'Pataphysiques, Philosophiques et autres...

par Constant Claude
 

vers accueil / vers babioles


 

Chez les Pataphysiciens

 

Lucas Cranach, la fontaine de jouvence

 

 

En flânant, en musardant...

(Carnets du Collège de Pataphysique)

***

Serge Senninger, Journal d'Anatole

Les Scythes à Sion

  ouverture : août 2007...

 

En flânant, en musardant...

(  Miettes de lecture prises aux Carnets du Collège de Pataphysique )

 

1.

8 absolu 128 EP/ vulg. 15 septembre 2000

< Les homards sont malpropres et non épilés, c'est une preuve peut-être qu'ils sont libres >

A. Jarry, Gestes et Opinions du Docteur Faustroll, pataphysicien, chap. 26.

Lettres d'allégeance à Sa Magnificence :

Du Provéditeur-Coadjuteur du Potentiel

-toujours des explications ; ce ne sont que des mots...

Du Provéditeur-Convecteur

... les Optimates de notre Collège, et tous ces Membres Réels ou Apparents qui agitent leurs molécules dans l'Ether pataphysique, ne sont point des gouvernables vulgaires ni des télévisionnaires... La Convection pataphysique n'a que faire des qualités humaines ou surhumaines. Elle s'effectue en des zones où ni le Grand ni le Petit véhicule ne convoient ni ne convient personne. Pas de rassemblement ni de concours de peuple. Quelques libres esprits se rencontrent par leur liberté même, tels les atomes par leur clinamen. Alors, comme la tisane, la Science infuse et diffuse. Là où est cette collégialité, là est le Collège...

Du Provéditeur Analeptique

... Le Crocodile n'aime pas les lézardes car les sauriens sont des vauriens...

Du Régent de Contrepet

... Dès la fondation du Collège, le Contrepet s'est fait Chaire, partant à la conquête de la Science, à la quête de la Conscience... Le Contrepet n'avait pas besoin de nous pour être, ni de nom pour naître, car il est dans le langage comme le ver dans la vertu. Mais la Contrepèterie était prise à la rigolade ; or il ne faut pas confondre pitrerie quelconque et contrepèterie qui prend piètre-con à contrepied. En peu de mots : le Contrepet devait être pris au sérieux comme le sérieux est pris au Contrepet...

Du Régent de Versification Holorime et de Poésie Amphisémique

... Certains des procédés que Votre magnificence voulut bien nous donner à titre d'exemple sont depuis longtemps en usage ; d'autres ont, jusqu'à présent connu de rares mises en oeuvre : il appartiendra au Collège d'en élargir, sinon d'en populariser l'usage ; d'autres encore, quoique réalisables, se heurtent pour l'instant à des difficultés techniques qui ne sauraient effaroucher le Pataphysicien ; d'autres, enfin, attendent qu'une réalisation les fasse sortir de la pure virtualité où, du reste, ils se trouvent plutôt à leur aise...

Acrostiches - Contrepet - Gaufrettes amusantes - Holorimes - Mots Croisés - Palindromes - Poèmes pour Ruban de Moebius...

Du Régent de Mécanique Esthétique

Présentation de la Mécanique Esthétique.

Du Régent de Trichilotechnie et Ourologie

Considérations relatives à < l'art des trois bandes > et à < la science de la queue >.

Du Régent de 'Pataphysique Merdicale

Présentation de la 'pataphysique merdicale ; translation < scientifique > du Serment d'Hippocrate.

De la Régente de Pornosophie et de Maïeutique

... la succession de Socrate revu par Sade et Bernard Noël ouvre des perspectives de travail infini.

Du Régent d'Amôriographie littéraire, ethnographique et architecturale

Qu'en est-il des membres du Collège, hahabitués à recevoir des publications d'une belle tenue, ainsi amenés à sexe-poser ? Qu'advient-il de l'être d'élégance, -du pataphysicien appelé à prendre positions-, lorsqu'il fait lettre d'allégeance ? Oui, ô grand architecte de l'ubunivers, quand naît-il ?

Du Régent de Thermosophie Critique et Administrative

Je promets, à mon modeste niveau, de faire progresser la Science en tâchant de mieux connaître -et de faire connaître- le génial Lupin et son génial père.

De la Régente de Monstrosophie et Exhibitionnisme

Avant d'accéder à la beauté du Monstre, il faudra faire tabula rasa de maints concepts flous et partiels qui empoisonnent notre pensée esthétique. On ne saurait en effet assimiler le Monstre à la panoplie qui traditionnellement l'accompagne ( le bizarre, le laid, l'épouvantable, le répugnant, le curieux, j'en passe et des pires ) car le Monstre est l'emblème, non pas d'une forme ( belle ou laide, cela ne change rien à notre propos ) mais de l'absence d'une forme figée et donc d'un sens fixe. Cette révolution copernicienne qui déplace l'intérêt du réel au possible a été effectuée par Alfred Jarry lorsqu'il a défini : < J'appelle Monstre toute originale inépuisable beauté >...

Bref il faudra touver la véritable étymologie du Monstre dans le latin monstrum : celui qui montre les ressorts de la pensée et des horloges plats et mous où se niche le temps ratatiné avant sa disolution totale...

Des Régents de Travaux pratiques de Gâtisme volontaire et involontaire

... nous faudra-t-il apprendre à quelqu'un de nos impairs que, selon l'enseignement du saint lion de Safed, le zimzoum est un retrait en soi pour laisser sa juste place au mal...

Du Régent de Cléidologie

... Il ne s'agit pas de faire régner l'ordre ou le désordre, mais de les observer, l'observation étant, comme chacun sait, le premier stade de la science, sinon de la Science.... la porte pataphysique n'ouvre sur rien. Ce qui n'empêche pas cette porte de comporter un trou de serrure dont la fonction n'est pas d'ouvrir sur quelque chose mais de donner à voir. A voir non le monde tel qu'il est mais les clés que les penseurs de notre temps s'efforcent d'y ajuster. La Cléidologie n'a donc pas pour fin de forger des clés mais de les observer depuis les trous de serrures par lesquels on voit les univers supplémentaires à celui-ci, les passe-partout qu'utilisent les rentiers ou les rossignols des monte-en-l'air...

Du Régent de travaux pratiques de Décervelage

... le Collège de Pataphysique, à sa désoccultation, me re-circoncisera-t-il ?...

Du Régent de Bla-bla-bla et Matéologie

Sur le Bla-bla-bla.

... Le bon sens, disait le philosophe, est la chose du monde la mieux partagée. D'aucuns diront que c'est la raison pour laquelle chacun en possède si peu ; pour d'autres la phrase contient une coquille, et il convient de lire : < le non-sens >. Les arrière-pensées de ces détracteurs sont trop évidentes pour que le pataphysicien s'y arrête. Sauf pour rappeler qu'il n'existe aucune véritable contradiction entre les deux, et qu'à y regarder d'un oeil rond, bon sens et non sens sont les deux mamelles d'une même source à laquelle l'humanité pesante et pensante abreuve ses sillons, trouvant les preuves des < si > de ses scies et des < hon > de ses hontes, s'y efface et s'y fait face en facétie, faisant fissa fi des phalles et fesses de ses fils et filles depuis que la mutinée peste et planche pendant que l'immune athée baise ses plans et panse ses plaies...

Du Dataire Involucratif

... Je ne me permettrai pas d'infliger à Votre Magnificence la litanie des idées reçues ( et expédiées... ) au Collège. < Le voile est le mystère > ( V. Plomb ), < La Pataphysique est une façade qui n'est que façade sans rien derrière > ( J. Torma ). Mais qu'on ne se méprenne pas sur la matérialité, voire sur l'immatérialité de notre besogne pataphysique. Cette besogne est grosse de grandes leçons spirituelles et doctrinales. L'extérieur vaut l'intérieur. Au-delà des lieux communs de la sagesse nationale et internationale sur les habits qui ne font pas les moines, Alfred Jarry avait bien dit que < l'âme est un tic >. L'enveloppe manifeste l'âme, elle est l'âme. Julien Torma rappela, après Littré, que l'âme est le creux où l'on introduit la charge...

De la Dataire Vérédaire

< Je ne cours pas tout droit au but -Rilly où sont cotés les crus- Mais je prends la côte du mont et emplis sa boîte au galop, il n'est pas de joie sans Gayot. Vite la cour à Courtaumont, Ne tardons pas dans le métier ! Cinquante et un, cinq cents. Sermiers. >

Du Dataire détaché à Oleyres, en Hélvétie

... il semblerait que la fonction de Dataire dans un pays dont le seul intérêt, comme l'affirma le regretté Sainmont, est d'offrir une rime à < cuisse >, risque d'être purement honorifique...

Du Dataire détaché à Liège

Vitam impendere pataphysicae

*

Manifestations de la désoccultation

Défilé de mode pataphysique

Courrier des Sous-Commissions

-le n° 24 des Calis sur l'Acronyme, sur l'acrostiche et le contrepli.

-Les Repères biographiques, établis par Maurice Imbert pour le livre-catalogue de l'exposition Michaux à la B. N. (automne 1999).

-Gnognottes de Jean-Christophe Menu, cofondateur de l'Oubapo. Récits autobiographiques, relations de rêves, parodies et bandes satiriques...

-Titres fourrés, 500 contrepèteries compilées dans la presse des années 90... par Jacques Antel.

-Guide du premier remplacement en médecine, Pascal Bouché, 1999.

-C 'est pour rire, revue Philomèle, Emmanuel Kromicheff, sur les rapports de l'humour et de la philosophie.

2.

8 sable 128 EP

< Oser dire que l'Art est superstantiellement pataphysique comporte une sorte de blasphème (..)

Osons ce blasphème ou, plus objectivement, cet épiphème... >

I.-L Sandomir, Testament

Le Collège à la Collégiale

Présentation du Collège désocculté : Commissions, Sous-Commissions, Cocomissions, Intermissions...

< La première chose étant d'accueillir les décrets du nominalisme...>

-... Donc, < ne pas être complet >, selon Julien Torma. Ne pas être artistique, ni historique, ni documentaire. Ne pas même être authentique.

-... la solennité collégiale, solennité qui pourtant ne se confond pas avec celle des pisse-froid.

-... maximes des Sous-Commissions : Mieux vaut un interstice qu'un désordre, la morale est une faiblesse de la cervelle, Ce n'est pas la lumière qui m'attire, c'est l'ombre qui me pousse, etc.

*

Pour faire fonctionner l'imaginative du visiteur

( Paul Gayot / Thieri Foulc )

La présente exposition montre le Collège de 'Pataphysique en état de marche.

< Société de recherches savantes et inutiles >, Le Collège de 'Pataphysique s'est donné pour tâche de promouvoir ce qu'Alfred Jarry appelait la Science des solutions imaginaires. Fondé en 1948 vulg. , il s'est retiré de la vie publique de 1975 à 2000, sur décision de son Vice-Curateur -à l'époque, Sa Magnificence Opach. La période d'occultation a désormais pris fin et le Collège dévoile une partie de ses travaux.

Le Collège dispose d'un important appareil opérationnel de 77 Sous-Commissions... (qui) se caractérisent non par leur domaine d'intervention, comme dans les administrations profanes, mais par leur approche verbomotrice ou, si l'on veut, leur mode opératoire...

3.

21 pédale128 EP

< La colle-forte est aussi énergique que le sang. C'est pourquoi elle ne doit être employée qu'avec précaution. >

Coupure extraite de Porte battante, de Julien Torma

-Louis Barnier. < Mise en question >, mise à la question.

-Ordre de la Grande Gidouille. Photographie du potentiel / nous naviguons sur une virtualité. L'ubuniversalité. A la portée des peuples. Une vraie mine de palotin frais.

-Masques d'Ubu.

*

Courrier des Sous-Commissions

Les Vexations d'Eric Satie. Les Géoglyphes. A. Allais : < Il faut demander plus à l'impôt et moins au contribuable >. Sur la bêtise, Latis : < Nous faisons confiance à la nature humaine >. Rester très attentif à ne pas enrayer cette intéressante confusion. Fécondité de l'exception, agrément de l'erreur. Un portrait de l'Ethernité. Aphorismes par Jean Gaudry : < l'ennui porte conseil / je suis condamné à mordre.> Pétomancie. De saint Augustin, Cité de Dieu : < ... des personnes, qui, sans honte aucune, rendent à volonté des sons nombreux par le bas, de sorte qu'ils paraissent chanter de ce côté >. La Grive n°157, Serge Frechet : < S'il n'est de science que pataphysique, il n'est de méthode qu'oulipienne >. Réponse de Paul Léautaud à un questionnaire sur l'Alsace-Lorraine : < L'intégrité du sol ne me préoccupe pas; le coin où je médite me suffit >. Pataphysique et engagement : < Si le Collège n'est pas citoyen, cela ne signifie pas qu'il se désintéresse de la vie de la Cité : il l'observe scientifiquement au même titre que le Tour de France, les maladies vénériennes ou la religion catholique et romaine >. Alain Segal, Vésalius, Les tribulations du mystérieux Dr...I, précurseur de l'endoscopie. Chesterton : < la monarchie héréditaire, seul régime authentiquement démocratique >. Baron Mollet : < il ne faut pas chercher à se faire comprendre du peuple souverain, il faut le faire rire. > Bruno Fuligni, Philibert Besson < député visionnaire et martyr >. Le faux sert. Le < glissement proverbial > comme procédé littéraire (utiliser la sagesse des nations comme machine à transformer un texte ). Formules, n°4 < revue des littératures à contraintes >.

Céphalorgie

Latis au travail.

La vie comme la mémoire est faite de trous. Qu'est-ce qu'une biographie ? des explications, des anecdotes. L'Ardrologue. Le Vernologue. Hatteras avili par l'épreuve. < Dans l'oeuvre de Jules Verne, la science, le progrès, le courage, l'abnégation sont au service de la folie et du crime. L'amateur de science-fiction. Asimov, Solaris. La mondialisation du Collège ou la collégialisation du monde. Apollinaire dégonflé. < rompre avec la critique littéraire ou artistique. > Répugnance à l'égard du provincialisme parisien. Le Plain. Les conférences Opach à Hirson-en-Thiérache. Sur Camus : < après l'Etranger, devenu < un humaniste et un moraliste fraternel >. Sur l'humanisme : < l'humanisme, l'humanitarisme, l'anthropophilie, l'anthropophilouterie, tout ça sent la bonne volonté à une lieue... la confiture sociale christianohumaniste >. La Pataphysique n'est pas posée par le Collège comme une valeur. N 'est pas une expression de la " pensée moderne ", est étrangère au souci " d'être à la page ". Sur L'Organiste athée.

Jarry-Terrasse au travail, Philippe Cathé. L'Imitation du Père Ubu, Jacques Antel. Ubypothèses. Lettre sur le gâtisme. C'est aujourd'hui dimanche, Jean Wirtz. Picasso à la rescousse, Pascal Bouché.

Angulations, par Serge Senninger. A. Jarry, Visions actuelles et futures : < Il est plus beau d'étudier les conjonctions >.

4.

1 gidouille 128 EP

< Quand je vois cette oeuvre dans la main d'un de ces hommes, je me demande si,

comme un singe, il ne va pas la flairer pour sentir si ça se mange >

Léonard de Vinci

Eloge et histoire du Transcendant Corps des Satrapes.

Le Programme Eutychès et le cinq centième anniversaire de Bonaventure des Périers.

Ordre de la Grande Gidouille.

Présentation du Collège aux Collèges.

Disparitions :

-Eugen Helmlé, Régent de Matéologie lotharingienne, traducteur de Jarry, Queneau, Vian, Pérec, auteur de deux romans lipogrammatiques : Im Nachtzug nach Lyon et Knall und Fall, par Klaus Ferentschik.

-Suzanne Allen ( Feintes peintes, Monitoires 21 ) auteur de La Mauvaise Conscience, L'Espace d'un livre. < Le travail du concept se révèle indissociable de la procession de la langue ou < travail des mots >.

Courrier des Sous-Commissions

Sur la neurothéologie et le finalisme. Henri Jeanson : < Je ne suis pas sceptique. Je ne crois en rien mais j'y crois fermement >. Les raseurs de l'ancienne Nouvelle Vague. Salle Carnégidouille. A. Allais: < la marche funèbre pour les funérailles d'un grand homme sourd >. U. Eco : < la pataphysique, sciences des solutions inimaginables >. José Ribéra, la femme à barbe des Abruzzes.

Céphalorgie

S. Senninger, Dictionnaire exemplaire 1.

Latis au travail.

Sa carrière, son activité, ses collègues, son départ. < la machine à faire des cons >. les " paedagugusses": < contemple-les mon âme, ils sont vraiment affreux >. < durant toutes ces années, le malheur du temps m'a conduit à tenir un emploi, une carrière >. La villa Clinamen, Lozère par Palaiseau. Travaux horticoles. Les fleurs et le jardin de Latis. < Quand on n'a pas de principes, on vit comme des bêtes >. < empêtré dans ses catégories et singulièrement myope >. < l'empoix du temps >. La confusion crée l'orgasme, montage de Guénolé Azerthiope au théâtre Mouffetard. La fin. Latis avait < légué son corps à la science >, ce qu'il considérait comme une "excellente farce".

5.

8 absolu 129 EP

< Voilà des maximes que je voudrais enfoncer au marteau dans la tête de M...

Il faudrait aussi les graver en lettres d'or au fronton de ce collège de Reims >

Montage ( indice d'attribution à Jean Ferry, S. )

Présentation et avis liminaire : ... Ce qui distingue les peintres, philosophes et autres chorégraphes du Collège, ce n'est pas qu'ils adhèrent à telles opinions ou à tel style qui seraient estampillés < pataphysiques >. C'est plutôt qu'ils n'adhèrent pas ou qu'ils feignent >

Malédiction de la conception de Julien Torma. Il s'agit de faire toute l'obscurité souhaitable sur le plus grand pataphysicien du 20° siècle. Car obscurcir la nuit, n'est-ce pas la rendre moins évidente ? La latrine Torma ( édicule, vespasienne, tasse, urinoir, pissotière (pisse-au-tiers).

Chorégraphie léporine ( Stanley Chapman )

Hommage au Minotaure.

Disparition. André Blavier. Verviers, malgré les apparences, est un Finisterre, un bout du monde, une marche. C'est < Nulle Part > comme la Pologne. Mais, comme elle et supérieurement aux pays purement imaginaires, c'est aussi quelque part. Tel le < royaume de l'inconnue dimension > décrit par le Docteur Faustroll à Lord Kelvin : < Nulle Part ou Quelque Part, c'est égal >. Blaviers et Queneau ; et le Collège ; et l'Oulipo ; et les < fous littéraires > ; et André Delvaux...

Courrier des Sous-Commissions

Roussel ad Herennium. Analyse du procédé rousselien. Jean-Roch Siebauer. Francis Yates. L'Art de la mémoire. A. Vialatte,Chroniques des Arts ménagers : le sceau pataphysique de l'inutilité et de l'imprévu. Toute la géopolitique est faite pour aboutir au timbre. Ubu dans l'Ether ou la carrière d'un monstre depuis sa genèse jusqu'à sa patathéose : émission radiophonique de Lilo Schweizer et Bernard Kuhne sur les ondes du Hessischer Rundfunk. Il y a toujours un dard qui trique dans ce critique d'art. Le Dictionnaire des langues imaginaires de Paolo Albani et Berlinghiero Buonarotti. ... la langue la plus parfaite, la plus expressive, la plus simple, tant sur le plan du vocabulaire que sur celui de la syntaxe, langue hyper-lipogrammatique et palindromiforme, langue paradisiaque dans la mesure où suivant Becanus, c'est le Belge qu'on parlait au Paradis, nous voulons dire le < monosyllabe tautologique > dont le Collège a fait le dernier article et le point d'orgue de ses Statuts, le < maître-mot > de Bosse-de Nage : Ha-Ha. Marc Décimo, Oeuvres complètes de Jean-Pierre Brisset et Jean -Pierre Brissset, prince des penseurs, inventeur, grammairien et prophète. La Correspondance presque complète d' Erik Satie, par Ornella Volta. La communication de Philippe Cathé sur Claude Terrasse ; ses affinités avec Jarry et Bonnard ; son application du principe de Franc-Nohain : rendre indécidable si telle phrase (ici telle phrase musicale) est à prendre au sérieux ou si l'on se paie la tête du lecteur ou de l'auditeur. Sherlock Holmes et ses pastiches. L'Histoire parodie-t-elle ou accomplit-elle la prophétie ? AnnasusannA, mots et phrases pendules, palindromes par Hans Georg Stengel. EIN NEGER MIT GAZELLE/ZAGT IM REGEN NIE. Tous les nombres sont égaux. La démonstration de Donald Birkby Eperson ( Lewis Carroll Society ).Considérer avec la même et totale attention le frisson du brin d'herbe et les harmonies des sphères australes ( I-L. Sandomir ). Quai des Bulles. LeTroisième Passage, par Roberto Sanesi.

Céphalorgie

Simiestitions, par Tristan Bastit, oupeinpiste.

Ubu et l'état gazeux, par Jean Baudrillard

< ... Pataphysique, philosophie de l'état gazeux. Elle ne peut se définir que sans une nouvelle langue introuvée, parce que trop évidente : la tautologie. Mieux : elle ne peut s'exprimer que par son propre terme, donc elle n'existe pas. Elle tourne sur elle-même et remâche la foireuse incongruence, souriant nullement, des girolles et des rêves imputrescibles.

Les règles du jeu pataphysique sont plus terribles que celles d'aucun monde. C'est un narcissisme de mort, une excentricité mortelle. Le monde est une protubérance inane, un branlage à vide, un délire de roc et de carton-pâte... la Pataphysique ne croit même plus au sexe ni au théâtre. Il y a la façade et rien derrière. La ventriloquacité des vessies et des lanternes est absolue. Toute chose est née infatuée, imaginaire, un oedème, un crabe gélaseme, une nénie.... pour la Pataphysique, tous les phénomènes sont absolument gazeux. Même la reconnaissance de cet état, même la conscience du prout, et du prurit et du coït pour rien, n'est pas sérieuse... et la conscience de cette conscience, etc. Sans but, sans âme, sans phrases, et lui-même imaginaire, mais tout de même nécessaire, le paradoxe pataphysique est à crever, tout simplement...

Poésie amphisémique.

Dictionnaire exemplaire 2.

Lettre sur la Bonne Aventure.

De l'Antiféminisme supposé chez les oncles du Collège de Pataphysique.

Pataphysique merdicale. Le docteur Condom, Pascal Bouché.

6.

15 sable 129 EP

< Si la littérature est en enfer le châtiment capital, que peut-il bien y avoir comme torture accessoire ? >

Les Silènes, 2, 6

Présentation et avis liminaire : ... Le Collège non plus n'a pas de < public >. Il a des Membres, ce qui est tout différent, et un petit nombre d' Optimates qui oeuvrent pour eux... ( il ) n'éclaire pas plus qu'il ne doit éclairer...

Assises diaboliques -< Minoritaires par vocation> : tels sont les pataphysiciens , selon la formule du Docteur Sandomir.

Pataphysica de las Impresiones / Patafluens / Pataphysical Nex Year / La Fête en Suisse.

Disparitions

Jacques Bens ou le Dataire. L'Oulipien. Le Lupinologue. Le Romancier ( Trinité, Adieu Sidonie ).

Eva Genestoux, Dataire de la Rogation.

Courrier des Sous-Commissions

Quelques palindromes de Gérard Durand < Gérant du rare >. Autres palindromes de Claude Gudin, Les Soties / Pataphysique et bicyclette.

Céphalorgie

Les Silènes, adaptés de l'allemand de C.D. Grabbe par A. Jarry, musique de Claude Terrasse.

Etudes diverses : Jarry et le deuxième livre pair, Rutile Foch / Le manuscrit Tzara et les autres, Th. Foulc / L 'Affaire des condoms manquants, Brunella Eruli / Les Silènes, musique de Claude Terrasse/ De l'aphorisme musical , Ph. Cathé / Grabbe, auteur pair, Klaus Ferentschik / De quelques conjonctions Sébastien Cloché / Grabbe chez Gaberbocchus, Lazare Kouchtva / Les Silènes mis en scène par Hieonymus Bosch sous l'influence de M. Paul Gravollet, de la Comédie -Française, Outrapo.

Loxias et l'Art Coucou, Roland Shön : < stimuler en l'homme le sens de l'inutile > Son < catalogue déraisonné>. < Comment Loxias procède-t-il ? Il se rend dans un des musées qu'il juge dignes d'abriter ses créations. Il va ensuite longuement rechercher un détail insignifiant du bâtiment : fissure d'un mur, fente d'un carreau de marbre, tache de moisissure, interrupteur électrique, bouton de porte, etc. Il note scrupuleusement l'endroit exact du détail choisi, sa description précise, le numéro qu'il lui attribue, la date du choix, le nom du musée investi et couche ces informations dans un catalogue déraisonné que nous n'avons toujours pas retrouvé. Pour apercevoir et admirer cette oeuvre, nos yeux devront redevenir innocents < regarder autour de nous sans les lunettes de l'usuel, du fonctionnel, du conventionnel; bref, à nouveau s'étonner de la présence mystérieuse des choses, Manifeste, 2, page 331 ) >

Le Musée Taxhar et la Fondation Volter Notzing.

Le Semeur de Spirales, Nick Wadley.

Dictionnaire exemplaire 3, Serge Senninger.

Pataphysique merdicale, L'Attraction pédestre, Pascal Bouché.

7.

21 pédale 129 EP

< Le 11 août 1948, tous préparatifs minutieusement terminés, provisions et instruments de précision

arrimés sur l'embarcation spécialement conçue pour cette exploration, les pionniers mirent le cap sur l'Inconnu. >

Relation abrégée d'une croisière d'exploration sur le cours de la Vesle supérieure

Présentation liminaire. < Savoir lire, c'est savoir lier... >

Fête de la Chandelle Verte. < Le Docteur Faustroll lisait, parmi ses 27 livres pairs, l'Evangile de saint Luc, en grec. Cet ouvrage est celui, de toute la Bible, qui fait la plus belle part à la pataphysique de l'enfance et de la naissance, et qui fournit à Jarry la substance de son livre le plus intime, L'Amour Absolu. C'est aussi le livre qui fonde la fête de la Chandelle Verte. >. La Chandelle Verte, 40, rue d'Enghien ; le restaurant et les réunions des Pataphysiciens.

Disparition.

Camille José Cela. Son < trémendisme > et son < carpétovétonisme >... Qu'ils impliquent l'imperturbabilité pataphysique... Son Diccionaro secreto, compilation en trois volumes de vocabulaire obscène lui valut du Col.lège la qualification de < lexicographe secret >.

Courrier des Sous-Commissions

La Chambre ardente, Bruno Fuligni: intérêt porté aux parlementaires en marge : souteneurs, escrocs, faussaires, fous, poètes... Kir le député en soutane et ses calculs pour éclaircir le mystère de la Trinité. Autour de Siné... Relation d'un colloque sur l'invention verbale en français contemporain et d'une communication de Jean-François Jeandillou : < Le Plérome pataphysique ; jocation scurrile ou diadose onéraire ? >. La revue de Rien ; présentée comme une lettre anonyme dont le rédacteur en chef s'appelle M. Personne : anthropophagie, île de Krakatoa, éloge de l'être anonyme... Publication interne de L'Art d'avoir toujours raison d'A. Schopenhauer par le Laboratoire d'Inventions Scientifiques sous la houlette d'Hervé L. Moritz / décorticage de la mauvaise foi / comment faire prévaloir son point de vue sans souci de la vérité et hors de toute question de fond. Le dislexique d' Absoulis l'abscons. Histoires littéraires n°7 René Daumal et Jean Paulhan : Laurent Tailhade; ses relations avec Jarry / ses palinodies: une belle constance dans la volte-face.... Une citation de Palmerston : < Nous n'avons pas d'amis perpétuels, nous n'avons pas d'ennemis perpétuels, nous n'avons que des intérêts perpétuels. > Mission à Tourtoirac, sur la tombe d'Orélie-Antoine de Tounens, roi d'Araucanie et de Patagonie / Selon François Séguret, Orélie-Antoine serait l'exemple moderne le plus accompli du Christomimetes d'après Kantorowicz. Hommage à la fable express allaisienne ( éditions Lepère et Ternel, Pierre David, Régent ): quelques moralités : l'abus du lit n'est pas un travers sain - la raison du bluffeur est toujours la meilleure... Line McMurray, Quatre leçons et deux devoirs de pataphysique. Le Petit traité de mathématiques récréatives de L'Outypopo.

Céphalorgie

Lié l'enchaîné, par Ruy Launoir.

Collaborateur des Cahiers, Ardrologue, familier de Rimbaud et de Rabelais, Jarryste, Ubologue, nominaliste... Ainsi c'est une série d'aberrances, de traductions et de trahisons qui amena à comprendre que le Christ était une licorne : Psaume 28 de la Vulgate : < Et dilectus quemadmodum filius unicornium >. Son parcours terrestre, sa disparition près de Nanteuil la Fosse..

... Pagnol qui, < mauvais interprète de Giono a, dans une de ses plus faibles pièces, créé une magnifique parabole : un homme était dans un souterrain à la recherche d'un trésor ; soudain la lampe fume et crache ; il essaie de la régler ; et il s'intéresse tant au jeu de la flamme et de l'ombre qu'il oublie le trésor et passe sa vie à ces pauvres jeux de lampiste. La lampe c'est l'intelligence, le trésor, la vie, et cette histoire, la nôtre. > Essais et Combats n°8

... A propos de < l'effrayante idée > exprimée par Balzac dans Les Paysans que toute culture se lie à une supériorité sociale : < La culture bourgeoise ou prolétarienne, ce sera toujours la masse de connaissances et d'habiletés dont il faut se rendre < maître > pour prendre langue avec une certaine "élite", pour se hausser à un certain < niveau> , etc. Qui enseigne, domine. Et pour tout dire, culture supposera toujours autorité... la compétence ramène toujours... au magistère dixit......

... Publication de la Philosophie du départ sous le pseudonyme d'Emmanuel Peillet. Il y récuse les vertus d'obéissance, de docilité, de soumission ( religieuse, morale et sociale ), de conformisme intellectuel. L'admiration de Jean Louis Curtis pour ce texte, < bréviaire de la libération individuelle > ( Une éducation d'écrivain ).

... Lié et Philippe Merlen.

... Sa lecture de Hegel. Ainsi : < pour s'égarer dans les déserts de l'abstraction, ce qui est, sinon une solution, du moins une apparence de solution >.

... Le professeur de philosophie du Lycée de Reims accusé de " pervertir la jeunesse". Ses démélés avec l'Archevêché. L'aumonier du lycée : < Je sais que le diable existe, je l'ai vu ; Lucifer en personne... Satan personnifié... >

... < La différence entre Artaud et nous, c'est que nous n'assistons même pas à notre folie, parce que notre folie est la bonne, notre déblocage se fait selon la règle, la presse et la radio, selon la veulerie et la pleutrerie universelles qui semblent être les fondements métaphysiques de ce monde créé à l'image et à la ressemblance d'un mouton transcendant. >

... Ses relations avec Michel Alexandre, son hommage à Alain.

... Le photographe et ses expositions. La < loyale hypocrisie : < Lorsqu'ils représentent le monde de nos habitudes, les académistes et pompiers de tout genre fraudent en nous faisant croire ce que nous voyons, ce qui n'est pas vrai, ou même ce qui est, ce qui est encore moins vrai. Mais pour que le peintre nous trompe en toute vérité, il faut que nous le sachions et par conséquent, qu'il ne nous trompe pas entièrement. >

Relation abrégée d'une croisière d'exploration sur le cours supérieur de la Vesle, par ***

Rimbaud et ses éditeurs, P.Lié.

Le trésor de Rimbaud, S. Lhuré.

Rimbe à la voirie, P. Mouse.

La Chandelle Verte, Jean-Pierre Le Goff

Dictionnaire exemplaire 4, Serge Senninger.

Papèteries contrephysiques, Jacques Antel, R

8.

1 gidouille 129 EP

< (Que ) les capitaines vainqueurs ont une odeur forte !>

Léon-Paul Fargue, Ouvertures de tragédie, 1

André Gide, Paludes ( < Dimanche > )

Franc-Nohain, Vive la France ! ( acte 2)

Eloge et histoire de la fonction datariale / La fête des dataires / Nominations / Honorariat / Big Bang chez Big Ben

Courrier des Sous-Commissions

Les Oeuvres natatoires de Jean-Pierre Brisset, textes réunis par Marc Décimo. Approche sémiologique / De l'impertinence de procréer, par Théophile de Giraud, < fou littéraire > ou de l'absolue non pertinence de la "pédopoièse". Vision malthusienne et exécration de l'humanité à l'instar d'Artaud, de Torma et des meilleurs gnostiques / Réédition des Chroniques de flammes et de fumées d'Alexandre Vialatte / Ariston de Corinthe dans la revue de Rien n°9 / le Dictionnaire Arsène Lupin par Jacques Derouard / Bruno Fuligni, Victor Hugo président. Louis Veuillot demanda une loi interdisant toute fonction civique à quiconque avait commis des vers passé l'âge de trente ans. Dictionnaire de l'éloquence parlementaire hugolienne : < l'échelle de la science dressée par la main de l'Etat-le fil électrique de la concorde entourant le globe et étreignant le monde-le sombre âge des révolutions déposant sur le généreux sol de France l'oeuf mystérieux qui contient les ailes de l'avenir > / J & I : les deux combinateurs et la totalite, par Paul Braffort. Hyper physique oulipienne : faire entrer la totalité des choses dans le cadre d'un formalisme rigoureux / Baudolino, roman d'Umberto Eco. L'esprit, la vérité tue alors que la lettre qui est mensonge vivifie. Les mensonges de Baudolino, sa fausse lettre et ses imaginations meuvent l'histoire qui devient l'Histoire; Graal, Saint-Suaire, Prêtre Jean lui sont des moteurs autrement puissants que l'économie ou les structures sociales.

Céphalorgie

Franc-Nohain, Vive la France / présentation Ph.Cathé.

Erection pestilentielles, G. Azerthiope.

L'As du docteur Faustroll du point de vue administratif, Stéphane Mahieu.

Dictionnaire exemplaire, Serge Senninger, suite.

Chrysalides & vers à soy, Barbara Pascarel.

Mes états d'âme ou les sept chrysalides de l'extase (pages choisies ), Vicomte Phoebus Retoqué de Saint-Réac.

L'arène du Cymbalum mundi, Gilles Firmin.

Match pas banal, Guillaume et Jacques-Olivier Pô.

Modeste proposition visant à améliorer le programme du Festival d'Avignon, Milie von Bariter.

Lié l'enchaîné (fin), Ruy Launoir.

9.

8 absolu 130 EP

< Il y a des cris qui sont des palindromes >

Julien Torma, < Au cours du soir >

dans Le tue -tête

Courrier des Sous-Commissions

Réédition, en poche du Tout de mon cru de Jacques Antel / Joël Martin : < un libertin contrepète volontiers, un contrepéteur adore la bagatelle > . Y a-t-il un élitisme de la contrepéterie ? / Patactualités brissettologiques par Marc Décimo / Michel Lécureur, Raymond Queneau, Biographie / Deux fables-express de Pierre Louÿs / Exploit d'un néo-stylite américain / La 'pataphysique a-t-elle une patrie ? L'Auvergne insolite ? Petit guide pataphysique / Camille Abaclar, Je suis le ténébreux, 101 avatars de Nerval : exercices de style, contraintes dures et contraintes souples. < Gérard de Verlan >, G. Pérec /

Céphalorgie

Patalindromes.

Vive la France ! ( acte 2 ), inédit de Franc-Nohain.

Censure-disparition-résurrection d'une pièce, Philippe Cathé.

Discours pour l'inauguration du Théâtre des Pantins, Franc-Nohain.

Les oeufs de l'utopie, Stéphane Maheu.

Les Perchoirs de Mortagne-au-Perche, Marc Décimo

Les Etats d'âme du docteur le Fourneau.

Dictionnaire exemplaire ( fin ) Serge Senninger.

10.

15 sable 130 EP

< On sait que Dieu est là, ça impressionne et ça fait plaisir.>

Franc-Nohain, Vive la France ! acte 3

< Nous qui sommes a-gnos-tiques, nous ne nous intéressons qu' à la Transcendance. > Eugène Ionesco.

Dernières nouvelles de Julien Torma.

Courrier des Sous-Commissions

L'Abrégé de rétrophysiognomonie élémentaire ( publication interne de la Faculté de Pygologie de Paris ) de Léo Campion suivant Julien Torma ( < Aux yeux avertis, ( les fesses ) devraient parler autant qu'un visage, -et même beaucoup mieux... > ) et A. Artaud ( < Pourquoi l'envers qui est l'unique endroit est-il jalousé par le revers alors qu'il est l'inaliénable surface dont le plein est le seul état ? > ) / la notion de < mystificanthropie > selon Etienne Cornevin / La collection < KK bouquins > / Le Dictionnaire des saints imaginaires et facétieux de Jacques E. Merceron. Mais tous les saints ne participent-ils pas de l'imaginaire ? / La Lettre non close à Fantomas ( Pierre-Raymond Dajean ) / Perles parlementaires, recueillies par Paul Quimper ; ouvrage humoristique mais non scientifique / Arrabal, Champagne pour tous / Quatre pièces peu connues de Ionesco où la pataphysique du Verbe irradie selon quatre de ses grandes variantes : -l'onomastique avec Le Rhume onirique ou la Demoiselle de pharmacie ( < Moi, par exemple, qui suis Pharmacienne, je m'appelle Louise Pharmacienne... c'est dans l'ordre des choses ) ; -le langage juridique dans La Nièce épouse où Maître Pipistrelle, en vertu du principe éminemment pataphysique qui veut que < chaque cas comporte une solution particulière selon le principe fondamental de la généralité de la loi et de la particularité des cas > prévoit < l'adoption du conjoint, ou adoption conjonctive (...) qui permet à un époux de faire de sa nièce sa femme adoptive ou de sa femme sa nièce... toujours adoptive > ; -L 'innommé dans Les connaissez-vous ? ; -la déclinaison d'identité dans Les Grandes Chaleurs / Les Euphorismes de Grégoire / Publication des oeuvres romanesques complètes d'Octave Mirbeau.

Céphalorgie

A la recherche des aptonymes français, Alain Zalmanski.

L'aptonymie au Collège de 'Pataphysique, S. C. des Onomonymes.

La rime corse, Jean-Louis Bailly.

Beauté des paronymes, Jean-Louis Bailly.

Propos sur Alain Chartier et la Belle Dame sans mercy, S. Senninger.

Le compte de Monte-Christo, Michel Ohl.

Superstitions pataphysiques, Pascal Bouché.

Fables-express, Greg Lacroix.

Maux mots, Bruno Cattafesta.

Patapèteries contrephysiques, Daniel Zinzner.

Vive la France ! ( acte 3 et apothéose ), inédit de Franc-Nohain.

Censure-disparition et résurrection d'une pièce ( suite et fin) Philippe Cathé.

( A suivre... )


 

 Journal d'Anatole

par Serge Senninger

pages choisies

(tous droits réservés)

 

Une introduction...

Dans l'< Ethernité > faustrollienne le fait et la loi cèdent à l'exception, à l'accident et à l'étrange.

L'insolite et la conjonction diffusent.

L'intelligibilité et l'explication disparaissent, l'illusion logique du sens naissant de l'événementielle répétition.

"Bibelot d'inanité sonore", la Raison s'abolit... pauvre fétiche.

Et < l'humour > pataphysique substitue sa poétique au consentement universel, au sérieux des conventions utilitaires et des catégories mentales usuelles.

*

Vers la pantaphysique ?...

Après la vidange donc -soit le relevé des communs lieux-, la vendange...

Après Ubu, et en marge des combinatoires oulipiennes, Faustroll...

Sous le regard bienveillant de Sandomir, le critériologue.

Ainsi certaines des pages de ce Journal illustrent-elles dans le registre du fantastique propre à l'auteur de Laure du Rhin, une méthode et un style d'approche singuliers certes fort différents de la fantaisie d'Hoffmann, du platonisme de Gautier ou encore de l'inspiration < géometrique > d'Edgar Poe.

D'autres expriment le jeu de métaphysique, notamment la question de l'hypothétique < accès au réel > ; d'autres encore ne dédaignent pas les avatars de la patactualité...

On notera un penchant affirmé du Narrateur pour l'hyperphysique et le monisme ontologique ainsi que -relativement aux choses sociales-, un ton où l'imperturbabilité qui sied au 'pataphysicien compose ici et là avec une certaine humeur libertaire.

Constant Claude, (E)Lecteur Réel.

 

 

 

Pataphysiciens ?

Je ne viens d'aucun pays, d'aucune cité, d'aucune tribu.

Je suis le fils de la route, ma patrie est caravane, toutes les langues, toutes les prières m'appartiennent.

Léon l'Africain

*

Année 134 de l' ère pataphysique / Année 2007 de l'ère chrétienne

***

1.

( Moeurs des motos... et indifférentisme citoyen... )

mardi 3 gidouille, sainte Dondon, amazone / / dimanche 17 juin, Fête des Pères.

---Ce matin, moi, Anatole, sortant de chez moi, près du vide-bouteille installé au coin de la rue, là où j'enterre les cadavres de mes libations, j'observe deux motos, sur les six ou sept qui y dorment debout chaque nuit, couchées ; sans doute lasses ou blessées d'attendre l'amazone ou le cavalier casqués. Peu surpris par cette manifestation d'humeur, les mains vides, je profite de l'absence momentanée de circulation pour traverser la rue et rejoindre le trottoir conduisant aux magasins d'alimentation. Je n'ai pas encore chaussé mes lunettes quand je distingue, à quelque distance, sur ce trottoir, une grosse branche cassée qui aurait pu tomber sur la chaussée. Le feuillage des deux arbres proches ne me paraît cependant pas avoir souffert. Arrivé sur les lieux, je distingue un corps brûlé dont la chair est devenue cendre et les ossements noircis. Je chausse mes lunettes et découvre les restes d'une moto complètement cramée. Près d'elle, les quelques autres bestioles, ses compagnes, restées debout, ne manifestent aucune émotion. Une femme m'informe. Elle a entendu, vers une heure du matin, une forte explosion. << Ce sont les jeunes qui ont fait cela, me dit-elle. Les parents les laissent faire, c'est l'époque qui veut ça. >>. Ce n'est donc pas, évidemment un suicide. Il arrive que des humains se liquident par le feu. Du côté des motos, c'est plus rare. Si elles sont malheureuses, elles ne le font pas voir, et si elles décident de se supprimer, elles ne manquent pas, en même temps, de faire la peau du motard ou de la motarde. Elles ont leurs raisons pour elles, les motos. Autrefois, les chevaux s'emballaient. Ils avaient aussi leurs raisons. Plutôt que de mettre ça sur le dos des jeunes et des parents, je me demande, comme on en est à la veille du deuxième tour des élections législatives, s'il n'y a pas eu bagarre dans le coin entre motos de droite et motos de gauche. Les jeux ne sont pas encore faits. Les pronostics donnent deux pots de confiture à la droite pour un seul à la gauche. Je n'ai pas envie de voter. Je suis un très mauvais citoyen. Je ne m'informerai pas ce soir auprès du journal de vingt heures des résultats. Je laisse cela aux bons royalistes et aux bons républicains. A vingt heures je serai au lit pour lire la suite de mon polar.

Iran. Un quotidien radical a traité Elisabeth 2 de " vieille bique" et les conservateurs iraniens l'ont fortement critiquée pour l'anoblissement éventuel, par la couronne, de Salman Rushdie, auteur des Versets sataniques.

2.

( Modernité du Père Ubu... )

vendredi 6 gidouille, S. Dieu, retraité // mercredi 2O juin, S. Silvère.

--En toutes choses, Père Ubu est le grand maître et le roi de notre temps. C'est avec juste raison qu'il commande, notamment, la lettre U du Petit Larousse de 2007, page 1780 avec le << véritable portrait de Monsieur Ubu >> d'Alfred Jarry ( BNF, Paris ). Inspiré par le Macbeth shakespearien, dans la deuxième moitié du 19° siècle, il promeut le droit d'ingérence dans les affaires étrangères en massacrant Venceslas, roi de Pologne, et installe sa propre Majesté sur le trône. Battu par les Russes, il se réfugie en France accompagné de Madame Ubu. A la recherche d'un gîte, il invente le droit au logement en s'installant, purement et simplement en maître, avec sa famille, dans la maison du bonhomme Achras, savant collectionneur de polyèdres. A ce droit au logement, afin de ne point perdre les bonnes habitudes, Père Ubu invoque tout naturellement celui d'ingérence en se mettant à table afin de croquer le repas du sieur Achras. Poussé par le remords, très affecté, il se rend à confesse dans les W.C. pour rendre à son hôte les reliefs de son repas digéré. Ses nouveaux droits ubuesques, devenus exemplaires, ont, entretemps, fortement influencé de hautes personnalités démocratiques, lesquelles, inspirées, ont su déféquer de très grosses merdres dans tout le Middle-East. Vive le Père Ubu ! dans sa grandeur et sa modernité.

Vatican. Le Vatican a estimé qu'<< un dépassement dangereux >> en voiture pouvait être un péché et a invité les automobilistes à se signer avant chaque voyage.

3.

( D'un martinet l'autre... )

samedi 7 gidouille, S Bébé Toutout, évangéliste // jeudi 21 juin, S. Rodolphe.

Enfant, je n'éprouvais pas, comme aujourd'hui, un amour débordant pour le martinet. Cet engin, qu'avec dextérité maniait ma sainte mère et que je commençais à voir s'agiter avant de danser moi-même, ne m'emballait point du tout. Ces espèces de petites vipères vives qui n'allaient pas tarder à s'attaquer à mes jambes nues, me répugnaient. A l'époque, les petits garçons ne portaient pas encore ces culottes longues et protectrices que l'on appelle pantalongs. Elles étaient bien trop courtes pour atténuer les morsures. Quand je parle d'aujourd'hui, je ne veux pas dire par-delà que, entretemps, je me soit rallié à l'étrange attirance du baron de Charlus pour les lanières, mais plutôt qu' à présent j'éprouve du plaisir à considérer, lors de la belle saison, les envols dudit martinet avec un autre regard que celui de mon enfance. En mai et juin et juillet, ce regard ne se lasse pas d'assister aux acrobaties, aériennes cette fois, légères, précises, d'une rapidité de flèche, de tous ces anciens serpents métamorphosés en autant d'oiseaux, fulgurants éclairs dans le ciel de la Ville. J'ai repéré, sur les façades de maisons propices et accueillantes, quelques-uns des nids dont ils ont eux-mêmes déniché les endroits. Ils sont toujours en vol, tôt le matin jusqu'au coucher du soir. Quand, hélas, ces êtres enchanteurs et gracieux quittent définitivement la ville, ma rêverie m'abandonne, le ciel reste là, abandonné lui aussi, et de l'autre côté de ma fenêtre, le verre esr à mes yeux comme une coupe vide.

Italie. Suite à une vive réaction de la communauté juive, un magistrat a suspendu la permission de travailler à l'ex-SS Priebke, 93 ans, condamné à se reposer à perpétuité. Le fruit du travail est le plus doux des plaisirs, énonçait Vauvenargues.

4.

( Temps social, calendrier intime et année pataphysique... )

mardi 10 gidouille, S. Boudin, recteur // dimanche 24 juin, S. Jean-Baptiste.

-- Minuit pile. Je viens d'allumer la lampe et de jeter un coup d'oeil sur ma montre-bracelet qui, sur la table de nuit et sous l'abat-jour, dort non loin de moi. Minuit pile, ce genre de chose, regarder l'heure et tomber ainsi sur une heure juste, à la première minute, me paraît une faveur accordée, une sorte de message venu de l'autre côté de la vie, un clin d'oeil heureux. Six heures du matin ou du soir qui ressemblent à minuit et demi ou midi trente, me plaît beaucoup. Egalement 3H 45 qui ressemble à 9h15 m'enchante aussi. Tout pareillement la petite horloge de la cuisine quand elle marque en clair 16.16, 22.22, 07.07 etc. sont autant de signes, autant de cygnes, dirais-je plutôt, que j'aime voir flotter sur le grand lac du temps. Avec, toutefois, cette ironie que l'horloge et la montre peuvent très bien retarder ou avancer et que si je racontais tout cela à mon chien, il se fendrait la pêche et hausserait les épaules. Je me garde bien de lui raconter ces choses d'autant plus que je n'ai pas de chien. Mais les choses sont ainsi : il n'y a pas d'heure pour les braves et point d'autre horloge pour la nature entière que le soleil d'or et, pour les marées et les mois féminins, que la lune d'argent. Il y a d'autant plus d'ironie dans mon histoire que je ne crois guère aux fantômes et non plus à l'espace et non plus au temps, fantômes eux-mêmes, et que, si j'en parlais à mon chat, comme tout à l'heure à mon chien, il se mettrait, lui, mon chat, à bâiller, même s'il n'existe pas davantage que mon chien. Cela dit, c'est mardi, c'est-à-dire, comme on peut le lire ci-dessus à droite, en même temps dimanche. Tout dépend de l'année dans laquelle on se place. Mais il y a tellement d'années différentes les unes des autres : juive, chrétienne, musulmane et d'autres encore, qu'une de plus ou de moins ne compte guère. La plus jeune d'entre ces années, celle figurant ci-dessus à gauche, qui n'a que 134 ans, est intéressante en ce qu'elle comporte 377 jours répartis en treize mois de 29 jours, dont 12 sont gratuits ( 13 lors des années bissextiles ). Mais il appartient à chacun de se fabriquer des petites années pépères, car rien n'est jamais si bien fait que par soi-même et pour soi-même. Mon année à moi commence en janvier comme toute année qui se respecte, mais à la date du 18. Elle a l'avantage de commencer et de finir le même mois, le 17 ( un jour avant de naître / ) et non pas dans un mois différent.

France. Béziers ( Hérault ). Une information judiciaire a été ouverte pour homicide involontaire contre le père d'une fillette de 19 mois morte de déshydratation dans la voiture où il l'avait oubliée.

5.

( Ahasverus et le syndrome des jambes sans repos... )

jeudi 12 gidouille, Sainte Confiture, dévote // mardi 26 juin, S. Anthelme.

--A Nulpar, cette nuit, je me suis retrouvé seul, dans un escalier entre deux étages. Les marches bien cirées, les portes de même. Porte de bois, d'ailleurs, à chaque palier. Mais où allais-je ? Ha ça ! je ne saurais le dire. J'hésitais où sonner, il n'y avait pas de sonnette, et où frapper, il n'y avait point de nom auquel se référer. Lassé, je m'en suis retourné à la ville rejoindre le compagnonnage de mon lit. Peut-être suis-je allé traîner mes guêtres là-bas à la recherche d'une chambre. Je n'y vois guère d'autre raison. Mais quelle chambre ? Et pourquoi ? Et pour qui ? Pour moi ?

Il est vrai que la vie, sur le tard, m'a gratifié du syndrome des jambes sans repos, diagnostic médical que je me suis empressé de baptiser syndrome d'Ahasverus en l'honneur du savetier juif condamné à marcher éternellement sur terre pour avoir injurié le Christ portant sa croix sur le chemin du Calvaire. Une jambe, une ou l'autre, réveille soudain le dormeur par un appel renouvelé d'instant en instant après de courts répits. Le remède est de se lever, de se promener dans ou hors la maison, en tout cas de s'activer, par exemple, comme je le fais, même en plein milieu de la nuit, à trois ou quatre heures du matin, afin de prendre le petit déjeuner. Puis de se recoucher. Les jambes alors satisfaites se remettent à dormir avec le dormeur. Ahasvérus qui, d'ailleurs, contrairement aux portes de Nulpar citées plus haut, portait plusieurs noms : Isaac Lakedem, Buttadeo, ne pouvait guère se détendre. Savetier, il usait paire de savates sur paire de savates à marcher toujours. Atteint du syndrome des jambes sans repos, il pouvait néanmoins se mettre à la tâche. Au lieu de la croix, il portait sur lui, dans une sorte de carnassière, ses marteaux et ses pointes et ses cuirs. Dans ses voyages il a rencontré beaucoup de monde et lié connaissance avec Goethe, Quinet, Wordsworth, Akim Arnim, Sue Eugène et d'autres encore ; sans doute à-t-il pris langue avec Einstein et pu apprendre de lui que, tout compte fait, tout étant relatif, il ne fallait point trop se frapper. Il traîne toujours sa besace de par le monde. Les chemins étant de plus en plus bétonnés, peut-être regrette-t-il ceux d'autrefois. Possible aussi qu'il se soit mis à rouler voiture, mais je l'imagine mieux se promenant tranquillement dans les déserts, sans crainte aucune des serpents et des lions parce qu'il se sait être sous la protection céleste. Quoiqu'il en soit, les jambes sans repos peuvent toujours, de nos jours, calmer leurs nerfs au football, au jogging, à vélo ou bien au pressoir à raisins.

Allemagne. ( Berlin ). La fédération allemande des pompes funèbres prend l'initiative d'une chaîne de télévision sur la mort dont le thème, potentiellement, touche une large audience : l'année dernière il y a eu 800 000 décès en Allemagne. Si l'on compte les familles, cela fait, en effet, bien du monde.

6.

( Friponnerie... )

vendredi 13 gidouille, SS. Instintestins, conseillers intimes // mercredi 27 juin, S. Fernand.

--Il y a des jours où les pierres se mettent à rire de bon coeur. Il ya quelque temps de cela, alors que les élections déroulaient leur cours à l'école des sondages, et que, assis à ma table servant de bureau, je laissai mon regard glisser distraitement le long des plumes de mon quotidien canard, mes yeux stoppèrent net sur un sous-titre : < Je n'aime pas les riches >. Juste à ce moment j'entendis un bruit insolite et je levai la tête. Je vis alors, au-dessus de moi, dans les deux glaces coulissantes de mon armoire à linge et habits, le reflet des personnages qui étaient ceux des tableaux au mur derrière moi se gondoler en riant de très bon coeur. Par-dessus mon épaule, ils avaient lu, eux-aussi, ce sous-titre. Comme ce sont des tableaux hollandais, compatriotes de l'auteur du propos, je n'ai pas manqué d'interroger les deux commères qui avaient été les plus bruyantes, deux soeurs jumelles. < Pourquoi, dites-moi un peu, ces rigolades malsonnantes de votre part ? - Elles ne sont pas malsonnantes au contraire, répondirent-elles d'une seule et même voix. Elles sont franches comme l'or, car ce bon monsieur ne manque pas d'argent, il est bien riche lui-même, c'est même un nabab comparé à tous les pauvres, plus pauvres les uns que les autres, tellement plus nombreux aujourd'hui qu'ils ne l'étaient de notre temps à nous. >. Evidemment j'opinai du chef; dans leur recul du temps, elles voyaient bien mieux les choses que moi. < C'est un innocent aux mains pleines, ajoutèrent-elles. Depuis que nous lisons votre gazette, car nous la lisons et en ouvrons les pages, comme nous le faisons de vos livres quand vous n'êtes point là afin de nous distraire un peu, nous trouvons que toutes ces hautes personnalités, qu'ils aiment ou n'aiment pas les riches, se ressemblent toutes. Ce sont des princes. Ils ne sont pas comme le roi nu qui se croyait merveilleusement habillé ; ils sont tous très bien vêtus, noblesse oblige, et se croient nus. Bien qu'il soit hollandais comme nous, ce monsieur qui n'aime pas les riches, n'est pas tout à fait notre genre. Nous appelons un chat un chat, et ce monsieur un fripon. Vous êtes bien sévères , dis-je. Sévères mais justes, répondirent-elles d'une même voix. >

(...)

7.

( La bonne solitude... )

samedi 14 gidouille, S. Colon, artilleur // jeudi28 juin, S. Irénée.

--Je vis dans la solitude, mais je ne suis pas seul, témoins en sont les deux soeurs jumelles qui se sont manifestées dans la journée d'hier. J'ai d'autres compagnes et compagnons : chaises, fauteuils, tables non tournantes, couteaux non de guillottine, cuillers, fourchettes, verres, bouteilles, manteaux, linge, couvertures, lit et autres meubles, etc. Tout un petit monde, plutôt nombreux, d'objets qui me sont autant de personnes à qui parler. Quand il m'arrive de parler à haute voix, elles s'enquièrent de mes pensées. Il m'a suffi de leur accorder un peu de vie, ce que peu de gens font, s'encroûtant dans un univers morne, sauf, toutefois, celles et ceux qui accordent cette vie aux chevaux vapeurs plus ou moins nombreux de leur voiture ou de leur moto.La bagnole est alors bichonnée et la moto astiquée. La moto même s'est invitée parmi les usagers des trottoirs pour se faufiler entre les passants et se frotter un peu à eux. Tous ces objets qui m'entourent ne sont pas toujours d'humeur égale. J'ai une armoire qui piaule chaque fois que j'en ouvre les portes. Le médecin qui, de temps à autre, vient contrôler ma tension et sonder l'état de mes poumons, l'a lui même entendue se plaindre et l'a gracieusement auscultée. Il n'a point établi d'ordonnance car je ne l'ai pas inscrite à la Sécurité Sociale. Il m'a conseillé toutefois de l'huile de ricin pour améliorere l'état de sa gorge. Ce que j'ai fait. Depuis mon armoire va beaucoup mieux. C'est un bon médecin que j'ai là. Il a découvert, mais j'avais déjà remarqué la chose, que mes livres, ceux de la bibliothèque de la Pléiade, notamment, étaient bien malades. Le premier tome de A la recherche du temps perdu, qui comprend Du côté de chez Swann et A l'ombre des jeunes filles en fleurs, a laissé choir, comme un serpent, sa peau, ses couvertures. Il en est de même du premier volume shakespearien. Les livres, à notre époque, ne sont pas en bonne santé. Le médecin a parlé du réchauffement de la planète qui peut jouer son rôle et m'a conseillé de consulter un dermatologue. L'huile de ricin, pour eux, étant nettement contre indiquée. Les objets sont plus fragiles que la gens animale ou humaine. Ni mon chat, ni mon chien, par exemple, ne me créent de soucis. Je ne les vois jamais, ils s'entendent bien, je sais qu'ils sont là. Comme sont là, d'ailleurs, les morts qui hantent mes êtres, honorant de leur présence mon séjour. Non, je ne suis pas seul, le désert ne commence que là où il y a foule.

France. ( Val d'Oise ). Les surveillants de la prison d'Osny manifestent pour protester contre la recrudescence des agressions. Douze gardiens ont été frappés ou mordus depuis le 9 juin.

8.

( D'une répétition l'autre, grippe et épidémie sociale... )

dimanche 15 gidouille, S°. Giborgne, vénérable // vendredi 29 juin, S. Pierre-S. Paul.

--Ce qui est répétitif attire l'attention. Cette fumeuse, par exemple, qui sur un banc tétait rapidement sa cigarette, je l'avais à peine remarquée le premier jour. Toutefois, quelque chose d'elle m'était resté au point de la repérer tout de suite le lendemain, où je la vis nettement répéter ce geste de la veille et, cette fois, à une cadence que je n'avais pas alors tout à fait enregistrée. La cigarette quittait à peine ses lèvres qu'elle y revenait aussitôt. Ce n'était qu'un va-et-vient quasi machinal. Chaque matin, j'ai assisté à cette scène pendant près d'un mois. Je n'étais sans doute pas le seul à avoir remarqué ce manège. On voit les choses. On fait comme si on ne les voyait pas. Cette fumeuse, comme la fumée de ses cigarettes, a soudainement disparu. J'imagine qu'elle n'est plus de ce monde. Elle ne l'était déjà certainement plus quand je l'ai vue le premier jour. Ainsi rencontre-t-on dans la rue des gens qui ne sont plus de cette terre mais en route vers l'ailleurs.

Un autre geste répétitif, dans la rue, a quitté la bouche pour toucher l'oreille. Ce fut d'abord une personne, puis deux, puis trois, puis plusieurs qui m'alertèrent. Il y a de la grippe dans l'air, me suis-je dit. La grippe, habituellement, passe par le nez. Cependant l'oto-rhino-laryngologie, ça existe. Alors pourquoi pas par l'oreille ? Avec Gargantua, l'oreille gauche de Gargamelle en a vu bien d'autres. Pour autant, bien sûr, qu'une oreille puisse voir quoi que ce soit. Comme dans mon enfance -on reste toujours attaché, dit-on, à son enfance- j'avais reçu la visite d'une otite moyenne, je pensai aussitôt que cette grippe là commençait par une inflammation douloureuse, laquelle, au lieu de conduire la main vers les lèvres, la portait rapidement jusqu'à ce pavillon que l'on appelle d'ailleurs l'oreille. Eh bien ! je ne m'étais pas trompé, il s'agissait bien, comme je l'avais décelé à partir de tous ces gestes répétitifs des uns des autres, il s'agissait bien d'une grippe, non pas d'une petite grippe, passagère, due à la saison, non pas un moindre mal, mais un mal devenu chronique. Autrement dit une grippe carabinée, plus proche même de la mitrailleuse que de la carabine. Vous êtes par exemple avec un ami, un pôte, vous parlez ensemble, à votre propre table ou à la sienne. Il paraît en bonne santé, il est même gai, il paraît plutôt équilibré. Vous cassez la croûte. Et soudain vous le voyez se mettre debout, écarter sa chaise, fouiller dans ses poches, celle de droite, non celle de gauche, dans son pardessus accroché à la penderie, poche de gauche, non celle de droite. Ah ! voilà ! Allô! Ah, c'est toi ! Oui, oui, j'entends bien, oui, à ce soir, à la même heure que d'habitude. Entendu ! Au revoir. Cet ami remet son portable dans une de ses nombreuses poches. Il revient s'asseoir en face de vous et vous interroge : < Qu'est-ce qu'on disait donc ? Ou en étions-nous ? > Je n'avais entendu personne le sonner, à cause de cette otite de mon enfance. En tout cas, cette épidémie de grippe est une chose terrible! Je me demande si ce n'est pas elle qui mérite le qualificatif d'aviaire.

France. Lisieux ( Calvados ). Une quinzaine de suspects en garde à vue pour abus de dépendance psychique et viols en réunion dans une communauté nommée T..

9.

( La lenteur... l'observation de l'accident et de l'étrange... )

lundi 16 gidouille, S. Inventaire, poète // samedi 30 juin, S. Martial.

--Ne pas se presser, ne pas se bousculer, se promener plutôt en allant chez le boulanger, l'épicier, le boucher, le charcutier, le marchand de fruits et légumes, se promener plutôt que "faire les courses". La lenteur, plutôt que la rapidité, la lenteur qui prédispose à l'observation des êtres et des choses. De toute façon, la vitesse de la lumière, 300 000 kilomètres à la seconde, ne peut être dépassée que dans certains cas qui ne regardent que les planètes et les astrophysiciens.

Hier soir, je me suis plutôt bousculé ou plus exactement c'est le coin de la pièce dans laquelle je me trouvais, je n'avais pas suffisamment l'oeil sur lui, qui m'a bousculé et expédié au sol les feuilles de papier hygiénique que j'avais déjà déconditionnées. Pas une seule mais plusieurs réussites ! Toutes jonchées sur le dallage comme en plusieurs éventails de jeux de cartes. Un beau rappel à l'ordre ! Je crois avoir pris alors le parti le plus sage. Je me suis baissé pour faire un paquet quelconque du tout et j'ai mis ce tout dans la poubelle. Le grand Alexandre n'aurait pas fait autrement, lui qui d'un simple coup de sabre a tranché le noeud gordien. Je suis allé cherché un autre jeu, lequel, une fois dépaqueté, a pris sa place normale dans les toilettes, bien sage. Le coin, cette fois, s'était tenu coi. Repassant près de lui, j'ai fait comme si je ne le voyais point. Je pense qu'il en a été blessé. Il avait voulu attirer mon attention par son mauvais coup. Je lui ai rendu la monnaie de sa pièce. Evidemment, je reconnais que mon attitude peut donner prétexte à redire, qu'elle peut paraître étrange. Je répondrai à cela qu'il est étrange que la plupart des personnes ne s'aperçoivent pas qu'elles vivent dans un monde étrange, de plus en plus étrange, comparé à celui des lointains ancètres.

Il y a près d'un an de cela, j'avais repéré, dans le jardin public proche de ma demeure, une jeune fille que je trouvais empreinte d'une profonde tristesse et je la voyais telle chaque fois que je passais devant elle ; je la trouvais de plus en plus triste. Cette statue représentait pour moi le deuil. Juste devant elle se trouvait le trottoir bordé d'arbres qu'il m'arrive parfois d'emprunter. N'est-ce pas étrange, qu'à cet endroit même, au cours d'un orage, le bel arbre qui se dressait juste en face d'elle, fusillé par un éclair, ait écrasé une vieille femme qui se trouvait là près de cette statue du deuil et de la tristesse ? C 'est un accident, dit-on communément. Ouais, va pour l'accident. C 'est un mot passe-partout qui ne veut absolument rien dire. Un mot de passe, un mot de passe-passe qui fait que rien ne s'est passé. -Eh bien quoi ? vous êtes drôle vous, un accident c'est un accident, un accident comme les autres , non ? -Ouais, comme si les accidents ne portaient pas quelque chose en eux-mêmes, quelque chose intimement lié à la personne en cause et pouvait être ainsi généralisés dans un fourre-tout quelconque, un fourre-tout des mots qui ne sonnent plus que le creux, tellement ils sont limés par l'usage mécanique qu'on en fait. Des mots mortellement blessés ou morts. Or l'étrange est partout, dans un coin de mur, dans un paquet de feuilles de papier hygiénique, dans un sourire, dans un pleur, dans une pauvresse écrasée sous un platane. Un accident ? Un simple accident ? Croyez-vous ? Maints accidents sont des suicides dissimulés.

--France. Boulogne-Billancourt ( Hauts-de-Seine ). Après s'être vu refusé l'entrée d'une agence BNP Paribas, un homme de 46 ans, auteur présumé de dix-huit braquages, a été interpellé. Il avait pris la mauvaise habitude d'enfourner son burin dans un sac plastique.

10.

( Généalogie imaginaire... )

vendredi 20 gidouille, S. Périnée, zélateur // mercredi 4 juillet, S. Florent.

--Cela m'amuse de considérer la représentation d'un arbre généalogique. Ainsi, l'arbre concernant la primogéniture d'une lignée royale ou princière, cela dès l'origine, celle du premier des capétiens par exemple, jusqu'à Louis 17. Mais est-ce bien certain que tous les arbres généalogiques soient fiables ? Ce sont avant tout des arbres imaginaires. Le fils ou la fille de la reine ou de la princesse ou, tout simplement, de la grande bourgeoise, sont-ils bien fils ou fille de l'époux ? N 'a-t-on jamais vu, n'a-t-on jamais entendu dans la forêt voler et chanter les coucous ? Le fils de la reine, quelle que soit sa provenance, est toujours le fils de la reine ; il n'en est pas pour autant le fils du roi. La seule sauvegarde de la vertu d'une reine est qu'elle était toujours très bien ceinturée par sa propre cour faite de suivantes et servantes. Mais ici il n'est point question de péché ou de vertu, mais de la généalogie considérée comme " science ". Mon sentiment est qu'il serait plus savant et plus sûr qu'une lignée, royale, princière ou autre, soit à l'image de la reine des abeilles et que le nom porté par tout un chacun soit celui de la mère plutôt que celui du père supposé. Mais on a décidé, il y a de cela des siècles et des siècles, que Dieu était de sexe masculin et dans ma logique, je le verrai plutôt du genre neutre et, davantage, du genre féminin. Ce qui reflèterait la ligne de vie comme dans une main. Les tables de la loi, qu'elles soient de Moïse ou de Tartempion sont déjà mal barrées. < Dieu est Dieu > affirme le Coran, mais nos frères musulmans protègent leurs femmes de toute tentation en leur assurant qu'elles sont bien plus jolies et précieuses en portant le voile et c'est pourquoi, dans les pays fondamentalistes, comme Dieu elles n'ont pas de visage. Je n'ai absolument rien contre cette coutume, elle a pour elle d'être une coutume et, personnellement, je ne chausserai pas la moindre botte démocratique pour aller emmerder les gens de ces pays-là qui ont parfaitement le droit d'être maîtres chez eux. Ils ont leur sagesse et les sages disent eux-mêmes qu'il y a un grain de folie dans toute sagesse. Quoiqu'il en soit, Ulysse a su répondre au Cyclope qui l'interrogeait à propos de sa carte d'identité, en disant qu'il se nommait Personne. En ce qui me concerne, je sais que je suis le fils de ma mère. Quant à mon père, j'ai lieu de penser que j'ai des frères et des soeurs inconnus qui ne portent point mon nom.

--Suède. Un sous-matin russe coulé par la Finlande, lors de la Seconde Guerre mondiale, avec 38 membres d'équipage à bord, a été découvert dans les eaux territoriales suédoises.

11.

( Le grand Guignol, Anatole et la trappe du Père Ubu... )

samedi 28 gidouille, Poche du Père Ubu // jeudi 12 juillet, S.Olivier.

--Parmi tous mes ancêtres anatoliens figure le " célèbre" Anatole, animateur du Guignol des Champs Elysées ( séjour des âmes des héros et des hommes vertueux ) qui, en 1901, s'illustra dans la représentation d'Ubu sur la butte, version abrégée d'Ubu roi. Anatole savait manipuler les gueules de bois, non pas celles d'après boire, mais celles plus séantes des grandes marionnettes. Père Ubu avait tenu à se manifester sur la butte Montmartre, au cabaret des 4-Z'Arts. Ainsi put-il dominer tout Paris et proclamer, à la suite d'une réflexion de Mère Ubu, tout ce que nous en rapporte l'édition de cette pièce par E. Sansot & Cie, en 1906 :

Mère Ubu - Mais enfin, Père Ubu, quel roi tu fais ? Tu massacres tout le monde.

Père Ubu - Eh merdre ! Dans la trappe ! Amenez tout ce qui reste de personnages considérables. Toi qui ressembles étrangement à mon célèbre piqueur de l' Elysée, dans la trappe ! Et vous préfet de notre police, avec tous les égards qui vous sont dus, dans la trappe ! dans la trappe, ce ministre anglais, et, pour ne pas faire de jaloux, amenez aussi un ministre français, n'importe lequel ; et toi, notable antisémite, dans la trappe, et toi juif sémite et toi l'ecclésiastique et toi l'apothicaire, dans la trappe, et toi le censeur et toi l'avarié, dans la trappe ! Tiens, voici un chansonnier qui s'est trompé de porte ; on t'a assez vu, dans la trappe ! Oh ! Oh ! celui-ci ne fait pas de chansons, il fait des articles de journal, mais ce n'en est pas moins toujours la même chanson, dans la trappe ! Allez, passez tout le monde dans la trappe, dans la trappe, dans la trappe ! Dépéchez-vous... dans la trappe, dans la trappe !

Anatole ou pas, qu'on ne lève jamais un bras ni un doigt, qu'on ne sourie pas, qu'on ne dise ni bonjour, ni bonsoir... qu'on ait en soi tué la marionnette ou pas, tel est pour chacun le très libre et très obligé passage.

Tout le monde, depuis que le monde est monde, de génération en génération, passe à la trappe. Chaque fois le Père Ubu est là, à la porte de la mort, du mort ou de la morte, à la porte des crématoires ou des cimetières, à la porte des Etats et Empires souterrains, à la porte des Etats et Empires de la Lune ou du Soleil.

France. Montélimar ( Drôme ). Trois enfants de 4, 6 et 12 ans ont été retouvés morts, dans une baignoire, au domicile de leu père, séparé de leur mère, actuellement recherché.

12.

( La nouvelle Croisade des enfants... )

dimanche 29 gidouille, Nom d'Ubu // vendredi 13 juillet, S. , S. Joël.

--Le moi est haïssable a-t-on dit quelque part. Parler de soi n'est pas convenable. On peut le faire sous le couvert d'un tiers, à la rigueur sous celui de son nom propre. Ce que fit d'ailleurs le grand Marcel en faveur du petit Marcel. Ainsi la première phrase de ce dernier, dans A la recherche du temps perdu est flamboyante. " Longtemps, je me suis couché de bonne heure." Imaginez un peu : " Longtemps, il s'est couché de bonne heure ." C'est moins fluide. On peut l'entendre autrement cette phrase : " Longtemps je me suis couché de bonheur". Le petit Marcel était jeune alors. En son temps les jeunes se couchaient tôt. Un soir, à l'âge du petit Marcel il m'arriva de déclarer : "Je veux pas aller au lit ". La réponse fut celle-ci : " Toi, tu dis je veux pas, le roi dit nous voulons ". Le roi, ou plus exactement la reine, ayant décidé, il était plus sage d'aller se coucher, même si ce n'était pas de bonheur, mais de mauvaise heure.

Les temps ont bien changé. A Marseille, un gosse de 14 ans, au milieu de la nuit dernière, a été blessé par balle, dans une cité, et conduit à l'hôpital. Des mômes sont devenus grands, très grands même. Ils portent çà et là des kalachnikovs et les Marie-Louise de Napoléon étaient des vieillards, à côté d'eux. De jeunes troupes affirment ainsi leur moi dans un nous collectif, religieux, politique ou mafieux. Nul doute qu'il y ait des petits Mozarts de la kalachnikov ou de la ceinture à se faire sauter dans un bruit de grandes orgues. La guerre des boutons, de Louis Pergaud, avant la Première guerre mondiale, en 1912, est bien loin et bien anodine. A Longueverne, ils n'allaient pas jusqu'à couper les zobs de ceux d'en face. Ils n'allaient pas jusqu'à garder jusqu'au bout la ceinture pour se métamorphoser en bombe afin de ratatiner les adultes ennemis. La guerre des boutons moderne a ceci de particulier que les petits garçons et même les petites filles ne coupent pas les boutons de l'adversaire, mais appuient sur leurs propres boutons et font tout sauter autour d'eux. Toutes ces petites, très petites " Marie Louise" donnent un peu la chair de poule à ceux qui sont moins sûrs de pouvoir en faire autant. Il y a là, dans cette nouvelle croisade des enfants, où la rencontre ne se fait pas à ciel ouvert, en pleine campagne, mais au coeur de la ville, une stratégie nouvelle, une stratégie des pauvres dont on ne comprend guère d'où proviennent les armements et dont on ignore les filières. Henri de Monfreid le laisse entrevoir dans ses écrits, aussi bien en ce qui concerne le trafic des armes, du haschich, des esclaves, etc.Ces filières changent continuellement. De plus, les petits enfants se renouvellent, non plus pour jouer aux gendarmes et aux voleurs, aux cow-boys et aux indiens, mais tout simplement pour jouer aux petits soldats, petits soldats gratuits, beaucoup plus efficaces que ceux des gros bataillons.

Algérie. Lakhdaria ( 120 km à l'est d'Alger ). Le kamikaze qui a causé la mort de huit soldats en faisant sauter mercredi un camion piégé dans une caserne de l'armée, était âgé de 20 ans.

13.

( Subjectivisme : de la perception, du réel et de l'irréel... )

lundi 2 tatane, Commémoration du Père Ebé // dimanche 15 juillet, S.Donald.

--Six heures. La sonnerie du réveil-matin a entrouvert mes paupières. Personne d'autre que moi-même ne pouvait entendre cette sonnerie interne, déclenchée dans mon oreille intime. Simple acouphène, phénomène étrange étranger à tout son issu de l'extérieur. Son bien réel cependant, puisqu'entendu.

Le réel n'est pas toujours tangible ou visible. Mon chien peut m'apercevoir la nuit, alors que je me lève pour suivre ma vessie là où elle a pris l'habitude de me conduire. Il me voit, le chien, parce que mon corps dégage à ses yeux la lumière infra rouge que les clebs perçoivent très bien la nuit. Cela vous paraît surnaturel, mais c'est pourtant réel à mon chien comme à tous ses collègues. Vous me ferez remarquer, une fois de plus, que je n'ai pas de chien. C'est vrai. Je le reconnais. Mais interrogez vous-même n'importe quel basset, bouledogue ou lévrier, ils vous confirmeront mon dire. D'ailleurs, que je le veuille ou non, ce chien qui " n'existe pas" se ballade toujours à mes côtés et, lorsqu'il se met à trotter devant moi, il ne manque jamais de tourner en même temps la tête vers moi, pour s'assurer que je le suis. Il s'entend très bien avec mon chat noir qui " n'existe pas " lui non plus. Cette non-existence est leur lien majeur et, sans doute, la raison pour laquelle ils s'entendent comme larrons en foire. Ce chat noir est plus souvent sur le toit, en train de guetter un moineau, un pigeon ou quelque autre bestiole. Ce sont deux bons compagnons dont je me demande avec quelque inquiétude ce qu'ils deviendront quand je ne serai plus. Le chat, j'en suis sûr, se débrouillera très bien, mais le clebs ?

Evidemment mes propos peuvent vous surprendre quelque peu. Je pense néanmoins qu'ils vous paraîtrons fondés si vous voulez bien prendre place quelques secondes dans mon oreille. Cette oreille interne a été lésée. Là, sur place, chacun vous dira que l'équilibre d'une personne dépend de l'état de cette oreille interne. Quand je marche, je dois prêter attention de ne point tomber. Le déséquilibre est aussi réel et naturel que son contraire, et tout aussi respectable.Cela dit , vous pouvez sortir de mon oreille ou y rester si cela vous fait plaisir. Non, je vois que vous êtes sorti ; en y restant vous n'auriez fait que compliquer des choses qui sont déjà bien compliquées en elles-mêmes et par elles-mêmes. Evidemment, le réel visuel est, dans une prétendue réalité, aussi réel que l'auditif. Je ne veux pas vous rappeler l'eau que j'ai vu dégouliner le long de mes murs et la cascade du même liquide qui, un jour, s'est mise à se déverser à partir de mon bureau sur le plancher et le tapis. Cela n'aurait pas été visible à vos yeux. Mon seul étonnement était que cette eau était sèche comme l'air du Sahara. Mais il s'en passe bien d'autres en ce qui concerne le réel et l'irréel. Il s'en passe bien d'autres depuis que l'on a découvert que la terre n'était plus le centre du monde, tout juste un petit bled perdu, mystérieux, flottant dans l'immensité pataphysique.

--Pologne. Zabrze. Un nouveau-né polonais est venu au monde avec 1,2 gramme d'alcool dans le sang, sa mère étant complètement ivre au moment de l'accouchement, à Zabrze, dans le sud du pays.

14.

( De la science, de quelques dilemmes de métaphysique,

de la pataphysique entendue comme "science des sciences"... des mots et des nombres polyèdres... )

jeudi 5 tatane, S. Arsouille, patricien // mercredi 18 juillet, S. Frédéric.

-- < Incertitude, indétermination, imprédictibilité, incomplétude, indécidabilité : la science sait désormais qu'elle ne peut pas tout savoir > dit, tout à trac, mon ami Lao tsu qui tient cela d'une de ses connaissances, Trinh Zuan Thuan.

Lao tsu, je l'ai rencontré chez un traiteur asiatique où l'on s'est entr'aperçu plusieurs fois avant que nous engagions quelques échanges approfondis sur la pluie et le beau temps qu'on ne peut même pas prévoir. Lao tsu est un vietnamien qui parle mieux le français que je ne parle les langues indochinoises. Nous avions abandonné, depuis un certain temps, les banalités de la vie courante pour des sujets légèrement moins communs. C'est ainsi qu'à propos de la science, je me permis de la ramener, la mienne, au sujet des preuves de plus en plus fragiles de la primauté de la matière sur l'esprit, pour les uns, et, pour les autres, de la primauté de l'esprit sur la matière. < Vous voulez me parler je pense, de l'évolution de la matière vue par les darwinistes ainsi que du dogme divin cher aux créationnistes ? > C'est à ce moment là, en écoutant sa réponse, que je compris que Lao tsu prenait dans mon estime une sacrée hauteur. < Il faut se placer au-dessus d'eux, ils sont aussi dogmatiques les uns et les autres, les uns, assis sur leur pierre, et les autres, la tête dans le ciel, tellement riches du nombre de dieux et de prophètes qu'ils ne savent plus où donner du chef. Il faut se contenter de l'énigme posée par ce qu'ils appellent tantôt existence et tantôt essence. Dans l'état de délabrement partiel dans lequel se trouvent aussi bien les scientifiques que les philosophes, en leurs théories si différentes, il n'est que de se pencher sur l'énigme même qui se trouve au centre de leurs querelles : le réel. Ce réel qui semble se détacher aussi bien de la matière que de la divinité pour mieux dévaler vers une sorte de trou noir, une sorte d'abîme, une sorte de chaos de plus en plus ouverts sur les vastes champs, toujours renouvelés, de la pataphysique, science des sciences par excellence.

Lors de l'une de nos récentes rencontres, Lao tsu me fit part que le qualificatif "épistémologique", outre son sens premier, lui avait porté conseil : "épice tes mots logiques". J 'avais d'abord compris ; " et pisse tes mots logiques ". Il n'était pas contre cette interprétation. La plupart des mots ont selon lui de multiples sens. Ce sont des polyèdres colorés dont on ne voit que trop, hélas, la couleur d'une seule façette. Lao tsu voyait vraiment les choses à la hauteur des arbres plutôt que des pâquerettes. Une autre fois, parlant chiffres, il m'avait sorti qu'il ne fallait pas oublier que si 2 et 2 faisaient 4, ils faisaient tout aussi bien 22. Ce que je ne pouvais qu'approuver.

--France. Valence ( Drôme ). Un homme qui avait bu de l'eau contaminée d'un canal, à Valence, après avoir chuté accidentellement, est mort de leptospirose, une bactérie se trouvant dans l'urine des rongeurs.

15.

( Cosmologie pataphysique... )

mardi 10 tatane, SS. Pieds Nickelés // lundi 23 juillet, Sainte Brigitte.

--Allons Anatole, qu'il me dit comme ça, Lao tsu, faut pas confondre, vous mélangez tout. Le blanc et le jaune des phares des voitures qui s'approchent de vos lunettes n'ont rien à voir avec le bleu des étoiles qui s'approche de votre télescope. Et le feu rouge arrière de l'ambulance qui s'éloigne de vos yeux n'a rien à voir avec les astres qui paraissent fuir le télescope, comme s'ils avaient le feu au cul. Toutefois, si vous voulez bien quiter votre ambulance, je vous donne raison, entre ciel et terre, pour le bleu horizon de l'aube qui s'approche au soleil levant et pour le rouge qui s'éloigne au soleil couchant. Ici sur terre ( coup de pouce vers le sol ) ce qui domine, c'est le temps et l'espace. Les bagnoles, elles, ne filent jamais à 300 000 km par seconde. Là-haut ( coup de pouce vers le ciel ) il n'y a pas de temps, il n'y pas d'espace, dites-moi un peu, qu'est-ce qu'elles en feraient les étoiles ? Là-haut ( coup de pouce vers le ciel ) c'est la nuit interstellaire où elles s'éclairent elles-mêmes. Ce n'est pas la peine d'aller voir un oculiste. Vous pouvez aller le consulter si ça vous chante vraiment, mais ça sera à vos dépens et vous n'y verrez pas plus clair qu'avant, ce en quoi vous serez bien avancé.

-Alors ?

-Alors quoi ?

-Alors ? C'est tout.

- Bon, d'accord. Alors je vous signale que toutes ou à peu près toutes, les galaxies, ont la forme de la spirale collégiale avec cette différence qu'elles sont elliptiques et non pas rondes. Elles sont bien significatives ces spirales, non ? Là-haut ( coup de pouce ) il y a le Dr Faustroll, grand maître de l'imaginaire et le Père Ubuniversel énorme ventre en expansion. Si vous voulez y mettre Dieu quelque part, vous pouvez toujours le faire, ça ne changera rien à rien au grand mystère qui se trouve à l'entrée labyrinthique de la pataphysique. De toute façon, nous sommes tous dans la même spirale, elle s'appelle, comme vous le savez Voie Lactée. Dès la naissance, ça a commencé avec la mamelle et le biberon. Toutes les autres galaxies ont commencé comme ça à la mamelle. Dans la nôtre, la Terre ( coup de pouce vers le bas ) là où nous sommes, vous et moi, la Terre se trouve quelque part, mais pas du tout au centre comme vous seriez tenté de le croire. Située dans un coin de grande banlieue, notre boule, plus patatoïde que ronde, tourne en s'éclairant et en se chauffant au soleil avec la lune en veilleuse un peu en lisière. Laissons-nous conduire. C'est une spirale dont les spires ont, à mon avis, la forme de toboggans. Il y a des hauts et des bas. Il faut s'y faire. Ce qui doit arriver arrive.

-Et qui conduit ?

-Vous, bien sûr.

-Eh bien merdre, vous me la sortez bonne, je ne m'attendais pas du tout à celle-là.

-Je vous assure que si j'avais le numéro du portable du Dr Faustroll, je vous le communiquerais, croyez-moi. Mais il vaut mieux que vous communiquiez avec lui plus directement que je le fais moi-même.

--Colombie. La police colombienne dresse des rats pour détecter des explosifs et compte bientôt envoyer des spécimens en Espagne et au Mexique pour qu'ils y démontrent leurs capacités.

16.

( Variation sur la contingence et l'identité des contraires / Einstein : esprit prophétique / théorie du chaos... )

dimanche 15 tatane, Procession des phynances // samedi 28 juillet, S. Samson

-- Il n' y a pas à grommeler, tout ce qui arrive ne peut être qu'imprévu, et ce qui doit arriver arrive. On croit pouvoir prévoir bien plus loin que le bout de son nez, mais le plus souvent on se le casse, le nez. Vous attendez un ou une amie à l'heure du rendez-vous. Votre montre devient de plus en plus impatiente. Il est très rare que les montres tiennent compte des aléas. Un quart d'heure passe, une demi-heure, parfois plus, parfois même une vie. Quand, enfin, il ou elle arrive, vous remarquez qu'il ou elle n'est pas le jumeau ou la jumelle de celui ou celle qui logeait en votre esprit. L'habillage n'est pas le même, la robe est une autre robe, la cravate une autre cravate.

Einstein assurait que Dieu ne jouait pas aux dés. C'est vrai qu'il se garderait de jouer avec le Diable, maître des jeux du corps aussi bien que des esprits. Mais Einstein comme saint Pierre avait un côté pierre dont on fait les églises. Tirer des plans sur la comète est toujours un peu osé. Il y a toujours des interférences, rien n'est stable. Les physiciens, avec la théorie du chaos, commencent à entrevoir ce que les pataphysiciens avaient déjà discerné bien avant l'ère chrétienne. Dans l'identité des contraires certes, tout est la même chose. Cette même chose est en même temps la vie et en même temps la mort. Cela sur n'importe quel champ de bataille. Et qu'est-ce qui n'est pas champ de bataille ? Et même qu'est ce qui n'est pas chant de bataille ?

--France. Dunkerke ( Nord ). Une femme, qui s'était réfugiée dans un foyer avec ses enfants, se voit condamnée par le tribunal à trois mois de prison avec sursis et une amende de 800 euros pour ne pas en avoir donné l'adresse à son mari violent.

17.

( La cloche de Notre-Dame )

lundi 16 Tatane, Transfiguration de S. Vincent van Gogh / dimanche 29 juillet, Sainte Marthe.

La cloche de Notre-Dame

 

Le gars devant la boutanche

Vers elle se penche

Et se marre doucement

Elle est aussi vide

Que l'est sa poche à présent

Ni l'une ni l'autre n'ont de liquide

 

Le gars sans la boutanche

Vers ses cannes se penche

Et se lève lentement

Il oscille à la dérive

Et s'en va vers la rive

Autant en emporte le vent

 

Le gars sans la boutanche

Et sans plus de carburant

Don Quichotte de la Manche

S'en va vers le courant

 

Il y a bien longtemps de cela, le gars à la boutanche, un unijambiste, a été repêché et hélas pour lui, réanimé sur les bords de la Seine, à la hauteur du pont Saint-Michel.

18.

( Le Syndicat du Siège... pataphysique relationnelle... )

mardi 18 Tatane, Sainte Flamberge, voyante / lundi 30 juillet, Sainte Juliette.

--" On veut changer de place ! On veut changer de place ! On veut changer de... " Ce sont les six chaises qui, dans ma salle de séjour, ont ainsi manifesté leur volonté de changer de position sociale.

Elles avaient savamment conspiré entre elles, les unes et les autres, au cours de la nuit, alors que je dormais plus ou moins paisiblement. Elles avaient constitué un Syndicat du Siège auquel les deux fauteuils et le canapé ne s'étaient cependant pas ralliés. Elles se sentaient toutefois suffisamment fortes pour me soumettre leurs exigences : a ) une rotation hebdomadaire sera dorénavant instaurée dans le sens des aiguilles d'une montre, afin que chacune d'elles puisse bénéficier d'un angle de vue renouvelé. La place de chacune, actuellement, n'était, à les entendre, que celle d'une prisonnière, le boulet aux pieds dans son cachot, obligée de se contenter, pour tout paysage, d'une maigre fenêtre à barreaux fichée dans le mur juste en face d'elle ; b ) il faut, à tous prix, empêcher de laisser s'asseoir sur aucun siège de la salle de séjour des personnes malséantes, atteintes de météorisme, le siège des toilettes pouvant être mis à leur disposition ; c ) il est nécessaire de donner à leur aspect tout le brillant qu'elles méritent en les oignant de bonne cire, car chacune, depuis un certain temps, se sent devenir de plus en plus terne... Ce manque d'égards n'étant pas fait pour leur remonter le moral ; d ) il est nécessaire de leur assurer en toute saison une température constante de 21 degrés, car claquer des dents l'hiver et cuire l'été, cela pendant mes périodes d'absence, n'étant absolument pas syndical. Un meilleur souci de ma part quant aux rétractations et dilatations de leurs fibres m'est conseillé ; e ) les chaises n'étant pas des balançoires, interdiction doit être faite à tout sans-gêne de peser de tout son poids, pour se dandiner ou chalouper à son aise, sur leurs seules jambes arrières : f ) le syndicat rappelle qu'il y a un escabeau dans l'appartement et qu'il est inconvenant d'utiliser un siège pour atteindre l'ampoule morte que l'on désire changer.

Comme je demeurais silencieux, celle qui me sert habituellement de siège prit la parole avec l'assentiment de ses consoeurs.

-Pourquoi consoeurs, demandais-je ?

-Tout simplement, parce que nous sommes soeurs, nous avons été conçues à partir d'une même scierie d'arbre en arbre et que notre père est le même et seul menuisier.

-Alors pourquoi former un syndicat ? vous êtes de la même famille. J'accepte vos conditions car je considère, au nom de votre père qui fut ami de mon propre père, que vous pouvez très bien vous entendre entre vous et vous arranger pour un tour de rôle en rotation. Je me chargerai de la cire, je me servirai dorénavant de l'escabeau et, évidemment, je ne tolérerai aucune personne, du genre usine à gaz, de venir humilier l'une de vous.

Je dois dire que, là, j'ai été applaudi. Elles ne voulaient pas me créer des soucis, mais simplement marquer le coup. Je suis un peu rassuré, j'ai l'impresion qu'on va tous bien s'entendre à nouveau. Elles ont accepté que je ne me charge pas moi-même de les changer de place. Elles s'en occuperont elles-mêmes, entre frangines. Je pense que la neutralité affichée par les deux fauteuils et le canapé a contribué à cet heureux gentleman's agreement.

Je ne veux pas ici faire la moindre leçon de morale, loin de moi cette repoussante idée, mais je vous raconte tout cela pour vous dire que, avec un peu de doigté et de compréhension, on arrive toujours, dans les relations de proximité, à s'entendre, même avec un type comme moi, qui suis dur d'oreille.

--Irak. Kirkouk. Des tireurs déguisés en femmes ont attaqué dimanche un poste de contrôle militaire, tuant trois soldats.

19.

( Il ne faut pas tuer la marionnette... )

dimanche 22 Tatane, Ubu es liens / samedi 04 août, Saint Jean-Marie Vianney.

--Non, il ne faut pas tuer la marionnette. Rien que pour cet assassinat Valéry selon moi, ne valait rien et aurait mérité d'avoir la tranche têtée ; et la tuer en soi-même n'est autre que ce même assassinat nommé, pour la circonstance, suicide. Car cette marionnette est, pour tout un chacun, à la fois sa conscience, son âme et son corps. Non, il ne faut pas la tuer, la marionnette, mais bien au contraire l'exalter en soi-même comme chez les autres, cela d'autant plus que les marionnettes ont tendance à quitter la gueule de bois pour une bouille plus charnelle. Qui ne se souvient de Max Linder, de Charlot, de Buster Keaton, d'Harold Llyod, de Raimu, de Louis Jouvet et de tellement tant d'autres idolâtrés des petits, moyens et grands enfants jusqu'aux plus âgés. Qui ne se souvient d'autres marionnettes relevant davantage des média que du show-biz, tels les "grands" de ce monde, princes ou manants, quels qu'ils soient, plus marionnettes les unes que les autres. Non, il ne faut pas les tuer, mais bien au contraire, elles aussi les exalter, manants ou princes. Que ce soit celui-ci et celui-là parmi les lettres et les lézards. Que ce soit Anatole, le montreur de marionnettes du théâtre des Champs-Elysées à la Belle-Epoque, à la fois marionnettiste et marionnette. Que ce soit, de nos jours, voisins de ces mêmes Champs Elysées, ces guignols de la politique grands "serviteurs" des zélateurs, d'eux-mêmes et de l' Etat, pantins montrés, à la place des guignols naturels faits de bois, de carton, de tissu. Que ce soit en doulce France ou tout autre pays les marionnettes ne demandent qu'à être exaltées, c'est-à-dire gonflées comme le réclament toutes les baudruches pour leur grand plaisir et le nôtre avant d'éclater.

Le mystérieux docteur Faustrol lequel inventa le non moins mystérieux Alfred Jarry qui inventa un certain Père Ubu, et tout pareillement un certain Collège dont les membres sont eux-mêmes des Ubs, paraît bien avoir indiqué une telle orientation. Vive donc tous les Ubu, Guignol, Gnafron, Polichinelle, et tous les autres, qu'ils soit de bois, de carton, de tisu ou de chair et de sang. Non décidément, je me refuse à tuder en moi la marionnette, parce que, en moâ, comme chez tous les humains et les inhumains il y a quelque chose qui tire les ficelles et ce quelque chose c'est précisément la Pataphysique increvable, présente dès l'origine de ce monde en tous ses effets, physiques aussi bien que métaphysiques.

--France. Trappes ( Yvelines ). Un jeune homme de 18 ans condamné à 3 ans de prison dont 16 mois fermes pour avoir incendié un bus. La Rochelle ( Charente-Maritime ). Un Sans Domicile Fixe de 43 ans est parvenu à séduire une jeune fille de 16 ans sur Internet en trichant sur son identité, son âge et ses intentions.

20.

( Sémantique maniaque... )

mercredi 23 Tatane, Saint Panurge, moraliste / mardi 07 août, Saint Gaétan.

--

théo- Préfixe tiré du gr. théos, dieu.

théodolite- n.m. Instrument servant à mesurer des angles horizontaux et verticaux, en particulier les azimuts et les hauteurs pour calculer la surface de Dieu.

théophylline- n.f. Alcaloïde des feuilles de la Bible prescrit contre l'asthme.

théorbe- n.m. Surface circulaire de Dieu.

théorème- n.m. Navire de guerre à deux ou trois rangs de rameurs employé dans la lutte contre l'Adversaire.

théorétique- adj. Qui est relatif à la connaissance de Dieu.

théoricien- n.m. Personne qui étudie, élabore, échafaude et défend la théorie de la connaissance de Dieu.

théorie- n.f. 1. connaissance de Dieu. 2. Cérémonie de caractère religieux consistant en un cortège solennel accompagné de chants et de prières.

théorique- adj. Qui est du domaine de la religion.

théoriquement- adv. De façon théorique ; selon les principes de la religion.

théoriser- v.tr. Interpréter des données, des observations de la religion.

--Etats-Unis. New-York. Géant de Wall Street, la banque Bear Stearns a chuté hier en Bourse, entraînant les autres valeurs bancaires. La crise présente n'a pas fini de propager son onde de choc.

Toutefois, le Père Ubu, maître des Phynances, n'a pas encore prononcé le mot.

21.

( Nature a le dernier mot ... )

hunyadi 29 Tatane, le soleil solide froid.

-- ... Nous étions à table, chez le traiteur asiatique, et je m'en voulais un peu de ma légèreté. Lao tsu, d'ailleurs, n'était pas du tout offensé. Il m'avait fait sa remarque, avec le sourire discret, chinois, plus ou moins perceptible, nuancé. Je ne sais comment la conversation dévia sur les protons, les neutrons et les électrons. Il m'écouta avec attention et quand j'eus terminé, il resta un long moment silencieux, puis donna son point de vue : D'abord, il est bon de tout connaître, de tout savoir et puis d'envelopper tout dans la plus complète indifférence. Je vous l'ai formulé l'autre jour, le mieux c'est de s'en tenir en toute chose à la doctrine améliorée des Physiocrates : < laisser faire, laisser pisser > Quoi que fassent les hommes et j'ai le sentiment qu'ils sont en train d'en faire de belles, il faut, en soi-même, rester quiet. Je pense, lui dis-je, que vous parlez à mots couverts de la merdre ? J'entends que vous m'avez bien compris. En tant que Chinois, je fais partie d'un peuple prolifique dont les dirigeants tentent de limiter les naissances. C'est contraire à la nature et la nature ne se laisse jamais longtemps contrarier. Elle n'aime pas les médicaments qui prolongent les malades, les insecticides qui bousillent les insectes et en même temps les oiseaux, les produits contre les rats, les souris et autres bêtes dites nuisibles, elle n'aime pas ça non plus. Elle attend tranquillement l'heure qui est peut-être plus proche qu'on ne le croit, où les conneries accumulées vont exploser par elles-mêmes. Elle laisse faire, elle laisse pisser. La peste, le choléra, le sida, les inondations, la bombe atomique, la pêche forcenée, les guerres, le pétrole aux marées noires en attendant mieux, elle n'y est pour rien. Elle attend. De toute façon elle aura le dernier mot. Les machines ne pourront jamais fabriquer de la terre cultivable, ni fabriquer des forêts pour remplacer celles qui sont ratiboisées. Qu'est-ce que vous pensez de la hyène ? C'est une bestiole peu sympathique, dis-je. C'est une bête merveilleuse, comme est merveilleux le vautour qui, comme elle, déguste les charognes et fait ainsi de la médecine préventive. Il est bon de tout connaître, de tout savoir, mais aussi de la boucler devant le lucre qui tue. Vous ne savez pas combien il est lucratif de fabriquer le plus grand nombre d'ignorants le plus grand nombre d'idiots possibles ; le crétin, c'est ce qui rapporte le plus. Allons Anatole, laissez tomber les protons, les neutrons et les électrons. Allons boire notre café au bistrot d'en face avant qu'il ne fiche le camp.

--Inde. Etat du Bihar. Après vingt jours de pluie continue, le bilan de la mousson est dramatique : 1400 morts et 20 millions de personnes touchées. L'Etat du Bihar, dans le nord du pays, est l'un des plus inondés.

22.

( Le hasard... )

mardi 10 phalle, Sainte Nitouche, orante / lundi 20 août, Saint Bernard.

--Au départ le hasard est un dé arabe. Le physicien Einstein se refusait, dans une boutade, de l'imaginer dans la main de Dieu : < Le bon Dieu ne joue pas aux dés > Il semble que de nos jours, ces dés symboliques, délaissés de leur cornet par l'Être suprême, mais recueillis, agités et lancés au petit bonheur, aient fait du Hasard, le seul maître de notre origine, de notre vie, de notre identité et de notre destin.

< La présence de l'homme au monde doit tout au hasard >, < Le hasard est ce qui gouverne le vivant et même crée la vie > Ce sont là deux phrases savantes, parmi d'autres, présentées comme étant surprenants dans le monde de la science ou " le hasard se niche même au coeur de nos cellules comme le découvrent les biologistes". Tel est le constat en ce début du 21° siècle vulgaire où 2009 commémorera le bicentenaire de la naissance de Charles Darwin. Ce qu'il y a de curieux dans cette nouvelle Révélation, c'est que nos scientifiques aient mis tellement longtemps pour se ranger à l'intuition non pas bergsonienne, mais généralisée, tout au long des siècles, dans la conscience de tout un chacun, cela même parmi les plus "démunis". Pour les moins "démunis" il fallait des preuves. Ces preuves, paraît-il, viennent de leur tomber dessus, comme à foison. Mais enfin ! qui n'a jamais ressenti que père et mère s'étaient rencontrés tout à fait par hasard et que, ainsi mis au monde, de ce fait, il n'était lui-même ou elle-même qu'un "produit" de ce hasard. On peut toujours jouer sur les mots et déclarer que ce n'est pas par hasard qu'il y a un hasard. Le hasard n'en reste pas moins là pour autant. Le hasard se passe aisément du bon Dieu qui ne joue pas aux dés. Il reste là, comme un grand et se débrouille très bien tout seul. Et les savants en viennent même à reconnaître qu'il fait bien les choses! C'est peut-être aller un peu loin (...)

--Israël- Etats-Unis. Après la signature d'un contrat militaire avec la Chine, qui avait déplu au Pentagone, Israël doit désormais présenter des demandes préalables aux Etats-Unis pour ses exportations d'armes, autrement dit obtenir une permission alors que l'état hébreu fait partie du peloton de tête dans le monde pour ce secteur.

23.

( Le Physicien et l'idéalisme pantaphysique... )

mercredi 11 phalle, Sainte Lèchefrite, botteuse / mardi 21 août, Saint Christophe.

--Après la première guerre mondiale, autour de mes dix ans, les physiciens, et tout ce qui concernait la physique, me captivaient. Physiciens, c'est ainsi que les garçons et filles dénommaient les prestidigitateurs qui sortaient des lapins de poche où ils avaient mis des mouchoirs ou bien passaient une épée à travers le cercueil où, vivante, avait été enclose une jeune fille. Physiciens, étaient aussi les illusionnistes et les magiciens.

Le physicien, en des temps plus reculés, était aussi bien le médecin que le vétérinaire ou le botaniste. C'est un mot très extensible que l'on peut déployer, tel un éventail, sur tous les corps de métier. Les activités de la recherche scientifique, me dira Monsieur Einstein, ne sont pas à confondre avec les professions. Je lui répondrai, malgré l'estime que je lui porte, qu'il s'agit là d'une dichotomie que je me refuse à partager avec lui. Je ne vais tout de même pas, sous le faux prétexte que nous sommes en l'an 2000 et quelque, abandonner comme ça toute la physique des anciens physiciens en leur propre évolution, laquelle entraîne nécessairement les physiciens de la recherche actuelle.

Physiciens sont donc, en premier lieu, les prestidigitateurs, escamoteurs, illusionnistes, les magiciens alchimistes, prêtres, astrologues, mages, sorciers, nécromanciens, puis les gens de métier, de toutes professions. Qui n'est physicien ? Pourquoi en distinguer le chimiste ou le biologiste ? Pourquoi distinguer qui de qui, quant à la base de tout le visible et de l'invisible se trouvent toutes sortes de petits trolls qui ont nom atome, molécule, proton, neutron, électron, photon et tutti quanti. Ces trolls qui se baladent partout dans les corps solides, liquides ou gazeux. Ces trolls sont plus que petits, invisibles à l'oeil nu, ils sont immenses ! là dans ma tasse à thé, dans mon thé, et dans moi-même, par milliards de milliards de milliards, dans mon physique comme dans celui d'Albert Einstein ou de Werner Heisenberg, aussi à l'aise dans le vôtre que dans le mien. Comment ces trolls sont partout, dans vos yeux comme dans vos ongles des pieds, je pense que le moment est venu de vous dire qu'ils sont, eux, les véritables physiciens, eux qui meuvent le monde et l'arrière-monde, notre univers et tous les autres. Ils meuvent le boulanger, qui avec un peu de farine, de sel et d'eau, fournit notre pain. Ils se meuvent dans le christ que porte en croix le curé, et mieux que Dieu, se meuvent en lui. Non seulement ils sont physiciens mais aussi et surtout, comme le fut, en 1888, M. Hébert, professseur de physique au lycée de Rennes, pataphysiciens. La 'Pataphysique , < science des solutions imaginaires, qui accorde symboliquement aux linéaments les propriétés des objets décrits par leurs virtualité rejoint par delà-même une autre définition selon laquelle elle est < Science des sciences > Il n'est guère concevable, en effet, que toute manifestation humaine ne passe préalablement dans l'imaginaire d'un cerveau, tant pour la procréation que pour la création. La tour Eiffel se serait-elle donc érigée toute seule dans Paris s'en s'être en allée faire un petit tour dans l'encéphale de Gustave Eiffel ?

Cela dit, il n'est pas interdit, à 300 et quelques mêtres de hauteur, de discerner dans de vieux livres rabelaisiens que Pantagruel se lisait Pãtagruel. Et, à cette hauteur, d'assister au big bang pataphysique de la physique : pãtaphysique ! Ce pan, tiré du grec, nous donne tout. Pan, dieu de la fécondité, incarne de nouveau le dieu de l'univers alexandrin, univers désormais en expansion. ( Expansion prévue par Alfred Jarry, en son chapitre 40 des Gestes et opinions du docteur Faustroll pataphysicien, intitulé ' Pantaphysique et catachimie". ) Ainsi, l'imaginaire, pur produit ds particules élémentaires, se fait plus réel que le réel. Il passe, tel une onde, à travers la physique pour atteindre l'inévitable 'Pataphysique, là où la réalité ne cesse de se confondre avec la virtualité.

--Russie. Moscou. Le président Poutine a annoncé, samedi dernier, la reprise immédiate des vols des bombardiers stratégiques russes < sur une base permanente >, renouant ainsi avec une pratique réciproque de la guerre froide. Ces vols de bombardiers stratégiques à long rayon daction avaient été arrêtés en 1992. Le virtuel a fortement tendance à devenir réel.

24.

( Avec Henri de Monfreid et Rimbaud... )

jeudi 12 phalle, Sainte Andouille, amphibologue / mercredi 22 août, Saint Fabrice.

--Quand, en position allongée, le syndrome d'Ahasvérus commence à taquiner une de mes jambes ou l'autre, il vaut mieux quitter ma litière et remettre à plus tard le sommeil. Cela ne me fâche plus. " Ce qui doit arriver arrive" , mon pater, fataliste, tenait cela d'un certain Jacques, un de ses potes, sans doute. J'ai découvert que ce n'était pas la peine de jouer les prisonniers et de compter mes pas entre quatre murs. Je ne soupire plus en contrebas du soupirail. Mes gambettes refusent-elles de rester plus longtemps allongées ? Je laisse couler, tel un grand fleuve tranquille, le lit derrière moi. Je m'assieds au bord de la rive et je bouquine.

Cette nuit je me suis payé le luxe de m'installer sur la plage d'Obock pour attendre le retour de Henri de Monfreid qui, en mai 1914 tournant le dos au golfe d'Aden qu'il se devait d'emprunter, comme il en était convenu avec les autorités, s'en était allé, loin des yeux du gouverneur de Djibouti, vendre ses pétoires et ses munitions du côté de la mer Rouge. Devant moi apparaît au loin la toile de son boutre ; il a réussi son opération très risquée. Je suis content pour lui. A l'époque tous les trafics étaient autorisés mais réglementés. Alors, les réglements, lui et moi, on s'en foutait. La voile est encore lointaine, le vent lui est contraire, il a le soleil en face. Ce vent, le terrible khamsin, brûlant et sec, n'arrange pas les choses. Il doit louvoyer longtemps, éviter certains écueils. Enfin je les vois débarquer, ils ont l'air, lui et ses hommes, complètement vannés et surtout assoiffés. Je le vois boire cinq ou six litres de flotte. Pareil pour les autres. Ils ne m'ont même pas remarqué. Ils mettent tous, sans le savoir, leurs pas dans ceux, effacés, de Rimbaud, alors qu'il avait encore ses deux jambes. Arthur ne pouvait voir Obock en peinture. Dans sa bibliothèque, Henry avait les lettres d'Arthur à sa famille. Il savait donc que Rimbe était venu dans le coin. L'un et l'autre faisaient le même job. Leurs lettres ont des points communs que n'ont pas leur propre destin. Une guibolle en moins et une mort à 37 ans pour Arthur, pour Henry une vie de souris furtive et malicieuse face aux polices anglaises et française et une mort à 95 berges. Deux hommes fort estimables qui se situaient hors de la vie coloniale des autres. Henry, musulman sous le nom d'Abd-el Hay ( esclave du vivant : un des 90 noms d'Allah ) avait abandonné le casque des colons et, trait commun avec Bardamu l'africain, évitait l'alcool. Il vivait la vie des aborigènes, pieds nus, à cheval, à dos de chameau, mettait les voiles pour affronter les aléas des transports de haschich, fusils, cartouches, perles. Peut-être a-t-il manqué à Arthur de se faire un peu coupé "le zobbi", ce que n'avait pas manqué Henri pour être musulman parmi les musulmans.

Je jette un dernier coup d'oeil sur Obock. Je n'ai plus rien à y faire maintenant que je suis rassuré sur le sort de tous ces casse-cou. Je quitte Obock à la nage, je me tape de même les mers rouge et méditerranée, je me mets dans la peau d'Ahasvérus pour quitter Marseille et rejoindre ma tanière en la Ville. Félix et Théo dorment entre les pattes l'un de l'autre, je me glisse dans mes draps.

--France. Marseille ( Bouches -du-Rhône ). Un homme, éjecté d'un scooter des mers, a été retrouvé mort au large de Marseille. Le pilote, tombé lui aussi, est parvenu à regagner la côte après avoir nagé toute la nuit.

25.

( Cosmologie et métaphysique : de l'écart, de l'indétermination ou Faustroll à l'origine radicale de toutes choses... )

vendredi 13 phalle, Sainte Bitre, ouvreuse / jeudi 23 août, Sainte Rose de Lima.

--Si l'on conçoit que Faustroll, se voulant plus petit que lui-même, conduit chaque atome, toujours accompagné de l'huissier Panmufle et du rutilant Bosse-de-Nage, il n'est pas difficile de concevoir qu'il conduit, aussi bien, et en même temps, la musique des sphères et leur danse dans chaque galaxie. Cette danse particulière de chacune des étoiles est très moderne, en ce sens que les pas, d'abord prévisibles, font parfois, tant dans la macro pataphysique que dans la micropataphysique des particules élémentaires, de petits écarts imprévus, infimes au départ, mais s'écartant de plus en plus. Tout comme, en leurs parcours et en leur expansion, les spires d'une spirale s'écartent les unes des autres. C 'est ainsi que, dans un télescope de 8, 2 mètres ou dans un microscope électronique, telle ou telle star ou quark ne se trouve pas nécessairement à l'endroit et à l'heure du rendez-vous. Le principe de certitude cher à tout galant déterminé, ne tarde pas à laisser passage à sa perplexité puis à son incertitude quand, en lieu et place, la danseuse indéterminée lui a posé un lapin.

--France. Zinédine Zidane demeure la personnalité préférée des Français devant Yannick Noah, Nicolas Hulot et Mimie Mathy, selon le top 50 des personnalités, réalisé par L 'Ifop. Soeur Emmanuelle se glisse à la sixième place.

26.

( Être minoritaire... )

mercredi 25 phalle, Nativité apparente d'Artaud le Momo / mardi 4 septembre, Sainte Rosalie.

--Être minoritaire par vocation ou par provocation sont deux attitudes différentes. La vocation implique la solitude, la provocation, la foule. L'aventure ressortit à la vocation qui est aspiration discrète et même secrète en ses manifestations comme en ses résultats. L'aventure exemplaire est la découverte du trésor que l'on n' a même pas cherché. Là se révèle la qualité ou la non qualité daventurier du découvreur. Le hasard lui a remis un cadeau tout personnel et c'est à ce moment que l'aventure commence. Cela tient à la personne elle-même qui est capable ou incapable de garder un secret. Le secret est, précisémént, de garder le trésor. Le Trésor dit public n'est jamais que pour quelques-uns qui laissent croire aux autres qu'il est pour tous...

(...).

--France. Paris 16°. Une employée licenciée d'un restaurant, après avoir menacé la patronne, s'est retournée contre un policier muni d'un pistolet Taser. Pistolet à impulsions électriques qui se révéla défaillant. En échange, le policier reçut trois coups de couteau. L'arme à feu, plus efficace, d'un second policier, a grièvement bléssé l'employée congédiée.

27.

( Niaiserie politique des gens de science... Albert Einstein, Robert Oppenheimer... )

jeudi 26 phalle, Disparition de l 'Ancien Breughel, incendiaire / mercredi 5 septembre, Sainte Raïssa.

-- (... ) La Ville, quand elle ne dort pas, c'est toujours, entre deux feux verts, pour entendre bourdonner, ronronner, grommeler, grogner les bagnoles, gronder les motos en pétard, gémir les ambulances, vociférer les voitures de police, hurler les sirènes enchanteresses des pompiers. La Ville, c'est la jactance. Où est le temps où l'on mettait de la paille sur la voie afin que ne soit pas réveillé celui qui venait de casser sa pipe ? Evidemment, ce macchabée, pour qu'on prenne tant d'égards, ne devait pas être de la petite bière dans son beau cercueil. Quoiqu'il en soit, on ne verra plus ce genre de cérémonie avant bien des millénaires. Si toutefois il reste des millénaires à venir. Après Hiroshima, Nagasaki Tchernobyl, on se demande où la Sagesse est allée se planquer. Lao tsu m'a confié que les savants inventeurs de la bombe avaient été fort malheureux d'avoir participé à cette grosse farce du 24 tatane 71, fête de la S. Pissedoux, caporal des hommes libres ! Des bambins, ces gens de science. Ils font dans leurs couches et se mettent ensuite à pleurnicher. Il est bien temps ! L'un deux est même allé vomir, quand il a appris le résultat de son beau savoir-faire. Plus de cent cinquante mille morts d'un seul coup d'un seul . Oui, il était bien temps d'avoir quelques regrets ! Alors, ils ont demandé les magiciens, qu'on arrête les frais, qu'on mette fin à ce chantier. Les gens au pouvoir les ont envoyés sur les roses. Non, messieurs les mages, on continue. Sinon, les autres vont s'y mettre, nous rattraper, et puis nous dépasser. Des fois que Hitler reviendrait, on ne sait jamais. Vraiment des mômes, ces savants qui ne savent ce qu'ils font ! Et Albert, le grand Albert, quand il nous tire la langue, n'est-il pas mignon ? Un vrai gosse, Albert ! Et Julius Robert, donc ! C'était la crème des hommes, toutes les larmes de son corps y sont passées quand il a su que, glouglou, deux grandes villes avaient été avalées si gloutonnement ! D'un seul coup ! A la fois terribles et sensibles, ces vieux enfants ! Maintenant, la folle aventure continue, discrète, secrète. Vers quelle île au Trésor ?

--Caraïbes. Jamaïque. Le cyclone Félix s' est renforcé dans la mer des Caraïbes et est devenu un < ouragan majeur > de catégorie 5 sur une échelle qui en compte cinq. A 9 heures GM ( 11 heures à Paris ), l'oeil du cyclone se trouvait à 445 km au sud-est de Kingston, avec des vents à 270 km/ heure. Décidément, Félix n'en fera jamais d'autres.

28.

( Du principe d'incertitude, du pays de Nulpar et du Réel... )

vendredi 27 phalle, S. Priape, franc-tireur / jeudi 6 septembre, S. Bertrand

--A force de m'efforcer de voir les choses derrière les choses, j'en suis venu à être incertain de tout. C 'est une bonne position pataphysique. Elle implique de garder son quant-à-soi. Le principe d'incertitude face à toutes les certitudes permet de se donner latitude et l'attitude. Je me suis félicité d'être à la fois à la Ville et en même temps dans un coin charmant de Haute-Vienne. Félix m'a ouvert les yeux en réussissant l' expérience du chat de Schrödinger, d'être, à la fois, mort et vivant. Il n'y a de liberté que celle de l'électron libre qui se permet de passer en même temps en deux endroits différents. La pensée peut se permettre davantage. Mais piane, piane, ne nous emballons pas, chaque chose en son temps. Tout vient à point à qui sait attendre, la queue de notre chat est bien venue, disait ma grand-mère. Dans mes expériences de pensée, je reste quelque peu déconcerté par l'immensité de Nulpar. J 'imaginais qu'il y avait au moins mille et une portes de sortie et d'entrée. Cela ne ferait donc qu'un petit pays dans le Limousin. Or les choses se passent maintenant, dans ce qu'il me reste d'esprit, à l'inverse de ce que je croyais. C 'est le Limousin lui-même qui est un petit pays minuscule, dan l'immense Nulpar. Il y a des millions de portes. D'aucuns ont trouvé un joint pour y pénétrer, d'autres avant eux, avec plus de cérémonie, avaient découvert l'absinthe. Je suis retourné là-bas, une fois de plus, je n'en rapporte que quelques miettes, mais toujours avec le regret de n'y être point resté. Oui, je sais, il y a eu ce sale jour de pluie où, réfugié dans un hangar, je me suis retrouvé face à face avec des jeunes qui voulaient brosser la farine qu'ils voyaient dans mes cheveux et, en même temps, mes vêtements. Un bon coup de poing sur le nez de celui qui tenait la brosse avait fort heureusement remis les choses en place. A Nulpar, comme partout, il y a des bonnes et des mauvaises portes. Nulpar est donc immense, il se juxtapose au paysage dans lequel on se trouve déjà. C 'est un pays qui cavale dans l'azur du jour ou dans le noir de la nuit, tout comme la planète elle-même. Et pourquoi, dites-moi un peu, les choses ne seraient-elles pas ainsi ? Cela, c'est du surréalisme, me direz-vous. Mais, pas du tout. C'est tout simplement le réel, et cela fait partie du réalisme bien compris. Je suis sûr que Lao tsu ou Théo ou Félix, Robert Acorcet, Marie-Madeleine Molyneux, la princesse Godagouine et d'autres encore, s'ils étaient là, seraient d' accord avec moi. Et je pense que ce cheval, que j'ai vu, près de la tombe de Félix, serait d'accord aussi. Cela dit, si vous voulez bouder, vous pouvez me tourner le dos, dans votre coin, dans un des angles de vos pauvres quatre murs. Où croyez-vous donc être, vous-même, sinon dans Nulpar ?

--Grande Bretagne. Londres. Suspectés de crimes, 2850 enfants ont échappé aux poursuites de la justice en 2006 : ils avaient tous moins de dix ans, âge de la responsabilité criminelle en Angleterre et au Pays de Galles. Le débat sur l'opportunité de modifier l'âge de la responsabilité criminelle est relancé.

29.

( Alfred Nobel : dynamite et philentropie... )

dimanche 8 absolu, Absinthe, ci-devant S. Alfred / samedi 15 septembre, S. Roland

< Comme les gazs chauds des tuyaux d'échappement, les déchets accompagnent nos efforts pour vivre,

organiser notre habitation, notre alimentation , notre travail.

Ainsi en est-il des excréments que nos organismes rejettent après avoir récupéré, dans la nourriture, ce qui leur convient.

A toute organisation s'associe une production d'entropie à évacuer. >

( Hubert Reeves, L' heure de s'enivrer )

*

--Misentrope ou philentrope, nul ne peut aller à l'encontre de l'entropie. Et moins que tout autre, peut-être, le philanthrope Alfred Nobel ( 1833-1896 ), qui -outre la dynamite, inventa la gélatine explosive, la poudre sans fumée, laquelle révolutionna l'industrie des munitions-, présenta plus de 300 brevets pour 150 inventions qu'il exploita dans 90 usines et dans 20 pays. En 1886, il avait sous sa coupe 60 compagnies rassemblées dans deux grands trusts. Pour plus de 90%, son immense fortune tenait à la création d'explosifs. Ce qui, sur les champs de batailles et ailleurs, mais surtout sur les champs de blessés et de morts, ne va pas sans une très forte production de déchets. La marge est aussi faible pour différencier misanthropie et philanthropie qu'elle ne l'est pour distinguer le misentrope du philentrope. Quoiqu'on fasse, on ne peut séparer l'homme de ses exréments, autrement dit de ses déchets. C 'est à cette aune d'inséparabilité que, comme en physique quantique, l'on peut considérer Alfred. Un jour, ma grand-mère, observant la grande maigreur d'un miséreux, remarqua : < Pauvre garçon, il ne doit pas faire de bien grosses crottes ! > Alfred, dans sa production d'entropie, tout au contraire, fit d'énormes bouses, lesquelles, à son époque, il faut toutefois le reconnaître, ne chutaient pas encore du ciel. Le Quid rappelle qu'il fut poète. Il rapporte aussi l'anecdote suivante, qui fait penser au < Club du suicide > de Stevenson : Alfred < avait proposé au préfet de Paris de créer un hôtel des suicidés où les < hôtes> pourraient trouver un bon repas, passer une bonne soirée puis mourir d'une façon rapide et indolore >. C 'est peut-être là qu'il s'est montré réellement philanthrope. Ne fut-il pas moins productif d'entropie quand il manipulait encore les poudres que lorsqu'il voulut couronner, anoblir, et récompenser, autrement dit nobéliser, les < bienfaiteurs de l'humanité > issus de la Physique, de la Chimie, de la Physiologie et de la Médecine, de la Littérature, de l'Economie, dont les besoins, c'est-à-dire les gazs chauds, depuis, n'ont cessé de se faire de plus en plus sentir ?

--France. Béthune ( Pas-de-Calais ). Une école a été entièrement évacuée hier à cause d'une fillette de 9 ans qui a sorti de son cartable une grenade de la Seconde Guerre mondiale. L'instituteur avait demandé à ses élèves d'apporter un objet insolite.

30.

( De la banale étrangeté et des illusions de l'historien, inventeur du passé... )

dimanche 15 absolu, Ethernité / samedi 22 septembre, S. Maurice.

--J 'avais d'abord reçu comme un coup de poing qui m'avait dissuadé de continuer ma sieste. Les yeux grands ouverts, à part le petit monde des objets familiers, je n'avais vu personne près de moi. Pourtant j'avais bien reçu un coup fort douloureux. Un nouveau coup d'oeil sur chacun des objets ne révélait, tout apparente qu'elle fût, que leur innocence. J 'avais ensuite entendu un bruit de charrette qui cessa et redémarra peu après. Comme souvent j'entends des bruits qui, apparemment, ne sont destinés qu'à moi seul, je restai sur place. La réalité ou non de cette charrette allait se manifester d'elle-même. Laisser et voir venir est, pour moi, devenue attitude coutumière. C 'était Lao tsu qui, ti ti ta ta, s'annonça en langage morse, à la vitre de la porte. Cela faisait un petit bail qu'il ne s'était point manifesté. Il était demeuré habitant de la Ville et nous ne nous retrouvions plus ensemble chez le traiteur asiatique. Quand je le vis après les saluts d'usage, je lui montrai aussitôt mon bras orné d'un bleu, lui demandant s'il y était pour quelque chose et si c'était là sa manière de prévenir et de s'annoncer. Il hocha la tête. Non, je t'assure, je n'y suis pour rien, mais la chose est étonnante. D'autant plus, ajoutai-je, que le coup porté n'a pas été indolore. Nous prîmes place devant une bouteille et deux verres et je lui fis part de mon sentiment d'étrangeté devant les choses telles que je les voyais et les vivais. Pas tellement étrange que cela m'assura-t-il. Nous trinquâmes et il développa son propos.

Ce qui est le plus étrange , c'est de ne voir alentour que la banalité que nous y avons mise, alors qu'à l'instant même, toi et moi, nous constituons, de part et d'autre, une étrangeté différente l'une de l'autre. J 'en convins aussitôt et l'invitai à s'exprimer davantage. Il me regarda sans trop me voir, tout à sa réflexion. Le passé, le présent, l'avenir ne sont jamais qu'un seul et même présent. Oui ? Eh bien, reprit-il, ce passé dans notre esprit, qu'on le veuille ou non, il n'est pas de la même texture qu'il ne l'était dans son présent d'alors. Dans notre esprit, il n'en reste qu'une loque trouée ( ... ) C'est cela qui est étrange, ce présent, synonyme de cadeau -il se mit alors à humer le parfum du vin- ce bouquet, qui va bientôt se faner et se décomposer. Que des historiens, par exemple, archéologues ou pas, nous traduisent et puissent prétendre et croire à un passé qu'ils ne font qu'inventer est pareillement étrange. Tout est faux de ce qui nous est rapporté du passé. Ainsi ce bleu que tu m'as montré est la seule chose qui fasse encore partie du présent, tu ne sais rien d'autre que sa seule présence, absolument rien de ce pourquoi il se trouve là, comme un furoncle. Tu as reçu un coup, il en est la preuve. Un coup douloureux suivi d'une tache de couleur rougeâtre, puis un bleu qui va passer au noir. En expliquer l'origine serait faire un travail inventif d'historien. Tout est étrange et cesse de l'être par cette force de l'habitude qui nous accoutume à tout.

Je pensai, en l'écoutant, que nous étions pareillement étrangers à nous-mêmes et que, à force de nous percevoir dans le miroir, de nous entendre appeler toujours par le même nom, l'habitude nous façonnait peu à peu dans une banalité hors nature. Lao tsu se montra affirmatif : se connaître soi-même est la première farce de la vie. Quant aux étrangers, ils sont fatalement étrangers les uns aux autres. Nous nous souvînmes des commencements collégiaux à propos d'une image sandomirienne de ce qu'est le présent de tout un chacun : que fait le rat une fois entré dans la cage ? il mange le fromage. Je fis alors couler le fromage contenu dans la bouteille en nos verres. Ce n'était pas ni du gros bleu, comme mon ecchymose oubliée, ni du rouge, mais l'ambre de la "mort subite " et nous trinquâmes à notre santé.

31.

( De l'avenir de la Terre et de la musique des sphères... )

vendredi 20 absolu, S° Mélusine, souillarde de cuisine / jeudi 27 septembre, S.Vincent de Paul.

--Sur une illustration, Thomas, 8 ans, les jambes dans l'eau jusqu'aux genoux, me montre la future carte de France, si... Si quoi ? Il s'agit, je suppose, de l'effet de serre, dû au réchauffement industriel de la planète, par le gaz carbonique. Brest, Nantes, Paris, Bordeaux, Marseille sont sous les eaux, la Bretagne, très amaigrie, est devenue une île. < Avec des si on mettrait Paris en bouteille >, disait ma mère-grand. Au cas où cela se produirait, on peut imaginer que la tour Eiffel serait encore visible et que des touristes viendraient lui rendre visite en bateau à voiles et l'on reviendrait à ce qu'il est convenu d'appeler " le bon vieux temps ".

De toute façon, tout est recommencement. Persée n'aurait pas dû, par exemple, délivrer Andromède, liée à son rocher marin par ordre du dieu antique de la mer. Devenue galaxie rivale de la Voie Lactée, Andromède fonce, accompagnée de milliards d'étoiles et de moindres rochers en direction de la Terre, laquelle ne manquera pas de prendre un astéroïde en pleine face. Telle est la vengeance pour faire sortir Poséidon de ses gonds. Les scientifiques sont formels. On peut penser que les tas de bombes atomiques qui sont mis en réserve se feront une joie de collaborer, mais dans une très faible mesure, à cet explosif règlement de comptes. Que la Terre prenne un astéroïde en pleine poire, cela est, à ce qu'il paraît, déjà arrivé. Le résultat a été qu'un bon morceau de la planète, si l'on en croit les on-dit, s'est envolé dans les lointains pour y devenir notre sympathique lune. Il est permis d'imaginer que, cette fois, la collision étant autrement plus sérieuse, cinq ou six lunes rejoindront la première. Cela permettra aux âmes poétiques des astrologues et des astronomes, des bergers et des bergères d'une autre Terre, de s'adonner à de ravissantes rêveries, car il ne faut pas oublier que, outre les symphonies pastorales et les chants du monde, il y a aussi, pour combler les mélomanes, la musique des sphères.

--France. Gémenos ( Bouches-du-Rhône ). Le butin du braquage à l'explosif survenu dimanche dernier au siège de la société de transport de fonds Sazias avoisine les 10 millions.

32.

( Des masques et de l'invisibilité... )

dimanche 22 absolu, Emmanuel Dieu / samedi 29 septembre, S. Michel-S. Gabriel.

--Il pleut. Théo est allé, quand même, faire un tour en évitant les châtaigners car il n'aime pas poser ses pattes sur les piquants de bogues et revenir sur trois afin que je lui retire l'épine de sa patte en l'air. Félix a préféré rester à la maison. Il n'aime pas la pluie. La pluie est devenue telle qu'on ne peut rien voir qu'elle, cape d'invisibilité. J'imagine alors Kepofti sous cette cape. Comme il n'apparaît pas, je pense qu'il a choisi de rester au sec. Je hausse les épaules. Félix m'interroge : Pourquoi hausses-tu les épaules ? Je lui parle de l'homme invisible et, à son tour, il hausse les épaules et me fait un long discours. < Mais Théo, toi et moi, nous sommes comme tout le monde, invisibles. Nous sommes tous masqués. On a vu la reine d'Angleterre à la télé, tout le monde a cru que c'était bien la reine d'Angleterre qu'on voyait là, en chair et en os. Pas du tout ; au moment où tous les spectateurs la regardaient descendre de sa voiture, elle était, en chair et en os, au palais de Buckingham en train de casser la croûte, elle n'était donc pas visible à ce moment là ; cela s'appelle invisibilité par diffusion intensive alors que l'on prétend qu'une manière de disparaître est celle par réduction de la diffusion. Et puis, il y a les masques, ceux de Venise, par exemple, derrière lesquels on ne reconnaît personne, alors que la personne sous le masque est déjà sous le masque de son propre visage de bon apôtre. > Tu vas peut-être un peu loin Félix. < Allons, Anatole, allons ! tu sais bien qu'il ne faut pas juger les gens sur la mine. Les souris le savent bien qui font, quand même, un détour quand je fais semblant de roupiller, ce qui pourtant rejoint la manière de disparaître par réduction de la diffusion. Sous le masque de son propre visage, chaque personne dissimule non pas un, mais plusieurs personnages invisibles, différents les uns des autres et interchangeables, qui s'expriment, à travers le masque du visage proprement dit, pour répondre à l'interlocuteur ou à l'interlocutrice. Ce personnage, appelé sur scène le temps de sa prestation, fera place à un autre pour la scène suivante. La vie, des champs de course aux champs de bataille, est théâtrale. >

--Vietnam. Province de Thua Thien Hué. Onze nouvelles espèces au Vietnam. Un serpent, deux papillons, cinq orchidées ainsi que trois autres plantes, dont un aspidistra et un arum, viennent d'être découverts dans les forêts tropicales de la cordillière Annamitique.

33.

( Le général, les Généraux, le particulier, le Myanmar... et le désir démocratique... )

mardi 24 absolu, SS. Rakirs et Rastrons, porte-côtelettes / lundi 1octobre, S° Thérèse de Lisieux.

--Anatole dort à poings fermés. Kepofti et lui ont bu plus d'une bière, hier. Kepofti est parti sur son cheval, lequel n'était pas un des chevaux-vapeur que, dans son état, il n'aurait pu conduire. C 'était un cheval comme vous et moi. Je veux dire comme vous qui ne peut être que vous et comme moi qui ne peut être que moi et comme le cheval de Kepofti qui ne peut être vapeur. Me fais-je bien comprendre ? Je pense que, Anatole, une fois de plus, va rater le coche de son journal ; alors je prends sa place. Il peut dormir sur ses deux oreilles. S'il me dit quelque chose de travers je lui ferai le gros dos. Cela suffit pour restaurer la bonne entente entre nous.

Alors, selon mon habitude, d'ailleurs, j'ai parcouru les titres des gazettes pour y trouver quelque chose de particulier. Bien entendu, comme je m'y attendais, il n'y avait rien de ce genre pouvant m'intéresser. Tout part du général toujours au pouvoir pour assujettir le particulier. L'événement du jour au Myanmar, notamment, est que les généraux au pouvoir à Rangoun, la capitale, se maintiennent aux affaires en faisant tirer leurs soldats sur les manifestants et arrêter les bonzes qui servent de bouclier à l'opposition dans une sorte de "révolution orange" telle qu'elle eut lieu, dernièrement en Ukraine et au Caucase ; avec cette différence que la couleur orange, ici, est celle des moines bouddhistes. Il est notable que les "révolutions", ces temps-ci, soient passées du rouge à l'orange pour indiquer leur "fondement" démocratique. Un cocktail à l'orange, au goût peut paraître plus doux qu'au citron. Orange ou citron, la couleur ne peut rien contre le tic-tac du réveil des mitraillettes d'aujourd'hui plus efficace que le léger sifflement des arbalètes d'autrefois. La junte, puisque c'est ainsi qu'on nomme un gouvernement militaire au pouvoir, est aux commandes du Myanmar depuis un demi-siècle.

Le désir démocratique mondial est d'instaurer un régime où les chats et les souris puissent s'entendre. Ce qu'un chat comme moi trouve amusant c'est que je suis bien d'accord avec ce point de vue là. Je suis prêt à m'entendre avec elles, moyennant d'en croquer, au minimum, cinq ou six par jour. J 'accorde cependant que mon point de vue est particulier, comme celui du général en chef, par exemple. Mais il y a toujours un particulier pour réclamer la place d'un général. Chez les quatre-pattes, comme Théo et moi, tout est particulier. Chez les deux-pattes tout part du général, comme chez les abeilles où la générale, parce qu' elle a six pattes, a droit au titre de reine. Qu'il y ait incompatibilité d'humeur entre les militaires et les moines du Myanmar provient de ce qu'ils suivent une règle bien différente l'une de l'autre. D'aucuns veulent intervenir avec une troisième règle qu'ils baptisent démocratique. Ce n'est jamais qu'une règle qui ne saurait que conforter d'autres généraux au pouvoir. Qu'ils soient civils, religieux ou militaires les généraux au pouvoir ne forment jamais qu'un junte. D'ailleurs, par la voix de Julien Torma, le Collège l'assure : < Il n'y a qu'un salut, le salut militaire >.

-Monde. OMS. Selon une évaluation de l'organisation mondiale de la santé : 1° Il n'existe pas de traitements efficaces pour 75% des 18.000 maladies répertoriées. 2° les maladies environnementales gagnent du terrain ( 10% de la population française serait obèse, 100. 000 nouveaux cas de diabète sont recensés chaque année ).

34.

( Totalitarismes et oligarchie démocratique au point de vue du parfait dilettante... )

mercredi 25 absolu, S. Joseb, notaire à la mode de Bretagne / mardi 2 octobre, S. Léger.

--J 'étais en train de lire, dans mon journal, le texte rédigé par Félix. Il me regardait, assis sur son derrière à même le plancher, sa frimousse tout attentive, intéressé de savoir ce que j'en pensais . -Tu aurais pu te dispenser de signer, quand même ! On n'a pas besoin de savoir, dans le Landerneau limousin ou ailleurs, que j'ai bu un petit coup de trop, avant-hier. -Pas question qu'il m'a répondu. J'ai écrit, je signe. Il ne faut pas généraliser mon texte et les tiens. Mon texte est particulier, parce que je suis particulier. N'aurais-tu pas tendance, par hasard, à penser que toutes les idées se valent et à refuser de nommer un chat un chat ? Tu gardes ma signature ou bien tu retires mon texte. -Je garde ta signature, je suis d'accord avec toi, un chat est un chat. Mais pourquoi toi, généralises-tu en mêlant les militaires de la junte birmane, les moines bouddhistes et les démocrates de la "révolution orange" sous le même chapeau autoritaire ? J 'admets que les militaires et les religieux soient totalitaires, mais les démocrates admettent une opposition, non ? -Ta-ta-ta ! majorité et opposition, c'est blanc bonnet et bonnet blanc, ils se ressemblent comme toi et moi dans la glace quand tu te rases, avec cette différence qu'en face de la glace tu le fais de la main droite et que l'autre en face de toi le fait de la main gauche. Pour moi Félix, chat de mon métier, les militaires, les religieux et les soi-disant démocrates sont aussi totalitaires et oligarques les uns que les autres. Que les militaires tirent sur les bonzes et les apprentis démocrates, cela ne me gênerait pas si c'était, comme pour moi les souris, les manger. Sinon, c'est du gaspillage. Mais, à la réflexion, comme cela ne concerne que les deux pattes, je dois à la vérité de te dire que, comme on le disait en France encore en 1938, je m'en balance comme de l'an quarante. Je me contente d'observer les gentilles souris, si belles et si mignonnes que c'est un délice de les regarder, de jouer un peu avec elles, puis de les croquer, surtout les blanches qui ont la couleur du lait, laquelle va si bien avec ma belle robe noire. Je n'en tue qu'une à la fois. Je ne vais pas en tuer vingt à la kalachnikov pour les laisser ensuite sur le carreau. Le ventre repu, j'aime bien dormir ou bouquiner dans la bibliothèque, tranquillement, en surveillant du coin de l'oeil qu'un rat ne vienne prétendre à partager ma lecture. -Je reconnais bien là, en toi le poète et le parfait dilettante, Félix, et je te remercie de ta collaboration. Peux-tu me dire où est passé Théo ? - Eh bien, voilà : il a vu un deuxième loup. Il m'a dit que celui-ci était le véritable loup et que le précédent était une louve. Comme il est assez curieux, il veut vérifier sans vouloir, m'a-t-il dit, les déranger. Simplement, parce que, lui, il appelle un chat un chat, un dément un dément, un loup un loup, une louve une louve. Lui comme moi pensons que dans la tête des bipèdes se mélangent pas mal, des lycanthropes et des coquecigrues.

-France. Académie et médecine. Des cas de coma éthyliques sont signalés dès l'âge de 12 ans, selon un rapport de l'Académie. A 17 ans, près de 18 % des garçons boivent régulièrement de l'alcool et 46 % en consomment de façon excessive. L'avaleur n'attend pas le nombre des années.

35.

( Le réel voilé, les choses derrière les choses, la révolte des choses... Fantastique faustrollien )

dimanche 1° haha, L'Âge du Dr Faustroll / samedi 6 octobre, S. Bruno.

--Certes ! Et ô combien ! il y a les choses derrière les choses ; lesquelles sont toujours voilées. Les derniers événements en sont un témoignage. Une chose peut être objet ou sans objet, selon qu'elle est, par exemple, en soie ou en soi. En soie, un foulard ; en bois, une canne ; en droit, une dette ; en mois, des jours, des fêtes ; en noix, du beurre, etc. En soi un cancer, une pneumonie, un mal de tête, une envie de pisser, un doute, etc. que l'on peut prendre avec plus ou moins de philosophie, kantienne ou non. A l'extérieur de soi, comme à l'intérieur, une chose peut être, avec ou sans drapeau rouge, sujette à la révolte sinon à la révolution. C'est cette tendance à la révolte que je discerne dans les objets qui m'entourent.

Ce fut le cas, il n'y a pas si longtemps, alors que j'étais à la Ville, des six chaises qui s'entendirent pour se solidariser et créer leur propre syndicat. Elles exigèrent, au sein de ma salle de séjour, de ne pas faire un surplace trop prolongé et instaurèrent une rotation périodique. Ce syndicat s'étendit et se transforma en syndicat des sièges dont le secrétariat et la trésorerie furent confiés aux deux sièges qui avaient, comme bureaux, mes deux cabinets de toilettes. La trésorerie, cela allait de soi, fut confié au siège le plus occupé, le secrétariat au cabinet d'appoint dont le siège prit outre le titre de secrétaire, celui de trésorier adjoint. La nouvelle révolte des objets est moins franche, plus agressive, sournoise en ce qu' elle a d'imprévisible. Mon demi de bière dont le contenu, soudain, s'en va valser sur les paperasses de mon bureau, sous prétexte d'un contact avec ma main droite. Ce genre d'argument fallacieux avait déjà servi à un verre de vin qui avait versé tout son contenu sur la nappe de ma table. Mon imprimante qui s'est permis de faire la grève perlée, prétendument parce que j'avais appuyé par inadvertance sur un certain bouton, alors qu'elle-même, dans sa mauvaise foi, avait refusé de m'indiquer la solution qu'elle connaissait mieux que personne. L'assiette à laver qui s'était installée bien à l'aise, dans ma chambre, sur mon lit. La paire de chaussettes qui, au fur et à mesure que je marchais, se faufilait insidieusement entre la plante de mes pieds et la semelle intérieure de mes chaussures, etc. Le reste serait trop long à vous raconter. Vous êtes peut-être victime, sans doute, dans une moindre mesure que moi, de cette révolte des choses. Certains des objets profitent des occasions dues aux troubles de mon âge. C'est là où c'est assez moche de leur part. Les mêmes qui, aujourd'hui, se permettent ce genre de chose, s'en gardait bien quand j'étais plus alerte. Le chemin, par exemple, qui était tout à fait plat pour moi jusqu'alors se fait de plus en plus montueux. Sans parler des marches des escaliers qui vous voient venir et qui prennent quelques centimètres de plus en hauteur. A part ça, ça va, et puis, pour compenser, ça vient. Le Docteur Faustroll, je l'avoue, se débrouillait bien mieux que moi. IL avait la manière.

-Italie. Rome. Vatican. " La majorité des citoyens ", " la majorité d'un instant " ne peut être " le fondement ultime de la loi civile". Benoît 16, le pape allemand, sait que " l'histoire démontre très clairement que les majorités peuvent se tromper".

36.

( Perplexités... Présence et Sempiternité de la Pataphysique )

lundi 2 haha, Dissolution d' Edgar Poë , dinomythurge / dimanche 7 octobre, S. Serge.

--Cela me prend souvent de me demander ce que je fous là, à l'endroit où je me trouve. Ce n'est pas tellement l'endroit en lui-même que je mets en cause, c'est le fait d'être là, dans cette peau qui m'enveloppe. Non, ce n'est pas le lieu où je me trouve, ce lieu est un ailleurs comme n'importe quel lieu. Non, il s'agit de ma peau, qui est une peau comme une autre, et je me demande ce que je fous là-dedans. Je ne sais pas. Qui est qui ? Je pense souvent aux choses de derrière les choses. Mais celles d'avant sont aussi troublantes. Mais le mot chose est ambigu. Le chose, la chose ! Ce mot qui soudainement explose comme sorti d'un dictionnaire érotique. Le mot objet ne vaut guère mieux. Tout part de la génération, de la genèse. " Au commencement Elohim créa "... et la suite !

Qu'est-ce que je fous là ? Pourquoi le verbe foutre, le verbe ficher, le verbe faire ? Ces verbes tout aussi équivoques les uns que les autres. Ces mots, qu'ils proviennent d'une langue ou d'une autre, et le mot langue aussi. Ces mots qui filent dans tous les sens, cousus les uns derrière les autres, de fil en aiguille et d'aiguille en fil. Pour coudre quoi, finalement ? Tout me paraît décousu, du Créateur ou du Big Bang à la mort de tout un chacun de nous. Vers quoi ? vers rien en ce qui me concerne si ce n'est vers un peu de fumée ou d'un peu de terre. Où est le sens ? Cela n'a ni queue ni tête, disait ma grand-mère dans sa cage à prières, en parlant des choses de ce monde. Elle savait, elle, où elle allait. Heureux les simples, heureux les béats ? Même pas. Même pas l'idiot du village. -Non, tu t'égares, vieux , que je me réponds à moi-même. Tu t'égares, t'es sous influence, à cause de cette affaire Théo-Kepofti. La 'Pataphysique est, toujours, dans le monde, d'avant-hier, d'hier, de demain, d'après-demain, toujours présente en ce perpétuel aujourd'hui. Il n'y a pas à voir plus loin que le bout de son nez comme le font si bien les clebs, à l'exemple de Théo et de cette truffe qui le mêne et promène, lui et ses quatre pattes. Kepofti fonçait dans le brouillard, fort de toute la confiance qu'il portait à son fusil. Théo, lui, flairait où il allait, il y allait sans flingue.

-Chili. Puerto Montt. " Vendons bébé à naître, contacter Caroline ou Juan", stipulait la petite annonce passée par un jeune couple sur le site de vente locale Quebarato. cl dans la rubrique " Otros servicios" La justice étudie le cas, qui ne semble pas tomber sous le coup la législation locale, car la vente ne s'est pas concrétisée.

37.

( L'événement, l'imperturbabilité pataphysique )

jeudi 5 haha, Sainte Belgique, nourrice / mercredi 10 octobre, S.Ghislain.

--La Pataphysique est imperturbabble. Les événements récents, en tant que tels, se sont déroulés, comme toujours, imperturbablement. Pourquoi n'en suis-tu pas le cours, vieux matelot ? - Je vois ce que tu veux dire, Lao tsu ; ma barque se fait vieille, il me faut la calfater. - Oui, l'étanchéité, contre vents et marées, ne messied point. Certes ! Mais ici, à la Ville, comme à La Castagne où nous avons pris hier le petit déjeuner avant de nous rendre sur les lieux du crime, une prise de distance ne peut nous faire que du bien, à Félix, à Théo et à moi-même, puisqu'il est de notre choix d'être, à la fois ici et là-bas en même temps qu'ici. Est-ce bien la Pataphysioque ? me demandez-vous . Oui, que je vous réponds. Entre autres choses, comme être à Nulpar. Quand vous êtes au spectacle, devant les écrans, vous ne tardez pas, sans vous en rendre compte, à quitter votre place pour vous immiscer dans le film même. Vous n'êtes plus spectateur, vous entrez dans l'action. Il en était de même jadis, au théâtre, mais de façon plus vivante et cela dans une double incarnation ; vous vous projetiez alors sur la scène, empruntant les habits des acteurs qui se glissaient eux-mêmes dans la peau de leur personnage. Au théâtre, un soldat pouvait ainsi devenir une armée, il vous était facile de vous installer en lui. Comment devant un écran, entrant dans cet écran, pourriez-vous vous mettre dans la peau d'une troupe ?

La pataphysique, imperturbable, elle, quelles que soient les circonstances, prendra possession de vous-même et de tout votre attirail. Peut-être les animaux, sans toutefois échapper à la Pataphysique, peuvent-ils être davantage eux-mêmes que je ne le suis moi. Théo et Félix me paraisent plus Félix et Théo que je ne suis, moi, Anatole. Quant aux oiseaux, aux martinets, par exemple, n'en parlons-pas, ils sont d'un autre monde, et les poissons donc. Il est possible, mais j'en doute, qu'en me posant plusieurs heures devant un aquarium, je puisse me mettre à nager entre deux eaux. Il est possible qu'un bon mime, sur les planches réussisse un tel tour de passe-passe. Ce serait certainement plus difficile pour un comédien du Théâtre-Français. Quoiqu'il en soit la Pataphysique domine tout événement, heureux ou malheureux, et cette domination, comme me le rappelle Lao tsu, est toujours imperturbable. Les événements imperturbables, parce que pataphysiques, sont décrits par Léon Bloy, dans Le désespéré, ainsi : < Les événements ont ceci de commun avec les oies, qu'ils vont en troupe. Ce proverbe : " Un malheur n'arrive jamais seul", est l'unique monument de l'attention ou de la sagacité des hommes sur l'une des particularités les moins négligeables de leur histoire. Il est pourtant bien assuré que les événements heureux oiu malheureux, quelle que soit l'illusion de leur taille, semblent s'appeler les uns les autres, aussitôt qu'ils naissent, par d'irrésistibles clameurs. Ils accourent alors de partout, émergeant des trous de la terre ou tombant des mots de la lune pour l'éternelle stupéfaction d'une race tirée du néant, qui ne sut jamais rien prévoir et qui ne s'attend jamais à rien. >

--Belgique. Bruxelles. " Le Grand Atelier. Chemins de l'Art en Europe". Palais des Beaux-arts. Le festival Europalia célèbre le cinquantenaire du Traité de Rome par une exposition phare évoquant la circulation des oeuvres d'art en Europe du cinquième au dix-huitième siècle.

38.

( Chez les physiciens : 'patadmiration / au théâtre / les mots polyèdres / le < Ha ha > mot de passe universel...)

dimanche 8 haha, Fête du haha / samedi 13 octobre, S.Géraud.

--< les fondements de la mécanique classique sont sur le point d'être renversés : l'univers, les quanta, l'énergie. > J'ai noté cela l'avant-veille de mon départ des bords de la Vienne. Cela, d'ailleurs, je ne sais trop où je l'ai pêché. J 'imagine que les physiciens, magiciens, ont sorti d'autres lapins blancs vivants de leurs gibus. Je ne dis là rien de péjoratif, car je suis plutôt du genre admiratif. Je le suis pour tout, admiratif, pour ce tout qui m'est de plus en plus théâtre. J'imagine que dans quelques dizaines d'années ces renversements en cours feront place à d'autres renversements. Qu'est-ce donc qui n'a pas été renversé des centaines de fois au long des siècles ? Toujours de nouvelles valeurs ont fait place aux anciennes. Pourquoi pas ? De toutes façons ça ne change pas grand chose. Les montagnes restent les montagnes et les vallées, vallées.

Tel est le théâtre. Théâtre aussi, avec ou sans madeleine, est la tasse de thé prise devant une cheminée ; thé-âtre ! Les flammes cannibales se dévorant les unes les autres en dévorant le bois sous forme de bûches ou de forêts. La proie craque et se croque sous les langues brûlantes. Il y a bien des différences de feu entre le petit théâtre paisible en la cheminée et celui d'un plus grand thêatre des opérations guerrières où l'on ne brûle pas le même genre de bois. Mais théâtre de chaumière ou de champ de bataille ou de marionnettes des Champs-Elysées ou de l'ami Chaudière ou des Pantins, c'est toujours le grand théâtre de la Pataphysique. Là encore, les mots, polyèdres, présentent leurs multiples facettes.

Ha ha ! dit compendieusement Bosse-de-Nage, assis à côté de moi. Ha ha, ce mot dont l'acception comprend celle de tous les autres mots. Ha ha, ce polyèdre aux innombrables facettes et dont l'une d'elles est aussi bien l'aleph de Borgès qui sous un escalier de Buenos-Aires permet de voir, en particulier, l'ensemble du monde, que l'aleph de Cantor désignant " les cardinaux des ensembles infinis bien ordonnés". Ha ha : polyèdre parfait, telle est la sphère, Terre elle-même avec ce qui l'entoure. Univers. Théâtre des théâtres, comme la mer toujours recommencée. Ha ha ! confirme Bosse-de-Nage.

--France. A10 ( Loir et Cher ). Le violoniste N... a été condamné à 750 euros d'amende, après avoir roulé à 232 km/h sur l'autoroute.

39.

( L'aventurier passif et l'irrécupérable. Viridis Candela ou l'Abyssinie d'Anatole )

samedi 14 haha, Exhibition de la Daromphe / vendredi 19 octobre, S. René.

--J 'ai terminé, hier, ma lecture des Aventures extraordinaires ( 1911/1921 ) de Henri de Monfreid, un taquoir de 888 pages. J'ai beaucoup fréquenté Monfreid. Il était absent de la guerre de 1914-1918 ; ce n'était pas un guerrier, mais un aventurier, ce qui est aussi dangereux, sinon plus, surtout quand on est le mari d'une femme allemande. J'ai fait l'Abyssinie, la mer Rouge, l'Egypte, l'Arabie, l'Erythrée, les Indes, avec lui... Holà ! Oui, vous là, je vous vois venir avec vos gros sabots, je vous arrête tout de suite. Je sais d'avance ce que vous allez encore me rétorquer. Alors je vais, vite fait, vous couper le sifflet. Vous allez me dire que, à la fin de 1921, je n'avais pas encore un an. C 'est vrai. Et alors ? Je me demande, vous, entre autres, vous, qui n'êtes même pas sec derrière les oreilles, comment vous pourriez m'empêcher, moi, aventurier passif, de naviguer au côté de cet aventurier super actif qui sut dire de lui qu'il était un homme " irrécupérable" et qu'il avait rejeté le troupeau. Un homme dont les ancêtres, d'ailleurs, comme pour tout un chacun, plus que mystérieux, non pas du côté du père, à l'instar de Jarry, mais du grand-père, lequel " pourrait" être aussi bien Léopold 2, ancien propriétaire de ce Congo belge devenu Zaïre ! Peintre lui-même, le père de Monfreid, était un proche ami de Gauguin. Monfreid, quant à l'aventure, s'était exprimé de la façon suivante : " N 'ayez pas peur de la vie, n'ayez jamais peur de l'aventure. Faites confiance au hasard, à la chance, à la destinée. Partez conquérir d'autres espaces, d'autres expériences, le reste vous sera donné par surcroît. > Phrase un peu à la Jean Paul 2, bien sûr, mais, avant tout, phrase qu'il avait mise en action.

Etre aventurier passif, comme déjà je le fus à l'époque, conduit fatalement à la grande aventure, et on s'embarque, comme le firent Rimbaud et, après lui, Monfreid à 32 ans, en Abyssinie. Mon Abyssinie, au même âge que le sien, a été de passer sous le large portail qui avait attiré mon attention et m'avait stoppé net. J'étais alors sur le trottoir d'en face. Au fronton sculpté du portail, il y avait deux angelots à gauche et à droite d'une mappemonde. Dans leurs menottes, ces angelots sans ailes tenaient, par les deux bouts, une grande banderolle très éloquente : < Education-Travail-Instruction- Epargne > Ce fronton reposait sur un linteau soutenu par deux piliers d'ordre ionique. Sur ce linteau pouvaient se lire deux mots mystérieux gravés : VIRIDIS CANDELA. Au-dessous se tenait, devant chaque pilier, à l'aplomb de chaque angelot, une grande statue de femme antique qui était peut-être la mère de chacun d'eux. A droite du portail, la première de ces femmes jouait de la lyre ; à gauche la seconde, un compas à la main droite, caressait de l'autre une orbe terrestre. La lyre me communiqua une sorte de délyre et je me mis à traverser la rue alors que freinait sec un taxi dont le chauffeur, tel un charretier, m'agonisait de tous les noms. C 'est de ce moment là, d'ailleurs, que date une certaine surdité sur les propos pouvant me concerner. Enfin, Monsieur, puisque vous ne m'avez pas interrompu, je vous confierai que je suis passé par ce portail pour en apprendre toujours davantage sur les mathématiques supérieures gravées au fronton de ce portail : A + B = C ; 2 + 2 = 4 et sur le métier de forgeron figuré par une enclume et un marteau.

Bien en vue sur un cartouche, une date, aussi mystérieuse que le reste, figurait : 15 clinamen 77.

Mon Abyssinie, c'est-à-dire l'aventure active, était juste derrière le portail, après avoir traversé la cour d'honneur. Il suffisait, dans les ombres et clartés mouvantes de la chandelle verte, d'avancer pour conquérir d'autre espaces et d'autres expériences, lesquelles m'étaient absolument inimaginables sur le moment.

-Italie. Rome ( Vatican ) Un citoyen français, nu et éméché, s'est introduit, avant-hier à l'aube, dans un bâtiment faisant partie de la basilique Saint-Pierre pour y faire sonner une cloche. L'homme, qui serait sans domicile fixe, a été arrêté par les gardes du Vatican et remis aux autorités italiennes.

40.

( Dissociation : pataphysique de la réalité et de l'identité psychologiques... )

jeudi 19 haha, S. Raphaël, apéritif et philistin / mercredi 24 octobre, S. Florentin.

--Moi et moi, nous sommes inséparables et pourtant nous sommes rarement ensemble.

Je m'explique. Pendant que je suis à table, par exemple, en train de casser la crôute, je suis en même temps tout à fait ailleurs, je me suis quitté pour allé faire un petit tour. Pendant que je dors, disons à 2 heures du matin, je me balade à Nulpar ; ça, je l'ai déjà dit et raconté, par exemple l'histoire des jeunes qui, dans un hangar où je m'étais réfugié pour éviter d'être trempé par l'averse, voulaient me fiche une trempe. Pour commencer, l'un d'eux, une brosse à la main, voulait me convaincre de le laisser brosser mes cheveux couverts de neige et mes vêtements couverts de la neige qui tombait de mes cheveux blancs. Cela, d'autant plus lâchement de leur part qu'ils étaient quatre et que moi j'étais couché dans mon lit. Quel monde ! Mais, ce qui peut se passer la nuit, dans un même ordre d'idées, se passe aussi le jour, à l'état de veille. Seulement, moi et moi, là encore, nous sommes en deux lieux différents. Je casse la croûte, donc, mais mon jumeau a fichu le camp à Pétaouchnok. Je serais même tenté de dire, parce que cela me paraît plus juste, à Pataouchnok. Et cela a une certaine incidence sur ma façon de manger, s'il est quelque part, en train de se prendre de bec avec un quidam que je discerne vaguement, il peut m'arriver d'avaler de travers. Rien à faire avec cela. Aucun remède. Je suis dans la rue. Cela fait un bon bout de temps que j'ai quitté la table, je marche, je regarde les gens vaguement et vaguement quelques-uns d'entre eux me regardent, et je me quitte à mon tour pour aller boire un demi.

Moi et moi, il faut le reconnaître, on est rarement ensemble. " Avec mon ami bidasse on ne se quitte jamais " est une bonne blague en ce qui concerne moi, d'une part, et d'autre part, moi. Quand je dis que, au même instant, je suis à la Ville et, à ce même instant, à la campagne, n'est pas un tour de passe-passe pataphysique, c'est la stricte réalité. Tout le monde, plus ou moins, tout le monde bat la campagne. Alors, quand on parle du réel, je hause les épaules. Pardon, excusez-moi, je veux dire que nous haussons, tous les deux, moi et moi, nos quatre épaules ! Le réel ? Allons donc ! Ne nous faites pas rigoler...

-Mozambique. Vallée du Zambèze. 100 000 crocodiles, au bas mot, vont être exportés d' ici à février 2008 de la vallée du Zambèse à destination de l'Afrique du Sud et du Zimbabwe pour lutter contre la prolifération de l'espèce.

41.

( De l'imprévu et de la gouvernance. Singularité du réel...)

vendredi 20 haha, Strangulation de Bosse-de-Nage / jeudi 25 octobre, S.Crépin-S° Doria.

--L'imprévu est là, à chaque seconde. Il suffit de savoir, de voir comme arrive un accident mortel ou pas. Parfois, un accident mortel est préférable, mais il est de coutume de faire passer les morts avant les blessés. Il y a la mort et il y a l'amour. Le coup de foudre mortel provenant de la foudre est souvent pareillement préférable au coup de foudre de l'amour. C 'est pourquoi, il suffit d'un éclair, on peut dire que l'imprévu est là, à chaque seconde. Une balle dans la peau est aussi un coup de foudre. A chaque seconde, disons-nous. Une main dans la poche, tiens ! où est mon porte-monnaie ; tiens ! où sont passées mes clefs . Il suffit, dans une journée, d'observer les " actes manqués "; mais d'habitude on ne s'en rend même pas compte.

En résumé, tout est possible. On a tout dit de la vie, tout dit de la mort, tout dit de l'amour. Mais d'où provient la tranquillité ? D'où vient l'inquiétude ? Des artères ou des veines qu'on porte en soi ? Gouverner c'est prévoir ! A ce compte-là, on peut s'attendre à tout. A-t-on jamais vu un gouvernement voyant et prévoyant ? On dit que les gens de pouvoir se sont parfois faufilés chez une voyante. Ce en quoi ils étaient sages, relativement. Nostradamus est un des rares qui ait pu traiter d'égal à égal avec la peste. Il avait vu venir de loin les rats du passé et suivre fort décemment leurs parcours dans l'avenir. Certes, d'une façon ou d'une autre, demain sera comme aujourd'hui. De même qu'un flocon de neige ressemble à un autre flocon de neige. Mais, à ce qu'il paraît, jamais un flocon de neige n'a ressemblé à un autre flocon de neige. De plus, il ya neige et neige. Ce qui fait d'ailleurs rêver quelques-uns. Mon grand Tage, comme le deviendra pour d'autres un plus petit Tage, n'est que de l'eau qui s'évapore et se fait nuage et tombe sur les fosses et les tombeaux. Félix est là, devant moi, il vient de lire à l'envers, de l'autre côté de ma main, ce qu'elle avait écrit. Il me regarde, il a ce sourire qu'il a pêché quelque part, ailleurs, et qui toujours me déconcerte. " Cest moi qui suis le Phényx ! " Il est fier, depuis qu'il a passé son examen et s'est sorti plus ou moins vivant de sa boite de Schrödinger, ne laissant de cendres que la moindre partie de lui-même. Un chat a sept vies...

-France. Clermond-Ferrand ( Puy-de Dôme ) Une pétition des médecins clermontois contre l'implantation d'un incinérateur de déchets dans leur région a trouvé un écho favorable parmi leurs confrères confrontés au même type de projet, si bien que des pétitions similaires éclosent dans les Bouches-du-Rhône, en Corse, dans le Marais poitevin...

42.

( Ubiquité, dualisme et tautologie )

lundi 22 haha, Chapeau de Bosse-de-Nage / dimanche 28 octobre, S. Simon- S. Jude.

--Si moi, celui qui est là sur sa chaise, et moi, celui dont la pensée vient de cavaler ailleurs, pouvons être à deux endroits différents, il n'en est pas de même de moi et de mon ombre laquelle n'a plus rien à voir avec mon nombril. Sous la lumière du soleil, de la lune ou de ma chandelle verte, elle s'accroche à mes pas et, comme mon clebs, va tantôt à ma droite et tantôt à gauche, cavale devant ou file derrière. Cette lumière, projetée sur nous éclaire bien, et cela doit être son but que, homme ou femme, nous ne sommes jamais que des ombres, elles-mêmes temporaires.

Dualisme de la matière et de l'esprit. Dualisme de l'ombre et de la lumière. Dualisme du masculin et du féminin. Qu'est-ce à dire ? pas grand chose sans doute, sinon que tout ou presque marche par deux, comme nos jambes, nos yeux, nos oreilles, nos testicules, nos seins, nos poumons, pile et face, droite et gauche, haut et bas, identité des contraires, etc. En somme une énumération qui pourrait aller jusqu'au bas de cette page. Pour couper court, et retomber sur nos pieds, on en revient finalement à la tautologie et, pour distinguer la nuit du jour, au café noir. Haha ! remarque, sans plus de commentaires, Bosse-de -Nage ressuscité.

-Etats-Unis. Californie. San Diego. Depuis une semaine des incendies ravagent le sud de la Californie. Plus d'un demi-million de personnes ont dû quitter leurs maisons. Quelques 8000 soldats du feu sont mobilisés épaulés par 90 avions et hélicoptères.

43.

( Rien n'a d'importance, tout est la même chose...Vanitas vanitatum... Donc continuons ! )

mardi 23 haha, S. Claude Terrasse, musicien des Phynances / lundi 29 octobre, S.Narcisse.

--Quelle importance ? m'a demandé Lao tsu. Sur le moment, j'ai été pris de court. Puis j'ai reconnu tout de suite que c'était une bonne question. -Cela n'a aucune importance, comme à peu près toutes les choses dont tout le monde se torche ou à peu près. Pour moi, c'est façon de dire et surtout de voir et d'entendre, dans la mesure où cela m'est encore possible, les généralités admises.

Théo était assis à côté de Lao tsu et dégustait les paroles de son copain à deux pattes comme s'il se fût agi d'os à moelle. C'est vrai que tout cela, tout ce dont nous parlions n'était qu'amuse-gueule. Lao tsu avait feuilleté mon journal. Il en faisait la critique. Tout y passait et notamment la question de la paternité. Qu'importe la paternité ou la maternité ! Les mômes, de toute manière, se bousculeront pour venir au monde. Et c'est ce qui se passe avec ou sans père. Près de sept milliards à présent, contre deux entre les deux guerres mondiales. Quelle importance encore ? Qui est la mère, qui est le père de Théo, et celle et celui de Félix ? Le plus drôle à entendre, c'est que j'étais tout à fait d'accord avec l'ensemble de sa critique. - Je crois, que je vais laiser tomber, lui dis-je. Alors là, il n'était pas d'accord. Non Anatole, continue, ne te laisse pas démonter. Sinon je prends la suite et je ne crois pas que cela changera grand chose. Et puis, Félix me donnera un coup de main pour écrire et théo donnera son point de vue. Tu sais aussi bien que moi que tout est vain, sinon vanité. Sur les deux plateaux de la balance de la pataphysique, tu mets une alouette sur un des plateaux, n'importe lequel, et un cheval sur l'autre. Qu'est-ce qui se passe ? -Il se passe rien, que je lui réponds. Les deux plateaux restent à la même hauteur. -Je ne te le fais pas dire. Alors pourquoi lâcher ton journal, continue. Cela te gênerait-il que les pages servent de torche-cul ? -Pas le moins du monde, Lao tsu. Tout est la même chose, tout est la même sauce.

Théo commençait à s'agiter. C'était l'heure pour lui d'aller pisser. On est allé tous les trois jusqu'au parc. Théo espérait toujours rencontrer le singe noir et il prit les devants pour nous conduire jusqu'à son marronnier favori. Félix était resté sur le toit. Il devait intervenir au cours d'une conférence de chats de gouttière dont le thème était : < De la souris considérée comme moteur de recherche >.

-Proche-Orient. Israël. En prévision d'une riposte iranienne à des bombardements américains, Israël installe son ministère de la Défense à Tel-Aviv dans un bunker souterrain.

44.

( Abattoirs. Abattoirs humains. Technologie et "questions éthiques". Haha !... )

lundi 9 as, Visite des Abattoirs/ dimanche 11 novembre, Armistice de 1918.

--Chicago 1934. D'immenses abattoirs où un réseau très serré de voies ferrées ( 38 lignes ) amène un tiers des bêtes à cornes et une proportion encore plus forte des porcs abattus chaque année aux Etats-Unis.

Môme, au village, j'ai entendu les cris du cochon qu'on égorgeait. Il n'était absolument pas d'accord le cochon. A Chicago, le merlin enchanteur devait être automatique qui estourbissait les bêtes, j'imagine, une à une, sur une sorte de tapis roulant. L'uniforme qu'elles portaient devait être la médaille d'un coup de tampon à même le poil. Il me semble avoir vu cela, le coup de tampon, comme un tatouage sur les fesses. Ce devait être les bêtes, à la queue leu leu, qui se rendaient, en beuglant ou meuglant, au dernier rendez-vous. Ce qui se passait au village ne faisait figure que d'une simple rixe à côté de ce qui se passait à Chicago. A l'époque, c'était le Verdun des animaux. Massacrés, ils voyageaient, en tapis roulants, vers les diverses chaînes de démontage du centre industriel pour aboutir dans ces urnes fermées que l'on nomme boîtes de conserves. La mise en conserve sous verre d'autres tués, malgré eux, comme mon cochon du village, depuis Verdun jusqu'à Stalingrad et ailleurs n'est, réellement, qu'un plus grand développement des abattoirs de Chicago. Avec une différence : il n'y avait pas de blessés à Chicago. Sur tous les abattoirs, on ne compte que les tués. Mais les blessés étaient, eux aussi, très nombreux. Un grand nombre parmi eux, particulièrement très abîmés, devaient regretter d'être restés vivants.

Une bonne nouvelle, cependant, nous parvient, aujourd'hui, en ce qui concerne les grands blessés futurs : bientôt, un corps 100% réparable ! Elle intéresse la femme qui, de plus en plus, est devenue soldat. " Oeil électronique, implant auditif invisible, bras, squelette et même utérus artificiels...". " Jamais la technologie n'a autant révolutionné la recherche". " Certaines inventions dépassent les objectifs de la médecine. Ainsi, l'exosquelette, sorte de combinaison munie d'articulations électroniques, intéresse beaucoup de militaires : cet équipement peut en effet décupler les forces de ses utilisateurs ! " Toutefois " l'utérus artificiel, consistant à permettre à un foetus de se développer à l'extérieur du ventre maternel, pose de nombreuses questions éthiques. A partir de quand est-on encore humain ?.. "

Ha ha ! dit le grand singe, sans autre commentaire.

--Russie. Moscou. Un couple d'Américains a payé 160 000 dollars pour déjeuner avec l'ancien président soviétique Mikhaïl Gorbatchev à son domicile. Le repas avait été < gagné > lors d'une vente aux enchères à Londres.

45.

( Grève, lutte de classes, les banquiers, seuls princes... )

vendredi 13 as, Moustaches du D. Faustroll/ jeudi 15 novembre, S. Albert.

-- Moi, Félix, j'ai ramené ma fraise auprès d'Anatole au sujet des bagues, émeraudes et topazes du Docteur faustroll et Théo m'a fortement appuyé. Nous les avons, finalement, convaincus, Anatole et les trois autres, de laisser tout ça ici. Ils sont partis à moto, Anatole assis sur le siège arrière de celle de Yo de Poil. Les bagues, ainsi que le Silence sont sous notre bonne garde en attendant que Mado vienne les récupérer, les planquer, et repasse nous prendre pour filer à notre tour en Haute-Vienne. Théo et moi sommes ravis de retourner là-bas. Ici, c'est pas tenable le potin qu'on peut entendre venant de la rue. Là-bas, le calme, c'est pépère. On entend les souris et les oiseaux pépier pour nous inviter à mieux les croquer. Ici, même pour quelqu'un comme moi, ou comme Théo, qui avons l'un et l'autre l'oreille très aiguisée, comment percevoir le moindre pépiement quand rappliquent les pompiers, les ambulances et les policiers ? Aujourd'hui, que c'est la grève partout, on va l'entendre leur pin-pon dans tous les coins de la Ville. Mais la grève, ça va rendre la route plus sûre pour les deux motos, il n'y aura guère de contrôle sur les routes, gendarmerie et police seront suffisamment occupées au maintien de l'ordre sans en rajouter. Je pense que les motos seront là-bas avant la tombée de la nuit.

Ca va être du joli, la grève. Une belle pagaille en perspective. La lutte des classes, classe contre classe, prend un nouvel aspect, celle des machinistes et des machines qui se refusent soudain à transporter la classe piétonnière des passagers. Le camarade Karl Marx n' a rien compris et ne pouvait rien comprendre à son époque où le travailleur manuel et l'artisan se trouvaient encore à la base dans les régions agricoles et industrielles. Le travailleur de pelle et de pioche, par exemple, a cédé la place au marteau piqueur et à la pelleteuse. Le four de la locomotive avec son charbon ont été remplacé par un simple bouton sur lequel il suffit d'appuyer. La charbon s'est fait pétrole, etc. Il y a ceux, dans cette grève , qui conduisent les machines et sont payés et ceux qui se font conduire au boulot ou ailleurs en payant. Et puis il n'y a pas que les capitalisses, d'une part et lers overriers, de l'autre. Y a, selon ma moustache à moi, les grands banquiers, d'une part, et tous les autres, d'autre part. J'en connais un bout la-dessus, mais je ne vais pas vous faire bâiller, perdre votre temps et le mien. Je vous explique en deux mots : il y a toujours eu des Médicis, des Jacques Coeur, des Rothschild. Ce sont eux les seuls princes. Ceux qui paraissent vous gouverner ne sont que des doublures, même s'ils roulent carrosse. Mais de ce que je vous en dis, vous pouvez aisément vous torcher. Personnellement, je m'en tamponne. Même Anatole est dur de la feuille, sur ces questions. J'ai dû lui expliquer à lui, que son pater ne savait même pas ce que c'était qu'un chéquier. Quand je lui ai dit que c'était un carnet de billets de police, il m'a regardé comme deux ronds de flan. C'est ça, les bipèdes ne comprennent rien à rien. Nous, entre chats de gouttière, sur les toits on sait à peu près tout ce qui se passe sous les toits. Je pourrais vous en raconter des histoires. Et même de carabinées pour celles qu'on nomme cochonnes. Théo est moins renseigné, il n'en revient pas de tout ce que je lui raconte. C 'est mon confident. Ca l'amuse beaucoup. Mais, comme moi, il est discret. Et je ne veux pas ternir la réputation de discrétion qu'ont les chats en l'écornant auprès de vous. Sur ce chapitre et pas mal d'autres je préfère rester coi. Pour ce qui est du sujet prédemment traité, je vous paierai des cerises en hiver, si vous me voyez un seul jour me servir d'un carnets d'échecs et maths.

-France. Rouen ( Seine maritime ). Nicolas C., l'homme soupçonné d'avoit tué puis mangé un morceau de son codétenu à la maison d'arrêt de R. début 2007, a été déclaré pénalement irresponsable par une première expertise psychiatrique.

46.

( Signes et cygnes, superstitions, superstition rationaliste... )

jeudi 19 as, S. Courtial des Péreires, aérostier et inventeur/ mercredi 21 novembre, Présentation de Marie.

--Pour moi, mais il me semble l'avoir déjà noté, les signes sont des cygnes. Ils sont de n'importe quelle couleur. Dans le bassin d'un parc proche de la Ville, j'ai vu, il y a quelques ans de cela, deux cygnes noirs. Certains petits événements qui avaient suivi de près ce constat, me les dévoilaient néfastes. Je n'y étais pour rien, mais bien eux qui, je le reconnais, pour moi avaient bon dos. Le hic c'est que, quand je perçois un signe ou, mieux, un cygne, je ne sais décider s'il est faste ou néfaste. Superstition ? Le rationalisme n'est qu'une superstition comme une autre. Ne vous en déplaise Madame, Mademoiselle ou Monsieur qui, aussi rationalistes que vous prétendiez être, mettez le nez dans les horoscopes, les lignes de la main, les cartes, les dés ou dans les entrailles d'un lapin ou d'une volaille. Les cygnes, fastes ou néfastes dont je parle ne sont pour moi que le travesti du signe + ou - qui, en leurs disputes continuelles, " réunissent les pensées divergentes de l'harmonie pataphysique".

Par rapport au cygne, je me demande toujours ce que je vais bien pouvoir trouver dans l'oeuf prochain, pondu par la toujours nouvelle Léda. Toto, qui est sorti de l'oeuf, hier soir, qu'est-il venu faire ici, et qu'était-il venu fabriquer à la Ville, auparavant. Hier, après s'être réchauffé au feu de cheminée, les singes sont frileux, il avait fait la mimique de vouloir manger. Il s'est tapé à lui tout seul la moitié des fruits. Puis, il a fait la mimique de vouloir dormir. Théo l'a mené dans la grange. Toto a bien vu l'échelle, il y a grimpé et, une fois là-haut, il a retiré cette échelle vers lui afin qu'on ne vienne pas le déranger. Il a refait sa mimique de dormir et s'est allongé sur le foin qui se trouvait là. Quand j'ai interrogé Félix sur l'existence possible de souris qui, dans ce grenier, pouvaient chatouiller le nez du dormeur, il m'a assuré qu'il n'y en avait pas une seule, car il les avait toutes croquées.

-Etats-Unis. New-York. Un New-Yorkais sur six souffre de la faim, soit 1,3 million de personnes parmi lesquelles plus de 400 000 enfants, selon un rapport publié par la Coalition contre la faim. Le document affirme que des centres d'accueil n'arrivent pas à satisfaire les besoins.

47.

( Figurants et marionnettes, l'impayable sérieux, ceux qui se croient, admiration, le masque de Buster Keaton... )

mercredi 25 as, S. Lewis Carroll, professeur/ mardi 27 novembre, S. Séverin.

--La vie est un spectacle où chacun figure, où d'une séquence à l'autre, les stars, elles-mêmes, ne sont que des figurants. Que ce soit Messaline ou Néron, la Grande Catherine ou Napoléon, Félix le chat ou Rintintin. Mais pourquoi donc vous dis-je cela ? Simplement, parce que je viens de jeter un coup d'oeil dans mon propre journal, sur quelques-unes des diverses nouvelles puisées dans l'actualité vulgaire. A la page du 17 juin, c'est Elisabeth 2 qui est traitée de vieille bique par les conservateurs iraniens. Puis viennent ensuite 167 prostituées interpellées dans le Casablanca touristique ; un petit garçon mis en examen pour agression sexuelle sur une petite fille de 8 ans ; le père d'une fillette de 19 mois, qui la découvre morte de déshydratation dans la voiture où il l'avait oubliée ; la femme qui jette son bébé par la fenêtre du haut de son étage, etc. Tout cela de tous ceux-là pourrait être rendu de façon comique ou tragique. Ce sont tous des figurants, comme vous ou comme moi, comme Marie-Madeleine Molyneux, le président de la République, le pape, Lénine, Staline, Hitler, l'empereur du Ponukélé, tous ceux enfin que vous pouvez rencontrer dans la rue autour de vous, dans les livres, qu'ils soient acteurs ou spectateurs, comme nous le sommes tous. Tous, je me répète, ne sont que des figurants passagers, momentanés, autrement dit, et disons le mot, des marionnettes, comme étaient les poilus de la première guerre mondiale et derrière eux, les membres de l'Etat-major.

Rien de choquant. Tout bien naturel au contraire. Cela est, comme la nature elle-même est. La télé montre bien les guignols, mais les montreurs ne sont eux-mêmes que des guignols, comme je le suis moi-même en toute modestie. Il n'y a pas de quoi vexer et de quoi se vexer de ce qui est. Ce n'est pas sérieux, direz-vous. Si, c'est très sérieux et le très grave Buster Keaton a bien montré ce que c'est, le sérieux. Et bien! le Président de la République est un super Buster Keaton dans la mesure où il se prend au sérieux, il se croit Président de la République, et tous ceux qui ont voté, le croient aussi, tout comme lui. C'est tout simplement admirable.

A partir de là, de cette vision des choses tout d'ailleurs devient digne et les vaches elles-mêmes finissent par devenir sacrées. Pourquoi pas ? Et c'est ce sérieux qui est impayable, comme est impayable le nôtre, quand il se prend lui-même au sérieux. Quoiqu'il en soit, il convient, sérieux ou pas, il convient d'en garder le masque, celui de Buster Keaton. La vie est un spectacle, et l'on peut considérer sa propre vie comme tel. Spectacle au sein du spectacle du monde qui est grand théâtre et grand guignol. Nous sommes dans la salle, sur un fauteuil ou un strapontin, aux loges ou dans les baignoirs, au promenoir ou au paradis. Et nous sommes en même temps sur les planches de la scène qui se joue.

Avant de mettre ici un point final, permettez-moi d'avoir une pensée pour Alexandre Pitchoukine qui assassina 42 personnes dans un parc de Moscou. Son but n'était que d'atteindre les 64 cases d'un jeu d'échecs qu'il cochait au fur et à mesure de son avancée vers ce but. IL revendiquait davantage que ces 42 crimes qu'on lui reprochait. Il avait tué, dit-il, pour se sentir vivant. C 'était une raison, peut-être, de tuer en lui la marionnette, pour ce figurant, qui joua son rôle, dans une pièce dont il était l'auteur. Petit théâtre dans un plus grand théâtre. Petit guignol dans un plus grand guignol.

-France. Rhône ( Vallée du ). Quatre poids lourds ont été renversés par de fortes rafale ( plus de 100 km/h) dans la Vallée.

48.

( Merdre et pataphysique... )

lundi 9 sable, S. Sagouin, homme d'Etat / lundi 9 décembre, S. Pierre Fourier.

--Je suivis le singe noir dans un dédale de ronces, de rochers, de pierres roulant sous les pieds, de sentiers divers dont je n'aurais jamais pu m'extraire s'il m'avait quitté pour disparaître et laissé pour me débrouiller seul. C 'est après être passé par un chemin à peine dessiné, dans un souterrain aux nombreux contours, que nous aboutîmes, à ciel à peine ouvert, sur une trace qui nous conduisit dans une caverne éclairée d'une lumière mystérieuse et froide. Une table et deux bancs de pierre nous y attendaient. Nous prîmes place. Si la lumière mystérieuse était froide, la température, aussi mystérieuse, était agréable.

-Parler pataphysique, commença-t-il, c'est avant tout parler de la merdre. Elle a commencé dans vos couches Anatole, après que vous eûtes expulsé le méconium de l'intestin du foetus que vous fûtes. Cette merdre ne vous est pas particulière, elle est particulière à tout un chacun, quel qu'il soit. Elle lui exprime, cette merdre, qu'il n'est pas libre et qu'il est lié à elle, et qu'il lui faut pour s'en décharger, baisser cul et culotte. Ce qui est un premier enseignement. Il s'en débarrassera, mais, chaque jour, il devra comme tous les animaux s'y soumettre. Voilà pour sa liberté. Quant à l'expression de l'égalité et celle de la fraternité, toutes les merdres sont égales et fraternelles, dans toutes les chiottes. On ne se débarrasse pas de la merdre, elle revient toujours, jusqu'aux derniers laisser-aller des moribonds. Voilà ce qu'est pour moi la pataphysique. Cette merdre est fondamentale, car cette pâte à physique vient du fondement même de l'être. C'est pourquoi elle s'est étendue, ô combien largement ! à différentes acceptions de tout ce dont, comme de la merdre, on voudrait se décharger, mais dont on ne peut se débarrasser, car, sous une forme ou sous une autre, elle se renouvelle toujours : misère, guerre, révolution, maladie, mort, pourriture, etc.

De physique, la merdre, dans ses diverses extensions et expansions, est devenue pataphysique. Avec la majesté qui convient à la 'pataphysique, la merdre a été jeté à la face du monde, à Paris, le 10 décembre 1896 et cela capitalement : Merdre ! Premier mot, première scène, premier acte d'Ubu roi, au théâtre de l'Oeuvre. Il y aura, demain, 111 ans de cela. N'oublions pas que dix ans auparavant, en 1886, la merdre avait déjà été l'héroïne de l'Antliade, d'Alfred Jarry qui avait 13 ans. Une héroïne pour laquelle se battaient les vidangeurs au tonneau contre les vidangeurs à la pompe à merdre qui risquaient ainsi, avec leur sale machine, de les mettre dans la merdre. Cette expansion, dans de multiples sens depuis plus d'un siècle, ne fait que croître. Mais cela, au sens propre comme au sens figuré, ne concerne que l'engeance des hommes. Moi, animal apparemment proche de vous, je vous trouve plus naturels, quand vous chiez ici, tout comme moi, dans la nature, que lorsque dans la Ville vous versez votre obole dans ce que vous appelez les toilettes. Avez-vous remarqué avec quelle rapidité cela disparaît dans les bois et forêts ? Toutes vos chiottes là-bas se déversent dans des égouts à rats pour rejoindre fleuve ou rivière. Mais, je ne vous ferez pas la leçon, je sais de science sûre qu'on ne peut rien contre l'entropie. C 'est sous forme de merde que la merde est la moins grave, je crois. Je n'en dirai pas autant d'elle sous la forme de marées noires, d'insecticides, de bombes nucléaires et autres fariboles. Mais, savez-vous ? Seul le théâtre que l'on se fait à soi-même et pour soi-même et quelques gais compagnons et compagnes, dans le grand théâtre ubuesque universel, compte.

-Et bien Toto, dans ce théâtre qui est le nôtre, allez-vous m'accompagner jusqu'à mon bar ? Ma mère grand disait qu'il n'y avait pas mal de merdre dans les boyaux de certaines têtes, je vous assure qu'elle vous aurait écouté avec plaisir. Toto m'a remercié de ce compliment mais nous n'avons bu qu'une seule bouteille au lieu des deux. Seul, j'ai bu un verre de l'autre bouteille en pensant que la merdre réellement merdre, effectivement, n'était pas une mauvaise bougresse par rapport à celle des boyaux de la tête qui ne peuvent, hélas, être rincés comme ceux du ventre, pour les andouilles.

Tel était l'apport de la 'Pataphysique, Science des sciences , au monde.

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A Constant Claude : "Bon Ubu d'hiver..."

49.

( Journal, que tous les historiens sont des farceurs, ovnis... )

jeudi 12 sable, S.Choupe, mère de famille / mercredi 12 décembre, S. Corentin.

--Je ne fais pas d'effort pour écrire mon journal, il se rédige tout seul, au fur et à mesure des événements, sous la dictée de la vie elle-même. Ce qui compte c'est de rapporter les faits tels qu'ils se présentent, c'est le plus important. Certes, on peut toujours inventer, mais ça c'est le travail des historiens, lesquels ne s'en privent pas. Ils me font rigoler quand ils prétendent à l'objectivité, cette farce. Quand il ya eu la guerre en Pénardie, envahie par les Hombrieux, je vous fiche mon billet que les historiens pénards et ceux de la Hombrie, si on les avait mobilisés et lancés les uns contre les autres, ils se seraient massacrés jusqu'au dernier dans leur rage de défendre la vérité. Moi, quand je vous entretiens des faits qui se passent dans mon coin de Haute-Vienne, je suis tranquille. Je peux vous inviter à constater de visu. Il vous suffit d'écrire à Anatole, aux bons soins de Monsieur Lao tsu, maire de Castelroche, 87654 Castelroche. Je ne suis pas historien, mais il faut reconnaître que, s'ils prennent quelque liberté avec les faits, ils font quand même montre d'une grande modestie quand ils refusent d'être comparés à de plus grands historiens qu'eux, comme par exemple Cyrano de Bergerac, auteur de l'Histoire des Etats et Empires de la Lune et l'Histoire des Etats et Empires du Soleil.

Ce qui compte, pour être un historien digne de ce nom c'est, avant tout, le vécu. Le vécu, c'est dans la tête que ça se passe, sa propre tête, et non pas celle des autres. Un jour dans la grande clairière de La Châtaigneraie, j'ai vu un ovni tranquillement se poser en son beau milieu. Je le note ici, au passage, pour moi tout seul, ce souvenir. IL s'est donc posé, et trois personnes ont sauté à terre. Elles ont pris quelques photos, elles ont regrimpé dans leur machine et, pour bien me montrer quelles m'avaient repéré, elles ont braqué sur moi la lumière d'un flash. L'une d'elles a lâché quelque chose au sol. Je suis allé voir. C 'était une photographie qui me représentait, l'air complètement ahuri, entre deux arbres, à l'orée du bois. Je l'ai gardée cette photo, si vous venez à Catelroche, je vous la montrerai. C 'est bien une preuve, non ? On ne peut pas dire qu'ils l'ont truquée cette photo. Ils n'ont pas eu le temps, c'est vraiment un instant tanné. De plus, vous le savez aussi bien que moi, on en a vu partout des ovnis. Ils prennent des photos ; pour quoi faire, on ne sait pas encore. C'eût été chic de leur part de me laisser une photographie d'eux-mêmes aussi (...)

-France. Sarcelles ( Val d'Oise ) Législative partielle. Après le premier tour, le deuxième tour. Le maire s'inquiète : << Quand il n'y a que 25% de participation, il est difficile de savoir qui va aller voter .>>

50.

( L'homme, cancer de la nature... )

mercredi 4 décervelage, Décervelage / mardi 1 janvier, Circoncision.

--Fifrelet, le trésorier de l'ancienne mairie de La Caillasse, n'avait pu, la veille, assister à l'inhumation de Belhomme. Après avoir déposé des fleurs sur la tombe du défunt magistrat, il est venu ce matin, à la mairie de Castelroche. En tant que maire-adjoint, successeur statutaire désigné du disparu, il tenait à présenter ses respects et ses voeux à Lao tsu. Fifrelet, selon Lao tsu, est un homme étrange, en ceci qu'il n'attire nullement l'attention, si ce n'est par une certaine réserve, un certain effacement, un certain quant-à-soi. Il n'avait pas jeté sa poignée de terre dans la fosse où s'était allongé Belhomme, mais il était venu, seul, lui apporter des fleurs. Il gagne à être connu, me dit Lao tsu: << C'est ainsi que, à propos du recensement national dont il est question en ce moment, il m'a balancé qu'on allait enfin connaître le nombre de nos cellules cancéreuses, en ce pays où chacun de nous est une de ces cellules >>. Surpris par le propos, je lui ai demandé d'éclairer ma lanterne. << Oh ! qu'il me répond, il m'arrive, comme à pas mal de solitaires, d'exprimer à haute voix ce que je pense au tréfonds de moi. Belhomme, qui est mort, n'était pas une cellule cancéreuse mais saine. Ces cellules ne sont cancéreuses que lorsqu'elles échappent, indifférenciées, au contrôle de l'organisme. Alors elles se multiplient indéfiniment et envahissent les organes voisins, autrement dit les territoires proches. -Peut-être, Monsieur, lui dis-je, faites-vous allusion à ma personne ? -Oui et non monsieur le maire. Non, parce que , en tant que cellule, vous êtes aussi sain que moi et que le sont tous les gens de Castelroche. Et oui, parce que, comme moi, et comme tous gens de Castelroche, vous faites partie des cellules qui, sur notre Terre, sont passées de 2025 millions en l'année 1934, à près de 7000 millions en cette année 2008. C'est-à-dire qu'elles ont plus que triplé en trois-quarts de siècle. Qu'est-ce cela, Monsieur le Maire, sinon une manifestation cancéreuse. L'homme est le cancer de la nature. Pardonnez-moi de vous servir ce plat en ce premier jour de l'année. Notre Monde se rétrécit et se délabre sous nos yeux, terre et mer. Nous ne nous en apercevons pas, bien que nous ayons la vue basse. Le temps n'est plus ou Phileas Fogg et Passe-partout, en 1872, avaient réussi à faire le tour du monde en quatre-vingts jours. A peine trois siècles nous séparent du Métastase des petites mélodies des métastases de la grande maladie... >>

-Afrique. Ghana. deux marines américains ont été retrouvés morts, mardi, dans leur chambre d'hôtel alors qu'ils étaient en permission au Ghana, a annoncé l'US Navy dans un communiqué publié hier.

51.

( Changer ou ne pas changer ? Liberté, empires... )

vendredi 6 décervelage, SS. Polonais / jeudi 3 janvier, S. Geneviève.

--Hier, j'arrive, avec un reste de gueule de bois, ça c'est vrai, pour me coller à mon journal, et je m'aperçois qu'il m'a devancé, Félix. J 'étais en retard, il a pris la relève. Aucune critique à formuler. Son tour d'horizon transcrit est assez juste. Le jugement qu'il porte, tout comme Théo, sur Fifrelet, est judicieux. Et je pense, comme lui, que nous n'allons pas tarder à quitter la Châtaigneraie. Mais Lao tsu ne peut quitter la mairie de Castelroche, comme ça, sans tambours ni trompettes.

Il reste que je me demande si pour aller d'un endroit dans un autre, on ne retombe pas, finalement, toujours au même endroit, lequel endroit est en nous-même. Alors ! pourquoi changer ? Alors, pourquoi ne pas changer ? Changer, c'est choisir dans son vestiaire, entre deux ou trois vestes, ou plus si vous le pouvez. Ne pas changer, c'est garder toujours la même. On habite un lieu comme on habite un vêtement. Un vêtement plus ample. Nous sommes d'accord. A ce degré là je me pose la question de savoir si la liberté d'aller et venir, d'aller vadrouiller ça et là, n'est pas une fausse liberté. De savoir, même, si cette liberté n'est pas une idée fausse. De savoir, si, par exemple, celui qui n'a ni feu ni lieu n'est pas, puisque l'on parle de liberté, plus libre quand il choisit d'aller en prison à perpétuité, que celui qui décide de gagner honnêtement sa vie. Celui qui a opté pour la prison a vraiment fait ce choix de ne pas aller gagner son gîte et son couvert à droite et à gauche, avec tous les aléas et les risques que cela comporte. IL n'a pas choisi, comme le moine dans sa cellule, d'aller n'importe où, dans les vêtements des autres faits de tissus divers. Il a choisi un pardessus en tôle. IL l'a mérité, par exemple, en assassinant, ô nettement, en laissant des preuves, son prochain.

Aller s'installer dans le ou les vêtements des autres plutôt que de demeurer dans sa propre tôle, on a vu ce que cela donnait au cours de toute l'histoire des hommes, qu'elle soit sainte ou pas. Rien de pire que les empires. On voit encore aujourd'hui, où cela a mené que ce soit en Indochine, en Palestine, en Algérie, en Irak, en Afganistan, enfin partout. Et là encore, je passe la parole à mère-grand : << Chacun chez soi et les vaches seront bien gardées. >> Ce à quoi je réponds : << Chacun n'est plus chez lui, et, comme en tôle, les vaches, de plus en plus, nous gardent et nous regardent plutôt que de voir passer les trains. >>

-France. Institut national de la statistique et des études économiques ( Insee ) Le premier supermarché a été créé en 1957 ; le premier hyper en 1963. Quarante ans plus tard, il y a plus de 10 000 grandes surfaces en France et le petit commerce y a laissé des plumes. En 2002, l'Insee constatait que 18 000 communes, soit une sur deux, ne disposaient plus d'aucun magazin de proximité.

52.

( Anatole et le retrait... )

samedi 14 décervelage, SS. Sans-Cou, enchanteurs / vendredi 11 janvier, S. Paulin.

--Il y a, ce me semble, la 'pataphysique, d'une part, et, d'autre part, la pataphysique de tout un chacun qu'il soit pataphysicien conscient ou non. Pour le pataphysicien non-automate, plus ou moins organisé, l'attitude face aux événements me paraît être celle du retrait, voisine, dirais-je, de celle de l'Indien dans sa réserve. Celle d'Alfred Jarry, " suggérer au lieu de dire" qui, du côté de Corbeil, avait lui-même été qualifié d'indien.

Il y a différentes sortes de retraits. Dans l'immédiat j'en distingue deux. Le retrait confiné et le retrait détaché, celui des moines, celui du pataphysicien conscient. Un effet de ma myopie me fait approcher les choses pour mieux les voir. Si je me confinais ou si je me détachais, je ne les verrais guère. Par un effet de ma dureté d'oreille, je ne les entendrais même pas venir, les choses. Un Indien, en ventousant son oreille sur le sol, il peut les entendre venir. Ne pouvant me mettre ainsi en retrait, je m'approche donc des choses, lesquelles peuvent être des hommes au visage plus ou moins pâles, pour voir, entendre, et même flairer, moins savemment que ne le fait mon cabot, bien sûr, et me faire une certaine idée de ce qui est ou de ce qui se trame. Je me renseigne, entre autres, par la lecture de la gazette des barbiers ou de celle des bobos, pour être un tantinet branché. Ni confiné, ni détaché simplement plus ou moins intéressé (... )

53.

( Malice des mots et con-science d'Ubu... )

dimanche 15 décervelage, Conscience d'Ubu / samedi 12 janvier, S.Tatiana.

--Que le mot < con > soit lié au mot < naissance >, pour définir la connaissance, est le fait d'une langue pleine de malices. Il en est de même des mots < connaître > et < conscience > tout aussi malicieux. Il est d'autres malices cachées. Ainsi, dans la connaissance, il convient de prendre conscience de la conscience d'Ubu, autrement dit de la conscience du but, puisque ces deux expressions sont de même prononciation. Cette conscience du but de la vie qui est la mort, est, disons-le, on ne peut plus ubuesque. " Je tuerai tout le monde et je m'en irai". Il est vrai qu'on tue tout le monde lorsqu'on s'en va naviguer dans les airs ou sous terre dans un Nautilus sous-terrain à la manière du capitaine Nemo. Ubuesque est la vie qui mange ce qui est vivant pour le transformer en merdre. Ubuesque est la mort qui transforme le vivant en pourriture. Et pour ne point voir Ubu peut-être convient-il de ne pas trop se regarder dans une glace.

-Réunion ( île de la ) Un automobiliste a été tué dans un éboulement sur la route du littoral de l'île. Un rocher s'est détaché de la falaise le long de la route et a écrasé le véhicule.

54.

( Nominalisme de Marcel Duchamp, nominalismes, art contemporain... )

lundi 16 décervelage, S. Mauvais, sujet / dimanche 13 janvier, S.Yvette.

--De même que, du point de vue religieux, un juif non croyant, demeure juif, du même point de vue, n'en déplaise, un catholique non-croyant reste-t--il catholique. Ce pourquoi Benoît 16 m'a adressé en vue d'un abonnement Catholica, une revue trimestrielle, n°98, hiver 2007-08. Il y est question, page 121, de l'art contemporain, abréviation AC, prononciation : assez ! traduction : Art caché.

<< L 'AC naît au début des années 60 d'une rupture avec toute une tradition vieille de 30 000 ans ou plutôt de son inversion. >> Le père de cet art caché est un mauvais sujet, peut-être même un fort grand voyou, dont l'éloge suit : << A l'origine, on trouve Marcel Duchamp ( 1887-1968 ), Français longtemps méconnu en France alors qu'il était adulé à NewYork et qui, peu de temps avant sa mort, allait devenir la référence universelle de l'AC. A partir de Duchamp, il suffira que l'artiste déclare << Ceci est une oeuvre d'art >> pour que cela soit. Duchamp, on le sait, avait lancé le mouvement en exposant dans une galerie un urinoir industriel qu'il avait signé, puis en fabriquant toutes sortes de ready-mades, objets usuels promus oeuvres d'art. On entrait avec lui dans l'ère du nominalisme absolu, celui que revendiqueront tous les mouvements de l'AC : happenings, Arte Povera, Body Art, Support-Surface etc. Etant << conceptuel >> l'AC amène l'Ecole des beaux-arts à devenir dès mai 68 une annexe de l'Université, et ce sont désormais les différents << discours>> du nominalisme ( structuralisme lacanien, derridien, freudien foucaldien ) et leurs tenants ( linguistes, philosophes anthropologues, sémiologues ) qui en possèderont les clefs et diront le bien et le mal, le juste et le faux -bref, le politiquement correct- en matière d'architecture, de peinture, de musique ou de littérature. Le triomphe de l'AC est celui de l'Amérique sur l'Europe et de New York sur Moscou, Milan, Munich ou Paris. >>

Ce bel éloge de Bernard Marchadier est suivi d'une note de lecture, signée B.D., concernant l'ouvrage de Judith Housez, Marcel Duchamp, Biographie, Grasset 2006.

<< Ouvrage de plus de 500 pages. Marcel Duchamp, enfant dévoyé d'une famille bourgeoise catholique, libertin plus américain que français, bon peintre à l'origine devenu << anartiste >>, et aussi l'un des premiers ( ou le premier ? ) producteurs industriel, puisqu'il recourait à des artisans pour l'aider à produire ( c'est le mot ) ses << boîtes en valises >>, un ready-made d'auto propagande à partir de multiples photographies de ses exploits. Ce provocateur cabotin, paresseux et jaloux de son indépendance, a fasciné plusieurs générations avant-gardistes, par ses audacieuses trouvailles, aujourd'hui banalisées ( notamment dans le choix de titres absurdes donnés à ses oeuvres, conformes à son fantastique nominalisme. ) >>

-France. Lyon ( Rhône ) Une femme d'une cinquantaine d'années a poignardé à mort son mari avec son couteau de table, et a été interpellée par la police. Le couple, sans histoires, aurait eu une violente dispute au cours du dîner.

 -D'autres pages du Journal d'Anatole sont disponibles dans le Correspondancier du Collège de Pataphysique -

 

 

Les Scythes à Sion

( extraits )

 

 

 

--Scythes, anciens peuples barbares nomades qui habitaient la Scythie, région au nord de la mer Noire et à l'Est de la mer Caspienne ( Russie, Sibérie, Tartarie ). Les Athéniens employaient des archers scythes pour la police de leurs rues et de leurs assemblées. Les Ossètes, peuple de Russie ( Ossétie du Nord ) et de Géorgie ( Ossétie du Sud ) sont, dans la région appelée la Montagne du Caucase, les descendants des Scythes.

--Sion, colline sur laquelle était bâtie la citadelle de l'ancienne Jérusalem et terme que l'on emploie dans le style biblique pour nommer la ville.

--Sion, ville de Suisse, sur le Rhône, 27 145 habitants ( Sédunois ), à 494 mètres d'altitude. Chef-lieu du canton du Valais.

--Sion, la colline inspirée de Maurice Barrès, Meurthe-et-Moselle, à 541 mètres d'altitude.

*

Gott ist mit uns. IL n'y a de guerres que de religion.

Dieu est diabolique et le Diable divin.

Anatole

*

Premier recueil, inachevé ( Auteurs )

--Aux dernières nouvelles, Anatole a dépassé les Vosges, suivi le Rhin pour rejoindre le Danube, traverser le canal de Constantinople pour se retouver en Anatolie et, de là, filer vers le Caucase et les Ossètes, ces anciens Scythes, partout chez eux quel qu'en soit le site, licite ou illicite, à Sion comme ailleurs ; Sion, elle-même partout chez elle : addition, soustraction, multiplication et même ( avec un s doux ) division, sans compter ou comptabiliser les actions, ablutions, révolutions et autres créations ou perturbations de toutes dimensions.

Les Scythes à Sion sont une "chasse subtile", telle celle d'Ernst Jünger pour sa collection d'insectes. Une chasse sans fin, car on ne peut parcourir l'immensité de l'univers feuilleté. Rien n'y est à rejeter, ni la Bible, ni les Evangiles, ni le Coran, ni le Kama-sutra, ni Das Kapital, ni Mein Kampf, ni Tintin, ni Bibi Fricotin ; il peut y avoir chou gras dans la moindre feuille de chou. Le pataphysicien ne rejette rien, son choix n'est, en lui-même, qu'un geste pataphysique parmi tous les autres.

Le résultat est ce qu'il est, publiable ou pas. Quelle importance ? Anatole a le taon, le tan, l'Otan, tout le rantanplan du temps devant lui. Les citations non référencées sont, apparemment, de son cru.

*

1. Abeille, les abeilles tourbillonnantes. Véga... Son temps et ses forces ne se partageaient point également entre son travail et sa maison ; c' est à l'intérieur de la cité hospitalière qu'elle vivait la part la plus fraîche, la part la meilleure de sa vie active, et les pensées professionnelles tourbillonnaient autour de sa tête, comme des abeilles, longtemps après qu'elle eut passé le portail de l'hôpital, et, le matin, longtemps avant qu'elle ne l'atteigne. Alexandre Soljenitsyne, le pavillon des cancéreux.

2. Ailleurs, par ailleurs : d'autre part, d'un autre côté. N'était mon laxatif, je me sens par ailleurs très bien, Hölderlin, Lettre à sa mère.

3. Arbuste, l'arbuste déraciné. La vie humaine est tristement fertile en situations où, par suite, soit d'une médiation trop forte, soit d'une catastrophe, nos idées ne tiennent plus à rien, sont sans substance, sans point de départ, où le présent ne trouve plus de liens pour se rattacher au passé, ni dans l'avenir. Tel fut l'état de mademoiselle de Verneuil. Penchée dans le fond de la voiture, elle y resta comme un arbuste déraciné. Honoré de Balzac, Les Chouans.

4. Art, l'art contemporain. L'art contemporain joue de cette incertitude, de l'impossibilité d'un jugement de valeur esthétique fondé, et spécule sur la culpabilité de ceux qui ne comprennent rien ou qui n'ont pas compris qu'il n'y avait rien à comprendre. Jean Baudrillard, Le complot de l'art.

5. Aventure, la dernière aventure de Télémaque. " La maison dans laquelle Fénelon écrivit Les Aventures de Télémaque, sur la Petite Place, à Versailles, est aujourd'hui un lupanar. " Abbé Lamargelle. Georges Darien, Le voleur.

(...)

*

Second recueil ( Anatole )

1. Ascétification, voie possible de l'ascétisme. Après la conversion de l'eau en vin, la conversion du vin en vinaigre se fit à même la croix, et le prêtre, en sa messe, ne pêcherait point à communier sous les espèces du pain et du vinaigre.

2. Aulne, arbre de l'hémisphère nord. " Il ne faut pas juger les autres à son aulne. "

3. Beau, belle, admirable. Ah que la vie est belle ! et rien n'est plus beau que les noirs corps beaux !

4. Beauf, homme médiocre, prétentieux et vulgaire. " Il ne faut pas mettre la charrue devant les beaufs. "

5. Belladone, belle dame. Locuste des taillis et des décombres.

6. Bourse, testicules. Lundi noir sur les Bourses européennes qui ont perdu jusqu'à 9% à Paris. ( 06/10/2008 )

7. Broche, bijou. Il y a aiguille sous broche.

8. Chasse, écoulement rapide d'eau pour vidanger la cuvette des W.C. " Qui va à la chasse perd sa place. "

9. Chemin, voie de terre. Tous les chemins mènent au Mort-Homme.

10. Chemineau, celui qui chemine sur les chemins - Dis moi donc un peu, petit, qu'est-ce qu'il t'a dit le chemineau ? - Le chemineau, il a dit comme ça en montrant la route : " Où il y une volonté, il y a un chemin. "

11. Chercher, s'efforcer de trouver. Qui ne cherche pas, trouve.

12. Chien, le bon chien. Un bon chien vaut mieux que deux gros rats.

13. Choses, les choses, en général. En général, les choses de ce monde sont plus trompettes que clarinettes.

14. Cirer, enduire de cire. C 'est en cirant qu'on devient ciron.

15. Compagnie, troupe d'infanterie, commandée par un capitaine. Il vaut mieux être seul qu' en mauvaise compagnie.

16. Conte, récit merveilleux où interviennent les fées. Horreur n'est pas conte ; et les bons contes font les bons amis.

17. Courir, dépasser l'allure de la simple marche. Rien ne sert de courir, il faut mourir à point.

18. Critique, le jugement sur des oeuvres d'art ou d'esprit. ' "La critique est aisée et l'art est dit fissile".

19. Croire, tenir pour vrai. Croire en Dieu est aussi raisonnable que de croire en la raison. Croire en la raison est aussi déraisonnable que de croire en Dieu.

20. Dada, cheval. Dada est le dada, on ne peut plus cavalier du dadaïsme.

21. Dalle, dalle funéraire. Il n'y a que dalle qui vaille.

22. Décision, action de décider. Cette décision Commynes à Thouars ( ! ) ne tient pas plus en l'air qu'elle ne tient debout.

23. Dieu, être suprême ou divinité. Pour déjeuner avec Dieu, il faut apporter son couvert.

24. Dubois, loup. La faim chasse le loup Dubois.

25. Egout, canalisation des eaux usées et des vidanges. D'égouts et des couleurs, on ne discute pas.

26. Embraser, mettre le feu, incendier. Qui trop embrase, mal éteint.

27. Enfer, séjour des démons et des damnés. " L'enfer est pavé de bonnes inventions".

28. Fable, discours, récit. La fontaine des fables coulait de source.

29. Faix, fardeau. Ce qui est faix est faix.

30. Fesser, donner une fessée. Fesse qui tu dois, advienne que pourra.

31. Fin, terme, mort. La fin, c'est la fin de la faim.

32. Fontaine, source. Il ne faut pas dire à La Fontaine, je ne boirai pas de ton eau.

34. Goûter, discerner la saveur. Goûter la vie jusqu'à la lie, jusqu'à l'hallali.

35. Gris, à moitié ivre. La nuit , tous les chats sont gris.

36. Guerre, l'art militaire. Depuis longtemps, ma religion est faite. Il n'y a de guerre que religieuse.

37. Hanter, obséder. Dis-moi qui te hante, je te dirai qui tu es.

38. Herbe, haschisch, marijuana... Il ne faut pas manger son blé en herbe.

39. Icare, fils de Dédale. Mieux qu'Icare, Arsène Lupin volait.

40. Ingérence, action de s'immiscer. Droit d'ingérence : droit légal des espions, des voleurs, des assassins, avec ou sans uniformes, en temps de paix comme en temps de guerre.

41. Jeunesse, vie entre l'enfance et l'âge mûr. Il faut que jeunesse se passe, que vieillesse se tasse et se casse.

42. Lettre, êpitre. A quoi bon les pleurs et les grincements de dents, alors qu'un petit siècle passe comme une lettre à la poste ?

43. Litère, dernière litière. La terre, notre mère.

44. Machine, appareil capable de remplir certaines fonctions. Les hommes, de plus en plus, deviennent eux-mêmes des machines adaptées à la conduite des machines.

45. Mafia, la Cosa Nostra. Au-dessus de chaque Etat, de chaque gouvernement, il y a une mafia, una Cosa Nostra, qui n'a rien à voir avec la Sicile.

46. Mécanicien, mécanicienne, agent de conduite. Un américanicien, une américanicienne.

47. Merdre, excrément. " La merdre, la merdre, toujours recommencée."

48. Mine, charge explosive sur le sol, sous terre ou dans l'eau. Il ne faut pas juger les gens sur la mine.

49. Moi, instance de la personne qui lui permet de faire face aux réalités et à ses propres impulsions. " Entre l'Arabe et le Corse, il ne faut pas mettre le moi. "

50. Monstre, chose qu'on se représente comme terrible. Il faut de tout pour faire un monstre.

51. Mourir, passer de vie à trépas. C'est en mourant qu'on devient mouron.

52. Naturel, personne originaire d'un lieu, natif, indigène. "Chassez le naturel, il revient au galop".

53. Noix, fruit du noyer. Quand j'étais Gaulois, avec ma gaule, je gaulais les noix.

54. Oise, rivière originaire des Ardennes. Petit à petit l'Oise fait son lit.

55. Os, élément de la charpente des vertébrés. La Société Générale des os.

56. Parole, capacité ou manière de s'exprimer oralement. La parole est de plomb et le silence est : dors!

57. Passer, disparaître. Ce n'est pas le temps qui passe, mais les gens, les uns après les autres.

58. Pause, la pause au logis. A haute dose, la pause au logis peut être mortelle.

59. Péché, transgression des commandements de Dieu et de l'Eglise. La suppression de la peine de mort est la meilleurs preuve que l'assassinat n'est plus, en France, péché mortel.

60. Pisser, uriner. Et pisse tes mots logiques.

61. Potence, supplice de la pendaison. D'emblée, je préfère la corde de la potence aux cables de l'impotence.

62. Potin, tapage, vacarme. Félix Potin, motard heureux.

63. Prochain, les autres hommes, nos semblables. Cela fait un sacré bail que mon prochain ne fait pas partie de mes proches.

64. Règle, instrument long et droit pour tracer des lignes droites. Il n'y a point de règles sans exception. La règle est elle-même une exception.

65. Religion, culte rendue à la Divinité. Gott mit uns ! IL n' y a de guerre que de religions. Dieu est diabolique et son double, le diable, divin.

66. Retraite, lieu où l'on se retire. Peu à peu on se met à la retraite ; on se retire d'abord dans son appartement, puis dans sa chambre, et, enfin dans un lit d'hopital, en instance.

67. Rien, aucune chose. -Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? - Parce qu'on ne pourrait pas dire : " Pourquoi n'y a-t-il rien plutôt que quelque chose ? "

68. Rouler, se déplacer en véhicules sur roues. " Pierre (ou Paul) qui roule, n'amasse pas mousse".

69. Solution, action de se dissoudre. Il n'y a de solution que dans la dissolution.

70. Sot, dénué d'esprit, de jugement. Le sot scie à l'isthme.

71. Suivre, se conformer à, adhérer à la pensée de quelqu'un. Je pense donc je ne suis pas.

72. Taon, grosse mouche femelle qui pique le sang des hommes et autres animaux. Il faut prendre le taon comme il vient.

73. Termite, insecte xylophage. Quand le diable fut vieux, il se fit termite.

74. Terre, la surface terrestre. IL arrive un moment où l'on se demande ce qu'on fabrique sur terre alors que, oisif, on serait si bien dessous.

75. Tors, tordu. " Les absents sont toujours tors".

76. Vase, pot de chambre. Quand le vase est trop plein, il faut bien qu'il déborde.

78. Vent, pet. Un vent de force 7.

79. Ventre, partie du corps. Ventre affamé n'a point d'oseille.

80. Verre, boisson généralement alcoolisée. Le verre, couleur de l'espérance.

81. Vie, le temps de la vie. Chaque vie est une guerre, avec la mort au bout.

82. Vol, "la propriété, c'est le vol". L'oiseau est libre comme l'air, qui est sa libre propriété, tout comme elle est celle du monte-en-l'air, dans la mesure où ils échappent à la cage.

 

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Manicule, signe codicologique, ornée d'une tête d'homme

Code de Justinien. Italie du Nord (Bologne ?)

(Lyon, B.m., ms. 0373, f. 085, 373)