elle la peine ?

-Méditation et divagations sur un thème donné : charme et séduction de l'impuissance.

 

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analyse / synthèse

Question : comment expliquer, expliciter, comprendre le réel ?

1. Définitions

1.1. Grec : analusis, analuein, délier. Résoudre un tout en ses parties.

L'analyse fournit l'explication raisonnée d'un ensemble complexe.

Méthode par laquelle on démontre l'exactitude d'une proposition en remontant par une succession de propositions nécessaires, jusqu'à une proposition tenue pour vraie.

1.2.1. L'analyse réflexive, intentionnelle et régressive porte sur l'activité mentale elle-même et, parallèlement à la noétique husserlienne, vise à remonter au sujet pensant (Descartes, Kant, Lachelier, Lagneau, Alain, Michel Alexandre...)

1.2.2. D'après l'empirisme logique ( B. Russell ) : l'analyse est la philosophie en elle même en tant que refus de toute spéculation synthétique a priori ; et unique méthode adéquate au projet de description scientifique des faits du monde.

1.3. En mathématique : processus par lequel pour démontrer une proposition on la déduit d'autres propositions jusqu' à une proposition reconnue vraie.

L 'Algèbre, dans la résolution des problèmes, procède analytiquement, suppose le problème résolu et cherche à éliminer l'inconnue de la solution posée au départ.

1.4. Action de sonder les profondeurs du psychisme (Psychiatrie).

*

2.1. Grec : sunthesis, composer, mettre ensemble.

La synthèse est un acte de composition par lequel des éléments d'abord séparés sont unis en un tout.

2.2. D'après la dialectique hégélienne : fusion de la thèse et de l'antithèse par dépassement de la contradiction qui les oppose (ex : être et néant ) pour parvenir à une notion nouvelle (ex devenir) qui les dépasse.

Corrélation qui se propose selon Hamelin à concilier les opposés sans les nier par affirmations successives qui se complètent.

2.3. Synthèse mentale : acte de la connaissance par lequel l'esprit unit diverses représentations ou tendance pour en faire un tout organisé.

2.4. En mathématiques : démarche déductive qui va de propositions certaines à d'autres propositions qui en sont la conséquence nécessaire.

2.5. Synthèse chimique : Recomposition d'un corps composé à partir des corps simples séparés par l'analyse (ex : synthèse de l'eau à partir de l'hydrogène et de l'oxygène)

***

2. Etoile (réseau sémantique)

 

attributs de l'analyse

méthode

décomposition division

résolution / algèbre

*

attributs de la synthèse

méthode

combinaison reconstitution

unification

 

3. Citations

1.1. < L 'analyse est l'opération qui ramène l'objet à des éléments déjà connus, c'est-à-dire communs à cet objet et à d'autres. Analyser consiste donc à exprimer une chose en fonction de ce qui n'est pas elle. > H. Bergson, La Pensée et le Mouvant.

1.2. < Le second (précepte), de diviser chacune des difficultés que j'examinerais en autant de parcelles qu'il se pourrait et qu'il serait requis pour les mieux résoudre. > R. Descartes, Discours de la méthode. 2.

1.3. < Pour décomposer il suffit de séparer les parties, au lieu que pour analyser il faut de plus saisir les rapports des parties. En un mot analyser c'est décomposer dans un ordre qui montre les principes et la génération de la chose. > Condillac, O.C. 3.

1.4. < Ce terme d'analyse, dans l'application qu'on en fait aux sciences, désigne moins fréquemment la décomposition d'un tout en ses parties intégrantes, que la distinction des principes dont la combinaison fournit l'explication raisonnée d'un phénomène complexe, et non pas seulement la description d'un phénomène. > Cournot, Essai sur les fondements., )

1.5. < L 'analyse reflexive (...) est un effort de l'esprit pour se distinguer des phénomènes et se saisir dans ses productions. > ( Gabriel Madinier, Conscience et mouvement )

1.6. < ... tandis que l'analyse scientifique régresse d'objet en objet, l'analyse philosophique régresse des objets au sujet et du moi-objet empirique au sujet transcendantal spirituel : par exemple des objets rejetés en doute au cogito qui doute, des objets connus aux conditions subjectives, transcendantales de la connaissance.>. Vialatoux, L'intention philosophique.

1.7. < L'analyse a toujours eu des adversaires. Ses adversaires ont toujours été aussi ceux des progrès des sciences....Tous les progrès de la physique moderne ont consisté dans une analyse de plus en plus précise du monde matériel... Le mérite de l'analyse est qu'elle fournit des connaissances qui ne seraient pas autrement accessibles.>

Bertrand Russell, Histoire de mes idées philosophiques, Réponses aux critiques.

*

2.1. < Conduire par ordre mes pensées en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à connaître, pour monter peu à peu comme par degré jusques à la connaissance des plus composés. > Descartes, D.M. 3.

2.2. < S'il est vrai de dire que l'analyse donne à la chimie son point de départ, cependant ce n'est pas l'analyse qui en marque le but et la destination : la chimie est ausi la science de la synthèse. > M. Berthelot, La synthèse chimique.

2.3. < La synthèse est moins une opération spéciale qu'une certaine force de la pensée, la capacité de pénétrer à l'intérieur d'un fait qu'on devine significatf et où l'on trouvera l'explication d'un nombre indéfini de faits. L 'esprit de synthèse n'est qu'une plus haute puissance de l'esprit d'analyse.> H. Bergson, La Pensée et le Mouvant.

2. 4. < La synthèse qui concilie les opposés ne les nie pas. Et elle n'a pas à les nier parce qu'ils ne sont pas contradictoires, ni entre-eux, ni chacun en soi. Ils sont seulement des contraires ; et pour bien caractériser les contraires tels que nous les avons compris, il faut dire qu ce sont des corrélatifs. A la contradiction hégélienne nous substituons la corrélation (...) Il s'ensuit que la méthode synthétique, bien loin de se développer à la manière hégélienne en des négations successives, devra procéder, au contraire, par des affirmations qui se complèteront...> O. Hamelin, Essai sur les éléments principaux de la représentation, 30.

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4.Bref patasophique

< L 'analyse est dans tous les sens du mot et quel que soit son objet : interminable. >

< Il n'y a pas de faits simples. Le fait simple est un mythe.Tout est interaction et interactions d'interactions. >

< La méthode 'patasophique, -étymologique, logique, syntaxique et grammaticale, analytique et synthétique-, récusant toute idée de progression, ne prétend pas à dépasser les contraires ni même à les synthétiser. Elle se contente de les relever, de les juxtaposer, de les décrire. > Dämon Sir, De l'incertitude 2, 2.

***

5. Fable-express

Parce qu'elle attendait Ulysse

Pénélope la nuit défaisait

L'ouvrage le jour travaillé sur sa cuisse

Que quelques Prétendants lorgnaient...

Telles furent sa ruse et sa Malice.

moralité

l'Analyse, chemin de sainte Aise...

***

 

6. ('Pata) koans

-Aux tenants du monisme spéculatif ( Plotin, Spinoza, Hegel... ) : toute synthèse est-elle à vocation totalisante ?

-Si tous les faits complexes sont composés de faits simples ( Russell, Wittgenstein 1 ), les faits simples qui entrent dans les faits complexes ne sont-ils pas eux-mêmes complexes ?

Variante 1 : Peut-on par l'analyse atteindre des < faits simples > ?

Variante 2 : le < fait simple > : concept ... limythe (sic) ?

-L'Analyse réflexive comme méthode, dévoilement du < sujet pur > : paralogisme non substantialiste ? nouvelle illusion transcendantale ?

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autonomie / hétéronomie

Question : conditions de la liberté morale du sujet.

1. Définitions

1.1. Autonomie : du grec autonomos, qui se régit par ses propres lois. Indépendant, autonome. Caractère de ce qui se donne à soi-même sa loi, de ce qui obéit à sa propre loi.

Chez Kant, caractère de la volonté pure qui ne se détermine qu'en vertu de sa propre loi, qui est de se conformer au devoir édicté par la raison pratique et non par un intérêt externe.

1.2. En pédagogie le mot désigne le type d'organisation scolaire accordant à une communauté d'élèves une certaine faculté dans le choix des matières ou des modes d'enseignement ainsi que certaines modalités de discipline libérale.

1.3. En politique le projet d'autonomie signifie pour le droit d'un peuple à disposer de lui-même, indépendamment de toute tutelle.

*

2.1. Hétéronomie : du grec heteros, autre, et nomos, loi.

Condition d'une personne ou d'une collectivité qui reçoit d'autrui la ou les lois auxquelles elle obéit.

Chez Kant agir selon ses inclinations ou ses intérêts est le propre d'une volonté hétéronome puisque seule une volonté agissant selon les lois universelles de la raison pratique est dite autonome.

L'hétéronomie de la volonté comprend tous les principes de la moralité, soit empiriques et tirés du principe du bonheur, fondés sur le sentiment physique ou moral, soit rationnels, également tirés du principe du bonheur, fondés ou bien sur le principe rationnel de la perfection, considérée comme effet possible, ou bien sur le concept d'une perfection existant par soi (volonté de Dieu), considérée comme cause déterminante de notre volonté.

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2. Etoile (réseau sémantique)

 attributs de l'autonomie

liberté / raison pratique / universel

devoir dignité

personne / règne des fins

attributs de l'hétéronomie

contrainte / dépendance

caprice/égoïsme

sensibilité

intérêt 

3. Citations

1.1. < L 'autonomie de la volonté est cette propriété qu'à la volonté d'être à elle-même sa loi (indépendamment de toute propriété des objets du vouloir ). Le principe de l'autonomie est donc : de toujours choisir de telle sorte que les maximes de notre choix soient comprises en même temps comme lois universelles dans ce même acte de vouloir.> E. Kant, Fondements de la métaphysique des moeurs.

1.2. < L 'autonomie est une discipline, l'étymologie du mot l'indique. La liberté déréglée, l'esclavage des caprices ne peuvent porter le nom d'autonomie. > A. Ferrière, l'autonomie de écoliers.

*

2.1. < Quand la volonté cherche la loi qui doit la déterminer autre part que dans l'aptitude de ses maximes à instituer une législation universelle qui vienne d'elle ; quand en conséquence, passant par dessus elle même, elle cherche cette loi dans la propriétés de quelqu'un de ses objets, il en résulte toujours une hétéronomie. Ce n'est pas alors la volonté qui se donne à elle même la loi, c'est l'objet qui la lui donne par son rapport à elle.> E. Kant, Fondements de la métaphysique des moeurs.

*

3. < ... il a toujours été évident que beaucoup, peut-être la plupart, de nos volontés ont des causes ; mais les philosophes orthodoxes soutenaient que ces causes, contrairement à celles du monde physique, n'entraînent pas nécessairement leurs effets. Il est toujours possible d'après eux, de résister aux désirs, même les plus puissants, par un acte de volonté pure.

On en vint donc à penser que, quand nous sommes guidés par nos passions, nos actes ne sont pas libres, puisqu'ils ont des causes, mais qu'il existe une faculté, appelée parfois < raison > et parfois < conscience >, qui nous donne la véritable liberté quand nous en suivons les directives.

Ainsi la < vraie > liberté, par opposition au simple caprice, était identifiée à l'obéissance à la loi morale. Les disciples de Hegel firent un pas de plus, et identifièrent la loi morale à la loi de l'Etat, de sorte que la < vraie > liberté consistait à obéir aux ordres de la police. Cette doctrine eut beaucoup de succès auprès des gouvernants. >

B. Russell, Science et religion, L'âme et le corps.

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4. Bref patasophique

La morale philosophique -l'universalisme kantien- n'est qu'une morale théologique, elle est d'essence biblique.

< Fin en soi >, < valeur absolue > sont de purs concepts, inconcevables, des contradictions in adjecto.

Il n'y a pas de valeur absolue. Toute valeur est comparative, relative, mesurable.

La < volonté > est une notion obscure -mélange de désirs, de souci d'être approuvé, de tropismes éducatifs, d'effets du corps -notamment endocriniens.

La < personne > n'est qu'une < Idée > de la raison pure pratique, une chimère conceptuelle, une idée-rôle dont la fonction est de fonder les concepts théologique et juridique de responsabilité, de culpabilité, de péché et de faute, de châtiment.

Métaphysique du bourreau.

Le fondement de la morale de Kant, l' < autonomie >, ne concerne que des < êtres raisonnables > et non des hommes réels. Il traduit la prétention du théologien philosophe à réduire le principe de la morale à quelque chose d'a priori, de purement formel, sans contenu matériel, sans fondement, ni dans la réalité objective du monde extérieur ni dans la réalité subjective de la conscience, comme un sentiment, un besoin, un intérêt.

L' < autonomie de la volonté > n'est donc, 'pataphysiquement, qu'une fiction, qu'une aimable superstition.

***

5. Fable-express

La colombe idéaliste, la loi morale au coeur

Dans le Ciel étoilé

S'efforce d' incarner les valeurs.

Mais de Tartuffe singe les simagrées,

Et dans le vice bientôt elle choit...

moralité :

Etheraunome, ho ! la conscience...

Ho! tissu de mauvaise foi !

***

6. ('pata) koans

-la morale réalise-t-elle nécessairement un devenir autonome ?

-alternative : autonomie de la volonté ou désir d'indépendance ?

-la < volonté > est-elle autre chose qu'un système d'habitudes ?

-signification et portée du précepte d'amoralité 'pataphysique : < déréglons la liberté >.

 

 ****

cause / fin

Question : comment parvenir à l'intelligibilité du devenir ?

1. Définitions

1.1. La < cause > est ce qui répond à la question < pourquoi >.

Substituée au signe, elle est :

-entrelacs de matière, de forme, d'efficience, de fin ( Aristote );

-Origine absolue( saint Thomas, Descartes, Spinoza, Malebranche );

-raison ( Leibniz ), motif ( Kant ), puissance efficience ( Maine de Biran / Whitehead );

-expérience mentale liée à l'habitude de l'attente ( Hume );

-condition, circonstance ( Comte );

-chaos déterministe ( théorie de la complexité );

-accusation ( Nietzsche ).

Elle désigne le phénomène qui en détermine un autre en le précédant.

Elle le constitue en < raison > explicative ( rationalisme, Leibniz ) ou en < antécédent constant et inconditionnel > ( empirisme, Hume ).

Principe d'explication métaphysique, transitive ( saint Augustin ) ou structurale ( Spinoza / Althusser ), elle se voit substituer progressivement l'idée de loi et de relation fonctionnelle ( Comte / logique contemporaine ).

*

2.1. La < fin > définit ce pour quoi une chose est faite.

Par opposition au < terme >, à l'échéance, à l'issue, elle est :

-but, dessein, visée, objectif, intention -< cause finale > ( Aristote ).

-manifestation d'une finalité externe, de la Providence ( Théologie chrétienne ).

Convenance et adaptations des moyens à une fin par solidarité des parties à un tout vivant, un organisme -finalité interne ( Kant ), téléonomie ( Monod ).

La cause finale est définie comme raison d' être ( Leibniz ).

***

2. Etoile (réseau sémantique)

 

Attributs de la cause

antécédent

condition/relation raison/loi/fonction

accusation

Attributs de la fin

but / telos

dessein / volonté

Personne / Providence

 

 

3. Citations

1.1. < Nous ne croyons connaître rien avant d'en avoir saisi chaque fois le pourquoi ( c 'est-à-dire saisi la première cause ( ... )

En un sens la cause, c'est ce dont une chose est faite et qui y demeure immanent (... )

En un autre sens, c'est la forme et le modèle (... )

En un autre sens, c'est ce dont vient le premier commencement du changement et du repos (...)

En dernier lieu, c'est la fin, c'est-à-dire la cause finale. > Aristote, Physiques, 2, 3.

1.2. < Je crois avoir démontré dans la Recherche de la vérité, qu'il n'y a que Dieu qui soit cause véritable, ou qui agisse par son efficace propre, et qu'il ne communique sa puissance aux créatures, qu'en les établissant causes occasionnelles pour produire quelques effets. > Malebranche,Traité de la Nature et de la Grâce.

1.3. < Nos raisonnements sont fondés sur deux grands principes, celui de contradiction (...). Et celui de la raison suffisante, en vertu duquel nous considérons qu'aucun fait ne saurait se trouver vrai, ou existant, aucune énonciation véritable, sans qu'il y ait une raison suffisante, pourquoi il en soit ainsi et non autrement. > Leibniz,Monadologie, 31, 32.

1.4. < Le concept de cause exige absolument qu'une chose A soit telle qu'une autre B en dérive nécessairement et suivant une règle absolument universelle. > Kant. Critique de la raison pure, Analytique transcendantale.

1.5. < Je ne puis penser et mouvoir librement sans connaître immédiatement ma force pensante ou mouvante, non comme substance, mais comme cause ou force qui opère par le vouloir. > Maine de Biran, Journal, Août 1819.

1.6. < L'idée de cause est de source interne, subjective; elle nous est suggérée par notre activité motrice. Un être purement passif par hypothèse, voyant ou sentant des successions externes constantes n'aurait aucune idée de la causalité. > Théodule Ribot, Evolution des idées générales.

1.7.1. < Nous pouvons (... ) définir une cause comme un objet suivi d'un autre, et tel que tous les objets semblables au premier soient suivis d'objets semblables aux seconds. Ou, en d'autres termes : tel que, si le premier objet n'avait pas été, le second n'eût jamais existé. > Hume, Enquête sur l'entendement humain.

1.7.2. < Si l'on définit une cause ce par quoi quelque chose existe, qu'entend-on par ces mots par quoi? Si l'on avait dit une cause est ce après quoi une chose existe constamment, nous aurions compris les termes de cette définition. > Ibidem, 8.

1.8. < L 'antécédent invariable est appelé la cause. > John Stuart Mill, Système de logique,3,3.

1.9. < Nous entendons par cause d'un phénomène la condition constante et déterminée de son existence : c'est ce que nous appelons le déterminisme relatif ou le comment des choses, c'est-à-dire la cause prochaine ou déterminante. > Claude Bernard, Introduction à l'étude de la médecine expérimentale.

1.10. < Chacun sait, en effet, que dans nos explications positives, même les plus parfaites, nous n'avons nullement la prétention d'exposer les causes génératrices des phénomènes, puisque nous ne ferions jamais alors que reculer les difficultés, mais seulement d'analyser avec exactitude les circonstances de leur production, et de les rattacher les unes aux autres par des relations normales de succession et de similitude. > A. Comte, Cours, Leçon 1.

1.11. Cournot : Cause et raison.

1.12. < Il y a cependant entre ma théorie et celle de Leibniz une importante différence qui tient à l'idée différente que nous nous faisons de la causalité et aux conséquences de la théorie de la relativité. Je pense que l'ordre spatio-temporel du monde physique est lié à la causalité et celle-ci, à son tour, à l'irréversibilité des processus physiques.

Dans la physique clasique tout est reversible. Si vous faisiez faire marche arrière à la matière à la même vitesse qu'elle avait pour avancer, toute l'histoire de l'univers se déroulerait à reculons. La physique moderne, partant de la Deuxième Loi de la Thermodynamique, a abandonné cete conception non seulement en Thermodynamique, mais partout ailleurs. Les atomes radio-actifs se désintègrent et ne se reforment pas. D'une manière générale les processus du monde physique ont tous une certaine direction qui introduit entre les causes et les effets une distinction que la dynamique classique ignorait. Je pense que l'espace-temps du monde physique implique cette causalité dirigée.> Bertrand Russell, Histoire de mes idées philosophiques..

1.13. < La causa sui est la meilleure contradiction interne qu'on ait jamais conçue, une sorte de viol et de monstre logique. > Frédéric Nietzsche, Par delà le bien et le mal.

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2.1.1. < La fin n'est cause qu'en tant qu'elle meut la cause efficiente à agir. > Thomas d'Aquin, De Potentia,5,1.

2.1.2. < La fin est cause de la causalité efficiente parce qu'elle fait que ce qui est efficient intervienne efficacement. De là, on dit que la fin est cause des causes parce qu'elle est la cause de la causalité dans toutes les choses. > Thomas d'Aquin, Des principes de la nature, A1.

2.2. < Par finalité externe, j'entends ce par quoi une chose dans la nature sert à une autre de moyen en vue d'une fin (...) la finalité externe est un concept tout différent de celui de la finalité interne qui est liée à la possibilité d'un objet sans considérer si son existence est une fin ou non. > E. Kant, Critique du jugement, §82.

2.3. < Le principe du jugement de finalité intérieure dans les êtres organisés. Voici ce principe et en même temps sa définition : un produit organisé de la nature est un produit où tout est fin et moyen et réciproquement; en lui, rien d'inutile, sans but, ou dû à un aveugle mécanisme naturel. > Critique du Jugement, §66.

2.4. < Ce qui sert à la volonté de principe objectif pour se déterminer elle-même, c'est la fin. > Kant, Fondements de la métaphysique des moeurs, 2° section.

2.5.1. < On nomme fin l'objet du libre-arbitre ( d'un être raisonnable) dont la représentation détermine (le vouloir) à une action qui produise cet objet. > Kant, Métaphysique des moeurs.

2.5.2. < De la question : < à quelle fin ? >, on passe naturellement au comment, c'est-à-dire à la recherche des causes et conditions. (...) Et Claude Bernard n'avait pas tort de poser que le foie devait servir à quelque chose, pourvu qu'il recherchât à quoi, et surtout comment. > Alain, Elements de philosophie.

2.5.3.< Nier la finalité organique, c'est le plus audacieux des paradoxes. cependant beaucoup de physiologistes répugnent aux considérations finalistes.(..) C'est rejeter l'idée même de fonction, qui est l'unique objet de leur science. > E. Goblot, Système des sciences.

2.6. < Agis toujours de telle sorte que tu traites l'humanité aussi bien dans ta personne aussi bien que dans la personne d'autrui, toujours en même temps comme une fin et jamais comme un simple moyen. > Kant, Fondements de la métaphysique des moeurs.

2.7. < La fin se donne comme l'au-delà non existant qui éclaire la totalité de l'existant. C'est à la lumière de la fin que je comprends le monde. > Sartre, Cahiers pour une morale.

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3. < Il n' y a pas de "faits de finalité"; il n'y a que des interprétations finalistes. > Etienne Rabaud, Transformisme et adaptation.

3.1. < Le rapport de finalité est-il autre chose qu'une expression du rapport de conséquence ? Et peut-on vraiment les distinguer ? Comparez : sa mère l'a élévée de telle sorte qu'elle puisse vivre avec peu, et : sa mère l'a bien élevée, de sorte qu'elle peut vivre avec peu. > Dämon Sir, De l'incertitude, 3, 7.

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4. Bref patasophique

1. Le principe de causalité ( tout fait a une cause et, dans les mêmes conditions, la même cause est toujours suivie du même effet ) signifie qu'aucun changement n'est absolument inintelligible puisque sous tout changement on découvre quelque chose qui n'a pas changé, une cause qui se prolonge dans un effet, une permanence ou une équivalence.

Le principe de causalité est donc un compromis entre l'exigence psychologique d'identité et l'irrationalité d'un univers en perpétuel devenir. Il est le principe d'identité appliqué à l'existence des objets dans le temps.

La cause est ce qui est censé produire un certain effet.

Pensée par analogie à l'expérience humaine d'effort ( Maine de Biran ), elle suggère l'idée d'un pouvoir efficient, d'un agent provocateur et en quelque sorte créateur.

La cause est ainsi ce qui appelle l'effet à l'existence.

La puissance serait dans la chose. Et en ce sens, Dieu ( causa sui ) seul est cause ( cf Malebranche ).

Par là le concept de cause est une catégorie fétichiste ou théologique.

Il est aussi juridique ( cf Nietzsche ) et satisfait à l'exigence pénale de la sanction et du châtiment en rapportant l'infraction ( quelle que soit sa qualification, contravention, délit, crime ) à la responsabilité d'un agent supposé conscient de ses pensées et maître de ses actes.

Quête de l'aveu, outil d'inquisition, la causalité est alors épiphanie du ressentiment et de la persécution.

-Ce que les 'pataphysiciens disent du < réel >, qu'ils ramènent à la représentation, au phénomène, - le < phénoumène > de < Julien Torma >-, les conduit à stipuler, dans le prolongemenet de Hume, le caractère purement subjectif de la relation causale, qui, en tant que connexion, n'est qu'un produit de l'imagination humaine, élaboré à partir des constatations répétées de la même conjonction.

L'impossibilité d'autre part de concevoir la cause et l'effet pris séparément et la nécessité de définir une relation semblable à celle que Hegel ( Encyclopédie, §155 ) dénomme "réciprocité d'action ", suffisent à nier l'existence distincte de la cause.

La cause est donc relative à l'effet et relative au sujet pour qui elle apparaît comme une relation causale.

*

2. La finalité définit -soit ce qui tend vers un but de façon consciente et qui procède à l'agencement des moyens ( finalité intentionnelle ou providentielle ) ; -soit la convenance et l'adaptation des moyens à une fin, notamment chez les êtres vivants, des organes à la satisfaction des besoins ( finalité naturelle puis téléonomie ).

Dans la philosophie morale de Kant, l'idée de fin acquiert sa pleine signification éthique. Idée/rôle elle assigne à tout homme une dignité, une valeur absolue.

Le respect de la Personne, fin en soi, est posé comme substitut philosophique de l'amour du Prochain, obligation chrétienne.

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-Mais, objection philosophique : < La finalité est l' asile de l'ignorance > ( Spinoza, Ethique, 1, Appendice ).

Déceler dans la nature un ordre des fins supposent :

- ou bien que le désir meut les êtres naturels comme il meut l' être humain ( postulat du désir interne selon les Péripatéticiens);

-ou bien que leur production exprime une intention à la manière de la fabrication artisanale (hypothèse propre aux philosophes du Baroque du dessein externe d'un Dieu créateur );

-ou bien que les mouvements des être naturels assignent à chacun une place définie au sein d'un ordre naturel global (hypothèse d'une organisation enveloppante d'après les Stoïciens).

Expliquer le mouvement c'est alors faire apparaître une anticipation d'un devenir prévisible. Ainsi Aristote rend-il compte du changement de lieu et de sa direction en supposant un but inscrit en lui.

La physique classique, Galilée, Newton... substitue aux causes finales le principe d'inertie qui, conjointement aux interactions corporelles, rend raison du changement de direction affectant le mouvement des corps.

Le mécanisme prétend expliquer tous les phénomènes naturels par le mouvement des corps, les répétitions empiriques et la complexité étant conçues comme effets statistiques de mouvements aléatoires où le hasard "crée", constitue la régularité phénoménale.

Quant au vivant, la biologie -regroupant les concepts de catastrophe, d'interaction, de pression de sélection, de génétique, de mécanisme de régulation cybernétique...-, élimine la finalité apparente dans l'explication de l'émergence et de la croissance du vivant.

*

3. Au sens 'pataphysique, cause et fin apparaissent comme des catégories métaphysiques à fonction explicative qui traduisent le besoin ( anthropologique ( et )... noïaque ) de sens, de mise en ordre, de rationalité, d'intelligibilité -aussi bien dans l'ordre des phénomènes de l'univers naturel que dans le domaine des relations intersubjectives.

 

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5. Fable-express

Cause grasse, cause plaisante,

Sur quelques faits inventée,

Depuis tant de siècles que la cause est pendante,

La philosophie, avortée !

moralité

Tant va la Cause à l'eau qu' à la... Fin elle se plie.

 

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 6. ('pata) koans

1. Si Dieu est Cause première, est-il pour autant hors de cause ?

2. Si la Nature ne fait rien en vain, tout ce qui arrive arrive-t-il selon une fin ?

3. La 'pataphysique connaît-elle sa fin ?

4. Réflexion sur le thème de l'oeuvre sans fin.

5. Qu'en est-il de la fin des fins ?

6. Poème patasophique :

Cause toujours...

Cause première, causes secondes,

Causes finales, prochaines, occasionnelles,

Petit peuple des causes...

Cause de ce vain peuple, prendrons-nous ton fait ?

Nullement !

Et pour cause...

Fin.

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contingent, nécessaire, possible, impossible

Question : quelle sont les modalités d'être des événements et des choses ?

Concerne les plans de la certitude et de la réalité.

1. Définitions.

1.1. Le possible.

Qui n'est pas mais qui pourrait être.

Le possible désigne ce qui peut être (être réel) ou ne pas être (ne pas être réel).

1.1.1. Le possible enveloppe:

-ce qui n'implique pas de contradiction (possibilité logique -sans préjuger de la réalité de l'objet en d'autres circonstances ).

-ce qui n'est pas en contradiction avec les lois de l'expérience ou de l'existence en général (possibilité physique) -ce qui est de fait réalisable ; ce qui est compatible avec les lois de l'être ( Possibilité métaphysique ou intrinsèque).

Ce qui n'est pas impossible ou irréalisable.

Ce qui est plus ou moins probable (cf Cournot).

-ce qui n'est pas contraire à une loi (juridique, morale, sociologique).

-ce qui est indécidable du point de vue de celui qui parle ( < il est possible que nous ayons un accident dans trois mois >); possible comme éventualité floue.

-ce qui est en puissance et non en acte, selon l'école d'Aristote.

*

1.2. L'impossible désigne ce qui ne peut pas être.

Ce qui est exclu et indémontrable logiquement.

Ce qui excède les lois de la nature.

Ce qui n'existe que sur le mode de la fiction. Exemple de la littérature potentielle ( utopie, chimère, univers supplémentaire ).

*

1.3. Le contingent désigne :

-ce qui peut être ou n' être pas.

-ce qui implique l'absence d'un déterminisme strict.

-ce qui peut advenir ou ne pas advenir.

-ce qui n'est ni nécessaire ni impossible.

Le temps à venir est un futur contingent.

Caractère fondamental de l'être même selon l'ontologie existentialiste ; à la différence de la métaphysique rationaliste pour laquelle l'omniscience divine -origine nécessaire des êtres contingents-, connaît -dans l'éternité- la série des événements aussi bien futurs que passés ou présents.

Principe de la liberté.

*

1.4. Le nécessaire désigne ce qui ne peut pas ne pas être.

1.4.1. Inconditionnellement :

-Appliqué à un être, ontologiquement, ce dont l'essence enveloppe l'existence.

< Dieu> , unique nécessaire.

S'applique selon la métaphysique rationaliste à l'ordre des causes et des effets dans le monde, ou encore à < Dieu > pour autant qu'il ne dépend d'aucune cause extérieure (Cf Thomas D'Aquin).

-Appliqué à une proposition ou au rapport qu'elle affirme, logiquement, les < vérités éternelles > (saint Augustin, Descartes, Malebranche).

Se dit en logique des conséquences des prémisses ou des hypothèses en ce qu'elles s'en déduisent rigoureusement.

1.4.2. Conditionnellement :

-Ce qui ne peut pas ne pas être déduit d'une hypothèse ou de certaines conditions données.

-Ce qui est la condition sine qua non du fait considéré. Indispensable.

Ce qui est indispensable à la vie.

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2. Etoile (réseau sémantique)

 

possible

virtualité-non démontré-non exlu-

idéal-vision-essence-idéologie

impossible

exclu-non démontrable-

utopie-chimère-univers supplémentaire

contingent

liberté-hasard-accident-

-absurdité-facticité- gratuité

nécessaire

logique-apodictique-non contradictoire-vérité-

sciences hypothético-déductives -déterminisme-loi

inéluctable-fatalité-Ananké-Dieu

indispensable

 

3. Citations

3.1. < Lorsqu'une chose, quelle qu'elle soit, est simplement pensée(...) comme non contradictoire avec elle-même, on l'appelle possible.> Hegel, Propédeutique philosophique, Logique § 59.

3.1.2. <Une chose est possible si son passage à l'acte dont elle est dite avoir la puissance, n'entraîne aucun e impossibilité. > Aristote Métaphysiques, theta, 3.2.

3.1. 3. < Dans le langage rigoureux... des mathématiques et de la métaphysique, une chose est possible ou elle ne l'est pas. Mais dans l'ordre des faits... il est naturel de regarder un phénomène comme doué d'une habileté d'autant plus grande à se produire, ou comme étant d'autant plus possible, de fait ou physiquement, qu'il se reproduit plus souvent dans un grand nombre d'épreuves. La probabilité mathématique devient alrs la mesure de la possibilité physique, et l'une de ces expressions peut être prise pour l'autre. > Cournot,Théorie des chances et des probabilités.

*

3.2.1. < J 'appelle les choses singulières contingentes en tant qu'ayant égard à leur seule essence, nous ne trouvons rien qui pose nécessairement leur existence ou l'exclue nécessairement. > Spinoza, Ethique 4, def. 3.

3.2.2. < Est absolument nécessaire une proposition qui peut se ramener à des identiques, ou dont l'opposé implique contradiction... J 'appelle contingent ce qui n' a pas cette nécessité ; enfin ce qui implique contradiction, ou dont l'opposé est nécessaire est dit impossible. > Leibniz, Op.ph.Couturat.

3.2.3. < L'essentiel, c'est la contingence. Je veux dire que, par définition, l'existence n'est pas la nécessité (...) aucun être nécessaire ne peut expliquer l'existence : la contingence n'est pas un faux semblant, une apparence qu'on peut dissiper; c'est l'absolu, par conséquent la gratuité parfaite. > J.P. Sartre, La Nausée.

*

3.3.1. < Est nécessaire ce dont le contraire est inconcevable : par exemple, la somme de plusieurs nombres est nécessaire dès que les nombres sont posés. Il ne peut en être autrement. > Alain, Les Arts et les Dieux.

3.3.2. < La nécessité présente quelque chose d'inflexible; et c'est à juste titre car elle est le contraire du mouvement résultant du choix et du calcul. Autre sens. Quand une chose ne peut pas être autrement qu'elle n'est, nous disons qu'il est nécessaire qu'il en soit ainsi. > Aristote, Métaphysiques, Delta § 5.

3.3.3. < Il faut avouer que Dieu, le sage, est porté au meilleur par nécessité morale.> Leibniz, Théodicée,132.

3.3.4. < Dieu a choisi entre différents partis, tous possibles ; ainsi, métaphysiquement parlant, il pouvait choisir ou faire ce qui ne fût point le meilleur, mais il ne pouvait point moralement parlant. > Leibniz, Théodicée, 234.

3.3.4. < C'est une heureuse nécessité qui oblige le sage à bien faire, au lieu que l'indifférence par rapport au bien et au mal serait la marque d'un défaut de bonté ou de sagesse. > Leibniz, Théodicée, 175.

***

4. Bref patasophique

1. < Possible, impossible, contingent, nécessaire< , "carré d'Aristote "... autant de fonctions de la pensée humaine rapportée à son besoin de certitude, à son exigence vitale d'adaptation.

-La modalité exprime le degré d'assurance par lequel la pensée humaine tient au jugement et qu'expriment les adverbes peut-être, sans doute, certainement, nécessairement...

Pour l'idéalisme moderne et la 'pataphysique, la < vérité > -terme de métalangage- n'est plus subordonnée à la < réalité >, concept flou devenu problématique. Savoir si un jugement est < vrai >, c'est chercher du côté des représentations et de l'expérience de quoi constituer un faisceau de preuves concluantes.

Les catégories ne sont pas les genres de l'être mais les modes de l'attribution.

L'être est posé par le jugement. Les genres de l'être sont les genres de la pensée que le jugement renferme, les fonctions de la pensée dans l'opération de juger.

2.

< Modalité.

Possibilité, réalité, nécessité : les trois manières de penser une même chose, c'est la modalité.

Mais il n'y a pas de chose possible en soi. Les trois catégories de la modalité marquent trois valeurs.

1. Le possible en soi :

-la fiction, la chimère ; la pensée mythologique ou l'imaginaire.

Les univers supplémentaires.

-l'essence dont les mathématiques demeurent le modèle. Le dogmatisme platonicien; le monde des Idées, le monde intelligible.

-la virtualité, Leibniz.

C'est poser comme des réalités intelligibles des idées. Piège de l'esprit de système. Le dogmatisme comme le scepticisme résultent d'une conception ontologique de la réalité : tout est imaginaire, dit le sceptique. Tout est rationnel , affirme le dogmatique.

Pour Malebranche, le mathématicien est visionnaire : il voit les rapports mathématiques en Dieu. Vision intelligible... Dès que les idées sont transcendantes, on revient à l'imagination.

(...)

2. Réalité :

Existence en soi. L'objet en soi = conception réaliste ; mais cette réalité comprend tout et nous-mêmes, puisqu'il faut y ajouter la réalité psychologique.

Il n'y a de réalité pour nous que les états de conscience: passage de Démocrite ou Epicure à Protagoras.

3. Nécessité en soi :

Fatalité. c'est l'idée d'un ordre entièrement indépendant de la pensée... c 'est le fatalisme, un ordre se réalisant.

-Comprendre que possible, réel, nécessaire ne sont que les modalités du jugement, c'est échapper au gouffre de la fatalité.

-L 'existence absolue, l'ordre des choses absolument nécessaire en lui-même, c'est Spinoza.

Mais cet ordre est arbitraire. la nécessité absolue, c'est l'arbitraire.

La vraie fatalité, c'est la nécessité sans raison.

Si ce qui arrive advient à partir de certaines hypothèses, la nécessité est conditionnée ; mais si elle est absolue, si ce qui arrive se produit indépendamment de toute raison, c'est l'arbitraire.

Alors c'est le fortuit et la fatalité devient le hasard, donc la contingence et l'athéisme...>

Michel Alexandre, Lecture de Kant, passim.

***

5. Fable-express

Deux 'pataphysiciens conversaient :

A : -De Sa Magnificence,

L'intelligence est la région éternelle du possible.

B : -Sans doute. Mais à l'impossible aussi nous sommes tenus !

A : -Quelle étrange vision des futurs contingents !

B : -La 'pataphysique doit être. Certes.

Mais ce n'est pas assez.

Il faut la faire nécessaire.

A : -Pour notre plaisir ?

B : -Pour... le bien public...

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6. 'Pata koans

-si vouloir l'impossible est une conduite absurde, ne désirer que le possible, est-ce une conduite sensée ?

-peut-on parler de "passés contingents "?

-y a-t-il une contingence de la nécessité ? une nécessité de la contingence ?

-le réel : synthèse du possible et du nécessaire ?

-contingence et nécessité dans la supposition, le constat et l'explication.

-la pensée n'est-elle satisfaite que par le nécessaire ?

-en quoi la nécessité est-elle le plus grand piège ?

-les décimales du nombre sont-elles fatales à l'avance ?

-l 'esprit se perd-il par la chimère ?

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essentiel / accidentel

Question : Quel est le fond permanent du réel ?

1. Définitions

1. 1. < Essentiel > désigne le plus important, ce qui est principal, capital. Il exprime les caractéristiques, le propre de la chose en question par différence aux autres choses, les éléments constitutifs d'un être, faute desquels il n'aurait aucune réalité.

1. 2. < Essence > est substantivation du participe présent du latin esse ( être ).

< Essentia > traduit de son côté le grec < ousia >, participe présent d' einai ( être ) désignant à l'origine la propriété, les biens puis la < réalité essentielle >, ce qui est en vérité.

*

2.1. < Accident > désigne ce qui ne fait pas partie de la nature ou de l'essence d'un être et peut devenir autre sans qu'il y ait changement d'espèce. C'est la particularité qui advient à l'être, qui n'en provient pas, qu'on ne peut prévoire, qui n'en dérive pas.

2.2. < Accidentel > est ce qui advient occasionnellement à la chose. Par surcroît. Ce qui aurait pu ne pas être, ce qui déroge à l'habitude, ce qui diffère de la règle. Ce qui peut être supprimé sans que disparaisse la chose elle-même.

Les accidents sont les déterminations changeantes de la substance qui, elle, est censée demeurer permanente.

Souvent connoté négativement, l'accidentel est synonyme de conséquences fâcheuses.

2.3. Le verbe latin enveloppe l'idée de hasard ( accidere : arriver, tomber sur... ). Il traduit le grec sumbebekos ( sumbanein, accompagner ).

*

3.1. Au sens philosophique < accidentel > s'oppose à < substantiel >, essentiel.

3.2. < Essentiel > se dit des éléments constitutifs d'un être, de ce qui subsiste indépendamment des circonstances. Terme de logique, il désigne non pas tant la chose que son concept, sa nature, indépendamment du fait d'être ou par opposition à lui.

*

4.1. Toute définition prétend relever les < prédicats essentiels >.

 

2. Etoile ( réseau sémantique )

 

accident

accessoire / particularité / contingence

inhérence / relation

précarité

essence

absolu / nature / substance

forme / idée / modèle / paradigme

caractère / détermination / propriété / nécessité

possible / existence

 

3. Citations

3.1. Accident / accidentel.

3.1.1.< Accident se dit de ce qui appartient à un être et peut en être affirmé avec vérité, mais n'est pourtant ni nécessaire ni constant (...). Accident s'entend encore d'une autre façon : c'est ce qui, fondé en essence dans un objet, n'entre cependant pas dans sa substance. > ( Aristote, Métaphysiques, delta § 30 )

3.1.2. < Aucun accident ou aucun acte ne peut-être sans une substance de laquelle il soit l'acte. > ( Descartes, Réponses aux objections, 3. )

3.1.3. < L'esprit humain ne peut pas concevoir que les accidents du pain ( dans l'Eucharistie ) soient réels, et que néanmoins ils existent sans substance, qu'il ne les conçoive de la même façon que si c'étaient des substances. > ( Descartes, Réponses aux objections, 4. )

3.1.4. < L'accident ne peut pas être plus noble que la substance; ni l'accessoire plus considérable que le principal... > ( Bossuet, Sermon sur la mort; 1. )

3.1.5. < Les accidents n'ont pas d'existence à eux, qui s'ajouterait à celle de la substance pour la compléter. Pour eux, exister, c'est simplement < exister-dans-la-substance> ou, comme l'on dit encore, leur esse est inesse. > ( E. Gilson, Le thomisme )

3.1. 6. < Les déterminations d'une substance, qui ne sont autre chose que des modes particuliers de son existence, s'appellent accidents. Ils sont toujours réels puisqu'ils concernent l'existence de la substance. > ( Kant, Critique de la raison pure, 1. Analogie de l'expérience )

< Toutes les propriétés réelles par lesquelles nous connaissons les corps ne sont que des accidents. > ( Kant, Prolégomènes à toute métaphysique future... § 46 )

3.1.7. < En termes de théologie, et en parlant du saint sacrement de l'Eucharistie, on appelle accidents la figure, la couleur, la saveur, etc., qui restent dans le pain et le vin après la consécration. > ( Littré )

3.1.8. < L'accident a son essence à lui, c'est-à-dire ses caractères spéciaux, différents de ceux de la substance, à laquelle il apporte des déterminations nouvelles.

Il ne faut donc pas identifier l'accident avec ce qui arrive par accident (... ) : tout ce qui arrive par accident est accident, mais tout ce est accident ( au sens philosophique du mot ) ne se produit pas par accident. Il y a l'accident naturel, ordinaire, constant, voire nécessaire, et il y a l'accident accidentel... > ( J. De Tonquédec, Philosophie de la nature, 1,2. )

3.1.9. < Quand la mort arrive, nous avons le sentiment qu'elle aurait pu ne pas être: là est le paradoxe d'un inévitable qui prend toujours l'apparence de l'accidentel. > ( H. Gouhier, Le théâtre et l'existence )

*

3.2. Essence / essentiel

3. 2.1. < L'essence elle-même que dans nos demandes et nos réponses nous définissons par l'être véritable, est-elle toujours la même et de la même façon, ou tantôt d'une façon, tantôt de l'autre ? (... ). Elle reste nécessairement dans le même état et de la même façon. > ( Phédon )

3.2.2. < En tant que la substance peut être conçue comme une et définie, elle prend le nom de < essence >. L'essentia n'est donc que la substantia en tant que susceptible de définition. Exactement, l'essence, c'est ce que la définition dit que la substance est. > ( E. Gilson,Le thomisme )

3.2.3. < Je connus de là que j'étais une substance dont toute l'essence ou la nature n'est que de penser. > ( Descartes, Discours de la méthode, Quatrième partie )

< Ayant accoutumé dans toutes les autres choses de faire la distinction entre l'existence et l'essence, je me persuade aisément que l'existence peut être séparée de l'essence de Dieu, et qu'ainsi on peut concevoir Dieu comme n'étant pas actuellement. Mais néanmoins, lorsque j'y pense avec plus d'attention, je trouve manifestement que l'existence ne peut non plus être séparée de l'essence de Dieu, que de l'essence d'un triangle rectiligne la grandeur de ses trois angles égaux à deux droits, ou bien de l'idée d'une montagne, l'idée d'une vallée. > ( Descartes, Méditation 5. )

3.3.4. < L'essence en tant qu'elle est distinguée de l'existence, n'est rien autre chose qu'un assemblage de noms par le verbe est . > ( Hobbes, Objections 3. )

3.2.5. < Cela appartient à l'essence de la chose, qui fait que, cela étant donné, la chose est nécessairement posée et que, cela étant ôté, la chose est nécessairement ôtée. > ( Spinoza, Ethique 2, déf. 2. )

< Un homme est cause de l'existence, mais non de l'essence d'un autre homme, car cette essence est une vérité éternelle... > (Spinoza, Ethique 1. Prop. 17, scolie )

3.2.6. < Par l'essence d'une chose j'entends ce que l'on conçoit de premier dans cette chose, duquel dépendent toutes les modifications que l'on y remarque. > ( Malebranche, De la recherche de la vérité )

3.2.7. < Ce qui est essentiel à un être est toujours le même en lui. Le mouvement qui varie dans les corps, et qui, après avoir augmenté, se ralentit jusqu'à paraître absolument anéanti (...) ne peut être de l'essence des corps. > ( Fénelon, De l'existence de Dieu,1, 3, 2. )

3.2.8. < Lorsqu'on s'obstine à disputer sur les essences, il arrive qu'on ne sait plus ce que les choses sont. > ( Condillac. Art d'écrire. 4, 5. )

3.2.9. < L'essence est le premier principe intérieur de tout ce qui appartient à la possibilité d'une chose (... ) Dans le simple concept d'une chose on ne saurait trouver absolument aucun caractère de son existence. En effet, quoique ce concept soit tellement complet que rien n'y manque pour concevoir une chose avec toutes ses déterminations extérieures, l'existence n'a cependant rien à faire avec toutes ces déterminations. > ( Kant, Critique de la raison pure, Analytique 1.2.2.3.4. )

3.2. 10. < De même que toute pensée et tout énoncé relatifs à des faits requièrent pour fondement l'expérience ( ... ) de même, la pensée, sans contamination, sans mélange du fait et de l'essence- requiert pour fondement sous-jacent la vision des essences. > ( Husserl, Idées, 25 )

3.2.11. < L'essence, c'est ce qui a été (...). L'essence, c'est tout ce que la réalité humaine saisit d'elle-même comme ayant été. > ( J.P.Sartre, L 'Être et le Néant, 1.1.§ 5 )

3.2. 12. < L'essence du Dasein consiste dans sa seule existence. > ( Heidegger, Être et Temps )

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4. Bref patasophique

1. Contre la démarche empiriste ou cynique ( Antisthène ) qui répond à la question définitionnelle par l'énumération des cas particuliers et des exemples, la méthode rationaliste ( Socratisme ) cerne ce qui est propre à une chose pour qu'elle soit ce qu'elle est et pas autre chose.

Ce qui suppose qu'on élimine par abstraction ce qui est jugé inessentiel à la chose, soit l'< accidentel >.

2. La métaphysique des langues indo-européennes essentialise des substantifs, des verbes, des adjectifs, des participes passés ou présents et des relations. Elle génère le réalisme nominal et conceptuel. Elle pose comme existant effectivement des entités ( essence ou concept ) qui pourraient tout aussi bien être considérées comme fortuites.

3. L'essence est un effet de langue sur lequel se fondent la théologie scolastique et l'idéalisme philosophique. L'un et l'autre recherchent le substantiel sous le substantif en confèrant aux qualités le statut de l'accessoire, du contingent et de l'accidentel.

Elle n'est donc qu'un nom pour une idée générale, construite par abstraction, désignant des objets toujours singuliers -complexes éphémères de qualités sensibles- qui seuls peuvent être stipulés exister.

***

5. Fable-express

Un philosophe platonicien,

Vers les Essences languissait.

Justice, Beauté, Courage, le Vrai, le Bon, le Bien...

Des hypostases la litanie il déclinait,

Et les exemples il méprisait...

Hélas ! tout dépité,

Le théologien,

Des Formes volatiles éthérées,

Ne surprit... que le Rien.

moralité

L'existence préfère les sens !

***

6. Pata koans

Avec Duns Scot et Leibniz : l'essence ( l'haecceité / le possible ) peut-elle être singulière ?

Avec J.P. Sartre et Jacques Maritain : l'existence précède-t-elle l'essence ?

La précarité est-elle une dimension accidentelle ou essentielle de l'existence ?

Faut-il distinguer l'accident et ce qui arrive par accident ?

L'histoire n'est-elle qu'une succession d'accidents ?

Rôle et valeur de l'accident dans la création artistique...

L'accessoire est-il sans valeur ?

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en fait / en droit

Question : Une existence de fait peut / doit-elle être justifiée rationnellement ?

1. Définitions

Dans sa recherche du < fondement > et de la < légitimité >, toute une tradition philosophique -le platonisme, le criticisme kantien, la phénoménologie husserlienne- oppose ce qui existe < en fait > à ce qui doit exister < en droit >.

La question de fait ( quid facti ) établit l'existence d'une donnée constatable ; la question de droit ( quid juris ) en établit la < légitimité >.

*

1.1. Le fait -à distinguer de l'événement ( fait particulier ayant une importance notable ) et du phénomène ( donné immédiat considéré dans son être propre ) - est une donnée bien établie de l'expérience.

Fait de la vie quotidienne, historique ou scientifique.

1.2. On distingue le fait brut du fait scientifique. L'un est une donnée empirique de l'intuition sensible saisissant les qualités des corps ( saveurs, odeurs, couleurs, sons, impressions tactiles... ); tandis que l'autre est l'effet de la mesure. Exprimé dans une langue précise, relié à d'autres faits, il se rapporte à des lois ou à des théories explicatives dont il est un cas particulier et desquelles il reçoit son "intelligibilité".

1.3. Maine de Biran fonde sa première vérité sur < le fait primitif de l'effort > par lequel le sujet prend conscience du monde et de lui-même.

1.4. On distingue les < vérités de fait > des < vérités de raisonnement > comme la contingence de la nécessité.

1.5. Le fait est habituellement déchu de toute dignité justificative dans les domaines de la connaissance, du droit, de la souveraineté politique et de la morale.

Il ne saurait rien fonder ni procurer la moindre assurance.

*

2.1. Dans sa relation au < fait > , et selon les attendus de la même tradition, l'idée de < droit > enveloppe au contraire la prétention au juste, au légal, au légitime par rapport au réel en tant que celui-ci peut-être illégitime.

Est dit " de droit" ce qui est conçu, imaginé ou déduit ; ce qui n'est pas objet d'expérience mais ce qui < fonde > l'expérience.

-Ainsi le criticisme kantien stipulait-t-il que la physique, la jurisprudence et la morale devaient être fondées transcendantalement ( Analytique / logique transcendantales et Métaphysique des moeurs ).

-De la même manière le Contrat social de Rousseau se présenta comme une tentative de dégager la souveraineté politique légitime -la < Volonté générale > fondée sur la < délégation >- d'une origine arbitraire ( Calliclès ), de la coutume ou des circonstances historiques, d'une source naturelle ( Aristote ) ou encore divine ( Bossuet ).

-De son côté le projet husserlien de "philosophie rigoureuse revenant aux choses mêmes" supposait écartées les trois menaces susceptibles de perdre la réflexion : le psychologisme ( la réduction des concepts et des jugements à des événements psychiques ), le naturalisme ( la réduction des faits de conscience et des idées à des réalités matérielles ) et le conventionnalisme positiviste ( l'exclusion du questionnement métaphysique ).

*

2. Etoile ( réseau sémantique )

 

fait

donné(e) / événement / circonstance

phénomène / réalité

arbitraire

droit

législation / institution

fondement / légitimité

transcendantal

 

3. Citations

3.1.1. < Une comète fut longtemps un événement ; cette apparition émouvante résista bien plus longtemps que l'éclipse ; mais quand la forme de la trajectoire fut reconnue, quand le retour d'une comète fut prédit et constaté (...) l'événement devint un fait. > ( Alain, Propos )

3.1.2. < Le fait brut naît avec le sens commun. Mais aussitôt né, il est attaqué par la critique scientifique. Ou plutôt le fait brut et le fait scientifique ne font qu'un, il n'y a entre les deux aucune solution de continuité. > ( E. Meyerson, Identité et réalité )

3.1.3. < Il y a des fait nouveaux qui, quoique bien observés, n'appprennent rien à personne; ils restent pour le moment isolés et stériles dans la science : c'est ce qu'on pourrait appeler le fait brut ou brutal. > ( Claude Bernard, Introduction à l'étude de la médecine expérimentale ).

3.1.4. < La notation intellectuelle du fait dépasse nécessairement le fait brut. > ( H. Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion )

3.1.5. < Le fait scientifique est la traduction d'un fait brut dans un certain langage. > ( H. Poincaré, Valeur de la science )

3.1.6. < Il n'y a pas de fait entièrement brut (... ) : les constatations expérimentales ne prennent leur valeur scientifique qu'après un travail de notre esprit qui, si rapide et si spontané soit-il, imprime toujours au fait brut la marque de nos tendances et de nos conceptions. > ( L. De Broglie, Sur les sentiers de la Science ).

3.1.7. < Dans l'état actuel de la science, il n'existe ni faits, ni hypothèses isolées ; tous les faits et toutes les hypothèses font partie de la connaissance scientifique. La signification d'un fait est relative à cet ensemble. > ( B. Russell, L'esprit scientifique )

*

3.2.1. < Les jurisconsultes, lorsqu'ils parlent de droit et d'usurpations, distinguent dans une cause la question de droit ( quid juris ), de la question de fait ( quid facti ), et comme ils exigent une preuve de chacune d'elles, ils appellent déduction celle qui fait paraître le droit ou la légitimité d'une telle prétention (...). Il y a des concepts usurpés, comme ceux de bonheur, de destin, qui, à la vérité, circulent grâce à une complaisance presque générale, mais auxquels on pose parfois la question : Quid juris ; leur déduction ne pose pas dès lors un médiocre embarras, attendu qu'on ne peut citer aucun principe clair de droit tiré soit de l'expérience, soit de la raison, qui en justifie l'usage. > ( E. Kant, Critique de la raison pure, Analytique des concepts, 2, 1. )

3.2.2.< Le fait doit être compris au sens des< jurisconsultes >, comme ce qui s'oppose au droit. Cette distinction ( entre question de fait < quid facti > et question de droit < quid juris > ) a son importance pour Kant lorsqu'il s'agit d'établir la nécessité et la spécificité d'une < déduction transcendantale > : nous < avons> des concepts et nous en faisons usage ; cette < possession> ( comme tout fait de < propriété > ) peut poser des questions de droit, c'est-à-dire de légitimité. Mais on en reste au fait < Faktum > quand, à propos de l'origine des concepts dont résulte la < possession >, on se borne à montrer < de quelle manière un concept a été acquis par expérience et la réflexion sur celui-ci> ( à opérer donc une < déduction empirique > ), sans se soucier de légitimer l'acquisition elle-même. > ( R. Eisler Kant-Lexikon )

*

4. bref patasophique

Th. Ribot, Logique des sentiments, répartissait empiriquement les raisonnements affectifs d'après cinq types principaux : < passionnel, inconscient, imaginatif, justificatif, mixte ou composite >.

Tandis que dans ses Euphorismes < Julien Torma > prolongeait sur le mode grotesque :

< Manie de la justification par haine ( ou crainte ? ) de l'irrationnel.

Justifier le monde, le mal, la poule, la salade... C'est une maladie. D'autant plus que tout cela est strictement indéfendable. C'est précisément pourquoi on recourt à Dieu : la démonstration a l'air de satisfaire la raison, et en même temps, l'incompréhensible-infini la fait taire. Coup double : parade d'humilité et assurance d'infaillibilité. Peu importe à ces explicateurs, si, en fin de honte, ça n'explique rien. >

 *

5. Fable-express

Dilemme...

Fétichiste du Droit, Idolâtre du Fait,

De s'engager la querelle ne manque pas.

Différend qu'on ne saurait pourtant trancher.

< Ce que vous dîtes, ce que vous faîtes

A votre honte Vous ne savez >, affirme l'un.

Tandis que l'autre :

Certes, mais peu me chaut.

Gardez vos preuves et vos démonstrations,

Je n'ai point le culte de la raison :

Le donné est ma loi.

 

*

6. 'pata koans.

1. Y a-t-il des données de fait ?

Par quelles voies remonter du fait à sa source ?

Source, origine, fondement... trois mythes ?

Qu'est-ce qu'une archive ?

2. Pourquoi s'en tenir au fait ? Pourquoi ne pas s'en tenir au fait ?

Le fait justifie-t-il le droit ? Le droit peut-il fonder le fait ?

3. Quels mobiles se dissimulent derrière la volonté de justifier ?

Y a-t-il de l'injustifiable ?

 

15.04.2006...

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Brou, la correction académique