philosophie pataphysique
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Geste des opinions du docteur lothaire liogieri

Ouvroir de 'patasophie parallèle.

 < Voilà l'or au milieu des ossements des rois >, Alfred Jarry, Ubu roi, 4.1.

 

Oxana, Ville Pierre 1

 

 

 

Table :

2.ter. Leibniz revisité ou le labyrinthe de Patasophie.

La Cour de Lucifer

2.quatre. Sur l'esprit fort.

2.cinq. 'Pataphysique galante ou l'art d'aimer.

2.6. Le vrai classique du 'pataphysique imparfait.

2.7. dernières nouvelles du 'pataphysicien.

15.03.2002

 

 

2.ter. Leibniz revisité ou le Labyrinthe de Patasophie

 

< Pauvre fou ! Seras-tu ingénu au point de croire que nous te cachons hypocritement le plus grand et le plus important des secrets ?

Je t'assure que celui qui parviendra à expliquer selon le sens ordinaire et littéral des mots ce qu'écrivent les 'pataphilosophes,

il se trouvera dégagé des méandres d'un Labyrinthe d'où il ne pourra certes pas s'enfuir, bien qu'il possède le fil d'ariane qui le guide pour s'en virtuellement évader. >

La Sibylle pataphysique, Eclats.

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Notice relative au Labyrinthe de Patasophie.

 1. Circonstances de la publication.

Le Labyrinthe de Patasophie est une manière de synthèse de quelques études attribuées à Béranger l'Aquatintien, Vidame des Rèmes, esprit original et des plus choisis parmi les Maîtres de la 'Pataphilosophie.

L'ouvrage dans un premier temps rédigé en latin se présente comme un essai de traduction 'pataphysique de la Monadologie de G.W. Leibniz,. Il fut composé en 19.., à l' occasion d' un séjour de l'Optimate dans les Terres d' Ardennes lors de l' investiture de leur diocésain Episcope.

Très ( trop ? ) conscient de la valeur du Texte qui lui fut alors confié, le Vicaire de Meuse ensevelit le Manuscrit dans le coffre blindé d' une banque hélvétique à Lausanne où il avait ouvert un compte à numéros. Et à la manière de Fafner, le wagnérien dragon veillant jalousement sur son trésor, il n'en accordait la lecture et même l'accès qu'aux Optimates de la Fraternité de Patagonie soucieux d' en prendre connaissance.

< Il conserve l' ouvrage, écrivait Ragnar O 'Pata à Jeanne de La Tysse, comme les prêtres de Naples gardent le sang de saint Janvier. Il le fait admirer puis il le referme dans la salle des Coffres !... >

Le Labyrinthe de Patasophie ne fut pas publié du vivant de l' Episcope. Patadelphe le Patagon l'exposa en langue vulgaire et quelques exemplaires circulèrent sous le manteau alimentant les rumeurs et favorisant l' inévitable apparition de faux et de souterrains apocryphes.

Soucieuse de couper court aux fantaisies, conjectures et autres supputations, souhaitant restituer dans son authenticité la pensée de l' Optimate, la Commission des Sources, des Publications et des Faux s' est donc résolue à porter à la connaissance de la Fraternité de Patagonie ces quelques Pages dont la notoriété et la qualité 'pataphysique sont administrativement attestées.

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2. Analyse.

Le Labyrinthe de Patasophie ne saurait servir d' introduction à l' étude de la 'Pataphysique. Il suppose au contraire un lecteur déjà versé dans les matières de la 'Patasophie. A un tel lecteur il suggère l' absence de point de vue idéal où il faudrait se placer pour Voir l' ubunivers pataphysique sous son jour manifeste et dans sa diversité.

Donner un résumé de cette vaste synthèse serait une entreprise injustifiée.

Il est toutefois possible d' en indiquer le cadre et les lignes génératrices exprimées dans le style -il est vrai-, assez elliptique de l' ensemble.

Et pour ce faire il semble judicieux de recourir à la langue plus accessible des communes ontologies et épistémologies du 20 siècle ( ainsi d' après Russell / Serres / Atlan / Deleuze / Prigogine et Stengers... ).

L' ubunivers en sa syntaxe.

1. Les Mondes accessibles à la perception humaine offrent une apparence de multiplicité dénuée d' une quelconque harmonie.

Nul < Englobant >, nul < Premier fondement >, point de < Finalité intégratrice >... seule demeure aujourd' hui comme hier la dispersion.

L' idée de Cosmos - Idée spéculative, vision poétique ou simple hallucination-, n' a donc aucun référent empirique.

2. Les Singuliers et Particuliers ou coalescences éphémères, les Singuparticuliers, dérivent, comme suspendus, soumis aux aléas de la communication, à la dialectique de la continuité et de la discontinuité.

3.1. L' échange est la matrice qui définit continuellement l' émergence locale de topologies, champs, réseaux, systèmes précaires mettant en correspondance ici et maintenant choses, états de choses, mélanges de choses et relations entre les choses.

Sur le plan d' immanence la circulation est le grand ordinaire.

3.2. Au sein de l'ubunivers des relations et des échanges, sous l' effet d' incompréhensibles quoique fort explicables accidents, la circulation généralisée suscite ainsi des tourbillons locaux -vortex, ordres éphémères d' information, de stabilité aléatoire, d' équilibre momentané.

La discontinuité génératrice de désordre et d' instabilité permet ainsi l' émergence de structures, d' organisations, de réseaux. L'accidentel est facteur d' innovation. La complexité est fonction de l'écart, du clinamen.

4. Pour comprendre ces réseaux tels qu' ils ne sont pas, il faut alors s' efforcer d'en discerner les détails et accepter de s'égarer ainsi que de se perdre dans leur hétérogénéité.

5. C'est pourquoi il n' est pas en notre pouvoir de parvenir à un Point de vue supérieur, à un point de vue aussi voisin que possible de celui du Dieu des philosophes ou du Démiurge des gnoses et autres littératures religieuses.

Et l'occultisme, naïve croyance à une < réalité suprasensible secrète > mais accessible aux pratiques de l'alchimie et de l'astrologie comme au bric à brac de l'ésotérisme, aux vaticinations du spiritisme ou encore de la théosophie, n'est que chimère et nostalgie du Sens.

Il est désir et vision d' Unité, de Totalité, de Systématicité, de Rationalité et d' Intelligibilité... grandiloquents concepts d' un Plan et d'un Secret, cosmique Complot pour hallucinés.

Telles sont les catégories de la conscience opérative superstitieuse et inquiète.

6. De leur côté les ubunivers particuliers, sociaux-économiques, financiers, politiques, juridiques, éthiques... n' échappent pas aux implications de la logique de l' émergence inductrice des cycles, des circuits et des passages.

Embrayeuse de mobilités, d' informations et d' architectures variées, d 'antichaos, elle remet continûment et simultanément en question la stabilité des réseaux, l' équilibre des organisations institutionnelles et administratives, la pérennité du gouvernement des hommes et de l'administration des choses ainsi que la logique des hiérarchies.

Elle est intrinsèquement, en permanence et en impermanence, puissance révolutionnaire.

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Le Labyrinthe de Patasophie dévoile cette incompréhensible et irréductible contingence et sa portée, de même qu' il révèle le caractère éminemment 'pataphysique des virtualités notionnelles patasophiques, les fictions conceptuelles, qui s' efforcent d' en rendre compte.

Trois moments composent le mouvement d' exposition du texte :

1. Les Particuliers et Singularités ou encore selon la terminologie de l' Episcope, l' ontologie de la < Singuparticularité > ( du § 1 au § 36 ).

2. Le Sans-nom ( du § 37 au § 48 ).

3. L' Ubunivers concu dans sa cause qui est le Sans-nom ( du § 49 au § 90 ).

On notera la démarche d' abord ascendante, qui va des Particuliers / Singuliers au Sans-nom ; puis descendante, allant du Sans-nom aux Particuliers / Singuliers.

La méthode employée est donc successivement régressive et progressive.

***

Le Labyrinthe de Patasophie

G. W. Leibniz / Béranger l'Aquatintien

( traduction )

 

1. Du Singuparticulier.

1.1. Sa nature.

1.1.1. Du point de vue interne.

1. Le Singuparticulier, dont nous parlons ici, n'est autre chose qu'une coalescence complexe qui entre dans la composition des composés ; complexe c'est-à-dire entité fonctionnelle de variables.

1.2. Du point de vue externe. ( § 1.2. § 1.7. )

2. Et il faut qu'il y ait des Singuparticuliers, puisqu' il y a des composés; car le composé n'est autre chose qu'un amas ou agrégat de Singuparticuliers.

3. Or là où il n'y a point de parties, il n'y a ni étendue ni figure, ni divisibilité possible; et ces Singuparticuliers sont les véritables mais passagers éléments de la nature et en un mot les vrais atomes des choses, états de choses, choses et mélanges de choses.

4. La dissolution est leur horizon, et il n'y a rien de plus concevable que la contingence par où un simple Singuparticulier puisse périr naturellement.

5. Par la même raison il en est une par laquelle le simple Singuparticulier peut commencer naturellement, puisqu' il est lui aussi formé par composition.

6. Ainsi on peut dire que les Singuparticuliers ne sauraient commencer par création ; c' est-à-dire ils ne sauraient commencer que par composition et finir que par décomposition, en même manière que ce qui est composé commence ou finit par parties. Ils naissent du croisement de séries causales rationnellement dépendantes ( causalité ) ou indépendantes ( hasard / absence de finalité ) les unes des autres.

7. Il est aisé d'expliquer comment un Singuparticulier peut être altéré ou changé en son intérieur par quelque autre entité, puisqu'on peut transposer, concevoir en lui tout mouvement interne qui peut être excité, dirigé, augmenté ou diminué, comme cela se peut dans les composés où il y a du changement entre les parties.

Les Singuparticuliers ne sont que portes et fenêtres par lesquelles quelque chose ne cesse d' entrer ou sortir. Soumis à la tutelle objective des attracteurs les flux d'information se distribuent parmi eux et en eux en réseaux, connexions, interférences. Ils communiquent, s' entre-expriment et se traduisent incessamment.

Ainsi, à reprendre le langage archaïsant des Scolastiques, substances et accidents pénètrent constamment du dehors dans tout Singuparticulier.

1.3. Du point de vue interne. ( § 8. § 17. )

8. Cependant il faut que les Singuparticuliers présentent certaines qualités, autrement ce ne serait pas même des êtres. Et si les simples ne différaient point par leurs qualités il n'y aurait point de moyen de s'apercevoir d' aucun changement dans les choses, puisque ce qui est dans le composé ne peut venir que des ingrédients simples ; et les Singuparticuliers étant complexes de qualités sont distinguables les uns des autres, puisque aussi bien ils diffèrent en quantité; et, par conséquent, le vide étant supposé, chaque lieu reçoit toujours par le mouvement autre chose que l'équivalent de ce qu' il recélait.

Et un état des choses est ainsi discernable d' un autre.

9. Il faut également que chaque Singuparticulier soit différent de chaque autre ; car il n' y a jamais dans la nature deux êtres qui soient parfaitement l'un comme l'autre, et où il ne soit possible de trouver une différence interne ou fondée sur une dénomination intrinsèque.

10. Je prends aussi pour accordé que tout Singuparticulier est sujet au changement et même que ce changement est constitutif dans chacun.

11. Il s'ensuit de ce que nous venons de dire, que les changements naturels des Singuparticuliers viennent tout autant de connexions internes que de causes externes influant dans son intérieur. Réseaux, champs, interférences, traduction communiquent ces métamorphoses aux Singuparticuliers distribués sur le plan d' immanence à la manière des notes réparties sur les portées d'un nombre indéfini de partitions.

12. Mais on constate aussi, qu' outre le principe du changement il y a une expression de ce qui change, qui fait pour ainsi dire la spécification et la variété des êtres.

13. Cette expression enveloppe une multitude dans l'unité ou dans le simple; car tout changement naturel se faisant brusquement ou par degrés, quelque chose change et quelque chose reste, et par conséquent il y a dans le simple une pluralité d' affections et de rapports dans la mesure où il a des parties.

14. L'état passager qui enveloppe et représente une multitude dans l'unité ou dans le Singuparticulier n'est autre chose que ce qu'on appelle la perception, qu'on doit distinguer de l'aperception ou conscience réfléchie, comme il paraîtra dans la suite ; et c'est en quoi les freudiens ont fort manqué, ayant compté pour représentations les soi-disant perceptions dont on ne s' aperçoit pas. C'est aussi ce qui nous permet d'affirmer que les seuls esprits sont les Singuliers, et qu' il n' y a point de conscience réfléchie des bêtes ; ce qui nous fait poser la thèse d' un mode mental entièrement séparé et confirme les esprits avisés dans l'opinion de l' annihilation inéluctable des Singularités.

15. L'action des connexions internes, qui fait le changement ou le passage d'une perception à une autre, peut être appelée effort : il est vrai que l' effort ne saurait toujours parvenir entièrement à toute la perception où il tend, mais il en obtient toujours quelque chose, et parvient à des perceptions nouvelles.

16. Nous expérimentons en nous-mêmes une multitude de représentations dans la Singularité, lorsque nous trouvons que la moindre pensée dont nous nous apercevons, enveloppe une variété dans l' objet. Ainsi, tous ceux qui reconnaissent que le psychisme est une fonction complexe, doivent reconnaître cette multitude dans le Singuparticulier.

17. On doit constater d'ailleurs que la perception, et ce qui en dépend, est en partie inexplicable par des raisons mécaniques, c' est-à-dire par les figures et par les mouvements ; et, feignant qu' il y ait une machine dont la structure fasse penser, sentir, avoir perception, on pourra la concevoir agrandie en conservant les mêmes proportions, en sorte qu'on y puisse entrer comme dans un moulin. Et cela posé on ne trouvera, en le visitant au dedans, que des pièces qui se poussent les unes les autres, et jamais de quoi expliquer une perception. Ainsi, c' est dans le psychisme du Singuparticulier dans sa totalité qu' il la faut chercher. Aussi peut-on trouver les perceptions et leurs changements dans le Singuparticulier. C'est en cela que peuvent consister toutes les actions internes des Singuparticuliers.

2. Les Singuparticuliers : Leurs degrés de perfection. ( § 18. § 37. )

2.1.

18. On ne pourra donner -à user du vocabulaire de la tradition-, le nom d'entéléchies aux Singuparticuliers empiriques, car ils ont en eux une certaine imperfection, une insuffisance qui ne peut les rendre sources absolue de leurs actions internes et qui les constitue pour ainsi dire en échangeurs corporels et incorporels.

19. Si nous voulons appeler Psychisme tout ce qui a perceptions et appétits dans le sens général que je viens d'expliquer, toutes les coalescences ou Singuparticuliers composant le monde vivant pourraient être appelées Psychismes ; mais, comme le sentiment est quelque chose de distinct qu'une simple perception, je consens que le nom général de Psychisme suffise aux Singuparticuliers ne possédant que cela, et qu'on appelle Entendements seulement ceux dont la perception est plus distincte et accompagnée de réflexion.

20. Car nous expérimentons en nous-mêmes un état où nous ne nous souvenons de rien et n'avons aucune perception distinguée, comme lorsque nous tombons en défaillance ou quand nous sommes accablés d'un profond sommeil sans aucun songe. Dans cet état l' Entendement ne diffère point sensiblement du simple Psychisme; mais comme cet état n'est point durable et qu'il s'en dégage, il est quelque chose de plus.

21. Et il ne s'ensuit point qu'alors la coalescence vivante soit sans aucune sensation. Cela ne se peut pas même, par les raisons susdites; car elle ne saurait périr, elle ne saurait aussi subsister sans quelque affection, qui n'est autre chose que sa sensation ; mais quand il y a une grande multitude de petites informations où il n'y a rien de distingué, on est étourdi; comme quand on tourne continuellement d'un même sens plusieurs fois de suite, où il vient un vertige qui nous peut faire évanouir et qui ne nous laisse rien distinguer. Et la mort peut donner cet état pour un temps aux animaux.

22. Et comme tout présent état d' une coalescence vivante est parfois une suite de son état précédent, tellement, que le présent y est quelquefois gros de l'avenir ;

 23. Donc puisque, réveillé de l' étourdissement, on s' aperçoit de ses représentations, il arrive qu' on en ait eu immédiatement auparavant, quoiqu' on ne s'en soit point aperçu; car une représentation peut provenir naturellement d' une autre représentation, comme un mouvement naît naturellement d'un mouvement.

Les états psychiques n'ont donc pas leur raison suffisante dans l' état précédent et il convient souvent de recourir à des connexions extérieures pour expliquer ce qui se passe dans le Psychisme.

 24. L'on voit par là que si nous n'avions rien de distingué, et pour ainsi dire de relevé et d'un plus haut goût dans nos perceptions, nous serions toujours dans l'étourdissement. Et c' est l'état des Psychismes rudimentaires.

25. Aussi voyons-nous que le déterministe chaos de l' évolution a donné des perceptions relevées aux animaux, par les soins qu'il a pris de leur fournir des organes qui ramassent plusieurs rayons de lumière ou plusieurs ondulations de l'air pour les faire avoir plus d'efficace par leur union. II y a quelque chose d'approchant dans l'odeur, dans le goût et dans l'attouchement, et peut-être dans quantité d'autres sens qui nous sont inconnus. Et j'expliquerai tantôt comment ce qui se passe dans le psychisme représente ce qui se fait dans les organes.

26. La mémoire fournit une espèce de consécution aux psychismes, qui imite l' Entendement mais qui en doit être distinguée. C' est que nous voyons que les animaux ayant la perception de quelque chose qui les frappe, et dont ils ont eu perception semblable auparavant, s'attendent, par la représentation de leur mémoire, à ce qui y a été joint dans cette perception précédente, et sont portés à des sentiments semblables à ceux qu'ils avaient pris alors. Par exemple, quand on montre le bâton aux chiens, ils se souviennent de la douleur qu' il leur a causée et crient et fuient.

27. Et l' imagination forte qui les frappe et meut, vient certes ou de la grandeur ou de la multitude des perceptions précédentes mais aussi de la puissance propre au psychisme qui fonctionne pour lui même. Ce que n' ont point aperçu les Freudiens. Cependant souvent une impression forte fait tout d'un coup l'effet d' une longue habitude ou de beaucoup de perceptions médiocres réitérées.

28. Les hommes agissent comme les bêtes, en tant que les consécutions de leurs perceptions ne se font que par le principe de la mémoire. Nous sommes empiriques dans la quasi- totalité de nos actions. Par exemple, quand on s'attend qu' il y aura jour demain, on agit par routine, parce que cela s' est toujours fait ainsi jusqu' ici. Mais l'astronome en juge par pronostic ou loi fonctionnelle et statistique.

29. Néanmoins la connaissance de soi-disant vérités nécessaires et éternelles est une prétention qui nous distinguerait des simples animaux et nous ferait avoir l'illusion de la Science, en nous élevant à la Vision de nous-mêmes et de Dieu; et c'est ce qu'on appelle en nous délire spéculatif et parfois hallucinatoire ou vésanie.

30. Ce n'est que par la connaissance des vérités empiriques et de leurs symboles que nous nous élevons aux actes réflexifs et de métalangages, qui nous font penser à la fiction de ce qui s'appelle moi. Et c' est ainsi qu' en pensant à nous, nous pensons aux pataconcepts de devenir, de fonction, de composé, d' interférence, de réseau, de matière / énergie et finalement de Sans-nom, en concevant que ce qui est borné en nous, est en lui sans bornes. Et ces actes réflexifs fournissent les objets principaux de nos raisonnements.

31. Nos raisonnements sont fondés sur deux grands principes, celui de la contradiction, en vertu duquel nous jugeons faux ce qui en enveloppe, et vrai ce qui est opposé ou contradictoire au faux.

 32. Et celui de la raison insuffisante, en vertu duquel nous considérons que tout fait se peut trouver vrai ou existant, toute énonciation véritable, sans qu'il y ait une raison suffisante pourquoi il en soit ainsi et non pas autrement.

 33. II y a aussi deux sortes de proposition dites vraies, celle du raisonnement logique et celle qui porte sur les faits. Les vérités de logique sont contingentes car déduites des conventions choisies par le logicien et leur opposé est impossible ; et les vérités de fait sont elles aussi contingentes et leur opposé est possible. Quand une vérité est logique, on en peut trouver la preuve par l'analyse, la résolvant en vérités plus simples, jusqu' à ce qu' on vienne aux primitives.

34. C'est ainsi que chez les mathématiciens les théorèmes sont ramenés par l'analyse aux définitions, axiomes et demandes.

35. Et il y a enfin des idées simples dont on donne la définition; il y a aussi des axiomes et demandes ou en un mot des principes primitifs, qui ne sauraient être prouvés et n'en ont point besoin aussi, et ce sont les énonciations identiques, dont l'opposé contient une contradiction expresse.

36. Mais la raison insuffisante se trouve dans les vérités contingentes ou de fait, c'est-à-dire dans la suite des réseaux des Singuparticuliers, où la résolution en propositions particulières peut aller à un détail borné, nonobstant la variété immense des choses de la nature et la division des coalescences apparemment indéfinie. Il y a un nombre déterminé de figures et de mouvements présents et passés qui entrent dans la connexion efficiente de mon écriture présente, et il y a une quantité définie de petites inclinations et dispositions de mon psychisme présents et passées qui entrent comme connexion finale dans mes intentions.

37. Et comme tout ce détail enveloppe d'autres contingents antérieurs ou plus détaillés, dont chacun a encore besoin d'une analyse semblable pour l'expliquer, on n'en est certes que plus avancé, et il n' est point de raison suffisante ou dernière qui soit hors de la suite ou séries de ce détail des contingences, quelque indéfini qu'il pourrait être.

*

 2. Le Sans-nom. ( § 38. § 48. ) 

2.1. Son existence ( § 37. § 45.)

38. Et c' est ainsi qu' aucune dernière raison des choses ne peut être dans une soi-disant substance nécessaire, où le détail des changements affectant et constituant le Singuparticulier serait éminemment, comme dans la source. Et nous appelons Sans-nom l'inconcevable et pour nous autres inépuisable marge, ce qui échappe à toute espèce d' investigation et de dénomination.

39. Or, ce plan d' immanence aux bords indéfinis étant une raison insuffisante de tout ce détail lequel aussi est habituellement lié localement, il n' y a au regard de notre inconnaissance qu' un Sans-nom, et ce Sans-nom suffit.

40. Mais on ne peut juger aussi que ce Sans-Nom soit unique, universel et nécessaire, n'ayant rien hors de lui qui en soit indépendant, et étant une suite simple de l' être actuel, soit capable ou incapable de limites, contenir et ne pas contenir tout autant de réalités qu' il est possible.

41. D'où il s'ensuit que le Sans-nom n' est ni parfait ni imparfait ; la perfection et l' imperfection se disant des Singuparticuliers et n' étant autre chose que la grandeur de la réalité positive prise précisément, en prenant en compte les limites ou bornes dans les choses qui en ont. Et là où il n' y a pas de bornes empiriquement constatables ni la perfection ni l' imperfection n'ont de réalité et de sens.

42. Il s' ensuit aussi que les Singuparticuliers ont leurs (im)perfections de la dépendance du Sans-nom, et qu' ils tirent également leurs (im)perfections de leur nature propre, incapable d' être sans bornes, car c' est en cela que, distribués sur le plan d'immanence, ils sont liés en réseaux, connexions, interférences et ondes de communications au Sans-nom.

43. Il est vrai aussi que le Sans-nom est le milieu des existences et coexistences mais certes pas celui de soi-disant essences, en tant que réelles ou de ce qu' il y aurait de réel dans la possibilité et l'actuel : c'est parce que la stupidité du Sans-nom vaut pour Ascience sempiternelle, et qu' avec lui il n' y a rien de réel que les Singuparticuliers actuels.

44. Ainsi il n' est aucunement nécessaire qu' il y ait une quelconque réalité dans de soi-disant essences ou possibilités, ou bien dans de soi-disant vérités éternelles, et que cette réalité soit fondée en quelque chose d' existant et d' actuel, et par conséquent dans l' existence d ' un être supposé nécessaire, dans lequel l'essence renfermerait l' existence ou dans lequel il suffirait d' être possible pour être actuel.

 45. Ainsi le Sans-nom a cette proprieté de paraître contingent, étant possible puisqu' il est. Nous ne pouvons le prouver en le déduisant de la réalité de supposées vérités éternelles. Mais nous le constatons a posteriori, puisque des êtres contingents existent, lesquels ont leur origine actuelle et de raison insuffisante dans cet être contingent qu'est le Sans-nom et qui n' a pas la moindre raison de son existence en lui-même.

2.2. Sa nature ( § 46. § 48. )

 46. Cependant il ne faut point s' imaginer, avec quelques-uns, qu il y aurait des vérités éternelles, qu' elles seraient dépendantes d'un Dieu, seraient ou non arbitraires et dépendraient ou non de sa volonté, comme Descartes paraît l'avoir pris, et puis Leibniz. Il n' est de véritable que les vérités contingentes dont le principe est la convenance entre les particuliers où le choix du meilleur n'est qu'un fantasme de philosophe chrétien.

47. Ainsi, le Sans-nom seul est le plan d' immanence primitif et originaire, dont tous les Singuparticuliers sont comme des expressions, et y apparaissent, pour ainsi dire, par des fulgurations discontinues, de moment à moment, bornées par la réceptivité dudit Singuparticulier auquel il est habituel d' être limité.

48. II y a dans le Sans-nom qui est le milieu de tout le contingent, ni puissance ni impuissance, ni connaissance ni inconnaissance, mais seule enfin l' inertie, qui supporte les changements, les réseaux et les connexions ou productions selon le critère du convenable. Et c' est ce qui ne répond aucunement à ce qui, dans les Singuparticuliers existants, fait le sujet ou la base, la faculté perceptive et la faculté appétitive ( désir ). Dans le Sans-nom ces attributs sont absents, et les Singuparticuliers empiriques n' en sont pas des imitations quel que soit le niveau de leur perfection.

*

 3. L'ubunivers conçu dans ses connexions.

3.1. Nature de l' ubunivers en général . Le chaos universel et le tragique ( § 49. § 60. )

49. Le Singuparticulier est dit agir au dehors en tant qu' il a de la perfection, et pâtir d'un autre en tant qu' il a de l' imperfection. Ainsi l'on attribue l' action au Singuparticulier en tant qu' il a des perceptions distinctes et la passion en tant qu' il en a de confuses.

50. Et un Singuparticulier est plus puissant qu' un autre en ce qu'on trouve en lui ce qui provoque ce qui se passe dans l'autre, et c' est par là qu'on dit qu' il agit sur l'autre.

51. Mais dans les Singuliers, ce n' est que l' influence concrète d' un Singuparticulier sur l'autre qui a son effet sans l' intervention supposé d' un Dieu, en tant que dans les idées de ce Dieu un particulier demanderait qu'en réglant les autres dès le commencement des choses, il ait regard à lui. Car puisqu' un Singuparticulier empirique peut avoir une influence physique sur l'intérieur de l'autre, ce n' est que par ce moyen que l'un peut avoir de la dépendance de l'autre.

52. Et c' est par là qu' entre les Singuparticuliers les actions et passions sont parallèles. Car aucun Dieu, comparant deux particuliers, ne trouve en chacun des raisons qui l'obligent à y accommoder l'autre. Et par conséquent ce qui est actif à certains égards, est passif suivant un autre point de considération : actif en tant que ce qu' on connaît distinctement en lui sert parfois à expliquer ce qui se passe dans un autre, et passif en tant que la source de ce qui se passe en lui se trouve aussi quelquefois dans ce qui se connaît distinctement dans un autre.

 53. Or, comme il y a une infinité d' univers possibles sur le plan d'immanence, et qu' à notre (in)connaissance il n' en existe qu' un seul, il faut qu' il y ait un hasard suffisant à l' oeuvre dans le Sans-nom qui le détermine à l' un plutôt qu'à l'autre.

54. Et ce hasard ne peut se trouver que dans la convenance, dans les degrés de réalité que ces mondes contiennent, chaque possible prétendant à l'existence à mesure de la puissance qu' il enveloppe.

 55. Et c' est ce qui constitue l'origine de l' existence du réel que le hasard impose sur le plan d' immanence.

 56. Or cette liaison ou cet accommodement des Singuparticuliers à plusieurs fait que chaque particulier a des rapports qui expriment certains autres, et qu' il est par conséquent comme un miroir vivant de son ubunivers local ou proche.

 57. Et comme une même ville regardée de différents côtés paraît tout autre et est comme multipliée perspectivement, il arrive de même que par la multitude indéfinie des Singuparticuliers, il y a comme autant de différents ubunivers qui ne sont pourtant que les perspectives de plusieurs selon les différents points de vue de chaque Singuparticulier.

58. Et c'est un moyen d'obtenir autant de variété qu'il est possible, mais avec le plus grand désordre qui se puisse, c' est-à-dire c'est un moyen d' obtenir autant de connexions et de réseaux qu' il se peut.

59. Aussi est-ce ce fait, que j' ose dire avéré, qui manifeste la vertu du hasard ; c'est ce que les hermétiques contestèrent, lorsque dans leur Dictionnaire, article Rose-Croix, ils y firent des objections où même ils affirmèrent que je donnais trop au hasard, et plus qu' il n'est possible. Mais ils ne purent alléguer aucune raison pourquoi ce chaos ubuniversel, qui fait que tout Singuparticulier exprime exactement quelques autres par les rapports qu' il y a, fût impossible.

 60. On voit d'ailleurs dans ce que je viens de rapporter, les raisons a postériori pourquoi les choses ne sauraient aller autrement: parce que le hasard, sans régler le soi-disant Tout, a eu égard à chaque partie, et particulièrement à chaque particulier, dont la nature étant représentative, tout la borne à ne représenter qu'une partie des choses; il est vrai que cette représentation n'est que confuse dans le détail de l'ubunivers lointain et ne peut être distincte que dans une petite partie des choses, c'est-à-dire dans celles qui sont ou les plus prochaines ou les plus grandes par rapport à chacun des particuliers; autrement chaque Singuparticulier serait une divinité. C'est dans l'objet et dans la modification de la connaissance de l'objet que les Singuparticuliers sont bornés. Ils vont tous confusément à l'indéfini, mais ils sont limités et distingués par les degrés des perceptions distinctes.

3.2. La constitution et la hiérarchie des êtres empiriques.

3.2.1.Les éléments des êtres en général. (§ 61. § 62.)

61. Et les composés symbolisent en cela avec les simples. Car comme le vide est omniprésent, ce qui rend la matière / énergie liée et déliée, et comme dans le vide tout mouvement fait quelque effet sur les corps distants à mesure de la distance, de sorte que chaque corps est affecté non seulement par ceux qui le touchent, et se ressent en quelque façon de tout ce qui leur arrive, mais aussi par leur moyen se ressent de ceux qui touchent les premiers dont il est touché immédiatement: il s'ensuit que cette communication va à quelque distance locale et limitée. Et par conséquent tout corps se ressent de tout ce qui se fait dans son univers proche ou champ ou espace / temps local, tellement qu' aucun ne peut voir tout, et ne saurait lire dans chacun ce qui se fait partout, et même ce qui s'est fait ou se fera, en remarquant dans le présent ce qui est éloigné tant selon les temps que selon les lieux. Et un Singuparticulier ne peut lire en lui-même que ce qui y est représenté distinctement; Il ne saurait développer tout d'un coup ses replis bien qu' ils soient définis.

62. Ainsi chaque Singulier représente son ubunivers local, et représente plus distinctement le corps qui lui est affecté particulièrement et dont il fait le psychisme : et comme ce corps exprime une partie de l'ubunivers par la connexion de la matière/ énergie dans l'espace / temps, le psychisme représente aussi l' ubunivers en représentant ce corps qui lui appartient d'une manière particulière.

3.2. 2. La hiérarchie des êtres. ( § 63. § 90. )

63. Le corps appartenant à un Singulier qui en est le psychisme constitue avec ce psychisme ce qu' on peut appeler un vivant ou encore ce qu'on appelle un animal. Or, ce corps d' un vivant ou d' un animal est toujours organique. Et comme tout Singulier étant un miroir de l' ubunivers local à sa mode, et comme il existe de l' ordre dans l'ubunivers local, il y a aussi de l'ordre dans le représentant, c'est-à-dire dans les perceptions du psychisme, et par conséquent dans le corps, suivant lequel le réseau de l'ubunivers proche y est représenté.

64. Ainsi, chaque corps organique d'un vivant est une espèce de machine ou un automate naturel distinct de tous les automates artificiels.

65. Et le chaos déterministe a pu pratiquer cet artifice remarquable, parce que chaque portion de la matière n'est pas seulement divisible, comme Démocrite l' a reconnu, mais encore sous-divisée actuellement, chaque partie en parties, dont chacune a quelque caractère propre; autrement il serait impossible que chaque portion de la matière pût exprimer l'ubunivers local.

66. Par où l'on voit qu' il y a un monde de créatures, de vivants, d'animaux, de psychismes et d'Entendements sur le plan d'immanence du Sans-Nom.

67. Selon la Vision poétique de l'Hermétisme rosi-crucien chaque portion de la matière peut être conçue comme un jardin plein de plantes et comme un étang plein de poissons. Mais chaque rameau de la plante, chaque membre de l'animal, chaque goutte de ses humeurs est encore un tel jardin ou un tel étang.

68. Et selon cette même Vision quoique la terre et l'air interceptés entre les plantes du jardin, ou l'eau interceptée entre les poissons de l'étang, ne soit point plante ni poisson, ils en contiennent pourtant encore, mais le plus souvent d'une subtilité à nous imperceptible.

69. Ainsi il n' y aurait rien d'inculte, de stérile, de mort dans l'univers, point de chaos, point de confusion qu'en apparence; à peu près comme il en paraîtrait dans un étang à une distance dans laquelle on verrait un mouvement confus et un grouillement pour ainsi dire de poissons de l'étang sans discerner les poissons mêmes.

70. Et chaque corps vivant aurait une entéléchie dominante qui serait l'âme dans l'animal; mais les membres de ce corps vivant seraient pleins d'autres vivants, plantes, animaux, dont chacun aurait encore son entéléchie ou son âme dominante.

 71. Mais il faut affirmer avec quelques-uns qui contredisent cette pensée, les 'pataphysiciens, que chaque psychisme a une masse ou portion de la matière propre, qu' il est affecté à elle, et qu' il possède par conséquent d'autres vivants inférieurs destinés à son service. Car tous les corps et les psychismes, ainsi que les Entendements sont dans un flux perpétuel comme des rivières, et des parties y entrent et en sortent continuellement.

 72. Ainsi le psychisme change de corps peu à peu et par degrés ou soudainement, de sorte qu' il est parfois dépouillé tout d' un coup de tous ses organes, et il y a souvent métamorphose dans les animaux, mais jamais métempsychose ni transmigration des psychismes.

73. C'est ce qui fait aussi qu' il a génération entière et mort parfaite prise à la rigueur, consistant dans la séparation du psychisme. Et ce que nous appelons générations sont des émergences, puis des développements et des accroissements, comme ce que nous appelons morts sont des diminutions graduelles ou des arrêts brutaux et des catastrophes.

 74. et 75.

N. B. Ces articles du Manuscrit, altérés, sont illisibles. Il n' a pas été possible à la Commission d' en restituer avec précision le sens exact.

( ... )

76. Mais ce n' était que la moitié de la vérité: j' ai donc jugé que si l' animal commence naturellement, il finit aussi naturellement; et qu' il y a génération, destruction entière et mort prise à la rigueur. Et ces raisonnements sont faits a posteriori et tirés des expériences, à l'exclusion de toute espèce de vaticinations spéculatives s' accordant avec de soi-disant principes déduits a priori.

77. Ainsi on peut dire que non seulement le psychisme, miroir d'un ubunivers local destructible, est destructible, mais encore l'animal même, car sa machine périt et prend des dépouilles organiques.

78. Ces principes m'ont donné moyen d'expliquer naturellement l' union ou encore la conformité du psychisme et du corps organique. Le psychisme suit ses propres lois et le corps aussi les siennes, et ils se rencontrent inexplicablement sans qu'il soit utile d' invoquer une harmonie préétablie entre les substances et bien qu' ils soient à leur manière des représentations d' un même ubunivers local.

79. Les psychismes agissent selon le principe de finalité par désirs, souhaits, intentions,fins et moyens. Les corps agissent selon les lois du mouvement. Et les deux niveaux de l' existant, sont tantôt harmoniques et tantôt disharmoniques voire contraires entre eux.

 80. Sandomir a reconnu que les psychismes peuvent donner du mouvement aux corps parce qu' il n' y a pas toujours la même quantité de force dans la matière. Il a postulé que le psychisme pouvait changer la direction du corps auquel il est lié. C' est parce qu' il savait dès en son temps le fait de nature de l' intervention d' une capacité psychique intentionnelle dans les phénomènes de la matière. S' il ne l' avait remarquée, il serait tombé dans le système leibnizien de l' harmonie préétablie.

 81. Ce système fait que les corps agissent comme si, par impossible, il n' y avait point d'âmes, et que les âmes agissent comme s'il n'y avait point de corps, et que tous deux agissent comme si l' un influait sur l'autre.

82. Quant aux esprits ou Entendements, quoique je trouve qu'il y a dans le fond la même chose dans tous les vivants et animaux, savoir, que l' animal et le psychisme naissent au monde et finissent dans le monde, - il y a pourtant cela de particulier dans les animaux raisonnables, que leurs petits animaux spermatiques, tant qu'ils ne sont que cela, n' ont aucun psychisme ordinaire ou sensitif, mais dès que ceux que le hasard appelle à l'existence parviennent par une actuelle conception à la nature humaine, leurs psychismes sensitifs sont élevées au degré de la capacité raisonnable quoique sans aucune prérogative.

83. Entre autres différences qu' il y a entre les psychismes ordinaires et les Entendements, dont j' ai déjà marqué une partie, il y a encore celle-ci, que les psychismes en général sont comme des miroirs vivants ou images de l'ubunivers local, mais que les Entendements sont encore comme images et des expressions du Sans-nom même, incapables de connaître le système de l' ubunivers mais cependant aptes à en imiter quelque chose par des échantillons architectoniques, chaque Entendement étant comme un petit Père Ubu dans son département.

84. C'est ce qui fait que les Entendements sont capables d'entrer dans une manière de société avec le Sans-nom, et que le hasard est à leur égard, non seulement ce qu'un inventeur est à sa machine (comme Dieu le serait par rapport aux autres créatures), mais encore ce qu' un prince est à ses sujets et même un père à ses orphelins.

85. D' où il est aisé de conclure que l'idée de l' assemblage de tous les Entendements existants ne saurait être qu' une utopie - celle de la leibnizienne Cité de Dieu-, c' est-à-dire la plus parfaite fiction littéraire qui soit possible sous le plus parfait des genres de la pataphysique opérative: la philosophie spéculative.

86. Cette cité de Dieu, cette monarchie véritablement universelle serait un monde moral dans le monde naturel, et ce qu' il y aurait de plus élevé et de plus divin dans les ouvrages de Dieu et c'est en lui que consisterait véritablement la gloire de Dieu, puisqu'il n'y en aurait point, si sa grandeur et sa bonté n'étaient pas connues et admirées par les esprits; c'est aussi par rapport à cette cité divine, qu'il aurait proprement de la bonté, au lieu que sa sagesse et sa puissance se montreraient partout.

87. Mais comme nous avons réfuté ci-dessus l'idée d' une harmonie parfaite entre deux règnes naturels, l'un des causes efficientes, l'autre des finales, nous devons récuser ici encore l' hypothèse fantastique d' une autre harmonie entre le règne physique de la nature et le règne moral de la grâce, c'est-à-dire, entre un Dieu considéré comme architecte de la machine de l'ubunivers, et ce même Dieu considéré comme monarque de la cité divine des esprits.

Car sur le plan d' immanence du Sans-nom il n' y a que chaos, hasard et réseaux éphèmères, ilots d' ordres locaux et instables voués à la catastrophe et au naufrage.

Et en Ubuland, la limite, la douleur, la souffrance, la mort et le mal, les espèces du tragique, sont ainsi le grand ordinaire.

88. Ce chaos fait que les choses conduisent au naufrage par les voies mêmes de la nature, et que ce globe, par exemple, doit être détruit et réparé par les voies naturelles. Et ceci sans raison et sans pardon.

Point de salut et point de récompense tant pour les Psychismes que pour les Entendements.

89. On peut dire encore que hasard comme architecte contente en tout hasard comme législateur, et qu'ainsi les fautes ne portent point leur peine avec elles par le désordre de la nature et en vertu même de la structure mécanique des choses, et que de même les belles actions ne s'attirent aucune récompenses par des voies machinales par rapport aux corps, quoique cela arrive parfois sur le champ.

90. Enfin, sous cette anarchie parfaite, il n' y aura point de récompense aux bonnes actions, point de châtiment aux mauvaises, et rien ou presque rien ne doit réussir au bien des niais, c'est-à-dire de ceux qui ne sont point mécontents dans ce pitoyable état, qui se fient à la prétendue Providence après avoir fait leur devoir, et qui aiment et imitent comme il faut l'Auteur fantastique de tout bien, se plaisant dans la considération de ce qu' ils comprennent comme ses perfections suivant la nature du pur amour véritable, qui ferait prendre plaisir à la félicité de ce qu'on aime.

C'est ce qui fait travailler les 'pataphysiciens à tout ce qui paraît conforme au Vide effectif et se contenter cependant de ce que le hasard fait arriver effectivement par ses caprices avérés, inconséquents et décisifs, en reconnaissant, que si nous pouvions entendre assez le désordre de l' ubunivers, nous trouverions qu' il surpasse toutes les anticipations des plus fous, et qu' il est impossible de le rendre pire qu' il est, non seulement en lui même, mais encore pour nous-mêmes en particulier, si nous sommes détachés comme il faut du fantasme de la Divine Providence.

Et c' est ce qui peut seul faire notre lévitation.

25.01.2001

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 2. 4 :'Patachaologie

La Cour de Lucifer

( Spinoza / Alain / Dämon Sir / Ubudore de Patagonie )

Pastiche / Traduction.

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Conte patagon.

-Il arriva certain jour qu' Emile Chartier décida de repasser son Spinoza.

II lui fallait se mettre en règle avec l' illustre Penseur...

Comme pour expulser le < grand cristal > de ses propres méditations.

Il réécrivit donc l' Ethique et même un peu plus d' après l' ordre des raisons du Philosophe.

Et scrupuleusement.

-Il arriva que de la même manière mais bien plus tard Ubudore de Patagonie eut connaissance de quelques manuscrits passablement poussiéreux. Il s' agissait de 'patasophiques traductions relatives à l' Auteur du Spinoza ; et dues à la plume de Dämon Sir le Simple.

Il décida de restituer ces Etudes à la Fraternité de Patagonie dans leur fraîcheur première.

Quoique les années eussent passé et que l' état des < connaissances > eût bien changé il lui apparut qu' en ces quelques feuillets le désir du < Divertissement de Métaphysique > était demeuré intacte.

Le 'Pataphysicien avait pris la besace du < Voyageur > et s ' était engagé à son tour sur < le chemin de saint Jacques >...

Le suc de ses méditations figé aux marges de ses lectures, parvenu enfin à destination et la <Neuvième Porte > franchie, l' idée vint alors au Glossateur de coucher sur l ' électronique Velin de son portable les conclusions de leurs communes < Visions >.

***

 Itinéraire du Barbâtre à l' Abbaye d' Igny.

 par / Gueux / Vrigny / Faverolles / Savigny sur Ardre / Crugny /

Prin et divers autres mots et Hameaux...

 

cortège infernal

 

Avertissement

  < Tu as raison de parler du chaos. Mais on devine que tu y crois comme à une espèce de bon Dieu...

Laisse-moi être méchant. Tu travailles de l'absolu... Mettre une métaphysique derrière la pataphysique, c'est en faire la façade d'une croyance.

Or le propre de la pataphysique est d'être une façade qui n' est que façade sans rien derrière. >

" Correspondance " de < Julien Torma > à René Daumal ( Subsidia pataphysica 0 )

*

< Qui nous empêchera de bâtir un monisme ontologique ou de sortir du doute méthodique au moyen d'énoncés impossibles ? poursuit le Patagon devant les philosophes médusés.

A condition, bien entendu, de ne pas oublier leur caractère de procédés purement artificiels, fictifs et littéraires. >

'Patakoans ( ubu4 ) Du Sens et du Non sens. Les pièges de l' être.

***

Chemin :

1. Le Barbâtre. Prélude.

2. Gueux. Du malheur et de la 'Pataphysique.

3. Vrigny. 'Patanalyse réflexive.

4. Faverolles. Du Sans-Nom. Cosmontologie pataphysique.

5. Savigny sur Ardre. Du pataphysique objectif et de la pensée.

6. Prin. De l'imagination, de la 'Pataphysique opérative et de la liberté.

7. Crugny. De l'origine des idées générales et de la formation des idées de contingence et de temps.

8. Igny l'Abbaye : de la volonté, de la 'pataphysique et du clinamen.

( 05.04.2001. )

***

1. Le Barbâtre.

< Sur le système et cette transparence impénétrable, il y a trop à dire... > Alain.

 

Il y a continuité dans Dämon Sir entre cette cristalline géométrie des commencements et le refus des effusions mystiques de la fin. Telle est l'évidence. Bien que le Simple soit fort lu de plusieurs, je crois néanmoins que beaucoup de lecteurs cultivés n' ont pas clairement saisi cette apparence.

Comment savoir d'où nous viennent ces < maximes dorées > que plus un homme est apte à la lucidité plus son esprit connaît la Précarité et s' éloigne tant des idôles que de la superstition des idées. Cela déconcerte et notre perplexité se nourrit d' énoncés aussi arides que fort bien maîtrisées.

Voici une des idées les plus remarquables de cet archipel de pensées :

Un être, un homme, cet homme est toujours détruit par les causes intérieures ou extérieures. Toutes les maladies sont en lui ; le désespoir est en lui. S' il se tue, par la conscience de sentir en sa propre nature quelque perfide et secret conspirateur qui lentement le détruit, s' il le croit, s' il le confie dans le moment où il dirige son Arminius vers lui même, cet homme ne saurait se tromper.

Et la pression sur la détente lui est pensée aussi familière qu' au marin le vent du large.

Cela signifie que la durée de l' existence dépend d' une < autre puissance > que ce grand univers qui toujours nous assiège et sans aucun égard à nos capacités comme à notre mérite.

Certes ces rafales, cette colère des éléments est ce qui finit par nous tuer. Et la mort est en nous ; la mort est nous. Il n' y a dans notre nature, dans cette formule composite de mouvements déséquilibrés d' où naissent les illusions de la perception, de l' action et de l'amour, ni vérité ni durée. Il n' y a que du passager en chacun et cette inconstance est proprement l' être, tout l' être, notre être. Et nous saisissons habituellement cette impuissance qui nous est propre, dans les instants où elle se manifeste par le concours hasardeux des choses et des hommes.

L'esprit éclairé dira que ces événements lui sont aussi bien intérieurs qu' extérieurs et <tout homme , ai-je gravé sur ma table électronique, est éphémère et manque à sa place.>

Mais demeure aussi en nous cette < autre puissance > secrète, iréductible, réfractaire, rebelle à la tyrannie massive et insensée de ce monde chaotique et désordonné.

*

Moi Ubudore de Patagonie je fis retraite plus de six mois afin de lire le Simple.

Je pense l' avoir compris. Et cette rencontre me fut comme les éclats de quelques grands moments.

Le 'Pataphysicien ne se nourrit pas d' idées planantes. Il médite les yeux ouverts.

Et qu' il voie la fleur ou l' homme, ou le galet sur la plage lavé par la mer, c' est une coalescence qu' il perçoit, fragile, déséquilibrée, insuffisante. Sans rapport avec l' < Un > spécieux et fantômatique des systèmes et par les vues précises et rigoureuses des phénomènes qui font l' Ascience. Et il m' est indiqué que la mort est presque tout et que chaque moment est singulier selon l' incontestable, subtil et < luciférien > enseignement. Mais chacun a l' expérience de ces instants soudains étrangers à la durée et qui font que l' on peut parfois s' éprendre de cette vie passagère.

Et nous voilà déjà au terme de l' Ouvrage.

Ce miroir où le 'pataphysicien s' est reconnu...

**

2. GUEUX. ( Du malheur et de la 'pataphysique )

< C' est quelque chose que le chaos... >

Alain, Entretiens au bord de la mer. 1.

1. Que les hommes sont < visionnaires > et malheureux.

Les hommes sont pour la plupart méchants et malheureux.

-Ils sont méchants parce qu' ils placent leur bonheur dans les croyances et la foi, dans la réalisation de < visions > impossibles ou de projets insensés - dont ils ne veulent ni ne savent faire la matière d'un < jeu > -, et que nécessairement déçus et recherchant les causes de leurs frustations ils croient les découvrir en la malignité d'autrui.

D'où la haine et le mépris. D'où la violence et la guerre.

-Ils sont malheureux car ils ne peuvent échapper au sentiment chronique d' insatisfaction qui accompagne la fin de leurs illusions et la disparition de leurs utopies.

D'où la tristesse et l' envie.

Et ils sont de plus en plus malheureux parce qu' ils sont incapables de s'attacher à des objets périssables et de consentir à la < précarité > de l' existence. Cela sans parler du grand et du petit ordinaire de < l' horreur >, la maladie, la mort et la vieillesse - cette maladie dont on ne guérit jamais.

Voués à la < perte > et à la < déception > leur existence est ainsi partagée entre le désir, la haine et la crainte et elle se poursuit dans le < désespoir >.

2. Que les superstitions ajoutent encore à leur malheur.

Et peu comprennent que la vraie < lévitation > dépend de la conscience aiguë du <caractère nécessaire des choses qui périssent > et que, s'ils veulent être dégagés des angoisses de la terreur d' exister, de la misère et de la mort, il leur faut s' éprendre des choses qui passent et < consentir à l' éphémère >.

Mais peu sont capables de ce < consentement >. Et au contraire la plupart se précipitent aux rituels qui leur proposent cette parole < dénuée de sens > : il faut aimer Dieu.

Telle est la source des gnoses, philosophies, sotériologies et autres religions qui toutes prétendent à leur < salut > par la satisfaction des vains fantasmes du < Sens >, de la < Valeur et de la Vie éternelle >.

Mais < Textes sacrés > et < Paroles de prophètes > ne sont pourtant que lettres et sons auxquels la folie seule confère le fantôme de leur réalité. Et il n' y a ni Dieu ni Maître ni Loi à invoquer, ni révélation intérieure ou extérieure à évoquer.

Ce ne sont que des mots.

Car < il n' y a rien à espérer >. Et le < principe espérance > est < le voile de Maya > dont les magrittiens amants de l' existence se couvrent le visage.

3. Qu' il n' est pas de remède à l' erreur d' exister .

Le suicide écarté, il n' est pourtant point de remède à < l' erreur d' exister >.

Mais à considérer l' existence comme un problème, se présente néanmoins une < solution>. Et elle réside dans cette capacité artificielle, acquise et vécue au jour le jour, que nous nommons la < lucidité > - la lumière < luciférienne > -, et qui se rencontre en ceux-là seuls qui la cultivent.

Et pour atteindre à la < véritable lévitation > il nous faut employer toute notre énergie et toute notre intelligence.

Certes nous sommes seuls.

Mais c' est par la 'pataphysique que nous nous < dégagerons > du désir d' être sauvés.

**

3. VRIGNY. ( 'patanalyse réflexive )

1. Que la vérité est un caractère extrinsèque de l'idée. ( 'Pataphysiques 2, déf.4 ; De l' incertitude 38 ; Lettre 27 )

Nous voulons apprendre à bien user de notre < Intelligence >. Nous voulons apprendre à former des idées vraies.

Qu'est-ce qu'une idée vraie ? C'est une idée qui convient à son objet. Qui lui est < conforme >. Ce qui ne signifie pas qu' elle coïncide avec lui, qu'elle le reproduise. Elle le < représente >. Elle en tient lieu. Lieu-tenant elle en est l'< analogon symbolique >, verbal ou graphique. L'idée vraie de tel cheval est distincte du cheval réel. Claire et < distincte >.

Et l' idée du cavalier ne souffre pas d' un défaut d' assiette.

La vérité d'une idée est donc un < caractère extrinsèque > à l'idée. Et s' il est absurde de prétendre comparer l'idée à son objet -car on ne peut comparer une idée qu'à une autre idée-, il est fondé de la rapporter à l'objet en tant qu' < instrument de sa désignation >.

Ce n'est donc pas d'après la < ressemblance > avec l'objet que nous reconnaissons une idée vraie et que nous pouvons la distinguer d'une idée fausse. C'est l' < expérience efficace > seule qui nous fournit le critère de pertinence de son emploi.

Qu'est-ce donc qu'une idée vraie ? C' est une idée < utile >. Un artéfact et un outil de <maîtrise et de manipulation > du réel. Car le réel -< la chose en ses rythmes >-, nous échappe en son irréductible < opacité >.

Pour savoir si une idée est vraie, il est donc nécessaire de regarder autre chose que cette idée. Et il n'y a rien dans les idées par quoi les idées vraies se distinguent des idées fausses. Il n'y a qu'une manière de penser et d' exprimer qui, par elle même est ou n'est pas vérifiée par < l' expérience >.

Et c'est cette manière de penser et d' exprimer qui peut être dite vraie ou fausse.

Conclusion décisive qui nous impose une revue des différentes manières de connaître et d'expérimenter afin de déterminer de quoi dépend leur sens et leur valeur.

2. Incertitude de la connaissance par ouï-dire et par expérience errrante. ( De l'incertttude, 11,12,15,22,23.)

Je connais < par ouï dire > ce dont je n'ai aucune expérience. Ainsi du passé qui m' est enseigné, des pays que je n'ai jamais visités et une grande partie des sciences de la nature. Je ne recommence pas les expériences faites par d'autres. Et je tiens habituellement pour vraies ces connaissances.

En quoi je me trompe.

L'< expérience errante > est la deuxième manière de connaître : c'est constater des événements qui se présentent à nous. Elle est fonction du hasard et de la contingence. Et < l'incertitude > est son caractère propre. La connaissance vient alors d'une heureuse rencontre et de ce point de vue il n'y a pas de différence entre le < sage > et < l' ignorant >.

De plus < constater un fait >, à quoi se réduit l' expérience errante, enveloppe que nos sens peuvent nous abuser. Nous pouvons rêver que nous sommes éveillés alors que nous sommes endormis. De plus, nous devons nous fier à notre mémoire puisque l'événement passé ne revient jamais. Or la mémoire peut nous tromper.

Ainsi, de par sa nature même l ' < expérience errante > - à distinguer de la < connaissance errante et méthodique> - est généralement incertaine.

3. De l'existence et de l'essence comme fantasme. ( De l' incertitude. 38, 48, 50, 57, 69. 'Patapolitique 2.2.)

< Une chose n'a pas de nature>.

Une chose est un complexe fini de circonstances indéfinies.

Je puis < concevoir > très clairement un homme sans que pour cela il existe. Cependant pour que je le puisse < connaître > il faut qu'il existe. Et les événements qui appellent un être à l'existence ou qui le chassent de l'existence entrent dans sa définition et constituent seuls la matière de cette définition. Ils dépendent de certaines autres choses ou d'un certain état de ce que nous appelons < l' Univers >.

Par suite étudier l'existence et les conditions d'existence d'un être, c'est l'étudier lui-même. Et rien n'est plus vrai de lui quand il est mort ou détruit, par exemple que l'homme serait sociable et raisonnable. Il n'y a rien en lui d' éternel. Il ne possède ni nature ni essence ; et on ne peut envisager que < ce qui lui arrive >.

Ce n'est qu'< un complexe éphémère d'accidents >.

Et ce qui constitue l'idée vraie d'un être signifie le moment où cet être apparaît dans l'existence et le temps qu'il y passe.

Et il n'y a de vérité que de l'expérience.

4. Que les idées générales et abstraites sont tout à fait précises, pertinentes et suffisantes. (Pataphysiques 2, P.40, Sch.1. De l'incertitude, 31, 47, 56. )

La connaissance expérimentale n'a d'autre raison que son utilité pratique. Elle évolue pour cela et à cause de cela < dans l' abstrait et le général, dans les mots >.

L' utilité suppose qu'elle permette l'application, à d'autres cas semblables, de ce qui a été constaté. Je sais par expérience que j'aimerai ou que je haïrai parce que j'ai vu des êtres qui me ressemblent aimer ou haïr ; et < le vrai résulte de la formule générale > que j'en tire bien qu'il y ait autant de manières d'aimer ou de haïr qu' il y a d' hommes. Car < ce qui existe au sens strict c'est tel manière déterminée > d' aimer ou de haïr.

Et il n'est point d'autre voie pour saisir le particulier.

5. De la connaissance déductive ou Raison. ( De l'incertitude, 15, 24 ; Lettres, 42.)

Si nous passons maintenant aux systèmes déductifs nous rencontrerons un type de vérité indépendante des hasards qui amènent les êtres à l'existence.

A envisager les symboles et enchaînements de symboles et à considérer la mécanique formelle de la déduction qui les constituent nous remarquerons leur manière d' être purement formelle, leur < vérité de définition >.

Les < objets > logico-mathématiques n'ont pas d' équivalents naturels et le cercle ou la sphère ne peuvent être empiriquement constatés.

La vérité ou l'erreur ne consistent qu'en un certain rapport entre ces idéalités, effet d' une axiomatique et d'un calcul ou d'une déduction plus ou moins correcte.

6. différence entre la chimère, la fiction et l'idée vraie. ( De l'incertitude , 33, 34, 36 , 37.)

Il n'y a pas de différence entre une fiction et une idée vraie. Car toutes nos idées ne sont en fait que < feintes >, des fictions. Mais la différence entre une < chimère > et une idée vraie résulte de la distinction de deux < jeux de langage > distincts.

Dire que les arbres parlent, est un énoncé poétique, une chimère. Cet énoncé n' étant pas une proposition n'est ni vrai ni faux. Il ne relève pas de la logique mais du < merveilleux >. Si toutefois je prétends analyser la valeur de vérité de cet énoncé je déduirai sa fausseté de ce que mon expérience ne me permet pas de le valider. Je puis certes suggérer dans ma rêverie qu' un arbre parle ; je puis certes associer successivement ces deux mots en une phrase signifiante mais je n'en ai pourtant aucune idée.

Les < chimères > ne consistent donc que dans des mots et des fantasmes. Leur réalité est à la fois mentale et verbale. Quant aux idées, c' est-à-dire aux < fictions vraies >, elles résultent toujours de la déduction logique ou expérimentale.

Et on ne connaît un événement que par le détour de l'idée qui cependant ne signifie nullement pour une essence.

7. Ce que c'est que de prétendre connaître les choses comme éternelles. ( 'Pataphysiques 2, P.44 ; De l'incertitude, 57, 67. )

Prétendre étudier l' Homme, la Nature et Dieu dans leur vérité est une conduite insensée quoique signifiante. Car ces mots ne désignent que des < abstractions réalisées >, de pures < chimères > métaphysiques.

Et c' est là donner de surcroît de simples émotions pour des objets réels. C'est mêler affectivité et réalité.

Cependant que constituer poétiquement les fictions de l'Homme, de la Nature ou de Dieu en < univers supplémentaires > aurait certainement une < valeur 'pataphysique >.

Celle d'un < jeu >.

D'un autre côté, étudier les hommes et les phénomènes naturels suppose qu'on les appréhendent non pas dans leur essence mais selon < la gamme de leurs ryhmes >, dans leur réalité changeante et périssable dont nous constatons l'existence. Et pour la connaissance humaine il n'y a de vérité que de l'existence, l' existence de toute chose dépendant d'une série d'autres existences, de causes et de circonstances, et cela indéfiniment.

Ainsi l'essence étant synonyme d' éternité et de fixité ne peut qu' être dite et imaginée. Elle ne saurait donc être étudiée dans sa vérité. C'est l'effet d' une < vision > c'est-à-dire une pure chose mentale, un mode du < merveilleux métaphysique > ou, plus rarement, de la 'pataphysique opérative.

8. Que la déduction se suffit à elle même. ( Lettre, 45. )

La déduction ne suppose aucun genre de connaissance extérieure à elle même sans lequel elle ne serait pas. La vérité d'une déduction correcte résulte de ce que chaque chose est connue comme engendrée par une autre et celle-là par une autre et indéfiniment.

Et il n'est aucunement nécessaire que quelque chose soit vrai par soi.

Les systèmes déductifs reposent sur la décision du choix de leurs axiomes.

L'expérience est la source et fournit la matière de la connaissance empirique.

La < décision > et l'< expérience > sont donc les pierres de touche de la connaissance humaine.

Car il ne s'agit jamais de donner la cause d'une essence éternelle ; il s'agit de donner la cause, c'est-à-dire < l'ensemble des circonstances > d 'un fait, d' < un rythme de rythmes >. Et la vérité est < de jugement >, elle n'est jamais dans la chose ; épreuve et à l'épreuve des faits, elle s'accompagne du sentiment psychologique de certitude.

On ne saurait donc quitter le changement et la temporalité ni s'élever à < l'éternité > par la connaissance.

9. En quel sens la déduction suppose la connaissance intuitive. ( 'Pataphysiques, 2, Prop,40, Scholie 2 ; De l'incertitude, 15, 25. )

< Les idées ne sont que relations, complexes de relations et relations entre les relations >. Elles sont engendrées par l'activité intellectuelle et ne préexistent nullement à cette activité. Elles sont le produit de la déduction, de l'inférence et de l'induction.

Les systèmes logico-mathématiques ne sont que signes et mécaniques de signes où la sensibilité n'intervient pas.

La sensibilité intuitive est au contraire à la source de la connaissance expérimentale, de ses concepts, de ses fonctions, de ses modèles et de ses lois.

< Et il n' y a pas de connaissance du troisième genre >.

10. Que le vrai est nécessairement connu médiatement. ( 'Pataphysiques, 2, Prop. 43, Scholie ; De l'incertitude, 26. )

< La vérité est distincte de la certitude >.

La vérité est un concept de métalangage logique qui se dit des propositions démonstratives et inductives ; la certitude est une notion psychologique qui traduit l' assentiment donné par le sujet qui donne ces propositions pour évidentes.

Et je ne peux être certain que je sais qu' après être certain que je sais que je sais.

La certitude est donc médiate et différée et suit toute réflexion sur la certitude. < On n'entre pas dans le vrai >. Mais on reste toujours < en dehors > du vrai qui est de métalangage.

Et le métalangage accompagne le langage comme son ombre portée.

11. Ce qu'est la méthode 'pataréflexive. ( De l'incertitude, 26, 60. )

La méthode 'pataréflexive consiste à enchaîner les idées et à les expliquer les unes par les autres. A raisonner sur les causes des êtres et les causes de ces causes. D' après les circonstances. C'est là la vraie réflexion, la matière effective de la réflexion et son soutien.

Toujours hypothétique, elle côtoie le faux et rencontre le douteux qui sont marques de la nécessaire < incertitude humaine >. Idée de l'idée, elle porte sur le procès de connaissance et d' inconnaissance, sur les degrés d'incertitude reconnues médiatement et expérimentalement.

< La vraie réflexion est ainsi la réflexion sur la pérenne incertitude.>

Et on ne saurait donc partir de la Vérité. Car pour connaître il est nécessaire de prendre appui sur les axiomes et sur l'expérience.

12. Qu'on ne peut rien fonder sur l'idée de Dieu. ( De l'incertitude, 38. )

< Le faux est >. La fausseté n'est pas simple absence de l'idée vraie. Effet propositionnel et discursif elle est quelque chose de positif. Une idée fausse n' est pas la perversion seconde d'une idée vraie première qui la précéderait. Si nous avons des idées incomplètes et mutilées cela résulte de ce que nous nous trompons.

Et, contrairement à la thèse de Spinoza, Dämon Sir affirme que < les idées vraies ne sont nullement complètes et adéquates pour l'éternité >.

Si donc l'erreur est source positive du faux qui n'est nullement précédé par le vrai, et que < la vérité est construite médiatement et dans le temps de l'activité intellectuelle.>, il ne saurait donc exister un < Tout des idées vraies > dans la réalité médiate de chaque idée.

Et chaque idée ne suppose aucunement la totalité des idées et par suite une prétendue < Pensée parfaite > dont notre pensée ne serait qu' un moment.

Et c'est pour cette raison qu'il est impossible de définir la < Vérité immédiate et absolue >.

C'est pourquoi < Dieu n'est qu' un mot > lui même source de bien des maux...

***

4.Faverolles. Du Sans-Nom. ( Cosmontologie 'pataphysique )

1. Idée du Sans-Nom ( 'Pataphysiques, 1, déf 3 et 6 ; De l'incertitude, 39, 51 ; Lettres, 39. )

J'entends par < Sans-Nom >, < Sans forme > ou < Chaos >, ce dont on ne peut dire s'il est ou non en soi et conçu par soi et dont l'idée, inconcevable, ne saurait, pour être formée, être dérivée de l' idée d'une autre chose quelconque.

Et on ne peut partir que de cette idée < médiatement conçue >, déduite comme irréductible mais < incompréhensible > corrélat de notre expérience. Cette idée est sans relation avec l'idée du vrai ; elle n'a qu'un rapport problématique avec l'idée de l'être total, absolu, parfait, avec l'idée de Dieu.

2. Existence du Sans-Nom ( 'Pataphysiques, 1, P. 7, 11 ; De l'incertitude, 29 ; Lettres, 53 )

Le Sans-Nom est, en dehors de toute nécessité et de toute contingence. Sans qu'on puisse affirmer s' il est ou non cause de soi et que son existence est ou non enveloppée par une quelconque essence.

3. Unicité du Sans-Nom ? ( 'Pataphysiques, 1, p.12, 13, 14 ; Lettres, 39 )

Il est impossible de poser que le Sans-Nom est ou n'est pas unique ; < la cause et l'origine du Sans-Nom nous échappant >. S'il était unique la cause de son existence serait son essence ; s'il était multiple il ne suffirait pas d'invoquer sa nature, il faudrait de surcroît trouver la cause de l'existence de chacune des occurrences de cette multiplicité.

Or cette tâche nous est impossible à satisfaire puisque < nous ne pouvons sortir des limites de notre expérience >.

4. Eternité, sempiternité, temporalité du Sans-Nom? ( 'Pataphysiques, 1, 19, 20 ; Lettres,29)

Le Sans-Nom est-il éternel, hors du temps ? Si le Sans-Nom était chose particulière, il existerait dans la durée, il commencerait et finirait ou sa durée serait indéfinie, la cause qui l'amène à l'existence étant différente de son essence ou de sa définition. S'il était Totalité de l'être, il existerait par définition et on ne pourrait concevoir en lui ni commencement ni fin, ni durée.

5. Le Sans-Nom est-il cause universelle ? ( 'Pataphysiques,1, P.16, 18. )

Il nous est impossible de savoir si tout ce qui est dans notre expérience et si tout ce qui excède notre expérience est d' une part expression du sans-Nom, d'autre part conçu par le Sans-nom.

Si le Sans-Nom était infini, il n'y aurait aucune raison de limiter le nombre et la variété des êtres qui sont en lui et conçus par lui; c'est à dire qui résulteraient nécessairement de sa nature. Mais c'est là < pure conjecture à jamais invérifiable >.

Et il nous est impossible d'affirmer que le Sans-Nom est non seulement cause de l'existence des êtres mais aussi cause de leur essence, dans la mesure où concevoir les choses serait comprendre leur essence et que c'est par le Sans-Nom qu'elles pourraient être conçues.

6. De la < matière-lumière-espace-temps > ( M-L-E-T ) comme attribut du Sans-Nom et de la pensée.

('Pataphysiques, 1, Déf. 4, P. 9, 2, P.1 et 2 ; Lettres, 29 )

Nous pouvons connaître les < choses / événements-lignes d'univers > de deux manières ;

-en constatant leur existence factuelle dans l' espace-temps ;

-en les définissant, c'est à dire en établissant en leur vérité les relations fonctionnelles des facteurs qui les composent et les intègrent en < réseaux toujours plus ou moins précaires >.

Ces deux manières sont indépendantes l'une de l'autre. Tout comme la logique est distincte de l' existence.

Et il n'y a qu'une manière de considérer le Sans-Nom. A savoir comme < le plan d'immanence > des < corps > qui entrent et sortent de l'existence poussés et chassés par d'autres corps qui eux-mêmes apparaissent et disparaissent.

Nous nommons < matière / lumière - espace / temps > ( M-L-E-T ) leur nature commune et leur lien.

Cet attribut est sans commune mesure avec l' Encyclopédie ou < pataphysique objectif > ou encore totalité des idées en tant qu'elles s'expliquent les unes par les autres et sont produites par l'activité intellectuelle humaine.

Et ce < pataphysique objectif > doit être distingué d'un supposé philosophique < transcendantal objectif >.

La pensée, l'encyclopédie, le < pataphysique objectif >, n'est donc pas un attribut du Sans-Nom. Mais elle en est comme un reflet ou un écho dans un miroir.

Le fait et la vérité sont donc distincts, comme le réel l'est du rationnel. Et il n'y a pas de Dieu qui serait < tous les faits et toutes les idées >.

< Hors des notions de la matière / lumière - espace / temps et de la pensée, enfin, il n' y a que vaticination.>

7. Des modes ou < choses / événements - lignes d'univers > ( 'Pataphysiques, 1, Déf. 5. )

Nous appelons < modes du M-L-E-T >, les < corps > ou < choses / événements - lignes d'univers > singulières existantes et soumises à la génération et à la corruption ( Réseaux de galaxies, galaxies, systèmes planétaires, objets astronomiques, champs divers, systèmes écologiques, corps vivants, ensembles psychologiques dynamiques individuels et interindividuels, groupes sociaux, communautés, cultures... ).

Nous appelons < modes de la pensée > les idées ou relations fonctionnelles entre les idées.

L' entité < corps > -< rythme de rythmes >-, tient son existence de ce qui l'entoure et de ce qui comme tel le constitue ( réseau, champ, connexion, interférence, traduction... ) ; l'< idée > est relation en relation avec d' autres idées au sein des lois, modèles, théories explicatives des phénomènes de l'univers représenté, perçu et connu.

Et < il n'y a pas de de vérité absolue du tout > ; puisque ces vérités diffèrent des choses en elles-mêmes comme la pensée diffère du Sans-Nom. De telle sorte qu'on peut affirmer que < l'ordre et l'enchaînement des idées est distinct de l'ordre et de l'enchaînement des choses >.

Les choses enfin disparaissant, leurs idées diparaissent avec elles et ne sauraient être comprises dans la prétendue < idée infinie de Dieu >. Car l'idée n' a qu'une existence de fait liée à l'existence de la chose dont elle est l'idée. En effet toute idée finie a pour cause la pensée en tant qu'activité contingente et finie.

< L'idée est donc doublement liée à l'existence >. En tant qu'idée d'une chose et en tant qu' effet de la pensée finie.

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5. Savigny sur Ardre. ( du pataphysique objectif et de la pensée )

1. De la pensée ou comment elle est séparée du corps ( 'Pataphysiques, 2, P.11 ; 3, P.2 )

L'homme qui existe actuellement, cet homme, est à la fois corps et pensée.

< Corps >, c'est-à-dire considéré sous l' attribut M.L.E.T. ; et < pensée >, c' est-à-dire considéré comme aptitude actuellement réelle, distinguée du corps mais en relation au corps, ou encore < activité psychique dans son ensemble ; soit : sentir, imaginer, se souvenir, méditer, douter, affirmer, nier, juger, vouloir, etc. >.

Et l'on voit que la pensée - < source et effet du pataphysique objectif > -, n' est en rapport avec le Sans-Nom que d'une seule façon, savoir comme existence finie et temporellement concevable. Mais < la pensée et le corps de l'homme sont unis et néanmoins distincts > de la même manière que le pataphysique objectif est d'une certaine manière en relation avec le Sans-Nom quoiqu'il en soit lui aussi néanmoins distinct.

2. Que la pensée perçoit ce qui se passe dans le corps ( 'Pataphysiques, 2, P.12.)

2.1. La pensée est donc perpétuel changement, lui même lié aux changements incessants du corps et de son environnement. Et ces changements de la pensée sont ses représentations conscientes : sensations, associations d'idées, souvenirs, images, perceptions, d'une part ; affects , émotions, sentiments, passions, d'autre part.

Et < la pensée ne peut être dite exister seulement que dans la discontinuité de ces représentations >.

< Substance > et < continuité > n'étant qu' apparences, effet rétrospectif de l'imagination réflexive.

Toutefois la pensée ne saurait percevoir tout ce qui se passe dans le corps. Cependant qu' elle tire de son propre fonds son aptitude à la représentation et à la perception des choses.

D'un autre côté < elle ne saurait en être la simple expression ou le reflet, ou encore l'épiphénomène.>

2.2. Car < on ne saurait réduire le psychique au physique >, la qualité à la quantité, la représentation au neurone, la pensée à l'étendue.

Certes < les faits psychiques ont une réalité mais en un tout autre sens que les réalités matérielles >. Internes, subjectifs et inétendus, ne possédant pas de grandeur propre, ils échappent à la mesure. Non localisables dans l'espace, inextensifs, nous ne les expérimentons que par la conscience, le sens interne.

C'est pourquoi < la sensation ne saurait être réduite à un certain état du cerveau > comme sa résultante mécanique ainsi que l'affirme la neuropsychologie. Pas plus qu'elle n'en est le double ou le simulacre.

Car elle se situe sur un tout autre plan -purement mental-, de l'existence.

Et si nous appréhendons les choses par l'intermédiaire des sensations dont elles sont les signes, ces sensations ne sont que des moments de notre vie intérieure.

Et < la seule réalité dont nous avons l'expérience est celle de la succession de ces états de conscience > qui est toute la pensée.

Ainsi nous faut-il affirmer qu' < il y a une certaine et relative autonomie de la pensée >.

En conséquence de quoi il nous faut poser que < la vie psychique ne saurait être conçue comme l' immédiate traduction ou épiphénomène du biologique comme prononcent les matérialistes ou simple " représentant des pulsions " comme le soutiennent quelques freudiens >.

2.3. De surcroît on doit remarquer que la pensée est comme une capacité < créatrice de sens et de valeur >.

< Visionnaire >, puissance génératrice d' ilots d' ordres représentatifs statistiques et éphémères, de sens et de valeurs, voire < d' univers supplémentaires >, elle se donne dans une succession de < schémas dynamiques > dont certains tendent à se préciser.

Notamment dans l'expérience de < l' effort >.

Ainsi de l' effort d' attention, de l' effort de rappel ou encore de l' effort d' invention.

C'est pourquoi elle apparaît, selon l' étymologie, comme une puissance < poétique >.

Et < dans ce vécu de l' expérience de l'effort, elle échappe enfin au principe physique de la conservation de l'énergie >.

De fait, d'une manière extraordinaire, spécifique, paradoxalement et inexplicablement.

2.4. Mais, enfin et inversement, ce qui est changement dans le corps n'est pas nécessairement changement dans la pensée.

Et < il n'y a pas d' harmonie préétablie de l'esprit et du corps >.

Pour preuve le délabrement physique de l'agonisant qui conserve parfois toute sa lucidité mentale.

***

6. Prin. ( de l'invention, de la 'pataphysique opérative et de la liberté )

1. De l'imagination, de la mémoire et de la 'Pataphysique opérative. ( 'Pataphysiques, 2, P. 16, 17, 18 ; De l'incertitude, 41 )

1.1. La pensée en son dynamisme psychique peut se représenter comme si elle était présente la réalité des corps qui ne sont pas présents. < Elle peut aussi produire par son propre effort des représentations d' objets qui n'ont pas d'équivalents dans le monde >.

Et elle n'est ainsi nullement condamnée à seulement reproduire d'après des traces, des signes ou des archives. Elle les peut reprendre, < elle peut inventer >. Fantasmes, rêveries, visions, utopies sont en son pouvoir ou < puissance d'élaborer du radicalement nouveau >.

Et < c'est dans ce clinamen, ce pouvoir de s' écarter consciemment du déjà donné que constitue proprement sa liberté >.

1.2. Par suite < les actes d' imagination de ce genre ne renferment aucune erreur >.

-L'imagination reproductrice est une capacité primitive, qu' elle soit une donnée immédiate de la conscience à la manière de l'épisode proustien du < pavé de l' hôtel de Guermantes >, ou l'effet d'un effort de rappel. Ses représentations ne sont ni vraies ni fausses ; elles sont.

-Il en est de même pour ce qui est de l'imagination productrice d'objets imaginaires, échappant par définition aux critères de vérité et de fausseté.

-De même encore en ce qui concerne la < 'Pataphysique opérative >.

Et < la représentation comme la production loin d'être indices de notre faiblesse sont bien plutôt l'expression de notre puissance >.

1.3. Et c'est pourquoi on ne saurait réduire la mémoire à n' être que < l'enchaînement des idées qui enferment la nature des corps extérieurs selon l'ordre de l'enchaînement des modifications du corps >.

L' < invention >, quant à elle, ne saurait se ramener à la syntaxe et < aux lois de l' asssociation des idées >.

2. De la connaissance errante et méthodique. Et comment elle n'est pas nécessairement source d'erreurs. ('Pataphysiques, 2, 25, 26, 30,31 )

La pensée ne peut connaître les corps extérieurs comme existant que par les représentations des modifications de son propre corps. Et si l' existence des corps est pour elle un fait d'expérience immédiate, la connaissance directe de ces corps lui échappe.

Car il faut affirmer que < notre expérience se réduit à l'existence et aux modifications de notre corps en relation avec les corps extérieurs >.

Et < de ce ce point de vue l'idéalisme est irréfutable >.

Néanmoins constater qu' une chose extérieure existe n'est pas nécessairement inducteur d'erreur. De surcroît < le fait que notre connaissance des événements ne soit jamais complète ne signifie pas pour autant qu' elle soit trompeuse >. Car il faut distinguer la vérité d'une connaissance -en sa clarté et sa distinction-, de son exhaustivité.

Et la cause de l' erreur résulte non pas tant de l'incomplétude de la connaissance -puisque la connaissance d' une chose-événement est toujours plus ou moins partielle-, que de ce que nous donnons notre assentiment à des propositions logiquement incohérentes ou insuffisamment vérifiées à propos de ces choses-événements ou lignes d'univers qui se présentent à notre pensée.

Et < en cet assentiment ou cette indifférence de notre jugement à la proposition réside toute notre liberté >.

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7. Crugny. ( de l'origine des idées générales et de la formation des idées de contingence et de temps )

1. De la formation des idées générales. ( 'Pataphysiques, 2; P. 25, 26, 28, 30, 31. )

De la connaissance errante et méthodique naissent < les idées générales >, ou représentations abstraites des classes d'objets donnés dans l'expérience ou encore concepts. Ces généralités empiriques se forment par < l' habitude > eu égard aux similitudes constantes qui conviennent aux individus d'une espèce donnée.

Et < il n' y a pas d'idées universelles > ou encore de concepts idéaux, pures fictions de l'idéalisme intempérant et visionnaire ou Pythagorisme platonicien, augustinien, husserlien ou autre.

< De ce que notre pensée n' a pas la capacité d' apercevoir les petites différences des images des corps qu'elle représente il n'en résulte pas nécessairement qu' elle en juge mal par la formation de généralités qui seraient source d'erreurs et de stériles discussions.>

Car désigner par un unique vocable un grand nombre de < choses-événements > en considérant comme identiques ces choses-événements qui produisent sur notre corps à peu près le même effet n'est pas mécaniquement source de confusion. Puisque un grand nombre d'êtres particuliers ne peuvent être désignés que par un seul mot.

C'est pourquoi < les idées de ce genres -termes transcendantaux tels que choses-événements ou concepts généraux tels que cheval, chat ou chien-, ne peuvent être rejetées comme confuses > dès lors qu'on s'est avisé qu' on ne peut saisir le particulier qu'au moyen d'idées aussi générales qu'elles sont abstraites de l'expérience.

Mais des erreurs fréquentes résultent tant de la méprise fréquente qui confond le mot et le concept que de l'illusion réaliste qui consiste à confondre le mot et la chose, à hypostasier les signes.

2. De l'origine de l'idée de contingence ( 'Pataphysiques, 2, P.44 )

< Les choses sont contingentes >.

Elles sont. Cependant elles auraient pu ne pas être. Et elles n' émanent nullement de toute éternité d'une Providence ainsi que le prétend la Vision abrahamique, judéo-islamo-chrétienne, ni ne sont déduites d' une nécessité aveugle, ni n'expriment un quelconque destin ainsi que se le figuraient diverses mythologies archaïques.

Et la catégorie de < hasard, opérateur d' inintellibilité du Sans-Nom > - catégorie explicative à portée cosmologique et métaphysique- , exprime cette absence de finalité.

Aussi, connaître les circonstances qui font qu'une chose-événement entre dans l'existence ou sort de l'existence ne signifie pas déceler la manifestation d'une intention ou d'un plan. Et < tout n'est pas lié dans l'univers ni de la même façon contrairement à la vision mystique prévalente dans l'histoire de la philosophie occidentale >.

Cette < doctrine de l'interpénétration > selon laquelle les objets ne sont pas réellement séparés mais sont seulement conçus comme étant séparés par l'intelligence analytique, se rencontre dans toutes les mystiques depuis Parménide jusqu' à Bergson et l'hypothèse contemporaine de < la non-séparabilité >.

Et l'univers connu peut être conçu comme formé d' entités localisables dans l'espace-temps ou < faisceaux de qualités coprésentes > signifiés par un nom propre. < Ces événements-faisceaux non récurrents de qualités elles mêmes dépourvues de continuité spatio-temporelle sont des complexes de variables qui constituent leur réalité physique >.

Et < ces entités ne peuvent interagir que localement > au sens que la théorie de la relativité donne à ce mot, c'est-à-dire exclusivement via des interactions ne se propageant pas plus vite que la lumière.

Il existe des cas où -selon la relativité restreinte-, on est certain que de deux événements aucun n'influence l'autre : c'est lorsqu' ils sont si éloignés dans l'espace et si rapprochés dans le temps que la lumière n'a pas le temps de les relier.

D'après < le principe de séparabilité ou de localité >.

Enfin, lorsqu'un événement se produit d'une certaine façon, si nous sommes portés à croire qu' il aurait pu être autre, c'est qu'effectivement il aurait pu l'être.

Car < la contingence est inhérente à l'être >.

Et < le chaos déterministe > - concept < lux-iférien > (sic) exprimant simplement le dynamisme asensé des métamorphoses énergétiques à l'oeuvre dans le Sans-Nom -, < est présent à toutes les échelles d' observation des choses-événements de l'univers représenté >.

3. De l'origine de l'idée de temps. (' Pataphysiques, 2, 44. )

C'est pourquoi < l'idée de contingence a bien un fondement dans la réalité > . Elle n'est pas seulement l'effet de notre imagination errante ; elle n'est pas l'effet de notre ignorance.

De plus < se représenter les choses-événements dans le temps, ce n'est pas nécessairement se tromper >, en juger seulement d'après les modifications de notre corps ainsi que le prétend Spinoza.

Et si la confiance avec laquelle nous attendons le retour des événements dépend psychologiquement de la façon dont leurs images sont liées dans notre corps, si nous sommes ainsi portés à croire, lorsqu'un événement se produit d'une certaine façon, qu'il aurait pu être autre, cette idée ne résulte pas seulement de ce que nous nous représentons d'avance le temps à venir d'après les liaisons qui existent entre les différentes modifications de notre corps.

Car < l 'idée de temps n'est pas un effet de l'imagination comme l' affirme l'auteur de l'Ethique mais une théorie nécessitée par des résultats expérimentaux et exprimés par des formules mathématiques >.

En effet, tandis que les événements qui affectent un bloc de matière-énergie donné ont un ordre défini dans le temps du point de vue d'un observateur qui partage son mouvement - et c'est notamment en raison de cela qu'on le peut dire < bien fondé > -, les événements qui concernent des blocs de matière-énergie dans des lieux différents, n'ont pas toujours un ordre déterminé dans le temps.

Car dans le contexte de la physique relativiste il nous faut admettre que dans certaines limites, il n'existe pas un ordre de temps déterminé entre les événements qui ont lieu dans des endroits différents.

Et le temps habituellement considéré comme temps cosmique n'est jamais qu' un temps local, un temps lié au mouvement de la terre.

C'est pourquoi il a fallu introduire la synthétique fonction conceptuelle < espace-temps > en place des deux concepts séparés d' espace et de temps.

< L'idée de temps n'est donc pas une idée confuse >.

Tout au plus est-elle une idée incomplète dont la physique relativiste a transformé et enrichi le sens et la portée.

De même qu'elle a bouleversé les idées de progrès, de distance spatiale, de corps, de matière ou encore de substance. Et les événements fugitifs peuvent être considérés comme des substances selon le sens logique, c'est-à-dire comme des sujets qui ne peuvent être des prédicats.

< Toutefois un morceau de matière n' est pas une entité stable mais un chapelet d'entités. Et il en est d'ailleurs de même de l'esprit. La stabilité du moi et de la vie mentale n'est qu' illusion. Tout comme l'atome, elle n'est que chapelet d'événements. >

*

En conséquence : < la connaissance errante et méthodique -à distinguer de la simple expérience errante-, ne saurait être dite une connaissance confuse.>

***

8. Igny l'Abbaye : de la volonté, de la 'pataphysique et du clinamen.

1. Que la volonté est distincte de l'entendement et le jugement de l'idée.

('Pataphysiques,2; : P.49 )

L'erreur, ce n'est pas simplement l' absence de vérité. Et se tromper n'est pas simplement en être réduit aux perceptions. Il n' y a pas d'autre manière de connaître que celle qui consiste à deviner tant bien que mal la présence ou l'absence des choses d' après les modifications qui surviennent dans notre corps.

Certes < nous sommes irrémédiablement prisonniers de notre corps ; nous ignorons l'être ; nous ignorons la nature du Sans-nom. >

Et il est nécessaire pour expliquer l'erreur de < supposer dans l'esprit une volonté comme l'a fait Descartes>. Mais cette volonté n'est pas un exemple remarquable de ces fausses idées générales où nous ne mettrions pas autre chose qu'un mot et qui sont en réalité très confuses.

Car il s'agit d'une idée. < L'idée de la classe des volitions singulières que nous éprouvons comme la manifestation d'une donnée immédiate de notre existence >.

Et si parler de < volonté générale >, c'est prononcer un mot tout au plus, il y a une infinité de manières particulières de vouloir ; ce sont ces manières différentes de vouloir qui existent.

2. En quel sens on peut affirmer que la volonté est libre. ( 'Pataphysiques 2, P.48, 49.)

Cette < donnée immédiate de l'existence >, nous l'éprouvons comme la marque d'une liberté finie, en un sens indépendante du Sans-Nom et du cours des événements qui ne sauraient être déduits de supposées lois éternelles, ainsi que l'affirmait l'auteur de l'Ethique.

< Se savoir libre, ce n'est pas seulement se croire libre >. Et si avoir conscience de sa liberté, c'est le plus souvent ignorer les causes qui nous déterminent, c'est aussi assez souvent < connaître les circonstances locales de notre conduite et de notre pensée >.

Car < nous jouissons d'une relative puissance sur les événements locaux > ; nous devons les accepter et les comprendre d' après le chaos déterministe de leur émergence et de leur succession ; mais nous pouvons parfois aussi en infléchir le cours.

Et c'est en modifiant les événements de sa vie que la puissance de l'homme se manifeste. Elle porte sur son corps, sur ses passions, sur ses idées comme sur les événements proches qui l'affectent.

Et < il y a pour l' homme la possibilité d'un écart, d' un jeu, dont la' pataphysique est la preuve et l'épreuve.

Tel est le sens qu' il faut conférer à l' idée du clinamen >.

05.04.2000.

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Considérations 'patasophiques

En suivant La Bruyère, divertissement / traduction.

Extraits d'une communication du Sérénissime Pataphile-Episcope à Ubudore de Patagonie

à l' occasion du jubilé de son cinquantenaire.

 ***

De la force d' esprit.

 

1. Les esprits faibles savent-ils qu' on les appelle ainsi par commisération ? Quelle plus grande faiblesse que d' être certain du principe de son être, de sa vie, de ses sens, de ses connaissances, et quelle doit en être le dessein ? Quel ennui plus grand que de savoir si son âme n'est point matière comme la pierre et le reptile, et si elle n' est point corruptible comme ces créatures ? N' y a-t-il pas plus de force et de grandeur à refuser à notre esprit l ' idée d'un Être supérieur à tous les êtres, qui les aurait tous faits et à qui tous se devraient rapporter ; d' un être souverainement parfait, qui est pur, qui n' a point commencé et qui ne peut finir, dont notre âme serait l' image, et si j' ose dire, une portion, comme esprit et comme immortelle ?

2. Quelques-uns achèvent de se former par de longues lectures, et gagnent le peu de scepticisme qui leur manquait ; ils voient de jour à autre une nouvelle chimère, diverses moeurs, plusieurs marottes ; ils ressemblent à ceux qui accèdent aux lieux d' aisance du Débat, indéterminés sur le choix des fables qu' on leur propose ; le grand nombre de celles qu' on leur montre les rend plus indifférents ; ils ne se fixent point et sortent dubitatifs.

3. Il faudrait s' éprouver et s' examiner très sérieusement avant que de se déclarer esprit fort, ou'pataphysicien, afin au moins, et selon ses principes, de pouvoir finir comme l' on a vécu.

4. Toute plaisanterie dans un homme mourant est bien à sa place ; si elle roule sur certains chapitres, elle est salutaire. C'est une extrème habileté que de donner à son crédit à ceux que l' on laisse le plaisir d' un bon mot.

5. Dans quelque prévention où l' on puisse être sur ce qui doit suivre la mort, c' est une chose bien frivole que de mourir : c' est tout autant le badinage qui sied bien alors que la constance ( voir la mort de Saint-Evremond et celle de Dämon Sir ).

6. J' aurais une extrême curiosité de voir ceux qui sont persuadé que Dieu est ; ils avoueraient du moins les sophismes qui les ont pu convaincre.

7. L' impossibilité où je suis de prouver que Dieu n' est pas ne me découvre pas son existence.

8. Je ne sens pas qu' il y a un Dieu, et je ne sens pas qu' il y en ait un : cela me suffit, tout le raisonnement du monde m' est inutile ; je ne conclus pas. Cette expectative est dans ma manière, bien que je n'en reçusse point les principes dans mon enfance ou qu' ayant été instruit je les eusse conservés depuis dans un âge avancé pour les soupçonner de fausseté. -Mais il y a des esprits qui ne se défont pas de ces principes. -Peut-être est-ce une question s' il s' en trouve de tels ; et, quand il serait ainsi, cela prouve seulement qu' il y a des machinaux.

9. Le théisme n' est point. Les dévots qui en font le plus protestation sont trop paresseux pour décider en leur esprit que Dieu n' est pas ; leur aveuglement va jusqu'à les rendre froids et indifférents sur cet article si capital, comme sur la nature de leur esprit et sur les conséquences d' un vrai pyrrhonisme.

10. Un puissant croit s' évanouir, et il meurt ; un autre puissant périt insensiblement et perd chaque jour quelque chose de soi-même avant qu' il soit éteint : minuscules enseignements et fort utiles ! Des circonstances si marquées et si sensiblement opposées sont parfois relevées et touchent quelques-uns ; certains hommes y prêtent la même attention qu' à une feuille qui se fane ou à une feuille qui tombe ; ils sourient des places qui demeurent vacantes, et ne s' informent point si elles sont remplies et par qui.

11. < Un Régent de 'Patasophie, un Optimate du Collège de 'Patagonie, quels noms ! quelle tristesse dans leurs écrits ! quelle froide ironie, et peut-être quelle sophistique ! >, disent ceux qui ne les ont jamais lus ; mais plutôt quel étonnement pour tous ceux qui se sont fait une idée des Dignitaires si éloignée de la vérité, s'ils voyaient dans leurs ouvrages plus de force de raisonnement que l'on en remarque dans la plupart des livres de ce temps!

Quel plaisir d' aimer la 'pataphysique et de la voir crue, soutenue, expliquée par de si beaux génies et par de si solides esprits, surtout lorsque l'on vient à connaître que pour l' étendue de l' Ascience, pour la pénétration, pour les principes de la pure 'pataphilosophie, pour leur application et leur développement, pour la justesse des apories, pour la légéreté du discours, pour la beauté de l' amoralité et l' absence de sentimentalisme, il n' y a rien, par exemple, que l' on puisse comparer à Emmanuel Peillet que Latis, Jean Hugues Sainmont ou Mélanie Le Plumet.

12. Il y a deux espèces de libertins : les libres penseurs, ceux du moins qui croient l' être, et les "hypocrites", les libres esprits ou vrais libertins, c' est à dire ceux qui ne veulent pas être crus libertins. Les derniers dans ce genre sont les meilleurs.

13. Si on ne goûte point ces Considérations, je m' en étonne ; et si on les goûte, je m' en étonne de même.

16.06.2001

*****

 'Pataphysique galante ou l' art d'aimer.

 

1. Onze maximes, par Jeanne de La Tysse
 

En suivant Madeleine de Scudéry / détournement.

 

 1. Il faut apprécier tout ce qui est estimable, pourvu qu' il y ait quelque apparence à trouver plus de satisfaction que de dépit à l' estime à laquelle on prétend.

2. Parmi les chimères, les utopies et les Visions, il se faut bien garder de faire l' inconstant ; cependant qu' il ne leur faut être trop scrupuleusement fidèle. Et il vaut mieux être tenté par plusieurs plutôt que de s' éprendre de l' une d' entre elles toute une vie.

3. Au reste bien que changer de Vision ou de maîtresse ne doive être accompagné d' aucun scrupule dès que l' ennui passe la jouissance de la découverte, il ne faut jamais être indiscret à pas une.

4. A toute Vision un 'pataphysicien ne doit songer qu' à se divertir. Et à se divertir en étant plaisant. Car encore qu' il fasse l' amour à la chimère qu' il sert, si elle vient à être à son plaisir, il se met en état de n' en être point persuadé.

5. Il se faut bien garder de donner ses véritables raisons aux dévots de ses Visions car comme un esprit avisé n' en doit jamais avoir aucune sans prévoir qu' il ne l' aimera plus dans peu de temps, il doit livrer ses conclusions à ses amis et à ses amies, et donner seulement ses attentions à ses maîtresses.

6. Il faut qu' un 'pataphysicien se mette en état d' être tenté sans être corrompu et qu' il sache si bien se divertir aux Visions qu' il estime que leurs dévots se contentent de voir en lui le sceptique agréable et frivole bien éloigné de la multitude de leurs esclaves.

7. Il lui faut principalement se garder d' être livré à leurs dévots et il faut agir si adroitement qu' ils ne parviennent à le persuader.

8. ll ne faut point trop embrasser publiquement toutes les belles. Mais il n' y a pas danger d' entreprendre les différentes Chimères qu' on leur donne à penser que si on ne les aime, on les peut adorer.

9. Il est judicieux d' entretenir une certaine malice de connivence qui rende déconcertant à celles qui nous peuvent nuire et d' être capable d' une certaine ironie qui nous éloigne leurs dévots.

10. Il se faut bien garder d' obtempérer aveuglément, ce qui ne peut qu' incommoder un 'pataphysicien. Et il ne faut subir ni caprice, ni tyrannie ni injustice de ces maîtresses dont on n ' exige que des douceurs agréables.

11. Sur toutes ces Visions, il est bon de se souvenir qu' il faut s' instruire en se divertissant et de se divertir sans prétendre à persuader.

Car il n'est rien de plus sot que de faire l' amour pour se rendre malheureux.

( 31.07.2001 )

******

Le Vrai Classique du 'Pataphysique Imparfait

Attribué au Pseudo-Sandomir

A la façon du Lao-tseu, Traduction.

 

 

Escargot-quintaine

 

Notice biographique et circonstances de la rédaction.

 

Contemporain de Dämon Sir le Simple, le pseudo-Sandomir dit < l' Obscur >, est certainement l'une des figures les plus ambiguës de l'histoire de la 'Pataphysique.

Selon les Annales, son magistère s' exerça dans la province d'Argonne bien avant la fondation de la Fraternité de Patagonie Septentrionale.

Le légendaire relate que lorsqu' avec les Grands Embrasements la situation politique s'aggrava, pressé pour sa sûreté, il alla se retirer au plus profond du massif de l' Eiffel.

Franchissant la frontière à la Passe de Givonne, il aurait alors confié le < Vrai Classique du 'Pataphysique Imparfait > à l'un de ses compagnons d'exil.

**

 Le < Vrai Classique du 'Pataphysique Imparfait > est habituellement reçu comme le "Livre du rien et de l' ignorance". Il évoque ce qui ne se peut transmettre que crypté et comme écrit à l' encre sympathique, marqué du sceau de la 'Pataphysique la plus secrète.

L' Ouvrage -dont il ne nous reste que quelques feuillets- ne se raconte pas, ne s' explique pas, ne se commente pas. Chaque 'pataphysicien y puisera ce dont il a besoin et le recevra selon son état d'esprit du moment.

Béranger l'Aquatintien, Histoire de la 'Pataphysique et des 'Pataphysiciens.

 ***

 Le Vrai Classique du 'Pataphysique Imparfait

( fragments )

 1.

Le rien qu'on prétendrait exprimer n'est pas le rien sempiternel.

L'ignorance qu'on prétendrait enseigner n'est pas l' effective ignorance.

Le rien est l'origine de tous les êtres.

L'ignorance est la source du savoir.

De fait, c'est par la discontinuité occasionnelle

Que nous pouvons percevoir son secret.

C'est par la continuité occasionnelle

Que nous pouvons y avoir accès.

Ces deux expressions d'une source semblable

Sont mêmes et pourtant autres.

Cette origine est innommable.

Nommer l'innommable est l'impasse de toutes les dialectiques.

2.

Dire que la beauté est belle et que le bien est bien,

C'est ne rien signifier.

L'être et le néant, l' aisé et l'épineux,

Le lourd et le léger, le gauche et le droit,

La vue et la cécité, le proche et le lointain

Engendrent de vains discours.

C'est pourquoi le 'pataphysicien adopte la posture du quiétisme

Et contemple l'ignorance bavarde.

Toutes les visions du monde naissent sans qu'il en soit jamais l'auteur.

Il ne produit ni ne s'approprie.

Il n'agit ni n'attend quoi que ce soit.

N'accomplissant aucune oeuvre il ne saurait s'y attacher.

 3.

Fréquente si tu le veux les oligarques,

Ne te méprends pas sur le peuple.

Estime l'excellence, méfie toi des voleurs.

Sois discret, défie-toi des envieux,

Et tu resteras serein.

 

La maîtrise du 'pataphysicien est

De ne pas idolâtrer le peuple,

De discipliner ses passions,

D' entretenir son ambition,

De fortifier sa santé.

 

Le 'pataphysicien prospère à l' abri des tumultes,

A l' écart des délires.

Il laisse le peuple à ses superstitions,

Il ne flatte pas les clercs,

Il ne participe ni au gouvernement des hommes ni à l'administration des choses.

 4.

La bonté du 'pataphysicien est sa vertu.

Elle s'épanouit dans la lumière du rien.

Détachée, stérile, duplice, indifférente et incapable.

Mais pouvant rivaliser avec tous.

 5.

Se réserver et se garder,

S'approprier sans rien produire,

Ne rien attendre en agissant,

Ne pas guider, ne pas contraindre,

Telle est la vertu essentielle.

 6.

Les couleurs nous aveuglent-elles ?

les sons nous assourdissent-ils ?

Les saveurs gâtent-elles notre goût ?

Les divertissements égarent-ils notre coeur ?

La recherche des trésors nous est-elle funeste ?

 7.

Invisible, inaudible, impalpable est le rien.

Aussi lumineux qu'il est obscur.

Sempiternel et innommable.

Evanescent, insaisissable.

Personne ne peut posséder le rien,

Ni remonter à la source.

8.

Ceux qui pensent pratiquer le rien

Sont si grossiers, si lourds,

Si contemporains, si banaux,

Qu'on peut aisément pénétrer leur surface.

Et c'est parce qu'on les peut pénétrer

Qu'il n'est pas nécessaire de se les figurer.

 9.

Chercher le coeur du rien,

C'est dissiper sa sérénité.

Divertis-toi de l'agitation commune des êtres.

La multiplicité s'en va se dissolvant.

Se dissoudre, c'est se perdre.

Se perdre, c'est connaître le rien.

Connaître le rien, c'est la lévitation.

 10.

Que tu renonces ou non à la sagesse,

Que tu répudies ou non la connaissance,

Le peuple n'en tirera aucun profit.

Que tu renonces ou non à l'humanité,

Que tu répudies ou non la justice,

Le peuple n'en tirera aucune leçon.

Que tu méprises ou non les ressources de l'art et de la technique,

Les parasites et les voleurs demeureront.

 11.

Celui qui renonce à l' étude augmente son ennui.

Il y a une différence entre le oui et le non.

Il y a une différence entre la beauté et la laideur.

On peut ne pas redouter ce que les autres redoutent,

Quand bien même toute étude serait indéfinie.

 12.

Qui se plie reste généralement plié.

Qui s'incline demeure généralement incliné.

Qui s'use généralement se meurt.

Qui embrasse peu acquiert peu de connaissance.

Qui embrasse beaucoup peut douter beaucoup.

Ainsi le 'pataphysicien vagabondant dans la multiplicité

Devient le miroir du monde.

Il ne s'exhibe ni ne rayonne.

Il ne s'affirme ni ne s'impose.

Il n'a aucun mérite et n'est pas reconnu.

 13.

Qui va vers le rien le rien s'en moque.

Qui va vers l'ignorance les rumeurs le submergent.

Qui va vers la vision l'illusion l'accueille.

 14.

Le rien suinte.

L'ignorance entretient.

Les corps naissent de la matière.

Le monde sollicite.

C'est pourquoi les êtres du monde

Expriment le rien et l'ignorance.

 15.

Tout ce qui vit est noeud et relation.

Cet entrelacs est le rien.

Qui rencontre le rien

Connaît ses fonctions.

Qui connaît ses fonctions

Et adhère encore au rien

Epuisera son existence.

 

Ouvre les portes.

Use ton énergie.

Varie tes activités.

Tu ne seras d'aucun secours au terme de ta vie.

 16.

Ce qui est bien planté peut être arraché.

Ce qu'on étreint bien ne songe qu' à se dégager.

Et les enfants sont ingrats.

 

L' ignorance vertueuse est par de-là le bien et le mal,

Pauvre, stérile, indigente, singulière.

 

Observe les autres d'après toi même,

Les familles d'après ta famille,

Les pays d'après ton pays,

Les Etats d'après ton Etat,

Le monde d'après ce monde.

 17.

Celui qui possède la plénitude de l'ignorance

Est comme l'averti sénescent.

Les insectes le piquent, les bêtes sauvages le griffent,

Les rapaces déchirent sa chair.

Sa poigne est débile.

Sa voix est enrouée.

Son membre se dresse mais ne féconde pas.

 

Il ne connaît pas l'harmonie.

Ignorer l'harmonie, cest connaître l'impermanence.

Connaître l'impermanence, c'est la lévitation.

 18.

L' ignorant ne parle pas.

La prétention ne saurait se taire.

 19.

Pour cultiver l'ignorance,

Il faut franchir sa porte.

Pour contempler le ciel,

Il faut ouvrir sa fenêtre.

 

Plus on va loin, plus on ignore.

Le 'pataphysicien ignore en voyageant,

Perçoit sans connaître,

Délaisse en se retirant.

 20.

La légéreté est rare en ce monde.

La frivolité est le but.

Qui se conduit avec frivolité

Dédaigne son autorité.

Qui agit avec légéreté

Gagne la maîtrise de soi.

 21.

Le 'pataphysicien est inapte à sauver les hommes.

Il est inapte à épargner les choses,

Et ne s'éprend d'aucune.

C'est ce qu'on nomme

Sa < lampe obscure >.

 22.

Qui cherche à façonner le monde

Souvent y réussira.

Qui le façonne souvent le conservera.

Le 'pataphysicien le contemplera.

 23.

Le rien est constellé de noms.

Bien que sans fond, on le désigne.

Le monde entier l'assujettit.

En vain.

 24.

Le rien se répand comme la mer.

Suscitant toutes les vertus.

 25.

Celui qui retient l'ignorance

Peut parcourir le monde.

Partout il rencontre Savoir,

Guerre, Disharmonie et Inquiétude.

 26.

Regarder le rien, c'est prétendre le voir.

L'écouter, c'est prétendre l'entendre.

En faire usage, c'est s'épuiser.

 27.

La vertu supérieure possède les vertus.

C' est pourquoi elle est la vertu.

La vertu inférieure s'écarte des vertus.

C'est pourquoi elle n'est pas la vertu.

 

La vertu supérieure agit et n'a pas de but.

La vertu inférieure agit et a un but.

 

Perdre l'ignorance, c'est perdre la vertu.

C'est gagner l'humanité. C'est gagner la justice.

C'est perdre la politesse.

La politesse est le coeur de la vertu.

Et la source de l'amitié.

 

Ne pas savoir et dire qu'on sait

Est la fleur de la bêtise.

Connaître l'ignorance et relever les fleurs de la bêtise

Est le propre du 'pataphysicien.

 28.

La dispersion est le mouvement du rien.

Le vide est ce qui autorise le changement.

Tous les êtres du monde sont issus du rien.

 29.

Tout être est fils de lumière et d'obscurité.

Ce qui sied au 'pataphysicien

C'est d'être orphelin, veuf, indigent.

Et j'enseigne ceci après d'autres :

Il n'y a de mort naturelle

Ni pour les pataphysiciens ni pour le 'pataphysicien.

 30.

Il n'y a pas d'éducation morale.

L'enseignement sans parole,

La rhétorique bavarde,

L'agir et le non-agir

Sont pareillement inefficaces.

 31.

Le 'pataphysicien a l'humeur égale.

Il ne fait pas sien l'esprit du peuple.

Vouloir être bon à l'égard des bons,

Vouloir être bon à l'égard des méchants,

C'est une même illusion.

 32.

L'existence du 'pataphysicien n'inspire pas le peuple.

L'existence du peuple n'inspire pas le 'pataphysicien.

 33.

Celui qui sait se ménager

Rencontre lui aussi tigres et rhinocéros.

Et voyager parmi les bêtes,

C'est s'offrir à la douleur et à la mort.

 34.

Ignorer, c'est parler parfois.

Parler, c'est le plus souvent méconnaître le rien.

 35.

L'affairement politique est vain

Le quiétisme l'est tout autant.

 36.

Agir ou ne pas agir,

Demeurer tranquille ou s'enthousiasmer,

S'affairer ou vivre reclus,

Désirer ou s'abstenir

Ne sont des exemples pour quiconque.

 37.

Agis ou n'agis pas,

Connais le rien.

Etablis-toi dans l'ignorance.

Prête attention aux paroles.

Et tu atteindras à la lévitation.

( ... )

Ici s'achèvent les fragments du manuscrit attribué au Pseudo-Sandomir.

 *****

Dernières nouvelles du 'pataphysicien...

En compagnie d'Alexandre Vialatte / Traduction.

 

Pourquoi ne 'pataphysique-t-on pas ?

Parce qu'il faut prendre le T.G.V. , parce qu' un courriel nous a été envoyé, parce que le vin est tiré et qu'il faut le boire.

Mauriac avait tenté vingt fois de se jeter dans les écrits de Dämon Sir.

< Pourquoi ne l'avez-vous pas fait ? lui demanda Morand. -J'ai compulsé les premières pages... et je les ai trouvées bien raides >, lui répondit Mauriac.

Ce qui prouve que les Saintes Ecritures sont bien plus séduisantes.

Et pourquoi 'pataphysique-t-on ? par impudence, par vanité, par provocation, par mépris de la vie ou des hommes de Loi ; par miséricorde, par ennui, pour distraire ses amis, ou par curiosité. Le Canadien, pour se réchauffer ; le Belge, pour accompagner sa Gueuse ; le Suisse, pour ne pas aller veauter (sic) ; l'Italien, pour échapper au Vatican.

Un Champenois se convertit : < Trop de querelles à souffrir. Je me retire. >

Voilà une bien plausible explication. Il est trop de différends dans l'existence. Et sans doute de solutions. Et mieux encore, une pléthore de méthodes. Certains E-zines prétendent en effet qu' un jeune philosophe prometteur se précipita vers le "noble art " en dépit de ses diplômes, de sa carrière et de ses lauriers.

Qui s'engage dans la 'pataphysique ?

Très peu de monde en vérité. On 'pataphysique davantage dans les contrées où le savoir asphyxie, comme la Poldavie ou l'Argentine. Certains hommes ont besoin de distance. Mais on 'pataphysique aussi dans les lointaines marches illettrées. C'est avéré.

En Poldavie, pays saturé de portables, d'agences de voyage, d'intellectuels désenchantés, en Poldavie où la vie culturelle se nourrit des générosités de la manne publique, la Statistique a calculé que soixante-cinq personnes passent à la 'pataphysique chaque année.

Où irions-nous sans les rumeurs, les balivernes, les utopies? Le 'pataphysicien sans chimères est proche du désespoir.

Mais comment juger la 'pataphysique ?

Les gens solidement attachés à leurs certitudes prétendent le plus souvent qu'il est très sot de préférer le doute à l'évidence. < La noblesse, c'est d'affirmer >, assurent-ils. Et la tête pleine de principes, ils commentent avec hardiesse les derniers avatars de l'actualité.

La vérité, c'est qu'ils n'aiment pas les 'patakoans. Le 'patakoan, d'ordinaire, n'a pas de laudateur sincère. Inversement les 'pataphysiciens mènent leur existence sans cesser de convenir que la 'pataphysique est préférable. Les hommes savent très bien ce qu'ils disent et agissent le plus souvent comme ils pensent. Aussi est-il aisé d'estimer les résolutions de ceux qui souhaitent l' honorer.

Il est ainsi des gens qui aiment sincèrement la 'pataphysique.

Les Patagons en font grand cas. < La parlotte, c'est beau, la béatitude, c'est magnifique >, c'est un propos rapporté par un Aquatintien. Ils ont pour la béatitude un goût singulier. Plus particulièrement à l'occasion des Langagières ou autres Fêtes d' Ubu le Père.

Les Champenois ont pour la 'pataphysique une attirance notable. Ils la considèrent comme un sport cérébral ; ils la cultivent dans leurs vignobles avant de la passer à l'alambic de leurs méninges puis de la déguster dans leurs verres. Elle se montre quand ils sablent leurs magnums. Elle les enchante quand ils lèvent leurs flûtes et en savourent les précieuses bulles.

Faut-il évoquer Sandomir ? Faut-il rappeler Dämon Sir ? L'Episcope la pratiqua assidument. Il la cultiva et en mourut cinquante ans plus tard. Les bagatelles préservent longuement les gens à l' intelligence subtile.

Mais n'évoquons que le Patagon moyen. On a découvert les écrits intimes d'un jeune professeur ravi. Elle avait enseigné à la fin des Grands Embrasements. On ne peut qu'être étonné par l'espèce de connivence qu'elle manifesta avec les chimères. Elle les analysait comme on analyse les crus, comme on distingue les millésimes et comme on s'attarde aux fines, à toutes les fleurs du terroir.

*..., qui fut maître et Optimate, avait des parents rémois. Est-ce à cette filiation que nous devons les faveurs manifestes qu' il accordait à la 'pataphysique ? Complaisances et frivolité... C'était une passion. < Béatifier ? dit-il un jour, quelle fête ! > Et il béatifia, continûment.

Quelle < moisson >!

L' art peut nous amener à l'amour de la 'pataphysique. L' inspiré la représente avec délectation comme un enfer lumineux peuplé d' idées platoniciennes et d' idylles romantiques.

L'affairement, la domestication sociétaire, la banalité familiale, les croyances, le zèle, la manie visionnaire aiguë détournent les hommes de la 'pataphysique. De même on ne 'pataphysique pas quand on souffre du coeur. On consulte quelque prêtre ou on file chez son psychanalyste. Une diète bien conduite au contraire nous mêne à la lucidité et prépare à la lévitation.

Quand faut-il 'pataphysiquer ?

Il ne faut 'pataphysiquer qu'en toute connaissance de cause, en voyeur, mais dans un endroit aussi discret que possible et avec un maximum de ces précautions qui rendent la pratique plus confortable. Par exemple au début d'un conflit ou à l'orée d' une grande émotion sociale. Quand les tribuns se lèvent, quand les sotveurs (sic) s'agitent, quand les agités pullulent. Il est des moments privilégiés où la rumeur s'amplifie, où le bavardage s'exalte. C'est le moment favorable. Il ne s'agit plus de retenir son souffle. L'existence aura bien plus de prix.

Mais l'intérêt de la 'pataphysique, c'est aussi de se permettre une vie de clairvoyant.

Car l'existence décalée distille un charme certain.

Cependant que d'aucuns la considèrent néanmoins < comme une perte de temps. >...

15.03.2002.

 

monstres de Bomarzo


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